‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 8 sur 232 · Olifant, cor d’ivoire t’ait d’une de/ense d éléphant · texte numérisé non relu

Olifant, cor d’ivoire t’ait d’une de/ense d éléphant

MOYEN AGF

fer ensanglanté. Les fêtons païens sont réunis ici pour leur malheur : je vous le jure, ils périront tous. >,

« Compagnon Roland, sonne/ voice-olifant. Charles l’entendra, lui qui passe aux déiilés ; je vous le jure.

alors les francs reviendront sur leurs pas. » « Ne

plaise à Dieu, lui répond Roland, qu'il puisse être dit par nul homme vivant, que jamais j'aie sonné du cor à cause des païens ! Jamais on ne pourra en faire reproche à mes parents. Quand je serai au fort de la bataille, je frapperai mille et sept cents coups, et vous verrez l’acier de Durandal ensanglanté. Les Français sont braves, ils frappent en bons chevaliers! Désormais, ceux d’Espagne (les Sarrasins) n’auront rien qui les garantisse de la mort. »

Olivier dit : « Je ne vois pas où serait le déshonneur. J ai vu les Sarrasins d’Espagne : les vais et les monts en sont couverts, ainsi que les landes et les plaines. Grandes sont les armées de cette nation étrangère : pour nous, nous 'sommes en petit nombre. » Roland répond : « Mon ardeur n’en est que plus grande. Ne plaise à Dieu et à ses très saints anges que France perde à cause de moi son honneur! La mort vaut mieux que la honte ! Parce que nous frappons bien, l’Empereur nous aime. »

Roland est preux, et Olivier est sage 3 : tous deux ont merveilleux courage. Puisqu'ils sont à cheval et en armes, désormais la mort ne les empêchera pas de livrer bataille. Braves sont les comtes, et leurs paroles sont- nobles. Les félons païens chevauchent avec grande colère" (vers I <M1>- 1080),

Mort de Roland.

Kosn P°etj’ 9uel,clu’11, soit> a. établi, peut-être instinctivement, la plus lesmor/iqui précèdent celle de Roland. Les pairs * n o!" successivement ; les derniers instants d’Olivier donnent feu à au’il nrertd P«h«'que : le sang 1 aveugle, il frappe sur Roland

lP , drr'iln»l’”e“; PU1S ü >ui~ pardon, l’embrasse et

expire, tandis que Round ce pâme de douleur. Meurent ensuite Gau-

T Sagre au sens de prudent, avisé.

[.es grands —Écrivains français

tier et l’archevêque Turpin, qui a béniles corps des pairs ranges devant Kr Roland Enfin celui-ci reste seul. Les païens se sont enfuis. Mais Roland va mourir. On chercherait en vain, dans toutes les epopees anciennes et modernes, une scène aussi saisissante en sa sublime simplicité : un héros se bat depuis le matin contre des millieis d ennemis , U sui vit seul à tous les siens ; il est resté maître du champ de bataille ;

L de sa vie cette victoire insensée. Dans le décor romantique de Ronœvaux dont le val s’emplit d’ombre, Roland isolé prend de dantesques proportions. Mais surtout, nous sommes arrives au momcnt^où ce n est plus seulement par ses gestes, ses exploits, ses bravades qu’il se fait connaître ; son rôle est fini ; face a face avec la mort, il va nous révéler le fond de son âme.

Roland sent que la mort s’approche de lui ; ... Il prit l’olifant, afin qu’on ne puisse lui reprocher (de l’avoir laissé aux païens) et son épée Durandal dans l’autre main. A la portée d’un trait d’arbalete, ul marche vers l’Espagne, en un guéret; au sommet d un tertre, sous deux beaux arbres, il y a quatre perrons de marbre. Sur l’herbe verte, il tombe à la renverse.. .

(Ici un Sarrasin se glisse vers Roland, et tente de lui enlever son épée. Roland revient à lui, et l’assomme avec son olifant.)

Roland sent qu’il a perdu la vue ; il se dresse-sur ses pieds, et s’évertue tantqu'il peut; son visage a perdu sa couleur. Devant lui, il y a une pierre brune ;■ il y frappe dix coups, avec douleur et colère : l’acier grince, mais ne se brise ni ne s ébréche. y

Et le comte dit : « Sainte Marie, à l’aide. Eh. Durandal, brave épée, comme vous êtes malheureuse ! Maintenant que vous ne m’êtes plus utile, je n en ai pas moins souci de vous. Avec vous j’ai gagné tant de batailles en plaine, et j’ai combattu dans de si vastes pays, que possède Charlemagne àMa barbe blanche ! Puisse ne pas vous posséder un homme qui fuit devant un autre ! Un si bon chevalier vous a longtemps tenue . Jamais il n’y en aura un pareil dans la libre France. « Roland frappe sur le perron de sardoine1 2 ; l’acier

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