‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 80 sur 232 · V. — Racine · texte numérisé non relu

V. — Racine

1. Vie. — Jean Racine est né à La Fcrté-Milon (Aisne) le 21 décembre 1639. A l'âge de deux ans, il perdit sa mère et, bientôt après, son père. Resté orphelin, il fut élevé par sa ^grand’mère, Marie des Moulins. Or celle ci avait deux sœurs et une fille religieuses à Port-Royal; et peu de temps avant la naissance de Jean, la famille Racine avait donné asile à plusieurs jansénistes célèbres : Lancelot , Le Maître. Séricourt. chassés en 1638 de Port-Royal des Champs. Le petit Racine vécut donc, pendant sa première enfance, au milieu d’influences jansénistes; et, quand il fut en âge de travailler, on l’envoya au collège de la ville de Beauvais, dirigé par des jansénistes : puis, à seize ans, on le miUaux Petites-Écoles de Port-Royal. Là il fit d’excellentes humanités , il y apprit le grec (que l’on n’enseignait pas alors dans les collèges de l’Université ou des Jésuites) ; mais surtout il y reçut une profonde éducation religieuse.

Ses études-terminées, après une année de philosophie au collège d’Harcourt, à Paris, Racine accepte une petite place auprès de son oncle Vitart, intendant du duc de Chevreuse. Mais il est de bonne heure tenté par la poésie, et en 1660, il publie une ode intitulée La Nymphe de la Seine , composée pour le mariage du Roi. En même temps, il se lie avec La Fontaine, et il s’attire les remontrances de Port-Royal. Pour l’arracher au monde des lettres et du théâtre, sa famille l’envoie à Uzès (dans le Gard), où l’un de ses oncles, le chanoine Sconin, lui promettait un bénéfice ecclésiastique. Il reste dans le Midi à peu près un an, étudiant fort peu la théologie, et préparant des poèmes et des tragédies. Quand il revient à Paris, en 1663, il fait paraître une Ode sur la convalescence du Roi, et reçoit une gratification de 600 livres, dont il remercie Louis XIV par une nouvelle pièce : La Renommée aux Muscs.

En 1664, la troupe de Molière, au Palais-Royal, joue la première tragédie de Racine : La Thèhaïde ou les Frères ennemis L’année suivante, le même théâtre donne : Alexandre ; mai? Racine, mécontent des acteurs tragiques de Molière, porte sa pièceârHôtel de Bourgogne qui la joue concurremmentaveccelle

LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS

du Palais- Roy al. Dès ce jour, Molière et Racine sont brouillés. En même temps, Racine, piqué au vif par une phrase de Nicole sur les poètes comparés à des « empoisonneurs publics », lance contre Port-Royal une petite lettre qui est un chef-d’œuvre d’esprit et un acte de noire ingratitude; il allait en publier une seconde, quand Boileau l’arrêta.

De 1667 à 1674, Racine donne, toujours avec succès, mais non sans luttes ni polémiques : Andromaque (1667), les Plaideurs (1668), Brilannicus (1669), Bérénice (1670), Bajazet (1672), Milhridate (1673), Iphigénie (1674). En 1673, il était entré à l’ Académie française. Trois années s’écoulent entre Iphigénie et Phèdre , jouée au mois de janvier 1677 ; on sait quelle violente cabale fut montée contre la Phèdre de Racine, par la duchesse de Nevers et la princesse de Bouillon qui voulaient faire triompher la Phèdre de Pradon. D’ailleurs, la pièce de Racine se releva après la troisième représentation, et il est inexact de parler ici d’une chute.

Mais Racine, précisément cette même année, se réconcilie avec ses anciens maîtres de Port-Royal, en particulier avec le grand Arnauld. Alors, il renonce au fliéâtre, se marie, devient historiographe du Roi, fréquente la cour et élève une nombreuse famille. En 1689, il consent à écrire, sur la prière de M“* de Maintenon, un ouvrage propre à être récité et chanté , pour les ieunes filles- de Saint-Cyr : c’est Esther , dont les représentations eurent un immense succès; etr en 1691, il donne, à la même intention, Athalie qui, jouée sans costumes dans la chambre du Roi, passa d'abord pour inférieure à Esther.

Les dernières années de Racine furent attristées, dit-on, par une disgrâce auprès du Roi, on ne sait pour quelle cause. Mais cette disgrâce, du moins, fut courte, et paraît n’avoir été due qu’aux attaches de Racine avec Port-Royal qui devenait de plus en plus suspect à Louis XIV. Il mourut le 21 avril 1699, laissant sept enfants, dont deux fils : Jean-Baptiste à qui il a adressé des lettres charmantes et qui mourut en 1747, et Louis, auteur des poèmes de La Grâce et de La Religion. ,

2. Les Tragédies. — On peut négliger, dans l’œuvre de Racine, la Thébaide et Alexandre; mais Andromaque , en 1667, est dans l’histoire de notre théâtre, une date aussi importante que, trente et un ans auparavant, celle du Cid.

Andromaque (1667).

Racine a tiré cette pièce du tragique grec Euripide ; mais il s’est inspiré également d’Homère et de Virgile. Il a modifié profondément la situation de son héroïne. Dans la légende ancienne, Andromaque tremble pour la vie du petit Molossus, enfant né de son mariage avec Pyrrhus. Chez Racine, Andromaque est' restée la veuve d’Hector et la

mère d*Astvanax. Aussi va-t-elle se trouver prise entre deux devoirs demeurer fidèle à la mémoire de son époux, et sauver son fils. La jalousie et l orgueil d’Hermione forment un contraste saisissant avec la résignation et le calme courage d’Andromaque.

Analyse. — Après la chute de Troie, Pyrrhus, fils d’Achille et roi d’Ëpire, a ramené parmi ses captives Andromaque. veuve d Hector. Bien que fiancé officiellement à Hermione, fille de Ménéîas etd’Hélene, Pyrrhus aime Andromaque et voudrait l’épouser de préférence à Hermione ; pour contraindre Andromaque à l’accepter, Pyrrhus menace de tuer son fils A.styanax. Andromaque ne peut croire à l’exécution de cette vengeance, et persiste dans son refus. Mais voici que Oreste, fils d’Agamemnon, vient, au nom de tous les Grec.», réclamer à Pyrrhus le petit Astyanax . Pyrrhus, dans la scène que nous citons, refuse noblement de livrer l’enfant; il espère par là se gagner enfin le cœur de la mère. Mais Andromaque continue à repousser les offres de Pyrrhus qui, dans un moment de colère, déclare qu'il va épouser Hermione et livrer Astyanax aux Grecs. La malheureuse mère se résout à supplier Hermione qui la renvoie ironiquement à Pyrrhus. Le roi se laisse toucher, mais à la condition qu’Andromaque 1 épousera; et Andromaque feint d’y consentir, mais elle se tuera après la cérémonieau temple. Hermione,au comble de la jalousie, ordonne à Oreste de poignarder Pyrrhus ; sa vengeance accomplie, elle n’y peut survivre, et se tue de désespoir. Oreste devient fou.

Oreste demande à Pyrrhus de livrer aux Grecs

Astyanax, fils d’Hector

Page 1