‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 90 sur 232 · II. — Bossuet · texte numérisé non relu

II. — Bossuet

1. Vie. — Jacques-Bénigne Bossuet est né à Dijon, le 27 septembre 1627, d’une famille « parlementaire ». Il fit ses études d’abord chez les Jésuites de sa ville natale, puis à Paris au collège de Navarre, et il se distingua de bonne heure à la fois par son intelligence et par sa puissance de travail. — Ordonné prêtre en 1650, il alla résider à Metz, avec le titre d’archidiacre de Sarrebourg; et jusqu’en 1659, il y prononça de nombreux sermons et panégyriques. Là aussi il commença à rédiger des ouvrages de controverse , pour ramener à l’Eglise les nombreux protestants et israélites qui habitaient la Lorraine. — En 1659 il vient s’établir à Paris, et jusqu’en 1670, il y prêche des Avçnts et des Carêmes. En 1669, il avait été nommé évêque de Condom

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(Gers), mais il s'était démis de son évêché pour accepter la place de précepteur du Dauphin, fils de Louis XIV. Absorbé par ce préceptorat, Bossuet ne prêche plus que rarement ; mais il prononce plusieurs oraisons funèbres. En I6S1, il devient évêque de Meaux. Il publie en 1688 Y Histoire des variations des églises protestantes et les Avertissements aux protestants (1689-1691). De 1694 à 1699, son activité est presque entièrement absorbée par l’affaire du quiétisme. Il meurt le 12 avril 1704.

Il ne faut pas se représenter un Bossuet violent et hautain. C’était un homme simple, sans aucune vanité littéraire, îi ayant jamais écrit que pour agir , éloquent presque malgré lui, et par cela même le plus grand et le plus varié de nos orateurs.

2. Les Sermons de Bossuet. — On peut distinguer quatre périodes dans la carrière de Bossuet prédicateur :

1° A Metz (1652-1658). Bossuet dans sa jeunesse exagère parfois soit le raisonnement scolastique, soit la véhémence du style. Ses maîtres sont alors Tertullien et saint Augustin. Mais déjà on peut citer des œuvres remarquables : le sermon sur La loi de Dieu (1653), le panégyrique de saint Bei'nard (1655), celui de sainte Thérèse (1657), celui de saint Paul (prononcé à Paris, 1657). ^

2° A Paris (1658-1670). C’est l’époque des Carêmes et des Avenis *. — En 1660. Carême dcs^Minimes (église située place Royale, aujourd’hui place des Vosges) : on y remarque les sermons sur Y Honneur du monde et sur la Passion . — En 1661, Carême des Carmélites du Faubourg Saint-Jacques (Val-de- Gràce). A signaler les sermons : sur la Parole de Dieu , sur la Haine de la vérité , sur la Passion. — En 1662, Carême du Louvre à la cour : sermons sur Ylmpénitence finale, la Providenci Y Ambition, la Mort , les Devoirs des rois. — 1665 : Carême à Saint-Thomas du Louvre. — 1665 : Avent du Louvre. — 1666 Carême de Saint-Germain-en-Laye, à la cour : YHonneur, la Justice, Y Ambition. — 1668 : Avent de Saint-Thomas du Louvre — 1669 : Avent de Saint-Germain-en-Laye, à la cour. — Cetlf période de douze ans est celle de la pleine maturité de Bossuet. 3° Pendant son préceptorat (1670-1680), Bossuet parle trè?

i. Dans les paroisses et à la cour (au Louvre, puis à Versailles), ui prédicateur était chargé de prêcher une série de sermons pendan iAi'cuL et pendant le Carême. On disait grand carême quand il y avai trois sermons par semaine ; et petit Carême quand la prédication nàvai lie*: que le dimanche.

XVIIe SIÈCLE

rarement. 11 faut signaler seulement, en 1675, le sermon pour la profession de Mlu de la Vallière.

4° Devenu évcque de Meaux, Bossuet prend parfois la parole dans des occasions solennelles {sermon sur Y uni lé de l'Église , à l’ouverture de l’assemblée du clergé, 1681) ; mais il parle surtout familièrement dans sa cathédrale et dans les couvents de son diocèse.

3. L’éloquence de Bossuet dans les Sermons. — Bossuet a exposé lui-même sa théorie de l’éloquence sacrée dans le Panégyrique de saint Paul et dans le Sermon sur la Parole de Dieu. Il s’élève à la fois contre les prétentions littéraires des orateurs et contre la curiosité des auditeurs. Le sermon prononcé dans une église, et au milieu d'une cérémonie religieuse, doit être simple, sincère, émouvant ; et les auditeurs doivent l’écouter avec respect et surtout avec le désir d’en profiter. Cette théorie tout évangélique semble vouloir bannir V éloquence. Mais, comme le dit Pascal, « la véritable éloquence se moque de l’éloquence. » Celle de Bossuet, nourrie de la Bible, frappe d’abord par ce ton d’autorité qui est celui des prophètes et des Pères de 1 Église. De plus, Bossuet est un moraliste profond et droit ; son expérience de confesseur l’a fait pénétrer dans le cœur humain, et ses sermons peuvent être étudiés comme un tableau saisissant de la société du xvn* siècle. Mais surtout, Bossuet a une imagination puissante qui, venant s’ajouter à sa foi*ct à son érudition fait de lui un véritable poêle lyrique. On en jugera par les frag* ments qui suivent.

La Jeunesse (1653).

Dans le Panégyrique de saint Bernard , prononcé à Metz en 1653 Bossuet expose successivement la vie privée , puis la vie apostolique du saint, « fondées l’une et l’autre sur la science de notre Maître crucifié. »

Jésus-Christ, dit Bossuet dans un premier point, veut nous enseigner ce meprs du monde et il choisit, à titre d’exemple, des hommes à qui le sacrifice a du coûter beaucoup. Ainsi saint Bernard : gentilhomme, riche, âgé de vingt- deux ans, il renonce à tout pour se vouer à la prière et à l’apostolat. C’est alors que Bossuet trace ce brillant tableau de la jeunesse,' « lieu commun » qu’il renouvelle en le traitant au point de vue chrétien. En même temps, il l’anime de sa propre jeunesse, car il a lui-meme vingt-six ans; et nous n’avons pas ici une analvseJie philosophe, mais 1 effusion d’un cœur généreux qui, comme Bernard, épanche ses forces vives dans la religion. — On pourra comparer Aristote Khel onqne, 1 1-1 2 , et Boileau, Art poétique. , 111,373.

Vous dirai-je en ce lieu ce que c’est qu’un jeune homme de vingt-deux ans? Quelle ardeur, quelle impa-

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tience, quelle impétuosité de désirs ! Cette force, cette vigueur, cè sang chaud et bouillant, semblable à un vin fumeux \ ne leur i. 2 permet rien de rassis ni de modéré. Dans les âges suivants, on commence à prendre son pli, les passions s'appliquent à quelques objets, et alors celle qui domine ralentit du moins la fureur des autres : au lieu que cette verte jeunesse, n'ayant rien encore de fixe ni d'arrêté, en cela même qu’elle n’a point de passion dominante par-dessus les autres, elle 3 est emportée, elle est agitée tour à tour de toutes les tempêtes des passions, avec une incroyable violence. Là, les folles amours 4 * là, le luxe, l’ambition et le vain désir de paraître exercent leur empire sans résistance. Tout s y tait par une chaleur inconsidérée; et comment accoutumer à la règle, à la solitude, à la discipline, cet âge qui ne se plaît que dans le mouvement et dans le désordre, qui n'est presque jamais dans une action composée 5, « et qui n'a honte que de la modération et de la pudeur et pudet non esse impudentem ? »

Certes, quand nous nous voyons penchant sur le retour de notre âge, que nous comptons déjà une longue suite de nos ans écoulés, que nos forces se diminuent 6, et que le passé occupant la partie la plus considérable de notre vie, nous ne tenons plus au monde que par un avenir incertain : ah ! le présent ne nous touche plus guère. Mais la jeunesse qui ne songe pas que rien lui soit encore échappé, qui sent sa vigueur entière et présente, ne songe aussi qu’au présent, et y attache toutes ses pensées. Dites-moi, je vous prie, celui qui croit avoir le présent tellement à soi, quand est-ee

i. Vin fumeux, il s’agit du via en pleine fermentation, d’où s’échappent

les vapeur*!, les famées de l’alcool. — 2. Leur, s’accorde par syllepse avec jeune homme. — 3. Elle est explétif, mais sert de point d’appui à la

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