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Grands & petits maîtres hollandais

vant d'écrire ces quelques pages, où l'on me demande de résumer d'un trait rapide l'histoire de la peinture hollandaise au XVIIe siècle, j'ai voulu revoir les musées de La Haye, de Harlem et d'Amsterdam, et aussi les grandes plaines humides, doucement animées par le glissement des chalands et par les ombres mouvantes des

nuages..

Hélas! l'effort industriel qui, peu à peu, modifie et transforme la physionomie de la nature, la banalisant de plus en plus, n'a pas épargné le douxpays des polders verdoyants et fleuris, et cette fois ses digues protectrices ne se sont pas ouvertes contre la plus odieuse des invasions. Ici, comme partout,

l' affiche-réclame, avec ses couleurs hurlantes, s'étale insolemment au bord des prairies et des vergers, et là où le petit moulin de Hobbema et la ferme de Wynants se blottissaient à l'ombre des chênes et des ormes, se dresse la bruyante usine dont la haute cheminée s'empanache d'un noir de suie dans le ciel clair et léger.

Plus de ces belles vaches rousses aux échines dorées, superbes nonchalantes dont les robes somptueuses participaient avec tant d'éclat aux féeries ensoleillées d'Albert Cuyp ! Blanches et noires, mais, sans doute, laitières plus généreuses que leurs blondes sœurs, elles tachent durement et avec une obsédante uniformité la verdure infinie.

La physionomie des villes elles-mêmes, animées d'ailleurs par une population dépourvue de tout pittoresque extérieur, a changé, et j'imagine sans peine la douleur profonde qu'éprouverait Berck-Heyde à la vue des lourdes architectures allemandes qui, dans de nombreux quartiers d'Amsterdam, ont remplacé les jolies maisons rouges aux pignons dentelés, dont il a fort heureusement, de son pinceau précis et ému, fixé pour toujours les aspects si évocateurs de toute une civilisation disparue.

Rembrandt chercherait vainement aujourd'hui ses types préférés dans les rues larges et rectilignes d'un Jodenstraai très modernisé.

Seul le ciel, ce grand ciel inspirateur des maîtres peintres de la Hollande, est demeuré immuable au milieu de la transformation des êtres et des choses, et toujours, de ses profondeurs claires ou voilées, s'épand cette incomparable lumière dont se baigne éternellement, pour la joie de nos yeux, les chefsd'œuvre dont nous parlerons bientôt, et où, plus que partout ailleurs, la vie afflue et s'agite avec un incomparable accent de sincérité dans la vérité du décor.

Et la plage de Scheveningen, j'ai voulu la revoir aussi, après vingt ans!...

Malgré les quelques baraques de bois entrevues jadis, je me l'imaginais toujours avec ses dunes de sable animées par des halles de cavaliers, des groupes de pêcheurs ou de campements de bohémiens , graves sous leurs haillons éclatants, et dont les maigres chevaux rongeaient mélancoliquement les chardons bleus et les herbes cassantes sous le grand silence du ciel et au rythme profond des vagues.

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LA VIEILLE FEMME A LA BIBLE ( Co]li i tic n de M Jules Forces )

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