‹ Grands & petits maîtres hollandaisChapitre 2 sur 47 · A O-IK · texte numérisé non relu

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Vainement Isaac van Ostade et Philippe Wouwerman chercheraient un motif inspirateur dans la banalité présente du spectacle qu'offre aujourd'hui cette ligne infinie de casinos cl d'hôtels géants, de villas baroques d'où se répand vers la mer, à travers des voies artificielles et dans une rumeur babélique, une foule gesticulante et sans cesse accrue.

Les vieilles estacades et les quelques bouquets d'arbres qui ornent les marines orageuses ou ensoleillées de Van Goyen, de Van de Velde, de J. Ruisdael et de Bakhuysen, ont aussi disparu. Mais, fort heureusement, les musées néerlandais, sortes de tabernacles nationaux, gardent dans leur ombre fraîche les traits fidèles, inaltérables et toujours vivants de la figure de la vieille Hollande. Ici s'atteste, au milieu de la permanence trop fragile des choses, l'éternité du génie de l'homme, marqué par des œuvres de science et de vérité.

Science et vérité! Tels sont, en effet, les deux termes représentatifs de l'art hollandais de la grande époque. Nous voulons dire du XVIIe siècle, car l'histoire de la peinture hollandaise est relativement brève et tient presque tout entière de la date libératrice du pacte d'Utrecht à la décadence provoquée par l'art faux et conventionnel des Mieris, des Gérard de Lairesse, des Van der Werff, etc.

L'art du peintre hollandais est fait, avons-nous dit, de science et de vérité. Le jour où le mensonge théâtral se substitua à l'observation sincère, même che\ les plus habiles, l'heure de la décadence sonna, et elle fut très rapide, très profonde. Je ne dirai pas irrémédiable, car quelques peintres hollandais contemporains paraissent, comme soumis à une sorte d'influence ancestrale, vouloir renouer à travers les âges les anneaux de la tradition si fâcheusement brisés.

C'est, en réalité, à partir du jour où la domination de la maison d'Autriche prend fin, que la peinture hollandaise, libérée de toute influence extérieure, débarrassée de toute entrave, conquiert véritablement sa puissante originalité et, pendant presque tout un siècle, se développe, se manifeste dans tous les genres, avec une richesse d'expression, avec une science de technique unique dans l'histoire de l'art.

Il faudrait toutefois se garder de ne voir, dans cette somptueuse floraison artistique, qu'une sorte de phénomène miraculeux et inexplicable.

Tous ces grands et petits maîtres, depuis Rembrandt jusqu'à Brekelen-

À"c777z, etc., ne surgirent pas spontanément, armés de leurs palettes merveilleuses, comme s'épanouissent, dans une matinée d'avril, les champs de tulipes et de jacinthes dans les plaines de Harlem.

La grande époque de l'École de peinture hollandaise, malgré son caractère de spontanéité et son troublant aspect de résultats accidentels, a ses deux sources très visibles, bien que toutes deux d'essences fort dissemblables.

Si l'Ecole hollandaise du XVIIe siècle a pu, en effet, entrer librement dans « sa phase de grandeur » et prendre mie place unique dans les écoles de peinture les plus réputées, grâce à la sincérité originale de sa vision et à sa forte technique faite à la fois de vigoureux accents et de nuances d'une délicatesse infinie, c'est que l'époque d'origine, avec sa noblesse hiératique, et celle de transition, malgré son pédantisme conventionnel emprunté à la décadence italienne, avaient initié l'artiste hollandais à la beauté de l'art et l'avaient soumis aux règles les plus sévères du dessin.

Qui oserait nier que le peintre hollandais du XVIIe siècle étudia sans fruit les œuvres des Van Eyck, de Van Ouwater, de Dirck Bouts, de Lucas de Leyde, de Jean Mostaert, de Jean Schorel et même des Maarten van Heemskerk, des Hendrick Golt\ius et des Bloemaert ?

Après cela, il trouvera tout naturellement dans le spectacle quotidien et magique de la nature, même sous ses plus humbles aspects, les lois mystérieuses de la couleur. Et avec quel rare prestige!

Ce qui caractérise, en effet, « le siècle d'or » de la peinture hollandaise, c'est la fervente, c'est ï amoureuse observation de la nature, et presque exclusivement de la nature néerlandaise. Le sujet importe peu . // est quelquefois même, comme dans les plus remarquables peintures de Jan Steen, d'une trivialité presque repoussante et l'artiste, en apparence réfractaire à toute émotion spiritualiste, se complaît visiblement dans l'expression des plus basses vulgarités de la vie. Mais de quel décor de lumière, de quelle splendeur de clarté, de quel mystère d'ombre douce et diaphane il sait envelopper la joie ou la misère humaine/

Le personnage semble disparaître et se fondre dans l'ambiance magique, et si, devant cet art «extérieur» mais très particulier, l'âme reste fermée à l'émotion mystique qu'elle éprouve devant une fresque quattrocentiste, l'œil demeure ébloui comme devant la naissance et l'agonie du soleil.

C'est ici le royaume du peintre.

On devine sans peine que, lorsque la tyrannie espagnole prit fin et lorsque le dernier des soldats de Philippe II eut été chassé des Pays-Bas, une sorte de généreuse folie, de patriotique ivresse gagna tous les artistes, qui, sans se soucier des traditions spirilualistes des vieux maîtres, mais l'oreille cependant ouverte à leurs précieux conseils, n'eurent plus d'autre souci que de regarder autour d'eux, que de scruter les visages de leurs compatriotes, visages sévères ou joyeux, de contempler les ciels profonds ou les mers grises avec leurs flottes de nuages et de bateaux, les prairies vertes aux horizons infinis où, dans la vapeur argentée du sol humide, se profilent les hautes silhouettes des vaches immobiles, les tavernes enfumées où de joyeux drilles et de vigoureuses commères chantent et s'enlacent, le broc en main, en célébrant, à gorge déployée et à corsage ouvert, l'amour, le vin et le triomphe du stathouder..., sans redouter l'intervention des lansquenets du terrible duc d'Albe et le fameux Tribunal des conflits.

Toute l'âme de la Hollande libérée, de la Hollande grave et joyeuse, avec ses ciels incomparables, ses mystérieux intérieurs vivement illuminés d'or et d'argent par la douce caresse du soleil et le rayonnement des cuivres, ses fleuves aux rives plates et fleuries, ses jolies villes rouges redevenues calmes et riantes, ses mers houleuses et grises sillonnées de nouveau par de nombreux navires aux mâts desquels flotte le pavillon national..., resplendit et s'éternise dans les grands et les petits chefs-d'œuvre, rassemblés avec un soin jaloux dans les galeries néerlandaises et dispersés à travers les musées et les collections privées du monde entier.

A l'Exposition des Grands et des Petits Maîtres hollandais, qui s'ouvrit avec tant d'éclat, au printemps de celte année igi i , dans les salles du Jeu de Paume, et dont le succès fut si considérable, ne figuraient cependant que des œuvres empruntées exclusivement à des collections parisiennes . Et encore, il faut bien le dire, la générosité des collectionneurs ne fut pas unanime. Les organisateurs de cette fête d'art se consoleront difficilement de n'avoir pu joindre à tant de chefs-d'œuvre déjà rassemblés une cinquantaine de toiles incomparables signées des plus grands noms de l'Ecole hollandaise du XVIIe siècle, qui ornent les galeries de quelques amateurs trop exclusivement épris des merveilles d'art et des œuvres de génie qu'ils possèdent, œuvres qui, en définitive, font partie du patrimoine de l'humanité, comme la clarté du jour et la lumière des étoiles.

J'avoue que je ne puis m'imaginer, sans une secrète douleur, un milliardaire à l'âme égoïste et dure, qui, d'un seul coup, « raflerait » les plus purs chefs-d'œuvre d'art encore « en circulation » et se ferait une joie cruelle de les sceller à jamais derrière les grilles de son palais? Qui oserait prétendre que devant un acte pareil la conscience publique ne devrait pas s'émouvoir?

Mais de l'avis de tous les amateurs sincères et désintéressés, l'Exposition des Grands et des Petits Maîtres hollandais, dans les salles du Jeu de Paume, malgré ses quelques regrettables et inévitables lacunes, marque une date importante dans l'histoire des grandes manifestations artistiques des années passées. Son action éducative recherchée par ses organisateurs fut très sensible, et elle a mérité que son souvenir vécût dans un « livre d'or » où seront reproduites, mentionnées et décrites les plus belles des œuvres exposées.

Le 23 juillet ign.

PHILIPPE WOUWF.RMAN Dinx

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MASSEURS DE BOIS MORT m de M. le Docteur Melville Wassermanni

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