SIESTE
m de M Edouard Kann )
GRANDS ET PETITS MAITRES HOLLANDAIS n3
et d'une franchise très modernes, c'est la vibration lumineuse, d'une qualité si particulière, qui s'en dégage. Nous ne chercherons pas à analyser le métier de ce prodigieux artiste et à rechercher à l'aide de quels « procédés » magiques il a su garder à ses chefs-d'œuvre cette fleur qui leur donne l'aspect ensorceleur d'une éternelle jeunesse. Rien de moins compliqué, en apparence, que cet art d'une distinction si haute, que ce métier souple et fort, que cette invention si volontairement simplifiée. Et, cependant, rien de plus mystérieux... Il fait, par la prestigieuse utilisation des plus simples éléments, en quelques coups de pinceau, d'inoubliables, d'obsédants chefsd'œuvre... Et, sans parler de ses toiles les plus célèbres et que les galeries nationales et les amateurs se disputent aujourd'hui à prix d'or, je ne mentionnerai ici que les deux étranges petites tètes aux pâleurs vives, aux lèvres rose pâle et à l'indéfinissable sourire (musée de La Haye et collection d'Arenberg), dont le regard aigu et railleur vous poursuit à travers le temps.
Avec ses riches harmonies perlées, où les rouges puissants, les noirs de velours, les jaunes d'or s'épanouissent parfois, avec une subtile discrétion, dans une radieuse symphonie, Vermeer est le frère glorieux de Velasquez, après avoir, comme le témoigne son curieux et charmant tableau, la Toilette de Diane (musée de La Haye1, subi la caressante influence de l'Ecole de Parme.
Il a la suprême distinction, l'élégance hautaine et un peu froide, « les tons verdâtres argentés d'une nuance presque indéfinissable du grand maître espagnol ».
Il a aussi le sens très vif de la vie. Son art raffiné est profondément réaliste.
Technique admirable dans son apparente simplicité, goût impeccable, dédain de tout artifice, vision pénétrante de la nature et puissance de l'expression dans toute sa vérité : telles sont les fortes qualités qui font de Vermeer de Delft un des maîtres les plus illustres de la peinture, un de ceux dont la renommée ne fera désormais que grandir et dont l'influence heureuse s'exercera chaque jour davantage sur les peintres de la vie moderne. Comme Rembrandt, son glorieux compatriote, il est en marge de toute école, et son isolement ajoute encore à sa grandeur.
Puis, presque brusquement, après avoir jeté, pendant tout un siècle, un si vif éclat dans des genres très divers, l'Ecole hollandaise, avec les
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Gérard de Lairesse, les Willem van Mieris, les Adrien van der Werff, les Van Schichten, etc., etc., entre en pleine décadence, pendant de longues années, de la lin du xvne siècle au milieu du xixe, c'est-à-dire jusqu'à l'heure où ses artistes reviennent à la technique abandonnée des ancêtres illustres et à l'observation fervente de la nature. Alors a la nuit fait place au jour ». Voici les précurseurs de la nouvelle Renaissance : ils s'appellent Maris, Bosboom, Mauve, Gabriel, Mesdag, Josef Israels... A ce groupe glorieux succédera la génération des Breitner, des Bauer, des Verster, des Toorop, des Veth, des Derkinderen, etc.
Après une floraison inusitée, presque épuisante, l'École de peinture hollandaise avait besoin d'une sorte de sommeil réparateur. L'heure féconde du réveil a sonné.
de M W,i
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REUNION MONDAINE (Collection de M. le Chevalier de Stuers)