‹ Grands prosateurs du dix-septième siècle; avec notesChapitre 18 sur 122 · MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

MADAME DE SÉVIGNÉ

et beaucoup d'autres pensèrent mourir de douleur; mais il fallut se faire violence, et songer aux grandes

55 affaires qu'oïl avait sur les bras. On lui a fait un

vice militaire dans le camp, où les larmes et les cris

faisaient le véritable deuil : tous les officiers pourtant10

avaient dos écharpes de crêpe ; tous les tambours en

étaient couverts, qui ne frappaient qu'un coup; les

60 piques traînantes et les mousquets renversés ; mais ces cris de toute une armée ne se peuvent pas représenter, sans que l'on n'en soit ému. Ses deux véritables neveux11 étaient à cette pompe, dans l'état que vous pouvez penser. M. de Roye tout blessé s'y fit porter ;

65 car cette messe ne fut dite que quand ils eurent repassé le Rhin. Je pense que le pauvre chevalier12 était bien abîmé de douleur. Quand ce corps a quitté son armée, c'a13 été encore une autre désolation ; partout où il a passé c'a été des clameurs ; mais à

70 Langres14 ils se sont surpassés; ils allèrent tous audevant de lui tous habillés de deuil au nombre de plus de deux cents, suivis du peuple ; tout le clergé en cérémonie ; ils firent dire un service solennel dans la ville, et en un moment se cotisèrent tous pour cette

75 dépense, qui monte à cinq mille francs, parce qu'ils reconduisirent le corps jusqu'à la première ville, et voulurent défrayer tout le train. Que dites- vous de ces marques naturelles d'une affection fondée sur un mérite extraordinaire ? Il arrive à Saint-Denis15 ce

80 soir ou demain; tous ses gens l'allaient reprend n1,; à deux lieues d'ici ; il sera dans une chapelle en dépôt,17 en attendant qu'on prépare la chapelle. Il aura un service, en attendant celui de Notre- Dam e,u qui sera solennel.

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