ANCIENS SOLDATS PERSES
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et les meubles précieux suivaient dans une abondance prodigieuse, et enfin tout l'attirail que demande une telle vie. Une armée composée de cette sorte, et déjà embarrassée de la multitude excessive de
1 60 soldats, était surchargée par le nombre démesuré de ceux qui ne combattaient point. Dans cette confusion, on ne pouvait se mouvoir de concert : "" les ordres ne venaient jamais à temps, et dans une action tout allait comme à l'aventure, sans que personne fût
165 en état de pourvoir à ce désordre. Joint encore qu'il21 fallait avoir fini bientôt, et passer rapidement dans un pays : car ce corps immense, et avide non seulement de ce qui était nécessaire pour la vie, mais encore de ce qui servait au plaisir, consumait22 tout en
170 peu de temps; et on a peine à comprendre d'où il pouvait tirer sa subsistance.
Cependant, avec ce grand appareil, les Perses étonnaient23 les peuples qui ne savaient pas mieux la guerre qu'eux. Ceux mêmes qui la savaient se trou-
175 vèrent ou affaiblis par leurs propres divisions, ou accablés par la multitude de leurs ennemis ; et c'est par là que l'Egypte, toute superbe qu'elle était et de son antiquité, et de ses sages institutions, et des conquêtes de son Sésostris,24 devint sujette des Perses.
180 II ne leur fut pas malaisé de dompter l'Asie Mineure et même les colonies grecques, que la mollesse de l'Asie avait corrompues. Mais quand ils vinrent à la Grèce même, ils trouvèrent ce qu'ils n'avaient jamais vu, une milice réglée,26 des chefs entendus,
185 soldats accoutumés à vivre de peu, des corps endurcis au travail, que la lutte et les autres exercices ordinaires dans ce pays rendaient adroits, des armées médiocres27 à la vérité, mais semblables à ces corps
LKS GRECS
vigoureux où il semble que tout soit nerf, et où tout est plein d'esprits ; au reste, si bien commandées et 190 si souples aux ordres de leurs généraux, qu'on eût cru que les soldats n'avaient tous qu'une même âme, tant on voyait de concert dans leurs mouvements.28
Mais ce que la Grèce avait de plus grand était une politique ferme et prévoyante, qui savait abandonner, 195 hasarder et défendre ce qu'il fallait ; et, ce qui est plus grand encore, un courage que l'amour de la liberté et celui de la patrie rendait29 invincible.
Les Grecs, naturellement pleins d'esprit et de courage, avaient été cultivés de bonne heure par des rois et des colonies venues d'Egypte,30 qui, s'étant établies dès les premiers temps en divers endroits du pays, avaient répandu partout cette excellente police
des Égyptiens. C'est de là qu'ils avaient appris les 210 exercices du corps, la lutte, la course à pied, la course à cheval et sur des chariots, et les autres exercices qu'ils mirent dans leur perfection par les glorieuses couronnes des Jeux Olympiques.31 Mais ce que les Egyptiens leur avaient appris de meilleur, 215 était à se rendre dociles, et à se laisser former par les lois pour le bien public. Ce n'était pas des particuliers qui ne songent qu'à leurs affaires, et ne sentent les maux de l'Etat qu'autant qu'ils en souffrent eux-mêmes, ou que le repos de leur famille en est 220 troublé : les Grecs étaient instruits à se regarder, et