‹ Grands prosateurs du dix-septième siècle; avec notesChapitre 27 sur 122 · ROC DE BEHISTUN, EN KURDISTAN, OU SONT ECRITS LES EXPLOITS DE DARIUS · texte numérisé non relu

ROC DE BEHISTUN, EN KURDISTAN, OU SONT ECRITS LES EXPLOITS DE DARIUS

redresser tout à fait les autres. Tout dégénéra sous ses successeurs, et le luxe des Perses n'eut plus de 15 mesure.

Mais, encore que5 ces peuples devenus puissants eussent beaucoup perdu de leur ancienne vertu en s'abandonnant aux plaisirs, ils avaient toujours conservé quelque chose de grand et de noble. Que peut- 20 on voir de plus noble que l'horreur qu'ils avaient pour le mensonge, qui passa toujours parmi eux pour un vice honteux et bas ? Ce qu'ils trouvaient le plus

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lâche, après le mensonge, était de vivre d'emprunt. -5 Une telle vie leur paraissait fainéante,0 honteus

vile, et d'autant plus méprisable qu'elle portait à mentir. Par une générosité naturelle à leur nation, ils traitaient honnêtement7 les rois vaincus. Pour peu que les enfants de ces princes fussent capables de

30 s'accommoder avec8 les vainqueurs, ils les laissaient commander dans leur pays avec presque toutes les marques de leur ancienne grandeur. Les Perses étaient honnêtes,7 civils, libéraux envers les étrangers, et ils savaient s'en9 servir. Les gens de mérite étaient

35 connus parmi eux, et ils n'épargnaient rien pour les gagner. Il est vrai qu'ils ne sont pas arrivés à la connaissance parfaite de cette sagesse qui apprend à bien gouverner. Leur grand empire fut toujours régi avec quelque confusion. Ils ne surent jamais trouver

40 ce bel art, depuis si bien pratiqué par les Romains, d'unir toutes les parties d'un grand Etat, et d'en faire un tout parfait. Aussi n'étaient-ils presque jamais sans révoltes considérables. Ils n'étaient pourtant pas sans politique. Les règles de la justice étaient

45 connues parmi eux, et ils ont eu de grands rois qui les faisaient observer avec une admirable exactitude. Les crimes étaient sévèrement punis ; mais avec cette modération, qu'en pardonnant aisément les premières fautes, on réprimait les rechutes par de rigoureux

50 châtiments. Ils avaient beaucoup de bonnes lois, presque toutes venues de Cyrus et de Darius, fils d'Hystaspe. Ils avaient des maximes de gouvernement, des conseils réglés10 pour les maintenir, et une grande subordination dans tous les emplois. Quand

55 on disait que les grands qui composaient le conseil étaient Us yeux et les oreilles du prince, on avertis-

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sait tout ensemble, et le prince qu'il avait ses ministres comme nous avons les organes de nos sens, non . pas pour se reposer, mais pour agir par leur moyen, et les ministres qu'ils ne devaient pas agir 60 pour eux-mêmes, mais pour le prince, qui était leur chef, et pour tout le corps de l'État. Ces ministres devaient être instruits des anciennes maximes de la monarchie. Le registre qu'on tenait des choses passées servait de règle à la postérité. On y marquait 65 les services que chacun avait rendus, de peur qu'à la honte du prince, et au grand malheur de l'État, ils ne demeurassent sans récompense. C'était une belle manière d'attacher les particuliers au bien public, que de leur apprendre qu'ils ne devaient jamais sacrifier 70 pour eux seuls, mais pour le roi, et pour tout l'État, où chacun se trouvait avec tous les autres. Un des premiers soins du prince était de faire fleurir l'agriculture ; et les satrapes,11 dont le gouvernement était le mieux cultivé, avaient la plus grande part aux grâces. 75 Comme il y avait des charges12 établies pour la conduite des armes, il y en avait aussi pour veiller aux travaux rustiques : c'était deux charges semblables, dont Tune prenait soin de garder le pays, et l'autre de le cultiver. Le prince les protégeait avec une So affection presque égale, et les faisait concourir au bien public. Après ceux qui avaient remporté quelque avantage à la guerre, les plus honorés étaient ceux qui avaient élevé beaucoup d'enfants. Le respect qu'on inspirait aux Perses, dès leur enfance, pour 85 l'autorité royale, allait jusqu'à l'excès, puisqu'ils y mêlaient de l'adoration, et paraissaient plutôt des esclaves que des sujets soumis par raison à un empire légitime : c'était l'esprit des Orientaux ; et peut-être

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90 que le naturel vif et violent de ces peuples demandait un gouvernement plus ferme et plus absolu.

La manière don! on élevait les enfants des rois est admirée par Platon,11 et proposée aux Grecs comme le modèle d'une éducation parfaite. Dès l'âge de sept ins, on les tirait des mains des eunuques pour les faire monter à cheval, et les exercer à la chasse. A l'Age de quatorze ans, lorsque l'esprit commence à se former, on leur donnait pour leur instruction quatre hommes des plus vertueux et des plus sages

100 de l'Etat. Le premier, dit Platon, leur apprenait la magie,14 c'est-à-dire, dans leur langage, le culte des dieux selon les anciennes maximes et selon les lois de Zoroastre, fils d'Oromase ;15 le second les accoutumait à dire la vérité, et à rendre la justice ; le

105 troisième leur enseignait à ne se laisser pas vaincre par les voluptés, afin d'être toujours libres et vraiment rois, maîtres d'eux-mêmes et de leurs désirs ; le quatrième fortifiait leur courage contre la crainte, qui en eût fait des esclaves, et leur eût ôté la con-

110 fiance si nécessaire au commandement. Les jeunes seigneurs étaient élevés à la porte16 du roi avec ses enfants. On prenait un soin particulier qu'ils ne vissent ni n'entendissent rien de malhonnête. On rendait compte au roi de leur conduite. Ce compte

115 qu'on lui en rendait était suivi, par son ordre, de châtiments et de récompenses. La jeunesse, qui les voyait, apprenait de bonne heure, avec la vertu, la science d'obéir et de commander. Avec une si belle institution,17 que ne devait-on pas espérer des rois de

120 Perse et de leur noblesse, si on eût eu autant de soin de les bien conduire dans le progrès de leur âge, «ju'on en avait de les bien instruire dans leur enfance ?

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Mais les mœurs corrompues de la nation les entraînaient bientôt dans les plaisirs, contre lesquels nulle éducation ne peut tenir. Il faut pourtant confesser 125 que, malgré cette mollesse des Perses, malgré le soin qu'ils avaient de leur beauté et de leur parure, ils ne manquaient pas de valeur, ils s'en sont toujours piqués, et ils en ont donné d'illustres marques. L'art militaire avait parmi eux la préférence qu'il méritait, 130 comme celui à l'abri duquel tous les autres peuvent s'exercer en repos. Mais jamais ils n'en connurent le fond, ni ne surent ce que peut18 dans une armée la discipline, l'arrangement des troupes, l'ordre des marches et des 135

campements, et enfin une certaine conduite qui fait remuer ces grands corps sans confusion et à propos.

Ils croyaient avoir tout fait quand ils avaient ramassé sans choix un peuple immense, qui allait au combat assez résolument, mais sans ordre, et qui se trouvait embarrassé d'une multitude infinie de personnes inutiles que le roi et les grands traînaient après eux, seulement pour le plaisir. Car leur mollesse était si grande qu'ils 150 voulaient trouver dans l'armée la même magnificence et les mêmes délices que dans les lieux où la cour faisait sa demeure ordinaire ; de sorte que les rois marchaient accompagnés de tout ce qui servait à leurs plaisirs. La vaisselle d'or et d'argent,19 155

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