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pourrais appeler ma mère, par les hontos (ju'ollc avait pour moi, ot à larjuelle je no ponsc jamais sans un véritable attendrissement. Je vous prie de témoigner à M. Gonceru le plaisir que j'aurai aussi de le revoir et d'être reçu de lui un peu de la même bonté que vous avez toujours eue pour moi. Je vous embrasse de tout mon cœur l'un et l'autre et suis avec le plus tendre et le plus respectueux attachement... »
Madame Gonceru était la cadette des trois tantes de Rousseau du côté paternel. La mère de Jean-Jacques étant morte huit jours après ses couches, son mari pria sa sœur cadette de venir chez lui pour tenir le ménage et élever les deux enfants. Les Confessions font une charmante peinture de cette fidèle tante, qui, dans la tâche qui lui incomba, aurait pu être mieux secondée par son frère ' .
^ Voir à son sujet Eug. Ritter, Revue des Deux Mondes, 15 février 1895, p. 906. — On possède encore une autre lettre de Jean-Jacques à sa tante Gonceru. Elle est datée du 9 février 1770 et respire la même tendresse et la même gratitude que celle de 1754. Depuis mars 1767, Rousseau faisait alors à sa tante une petite pension annuelle toujours payée d'avance. — Bernardin de St-Pierre raconte qu'un de ses anciens camarades de col-
Nous possédons encore une cinquième lettre, d'ailleurs sans importance, envoyée par Rousseau de Grange-Canal ; elle est datée du 13 septembre et adressée à Madame Bourette à Paris, en retour de vers dont elle avait fait hommage àRousseau\
« Après quatre mois de séjour à Genève,
lège, venant le prier de le présenter à Rousseau (c'était entre 1772 et 1778), lui avait dit qu'il avait déjà vu son ami au château de Trye et qu'ensuite étant allé voir Voltaire à Genève, il avait appris qu'une tante de Jean-Jacques vivait encore dans un village des environs. Etant allé lui rendre visite, il avait trouvé une bonne vieille qui, en apprenant qu'il avait vu son neveu, ne se possédait pas d'aise. « Comment, Monsieur, lui disait-elle, vous l'avez vu ! Est-il donc vrai qu'il n'a pas de religion ? Nos ministres disent que c'est un impie. Comment cela se peut-il ? Il m'envoie de quoi vivre. Pauvre vieille femme de plus de quatre-vingts ans, seule, sans servante, dans un grenier, sans lui je serais morte de froid et de faim ! » (Musset-Pathey, Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau. 2nie édition, t. Il, p. 225).
'■ Cette dernière lettre se tro\ive dans les Œuvres inédites de Rousseau, 1823, t. I ; les deux précédentes, dans l'édition Musset-Pathey des Œuvres complètes.
(lit .lcan-.la('(|ucs. je rclournai au inois dOclobre à Paris ' ».
M. Borj^eaud, dans sa l)elle Thoso allemande sur la philosophie religieuse de llousseau, dit quekjue part^ (ju'on a appelé l'hégire de Rousseau sa fuite de Paris, et cette fuite ne i)eut être que celle qui le conduisit à Genève en 1704, ou encore celle qui, quelques mois après, le conduisit à l'Ermitage. Quoi qu'il en soit, le séjour qu'il fit alors parmi nous marque bien une des dates les plus importantes de sa vie morale et littéraire. Non seulement il redevint alors protestant et citoyen de Genève, renouant ainsi avec ses origines, la religion de son enfance et sa patrie, mais encore une profonde révolution s'opéra dans ses idées et danè ses tendances. Désormais il s'affranchira toujours plus de l'intluence qu'avaient exercée sur lui les catholiques d'abord, puis et surtout les encyclopédistes ; il redevient luimême en redevenant protestant et Genevois, il recouvre son indépendance spirituelle et peut ainsi donner essor à toute son originalité, à
' Le 15 octobre, il écrivait de Paris au pasteur Vernes une lettre à laquelle il a été déjà fait allusion à propos d'Abauzit.
2 /.-/. Rousseau' s Religionsphilosophie, Genève et Leipzig, 1883, p. 147.
tout ce qu'il y avait en lui de plus profond, de plus vivacelet de meilleur.
Dans une page que je vais traduire assez librement, en y ajoutant quelques dates, M. Borgeaud distingue trois périodes dans l'activité littéraire de Jean-Jacques.
Dans la première, dit-il, période d'éruption et d'irruption (selon la traduction qu\i donnée Marc-Monnier de l'expression allemande bien connue « Sturm-und Drangperiode >;), Rousseau s'élance hardi, brillant, comme un génie de la force et, tout armé de paradoxes, il conquiert une place de premier rang parmi les écrivains de l'époque. On le voit alors entouré d'encyclopédistes, Diderot, Condillac et Grimm sont de ses intimes ; il collabore à l'Encyclopédie ; en un mot, il appartient au monde de la philosophie régnante. Alors apparaissent les deux Discours présentés à l'Académie de Dijon : le premier composé en 1749-o0 ; le second, composé en 1753-o4 et publié, avec la Dédicace, en 1755.
La seconde période, celle de l'activité créatrice, s'ouvre avec l'établissement de Rousseau à l'Ermitage (4 avril 1755), et sa rupture avec les philosophes. Ce n'est qu'alors que se déploient toute son originalité et toute la force de son esprit. C'est un penseur rétléchi et,
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lorscju'il émcL des paradoxes, il les prémédite. II écrit coup sur coup sa LcUnf à VoUairc sur la Providence (17o(>), celle à d'Alembert sur les spectacles (IToH), la Nouvelle Hêloïse (17o9- 1761), le Contrat social^ V Emile et la Lettre à Mf/r de Beaumont (1762), les Lettres écrites de ta Monta(ine{\l^'y).
La troisième période est celle des apologies autobiographiques. L'auteur de VEmile a déposé sa plume ; sa tâche est finie, il a dit tout ce qu'il avait à dire. 11 soupire après le repos ; mais il ne peut le trouver. Celui que lui laissent les gouvernements est troublé par le souci de sa réputation. Les philosophes le poursuivent de leurs jalouses calomnies, du moins il en est convaincu. Il doit défendre son honneur, et il écrit, dans ce but, les Confessions (1766-68), les Dialogues (1776), les Rêveries (1777-78).
Si bien fondée que puisse paraître en général cette division des œuvres littéraires de Rousseau, elle me semble réclamer deux modifications.
Et d'abord la Dédicace du second Discours, qui a été écrite en vue de Genève, qui a dû être revisée soit dans le séjour qu'il y fit, soit peu après, et dont le contenu est tout genevois, en même temps que parfaitement calme,
raisonnable, équilibré, ne me parait pas être de la première période, mais bien de la seconde. Elle se relie tout naturellement à la Lettre à Voltaire sur la Providence et à celle à d'Alembert sur les spectacles.
Il me semble ensuite qu'au lieu de trois périodes, il faudrait en compter quatre, en dédoublant la troisième, il y aurait ainsi comme troisième période celle des apologies autobiograpbi(|ues, représentée seulement par les Confessiom et par les Dialoques.^ et comme quatrième, une période de repos, oi^i l'auteur n'écrit plus que pour lui-même, pour se recueillir, pour exprimer définitivement sa foi, et que signalent d'une manière si remarquable les Rêveries et V Allégorie.
Ce fut donc un heureux moment dans l'histoire de Genève et dans celle de Jean-Jacques que celui où il séjourna quelques mois à Grange-Canal. Mais ce moment fut court et il fut suivi par de tristes événements dans les destinées respectives de la République et de son éminent citoyen. Le changement toutefois ne se fit pas sans transitions, et surtout il ne fut pas définitif. Après avoir perdu la liberté, Genève la recouvra par la grâce de Dieu, et cette même grâce amena Rousseau à trouver
en Jésus-Chiist la paix de son amc. Dans son Cd'ur, il était resté toujours (i(J(;le à sa patrie, et elle finit par reconnaître et par saluer on lui un de ses fds les plus illustres et les plus honorables. Après Torage et ses horreurs, le calme reparut, et avec lui la lumière.