PRÉFACE
Voici un petit livre très utile, très pratique, conçu dans un excellent esprit et dont l'ingénieuse disposition parle clairement aux yeux, dès la première page.
Par la marche parallèle d'un texte très concis et de figures également schématiques, éclairant d'une vive lumière le tableau des phases et évolutions des styles, le jeu des influences, les dérivations ou infiltrations plus ou moins directes et visibles, M. Gauthier facilite singulièrement la besogne très longue et quelque peu ardue que nécessiterait l'étude d'ouvrages excellents et de grande valeur, souvent, mais généralement trop toufi^us.
Les intentions de l'auteur sont, du reste, résumées par lui en quelques lignes dont la clarté dispenserait d'une autre préface.
Aussi, n*ai-je nullement l'intention d'entreprendre ici une analyse d'un travail qui sous une apparence modeste et un volume réduit est excessivement nourri, très capable, par conséquent, d'atteindre le but visé.
Nul mieux que M. Gauthier, d'ailleurs, n'était en situation de donner des conseils aux candidats de nos divers examens du professorat, qu'il a tous, lui-même, très brillamment passés.
Je l'ai vu, tout jeune élève de l'École des Beaux-Arts de Montpellier, remporter, il n'y a pas dix ans, la bourse de voyage dont cette école est libéralement dotée.
La modestie de la bourse ne permettait pas les grands rêves : parcourir le monde, voir la Grèce ou l'Italie.
Quel besoin, du reste, d'aller si loip ? Paris ne suffisait-il pas?
Paris, avec ses musées, ses monuments, ses hôtels particuliers, est une mine inépuisable d'informatio.i pour qui veut et sait regarder, et notre jeune boursier était de ceux-là.
On put le voir, pendant ces deux mois de vacances, passer ses journées, avec un entrain et une persévérance inlassables, au Louvre, à Cluny, au Trocadéro, à Versailles, partout enfin où il pouvait rencontrer un spécimen d'une ci\-ilisation, d'une époque, d'un style ou. même encore, de la manière propre d'un artiste original. Faisant croquis sur croquis, ajoutant encore par cet exercice constant à sa virtuosité naturelle, qu'il avait déjà pu développer dans la fréquentation du riche Musée de Montpellier, il s'est copieusement meublé les yeux et l'esprit.
Si j'insiste sur cette préparation de notre auteur, ce n'est pas sans intention. Je voudrais, me servant de son propre exemple, prémunir les jeunes gens contre le danger qu'offre précisément ce travail si bien présenté, dans son bon ordre et sa concision : celui de faire de l'étude de l'histoire de l'art un simple exercice de mémoire.
Qu'ils soient bien convaincus que s'ils se contentent d'une reproduction plus ou moins fidèle des figures du livre, s'ils n'y joignent de nombreux croquis pris sur le vif d'après les objets mêmes, il ne leur rendra pas le service qu'ils en attendent.
Avoir bien dans la tête tout ce qui constitue un st}le et différencie les époques : principes de construction, proportions, caractère du décor, etc., tout cela est certes indispensable, mais c'est un beau cadavre auquel il ne manque qu'une petite chose : le soufile de la vie.
A qui le demander, sinon à l'observation directe de la nature?
La vue de l'objet, monument ou bibelot, sous divers angles, l'effort tenté pour en interpréter la matière et la coloration, le toucher même, si la chose est possible, viennent au secours de l'enquête et la documentation devient vraiment complète et profitable quand le chercheur a fait, à son tour, œuvre d'artiste.
C'est pourquoi tout ce qui, avec la grande habitude du dessin au tableau, révèle chez les candidats cette sorte de préoccupation leur est largement compté le jour de l'examen.
L'histoire de l'art joue un rôle de plus en plus important dans l'éducation générale; il n'est plus permis, aujourd'hui, à un homme cultivé de ne pas associer dans son esprit les phases successives, par lesquelles sont passées les civilisations, à l'image de monuments de toute nature qui en sont restés les témoins les plus sûrs et les plus éloquents.