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PRÉFACE

Taine, dans le remarquable cours qu'il fit naguère, à l'École des Beaux-Arts, s'exprime ainsi : « L'œuvre d'art est déterminée par un ensemble qui est l'état général de l'esprit et des mœurs environnants. »

Pour lui, c'est une loi indiscutable et telle elle a toujours paru : tous les programmes d'examens pour l'obtention du certificat d'aptitude à l'enseignement du dessin, aussi bien dans le primaire que dans le secondaire, comportaient donc une sérieuse épreuve d'histoire de l'art.

Mais il faut bien le dire, trop souvent il n'en était plus question une fois l'examen passé.

Si la faute en était quelquefois à l'inertie du professeur, il faut en rechercher les véritables causes plus haut.

L'état d'esprit régnant dans l'Université laissait trop visiblement l'enseignement du dessin en dehors du mouvement général de l'instruction donnée dans l'établissement; par suite, les professeurs, quand ils n'étaient pas doués d'un zèle d'apôtre, ne se sentant pas unis à leurs collègues dans une action commune sur les jeunes cerveaux qui leur étaient confiés, se décourageaient, se contentant de faire du dessin tout court, sans se préoccuper davantage d'ouvrir les intelligences aux beautés de l'art et à ses contingences. L'intention, si clairement exprimée, du Conseil supérieur de l'Instruction publique de modifier cet état de choses ne peut que réjouir et encourager nos professeurs dont le rôle est ainsi légitimement relevé au niveau de celui de leurs collègues. Cette alliance, si désirée et si désirable, entre les professeurs d'histoire, de littérature, de sciences et ceux de dessin exige de ces derniers un effort, non pas nouveau, puisque, je le répète, l'épreuve existait de longue date, mais plus soutenu.

Le livre que leur offre M. Gauthier doit d'autant plus puissamment les aider dans cet effort qu'ils seront plus profondément pénétrés de l'amour du beau, source illimitée de jouissances, richesse à la portée de tous.

Il pourra, d'autre part, être d'un grand secours aux jeunes gens qui rêvent d'être un jour, eux aussi, des créateurs, à la condition, toutefois, qu'ils sachent se dégager de cette crainte, beaucoup trop répandue aujourd'hui, de voir l'originalité de l'artiste souffrir de l'excès de savoir.

Edmond BORCHARD,

Inspecteur de l'enseignement du dessin et des Musées.

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En plaçant le mot « graphique » en tête de notre ouvrage nous avons voulu affirmer la disposition intérieure, la forme matérielle adoptée et la netteté schématique toute spéciale qui en résulte. Par le mot « graphique > nous avons voulu entendre non pas exclusivement une suite de dessins au trait, mais encore un texte lié avec eux, formant un tout homogène se lisant facilement et par conséquent s'apprenant bien.

Ce n'est donc pas un livre de lecture, un livre littéraire où le lecteur trouvera des anecdoctes et des particularités; nous n'avons pas pensé non plus à faire ici œuvre de critique ou de chercheur; notre but est plus modeste, plus précis; nous avons surtout cherché à être clair et méthodique.

C'est, croyons-nous, notre seul mérite que d'avoir dégagé, en aussi peu de mots que possible et en quelques pages, toute l'Histoire de l'Art à travers les époques et les civilisations. \J originalité de notre ouvrage réside uniquement dans son exposition, dans sa logique, dans son enchaînement et dans sa forme purement éducatrice; c'est pour cela que nous l'avons spécialement créé; aussi s'adressera-t-il à la jeunesse de nos écoles des Beaux-Arts, qui y trouvera tous les renseignements désirables; il sera particulièrement utile à ceux qui préparent les professorats de dessin de l'État (lycées et collèges, premier degré, degré supérieur, composition décorative); enfin à tous ceux qui veulent avoir des connaissances générales sur l'Histoire de l'Architecture, de la Sculpture, de la Peinture et des Arts industriels.

Le succès réalisé par la première partie de cet ouvrage, dont la première édition a été rapidement épuisée, les nombreuses lettres que nous avons reçues de nos collègues sont pour nous une satisfaction puisqu'elles nous ont montré combien la forme éducatrice du graphique a été comprise de tous ceux qui enseignent

Nous présentons aujourd'hui un ouvrage complet, allant depuis l'Egypte jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle; il y a certes beaucoup de lacunes, dans un sujet aussi vaste; nous n'avons pas la prétention d'avoir voulu tout représenter; ce qui nous a surtout préoccupé, c'est l'ensemble, l'allure générale, la disposition méthodique à conserver d'un bout à l'autre.

Dans chaque style nous nous sommes attaché à bien définir les caractères particuliers et à montrer les éléments principaux qui peuvent servir à les définir avec sûreté; toutefois, nous croyons bon de faire remarquer que les st>ies ne conquièrent pas du premier coup « la formule » que nous nous sommes efforcé de dé2a2er dans cet ouvrage, les transformations ne se font pas brusquement.

Les grandes divisions que nous avons adoptées ne sont en réalité que figuratives et destinées à faciliter la compréhension ; l'histoire des civilisations forme un bloc homogène dont les périodes se confondent parfois ; où il se produit, sous l'action des influences, des retours et des mélanges; si nous découpons cette histoire en morceaux, ce n'est que pour en faciliter l'étude, mais il ne faut pas perdre de vue l'harmonie générale et la merveilleuse progression de la succession enchaînée des civilisations.

Du reste, plus on avance vers les temps modernes, plus les influences sont générales et proviennent de tous côtés, plus la juste appréciation de la durée d'un style devient insaisissable.

Nous pensons que la lecture de notre livre sera très profitable, surtout si on a soin de la compléter parla lecture d'ouvrages spéciaux; nos lecteurs trouveront à cet usage une table bibliographique placée aux dernières pages.

Pour les écoles de peinture, nous n'avons pas insisté sur la vie des grands peintres et sur le caractère et le style de ces écoles ; cela nous aurait conduit trop loin : de nombreuses monographies existent, nos lecteurs feront bien de les consulter.

Nos dessins ne sont que des croquis la plupart destinés à être reproduits au tableau noir; malgré la facilité avec laquelle ils pourront être retenus, on devra avoir soin de compléter leur aspect, chaque fois qu'on le pourra, par des photographies. — Dans cet ordre d'idées, nous conseillons vivement Y Anthologie de l'Art de M. Alfred Lenoir, qui contient 224 superbes reproductions photographiques, véritable musée des chefs-d'œuvre.

Ainsi compris et n'étant que l'armature solide sur laquelle viendront se grouper, plus tard, des études plus complètes, nous croyons avoir réalisé un ouvrage qui sera utile à tous les jeunes gens qui se destinent à l'Art et nous serons heureux d'avoir ainsi apporté notre petite pierre à la construction de ce vaste édifice qui abrite l'éducation de nos fils.

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