MARCHE DES ISRAELITES DANS LE DESERT
(H. 191 mil!., L. 160 mill.)
L'art a été exercé à Lyon sous toutes les formes, et Ton ne compte pas en cette ville moins de trois mille maîtres d'art ou de métier dans les deux siècles et demi qui commencent au milieu du xive siècle pour finir aux dernières années du xvie siècle. Nous n'avons pas à revenir sur les faits d'ordre général, quelque intérêt qu'ils offrent1; peut-être n'a-t-on pas pu bien juger, d'après nos études 2, de l'importance relative que l'art de la gravure en particulier a eue à Lyon, gravure en relief et gravure en creux, gravure sur métal et gravure sur bois. C'est pourquoi nous allons parler encore des graveurs.
1 L'ancien régime du travail à Lyon (du xive au xvne «6cle), 1897.
2 Les Graveurs sur bois et les imprimeurs à Lyon au xve siècle, 1896. Bernard Salomon, peintre et tailleur d'histoires à Lyon au xvie siècle, 1897. Les Graveurs d'estampes sur cuivre à Lyon au xvn8 siècle, 1897. Les Médailleurs lyonnais, 1896. Les Graveurs de monnaies à Lyon (du xme au xvm° itrcle), 1897.
De quel prix fut la gravure pour le peuple de Lyon! On en est tout surpris. Nous devons à cette branche de l'art cette légion de compositeurs et de dessinateurs, obscurs sans doute, mais qui furent si nécessaires à l'ornementation du livre ou de l'étoffe, à celle du meuble ou de l'orfèvrerie. Gomme ils étaient ingénieux, féconds, habiles; comme ils savaient, par des inventions délicates et quelquefois hardies, aider au travail dans un milieu où il fallait en renouveler sans cesse la forme!
C'est par les graveurs que l'imprimerie a pris à Lyon, même près de son origine, un essor imprévu et un attrait nouveau ; c'est à eux que, au xvie siècle, elle a dû son originalité, son succès et son développement. Sans doute il ne faut pas chercher là ce qu'on appelle le grand art ; il ne faut pas s'attendre à trouver chez le graveur un haut vol. A des métiers souvent transformés pour satisfaire à la demande nouvelle, à un commerce puissant, la cité lyonnaise devait sa richesse; elle ne voulait connaître que les entreprises qui servaient ses intérêts, et le peuple s'attachait le plus à ce qui, dans l'art, avait l'application la plus étendue et, on est tenté de le dire, la plus commune. Ni le sens juste ni la science de l'art, ni l'aptitude ni le goût n'ont cependant manqué à ce peuple. Il suffit pour le montrer de l'exemple du peintre Perréal. Jean Perréal s'est formé à Lyon ; il y a fait de fréquents séjours et s'était élevé assez haut pour que Charles VIII, Anne de Bretagne, Louis XII et François Ier l'aient retenu à leur service1. Non, les
1 Perréal n'est pas le seul de nos peintres qui ait travaillé au xv° et au xvie siècle pour la cour de France.