‹ Graveurs sur bois à Lyon au seizième siècleChapitre 2 sur 21 · AU MILIEU DU XVI« SIECLE · texte numérisé non relu

AU MILIEU DU XVI« SIECLE

qualités rares qui font les artistes n'ont pas manqué à nos maîtres ; l'occasion de les déployer leur a fait défaut. Gela est aussi vrai pour la peinture et la sculpture que pour la gravure. Celle-ci était familière à nombre de nos artisans.

Nous ne dirons rien de Fart de la monnaie qui ne pouvait avoir dans nos ateliers et n'y eut jamais qu'une valeur secondaire. Il en fut autrement de l'art de la médaille, art savant, art charmant, qui se produisit à Lyon, au xve et au xvie siècle, avec des caractères d'originalité, de diversité et même de supériorité qu'on n'a pas encore assez remarqués. C'est que, à cette époque, la médaille était souvent un bijou ou un ornement de pièce d'orfèvrerie, et l'orfèvrerie, comme la bijouterie, était un des métiers qui faisaient la réputation et la prospérité de la cité. Il y a eu même cette singularité qu'on ne se contentait pas des originaux; on se plaisait à en introduire l'image dans les livres, et toutes sortes d'effigies sont figurées dans le champ de « médailles à l'anticque ». Il y a de ces médaillons dessinés, ceux de Jacques de Strada et de Georges Reverdy, par exemple, dont on ne saurait trop vanter l'élégance.

Ce n'est pas tout : on sait l'étendue à Lyon du rôle de la gravure tirée sur le papier, gravée sur le bois ou sur le métal. Elle a donné naissance à deux arts distincts : l'un inséparable de la décoration du livre, qui remonte au troisième quart du xve siècle; l'autre, plus indépendant, moins ancien, d'un travail artistique plus élevé. Dans l'un et l'autre, il s'est produit à Lyon des initiatives dignes de remarque. Que de raffinements dans

les choses de l'esprit et dans les choses du goût en ce temps-là ; quelle heureuse et facile appropriation des procédés du dessin, de la composition et de la taille, suivant la mise en scène, les effets à obtenir et l'accent à donner aux ouvrages ! En un mot, que d'exemples d'excellence dans l'invention et dans l'exécution la ville de Lyon a donnés' en cet art au xvie siècle ! Nombreux sont ces exemples, nombreuses les preuves de force dans nos métiers, et tel était l'esprit du temps que, à notre grand regret, presque tous nos artisans n'ont pas attaché leur nom à leurs œuvres.

Nous ne pouvons pas ne pas rappeler en cette occasion le nom de maîtres d'assez haute valeur, encore fort peu connus de nos jours. Les graveurs sur métal lyonnais comptent parmi les burinistes les plus anciens et ont laissé des pièces précieuses, d'un travail délicat et serré. Il suffit d'en nommer deux: Jean de Gourmont dans l'œuvre duquel on observe une finesse exquise, la grâce et la noblesse ; Georges Reverdy, qui fut célèbre au milieu du xvie siècle. L'œuvre gravé sur métal est rare, plus rare que celui gravé sur bois, et il est singulier qu'il ait le plus frappé les contemporains.

Un bel esprit du temps de Henri II, Charles Fontaine, l'a célébré :

« Sur estampe blanche mordans D'une merveilleuse morsure, Que sans entrer dedans Dure sans fin et sans mesure :

Et se fait connaître par tout Où le soleil se lève et couche,

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