‹ Graveurs sur bois à Lyon au seizième siècleChapitre 12 sur 21 · JEAN MONI · texte numérisé non relu

JEAN MONI

voir en Eskrich et en Moni qu'un même personnage. Dans cette situation, il ne faut pas écarter une autre hypothèse suggérée par la remarque suivante de M. J. Baudrier, l'auteur de la Bibliographie lyonnaise du xvic siècle.

Le nom de Moni serait, en patois lyonnais comme en patois bressan, une des formes du nom de Monnier. Or il y a eu à Lyon, au xvi° siècle, des Monnier : dans la première moitié de ce siècle, des imprimeurs, entre autres Jean ou James Monnier (...1515-1558), et au milieu du xvie siècle, un peintre, Jean Monnier (en 1557). Ce peintre, nous ne le connaissons que par un seul acte1; il ne figure dans aucun des recensements consulaires. Ce Jean Monnier, dont nous ne savons rien, pouvait porter comme surnom son nom exprimé en patois, mais, en l'absence de tout renseignement positif, pouvons-nous le tenir pour un de ces artistes « qui honorent la ville de Lyon au xvie siècle 2 » ?

Nous ne sommes en présence que d'un fait certain : l'exécution à Lyon par le Pierre Eskrich dit Cruche dont nous avons parlé plus haut de dessins et de gravures sur bois qu'il a faits au moins de 1556 à 1581.

Nous avons des ouvrages datés, signés par lui de son nom ou de son surnom.

Il semble qu'on puisse, d'après cela, reconstituer son œuvre, et c'est néanmoins une entreprise très difficile à raison de l'inégalité de sa manière. En outre les impri-

1 M. J. Baudrier nous a appris que Jean Monnier, le peintre, a été témoin d'une donation.

2 DidoX, Essai, col. 263

meurs, et en particulier Ro ville, avaient des graveurs qui ne reproduisaient pas toujours fidèlement l'esprit et la finesse des dessins, leur taille étant surchargée, et le tirage est souvent défectueux.

Pour en finir avec Moni, nous dirons qu'on ne saurait accepter avec confiance les assertions de Papillon et celles de Mariette relatives aux épreuves de ces bibles d'Escricheus et de Moni qu'ils avaient obtenues.

Papillon a dit l'origine de ces épreuves : elles provenaient du fonds d'un imprimeur parisien qui avait acheté ces bois, les bois des bibles de Moni , comme aussi « d'Antonius Pinœus et de Petrus Estricheus » , et Papillon nous apprend même que le possesseur de ces derniers bois (de Pinœus et à'Fskricheus) lui a laissé tirer des épreuves de quelques-unes de ces gravures1. Il est presque certain que ce sont ces épreuves que la Bibliothèque nationale possède.

En résumé, on n'a donné à Moni avec quelque assurance que les vignettes des Figures du Nouveau Testament et des Actes des Apôtres, mais Eskrich est tellement inégal dans son travail et la gravure est si négligée qu'on peut lui attribuer ces bois.

En l'état présent des choses, il est naturel d'admettre qu'Eskrich et Moni sont un même personnage.

C'était l'avis de Renouvier, mais Renouvier ignorait l'existence très réelle d'Eskrich dit Cruche ou Vase, dessinateur, peintre et tailleur d'histoires, et n'avait pas vu de bois signés par celui-ci, de sorte qu'il a signalé

1 Traité, t. I, p. 530.

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