A LYON
DANS LA SECONDE MOITIÉ DU XVIe SIÈCLE
A lire l'histoire du livre à Lyon dans la seconde moitié du xvie siècle, il semble que l'ornementation du livre, et en particulier celle de l'Ancien et du Nouveau Testament, ne doive être attribuée qu'à deux ou trois personnages, dessinateurs (on disait alors peintres) ou graveurs. On ne cite que Bernard Salomon et que Moni ; Eskrich ou Cruche est même passé sous silence. Nous ne dirons rien du petit Bernard, dont l'œuvre, s'il n'est pas encore exactement connu, peut être déterminé avec quelque netteté 4. La lumière n'est pas près d'être faite sur Eskrich et sur Moni, et, dans le présent essai, nous nous sommes efforcé de dissiper une partie des obscurités du sujet.
* Nous avons essayé de faire cette étude, et nous pensons avoir réussi à faire connaître le caractère principal de la manière de ce maître; nous sommes loin d'avoir encore tout dit. (Bernard Salomon, 189T.)
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Bernard Salomon, Pierre Eskrich et Jean Muni (?) ont été des illustrateurs de bibles. Nous devons montrer, ne fût-ce que de la façon la plus sommaire, quelle a été la diversité de l'illustration des bibles et montrer aussi quelle paraît avoir été la part de Bernard Salomon comme celle d'Eskrich et celle de ce Moiii qui reste inconnu.
Le succès des éditions de Jean de Tournes décorées par Bernard Salomon détermina Guillaume Roville à suivre cet exemple, mais Roville et d'autres après lui ne procédèrent pas comme de Tournes ; ils eurent recours à plusieurs ouvriers du crayon et de l'outil, à l'achat d'anciens bois, et c'est ce qui ajoute à la difficulté de l'étude de leurs éditions.
Jean de Tournes n'avait pas été le premier à entreprendre à Lyon de donner une bible illustrée. Nous n'avons pas à rechercher ce que ses devanciers avant 1550 ont produit en ce genre. Nous rappellerons toutefois que Balthazar Arnoullet a publié en 1550 une bible in-folio *, qui contient 186 vignettes, dont 84 pour l'Ancien Testament (H. 62 mill. ; L. 86 mill.). Il a fait usage des bois des Historiarum veteris Testamenti icônes. La première édition des Historiarum icônes avait paru chez Melchior et Gaspard Trechsel en 1539. Jean Frelion a fait entrer ces mêmes bois dans sa Biblia sacrosancta, in-folio, de 1551 2. Gela s'explique:
1 La Sainte Bible... avec aucunes des plus singulières figures, et Pourtraitz.
2 La Sainte Bible de Jean Frelion de 1561 est semblable à celle de 1551. 11 y a dans celle-ci (Ancien Testament) 80 vignettes.
les Frellon avaient acheté le fonds de l'imprimerie des Trechsel. La composition et le dessin de cette œuvre superbe sont de Holbein * ; la taille a été probablement faite à Baie. Arnoullet a complété l'illustration du livre avec des planches explicatives relatives au temple et aux objets du culte judaïque. Ces planches sont la reproduction de celles de la belle bible latine de Robert Estienne2 (in-folio, Paris, 1540). Cette dernière bible est particulièrement intéressante pour nous par les grandes gravures sur bois et les lettrines fleuries3 qu'elle contient. Ces planches et ces lettres sont attribuées à Geoffroy Tory; nous n'y reconnaissons pas sa manière4. Une des planches, la plus grande, celle du Parvis et du tabernacle ou du camp d'Israël, porte la double croix ou croix de Lorraine5. Arnoullet a mis dans le Nouveau Testament de petites vignettes (H. 55 mill., L. 45 mill.) qui sont de travail lyonnais assez fin.
1 Œuvre de haute valeur quoiqu'elle n'égale pas le livre des Simulachres de la mort, un des chefs-d'œuvre d'Holbein.
2 La Biblia de 1540 n'est pas, à dire vrai, une bible protestante, mais Robert Estienne l'a illustrée en s'inspirant des idées des Réformés.
3 La lettre fleurie G est accompagnée de la petite croix de Lorraine.
4 Tory était mort en 4533, mais des gravures exécutées par lui n'ont été imprimées que plus tard. — Voir Aug. Bernard, Geofroy Tory, peintre et graveur, 1865, p. 265, 276 et 277.
5 Cette marque se voit le mieux sur l'édition de 1546. — La croix de Lorraine n'est la marque exclusive ni de Geoffroy Tory ni de Woeiriot. Si un graveur au service de Robert Estienne en a fait usage, on la trouve aussi sur des bois employés par Simon Golines, Etienne Groulleau, Gilles Gorrozet et autres.
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En 1551, parut la Sainte Bible in-folio de Jean de Tournes. Il n'y a aucune petite vignette. Cette bible est établie suivant la règle protestante, ne contenant que ces dessins du temple ou d'objets du culte judaïque empruntés à la bible de 1540 dont nous venons de parler. Bernard Salomon a copié ces planches en en conservant ou en en réduisant les dimensions *, et Jean de Tournes les a introduites non seulement dans la bible de 1551, mais dans les bibles de 1554, de 1557, de 1559, de 1564 (in-folio), et dans les bibles latines du même format de 1556, etc. Eskrich ou Moni les a également copiées pour différents formats.
Les Quadrins historiques de la Bible ont été publiés en 1553, et les Figures du Nouveau Testament en 1554 g. C'est l'œuvre capitale de Bernard Salomon, ce n'est pas la plus originale quant à la conception. Le petit Bernard s'est inspiré des dessins d'Holbein et de ceux de Hans Sebald Beham, mais il les a transformés et les a marqués au coin de son esprit et de son style. Il devait exercer par cette suite de vignettes une influence assez prolongée sur les dessinateurs lyonnais qui vinrent après lui3. Il a dû beaucoup à Jean de Tournes qui
1 La planche du Parvis a 341 mill. de hauteur et 226 mill. de largeur.
2 Ces figures du Nouveau Testament étaient achevées en 1553.
3 Jean de Tournes et ses successeurs ont fait entrer ces bois dans leurs éditions de la bible. On les trouve dans la Sainte Bible ,... revue par les pasteurs de Genève, de Jean de Tournes de 1557. Ce sont les bois originaux : on y voit en effet le monogramme BS sur la jolie vignette de la Nativité dans les Figures du Nouveau
avait un sentiment très juste du goût de son temps et l'intelligence des arts du dessin ; apprenti chez les Trechsel, ouvrier et contremaître dans l'atelier de Sébastien Gryphe, de Tournes avait organisé excellemment chez lui le travail en toutes ses parties.
Jean d'Ogerolles imprima en 1560 une Sainte Bible in-folio pour Gabriel Cotier, et l'Ancien Testament y est décoré de 92 vignettes (H. 59 mill./L. 86 mill.) qui sont une copie libre de celles de l'Ancien Testament des Trechsel.
Il y a encore de Jean de Tournes une bible, datée de 1561 , petit in-folio ou in-4° , ornée de très petites vignettes de 50 à 54 mill. de large et de 40 à 42 mill. de haut, fines et élégantes *.
Nous arrivons aux entreprises de Guillaume Roville en ce genre. Les livres saints étaient toujours l'objet d'un fructueux commerce de librairie, Roville suivit l'exemple de Jean de Tournes. La première bible qu'il fit sous cette influence est probablement celle qui fut publiée en 1563. C'est une bible latine in-8° qui contient 249 vignettes dans l'Ancien Testament, vignettes de 60 mill. de haut sur 85 mill. de large, et 174 vignettes (dont plusieurs en double ou en triple) dans le Nouveau Testament (de 50 mill. de haut sur 40 mill.
Testament. On trouve aussi en partie ces bois dans la bible de Thomas Soubron (in-folio, 1594).
1 Cette suite avait été déjà publiée par de Tournes dans son édition de la Sainte Bible, 1553 (5 vol. in-16), aujourd'hui très rare.
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de large), ces dernières de qualité souvent médiocre1. Les premières méritent d'arrêter l'attention. Elles ont été réimprimées dans les Figures de la Bible, « illustrées de huictains frauçois (de Guéroult) », en 1564 et en 1565, dédiées à Catherine de Médicis (269 vignettes). Les sujets sont les mêmes que ceux qui sont dans les Quadrins historiques de la Bible, et se présentent généralement au rebours de ceux-ci; les compositions sont un peu différentes, l'imitation étant bien marquée. C'est à Eskrich qu'on doit attribuer les planches imitées du peti* Bernard; celles qu'on attribue au maître dit à la capeline sont originales.
La bible de 1563 porte à l'encadrement du titre des enfants nus, à tête chauve, qu'on retrouve dans l'œuvre du maître P. V. et sur lesquels nous reviendrons.
Nous ferons la remarque que des figures de ce genre sont aussi au titre d'un livre du jurisconsulte Duaren2, imprimé par Guillaume Rovilie en 1558, et que ce titre est signé C. B. 3.
Nagler a donné pour ces initiales le nom de Claude Bézoard4. Claude Bézoard, dessinateur et graveur sur
1 On voit ces dernières vignettes dans la bible de Rovilie de
2 Woeiriot a gravé en taille-douce le portrait de Duaren en 1556. Il est à remarquer que le seul livre que Woeiriot ait produit a été publié par Rovilie en 1561 : Libro d'anella d'orefici de Vinventione di Piero Woeirioto di Loreno.
3 Rovilie a employé cet encadrement pour les œuvres de Tiraqueau et pour d'autres ouvrages.
* Nagler, Die Monogrammister, t. I, 1858, n° 2318. — A.-F. Butsch, Die Bûcher or namentik, t. II, p. 14, pi. xxiv.
bois, vivait à Paris en 1530 et paraît s'être établi à Lyon, où il a été employé par Roville de 1550 à 1559.
Papillon a fait mention d'un Claude Bézard qui serait autre que Claude Bézoard et aurait vécu au xvn6 siècle1. La marque C. B. pourrait aussi être appliquée à Clément Boussy, tailleur d'histoires, né à Paris, qui a gravé à Lyon en 1548 « les histoires et figures » de YHistoria stirpium de Léonard Fuchs 2, mais le maître C. B. du frontispice de Duaren était plus habile que Boussy, et nous croyons qu'il faut s'en tenir à l'attribution de Nagler.
Avec les bibles de Roville, nous voyons se produire des ornemanistes du livre dont il est difficile de saisir la personnalité.
Un ou deux dessinateurs ont pris part à la décoration de la bible de 1563, qui ne nous offre pas avec quelque certitude le moyen de déterminer la part qui revient à Eskrich dans cet ouvrage. Mais nous nous sommes assuré qu'en 1566 et en 1568 Eskrich travaillait à l'illustration d'une bible, illustration par des cartes et par des vignettes, et cette bible était de format in-folio.
Avant de nous attacher à la définition de la manière propre d'Eskrich en cette occasion, il convient de faire mention* des autres publications, ce qui nous permettra d'écarter ce qui s'y rapporte.
On connaît une Sainte Bible de Jean de Tournes de 1564, in-folio; c'est une bible protestante, car on y lit en
1 Traité de la gravure en bois, t. I, p. 136.
2 N. Rondot, Bernard Salomon, p. 73.
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tête la préface de Calvin : « Au lecteur. Si ie vouloye ici user de longue préface, i'auroye trois poincts à déduire. Le premier poinct seroit de monstrer quel thrésor c'est de l'Escripture saincte : combien la dignité en est excellente, et le profit inestimable... » Cette bible ne contient que les planches explicatives ordinaires.
L'année suivante, en 1565, Sébastien Honorati avait fait imprimer par Jacques Faure une Sainte Bible, infolio, protestante, à la décoration de laquelle Eskrich paraît n'avoir pas été étranger. Une autre édition fut produite par Honorati en 1566; elle est illustrée comme ceîle de 1562, et des lettrines sont signées I. F.
Sébastien Honorati avait donné une bible en français, in- 8°, imprimée aussi par Jacques Faure, en 1558 et en 1562. La bible de 1558 n'a pas de figures (on lit à la fin : « A Lyon, Imprimé chez Jacques Fore. ») La bible de 1562 a des vignettes assez nombreuses, médiocres, dont la plupart ne sont pas signées et dont plusieurs sont signées P. R. et I. F. 1 ou P. R. ou I. F.
Celui qui a signé I. F. l'encadrement du titre des Erasmi adagio,, le couronnement d'Homère par les Muses, plusieurs fois reproduit à Lyon, et dont le dessin paraît être d'Holbein, est un autre personnage8. Celui
1 Voir les vignettes de la création d'Eve, d'Eve et le serpent et de l'Arche de Noë.
2 Ce maître I. F. serait Johann Frank ou Johann Furtenbach, suivant A. -F. Butsch, ou Jacobus Faber, suivant le professeur Vogelin (les Graveurs sur bois et les imprimeurs à Lyon au xve siècle, 1896, p. 45). Cette marque était, d'après Didot, celle du libraire bâlois Jean Froben.
dont nous parlons ici est-il l'imprimeur Jacques Faure ou Fore? Rien ne le prouve. Dans les dernières années du xve siècle et les premières années du xvie siècle, l'imprimeur était assez souvent graveur et fondeur de caractères, même graveur sur bois, mais, au milieu du xvie siècle, ces métiers étaient séparés. L'I. F. dont il s'agit peut être cherché parmi les dessinateurs et les peintres de ce temps : Jean Flamant, Jean Frécon, etc. P. R. est, dit-on, la signature de Pierre Rochienne, qui serait né à Paris, qui y a gravé des vignettes et qui aurait été employé par des imprimeurs lyonnais. Cette dernière attribution nous paraît aussi fort incertaine.
En 1566, les héritiers de Jacques Jonte mirent en vente les F. losephi antiquitatum iudaicarum libri xx, infolio1, qui contiennent 47 vignettes gravées sur bois (une en double, une en triple), en réalité 44 (H. 53 mill., L. 79 mill.). Elles doivent être classées en trois catégories : 13, d'un dessin faible et d'une taille grossière, avaient été employées dans une bible latine de Jean Moylin dit de Cambrai et dans une bible française de Roville et de Thibaud Payen de 1547; 10 sont signées du monogramme de Woeiriot et quatre d'entre elles doivent être le plus remarquées (pages 41, 52 et 53); enfin 21, non signées, sont, les unes de la main de Woeiriot, et les autres d'un maître supérieur à celui-ci, le maître dit à la capeline de M. Steyert(?).
Nous ne dirons rien d'autres éditions in-folio de la
1 On ne connaît que cinq exemplaires de ce livre : un d'eux appartient à M. J. Baudrier.
bible de Jean de Tournes et de celle de Roville; elles ne nous apprendraient rien de nouveau.
C'est ici le lieu de signaler une bible dont Papillon a parlé * et qui n'a pas été publiée ou qui a été perdue.
Papillon l'appelle « la bible d'Antonius Pinœus ». Elle renfermait une carte de la région qui s'étend de l'Italie au golfe Persique, de 137 mill. de haut sur 209 mill. de large, gravée d'une pointe très fine, signée : Faciebat Antonius Pinœus 1564*. Antonius Pinœus, c'est Antoine Du Pinet. Nous n'avons vu nulle part un autre ouvrage du graveur de cette carte; le faire a un caractère particulier.
Antoine Du Pinet est certainement l'auteur, nous ne disons pas le graveur, de cette carte. D'après les planches qui décorent les livres que nous connaissons de lui et dont quelques-unes, a-t-on dit, seraient de sa main, il n'aurait pas gravé cette carte, tant la taille est différente. Il ne paraît pas d'ailleurs qu'il ait été graveur. Cependant Papillon a donné Du Pinet comme graveur sur bois et comme l'auteur des figures d'une bible de 1564 et de figures de saints gravées. « Dans ma jeunesse, dit -il, j'ai vu quelques figures de Saints par Pinœus avec son nom dans une petite table ou quarré, de même qu'en celles de sa bible grand in-8°, où se trouvent quelques cartes très bien gravées3. » Papillon a ajouté qu'un imprimeur de Paris, Colombat, avait eu dans son fonds « des planches
1 Traité, t. I, p. 522, 523 et 530.
2 Cette carte se trouve dans la bible de Barthélemi Honorati de 1585, à la page 185 du Nouveau Testament.
3 Traité, t. I, p. 522 et 523.
d'Antonius Pinœus et Petrus Escricheus », dont il lui fut permis de tirer quelques épreuves '.
Puisque nous nous occupons de Du Pinet, nous nous arrêterons à un livre dont l'ornementation est due à plusieurs dessinateurs et graveurs, au nombre desquels est Eskrich. Il s'agit des Plantz, pourtraitz et descriptions de plusieurs villes et forteresses, tant de l 'Europe, Asie, et Afrique que des Indes, et terres neuves,... mis en ordre par Antoine Du Pinet. Ce livre petit in-folio fut publié par Jean d'Ogerolles en 1564. Il contient une soixantaine de planches ; cartes, plans et vues de villes, vignettes. Neuf des cartes et des plans avaient paru dans le Premier liore des figures et pourtraitz des villes plus illustres et renommées d'Europe2 (1552), et vingt et un dans Y Epitome de la C 'orographie d'Europe3 (1553, vieux style).
Balthazar Arnoullet, le premier éditeur de ce livre dû à la plume de Guillaume Guéroult, avait demandé à Bernard Salomon quelques planches, entre autres les plans ou vues de Paris, de Lyon, de Tivoli. D'Ogerolles fit entrer dans l'édition de 1564 des bois taillés par plusieurs graveurs. Il y en a de graveurs allemands4; il y en a aussi d'Eskricb.
Le livre des Plantz des villes d'Europe n'a donc pas,
1 Traité, 1. 1, p. 530.
2 M. J. Baudrier possède le seul exemplaire connu de cette plaquette imprimée par Balthazar Arnoullet.
3 On ne connaît que cinq exemplaires de YEpitome de la Corographie d'Europe; un d'eux appartient à M. J. Baudrier.
* Une partie des planches ont été tirées sur des bois de la Cosmographie de Munster de 1552 ou copiées d'après ces bois.
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au point de vue de la gravure, l'intérêt qu'on lui a assigné en y voyant ou en y croyant voir dans les planches la pointe de Balthazar Arnoullet, de d'Ogerolles, de Du Pinet, d'Eskrich, car les deux premiers, probablement aussi Du Pinet, n'ont pas gravé1. Nous devions le faire remarquer. Nous dirons cependant que quelquesunes des vues de villes ont été tirées à part et imprimées par Arnoullet en camaïeu2. Nous n'avons pas vu d'autres impressions de ce genre faites à Lyon.
Nous n'avons recueilli aucun enseignement précis de l'examen auquel nous nous sommes livré de bibles illustrées de 1550 à 1570. Nous n'avons rien ajouté, à ce que nous savions du petit Bernard et de Woeiriot, et l'anonyme qui a reçu le nom de maître à la capeline nous échappe toujours. M. Steyert a vu en lui « un des grands maîtres français du xvie siècle ». Nous ne professons pas pour lui la même admiration.
Nous restons donc en présence d'Eskrich et de Moni, et nous avons fait en sorte d'apporter quelque clarté dans cette étude.
Il faut revenir aux dates et aux faits certains : aux
1 Nous répétons qu'il ne semble pas que Balthazar Arnoullet ait gravé sur bois, mais on lui attribue des pièces gravées en tailledouce d'après le maître au double G (Corneille, fils de Corneille, Corneille de La Haye), signées Lud, BA, en monogramme, et une pièce d'après Marc-Antoine, signée également BA 1537 (Robert-Dumesnil, Le Peintre-Graveur français, t. VI, p. 12 à 14 et 26, t. VIII, p. 10).
2 Ces épreuves sont rares. Nous citerons la vue de Poitiers (brun et crème) portant l'inscription : « A Lyon par Balthazar Arnoullet. »
gravures signées. Nous avons deux cartes datées de 1566 et de 1568, et une pièce non datée, mais à laquelle on peut assigner la même époque. Cette dernière pièce présente un mode d'exécution caractéristique.
La Marche des Israélites dans le désert, bien mieux que le Bûcher du livre des Funérailles, nous apprend quelle était la manière de ce maître. On juge par là de son habileté. La composition est claire, ordonnée avec art ; la mise en scène et la perspective sont bien réglées ; le dessin est ferme et serré, la taille est nette, elle n'est pas aussi savante que celle du petit Bernard, les travaux sont cependant assez bien conduits pour mettre en relief les groupes de personnages. Les personnages sont de haute stature et sveltes, bien campés; les têtes sont allongées, les attitudes naturelles. On n'observe toutefois ni originalité ni élégance. Eskrich a imité Bernard Salomon, il ne l'a pas égalé. C'est principalement avec cet ouvrage (P. Eskrichius inventor) qui n'est pas sans importance et qui est original, que nous aurons à comparer les vignettes dessinées par Eskrich.
Cette planche de 19 mill. 1/2 de haut sur 16 mill. 1/2 de large a été faite, comme les deux cartes signées et datées de 1566 et de 1568, pour une bible in-folio. Ce doit être cette « bible d'Escricheus » que Papillon paraît avoir eue dans les mains. Cette bible, si elle a existé, est perdue.
Les trois planches ci-dessus sont réunies dans une bible, in-folio, en trois tomes f, sans nom d'imprimeur,
1 Voir t. I, f> 145 recto; 1. 1, f> 187 recto; t. II, f> 292 verso.
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publiée par Barthélemi Honorati en 1585 : La Saincte Bible traduicte du Latin en François par les Théologiens de V Université de Louvain. Avec ces planches sont les vignettes non signées que Mariette a dit provenir de « la bible d'Escricheus » et que nous n'avons trouvées dans aucune bible originale1. A en juger par le style, elles paraissent être en effet d'Eskrich.
Ces bois auraient donc été dessinés et gravés par celui-ci qui était dessinateur et graveur. Ils auraient été faits de 1566 à 1568 2.
Ils n'étaient pas seulement les seuls; ils ont dû faire partie d'une suite de vignettes qui, celle-ci, n'est pas perdue.
Elle est dans Y Histoire de FI. Iosêphe sacrificateur hébrieu, traduite du latin par François Bourgoing (infolio), imprimée en 1569 par Pierre Roussin et publiée par les héritiers de Jacques Junte. Le privilège fut donné au libraire Philippe Tinghi le 28 mars 1568. On compte 135 vignettes de 58 mill. de haut sur 82 mili. de large. C'est la copie des figures des Quadrins historiques de la Bible de Bernard Salomon.
— Honorati a remis à loyer au libraire parisien Jacques Du Puys en 1588 les planches signées par Eskrich et les a introduites dans la Prosopographie de Du Verdier publiée par lui en 1589.
1 Cette bible de 1585 est très rare. Nous ne la connaissons que d'après l'exemplaire que possède M. J. Baudrier et qu'il a eu l'obligeance de nous communiquer.
2 La bible d'Honorati de 1585 contient aussi (p. 185) la carte dont nous avons parlé précédemment et qui est signée : Faciebat Antontus Pinœus 1564,
Cette suite s'est accrue, et elle passa dans les mains de Barthélemi Honorati, qui l'acheta à Philippe Tinghi, le représentant des héritiers Junte. Ces bois des Figures de la Bible avaient coûté aux Jonte 947 livres 12 sous et 6 deniers. Il est probable que ces bois étaient ceux de l'Ancien Testament.
Barthélemi Honorati s'en est servi en deux occasions: en 1582, pour les Figures de la Bible déclarées par stances, par G. Chappuis (in-8°, imprimé par Basile Bouquet); en 1585, pour la Saincte Bible... (in-folio, sans nom d'imprimeur). Mais, dans cette dernière bible, il y a 162 vignettes, au lieu de 135 dans le Flavius Josèphe. Sur les 162, 101 sont des copies le plus souvent serviles, 46 sont présentées à rebours et 14 sont d'une autre composition. L'édition des Quadrins historiques de Jean de Tournes de 1553 contient 199 vignettes et celle de 1555 en a 231 ; l'édition italienne de 1554 a 228 vignettes.
Ces vignettes du Flavius Josèphe, Papillon les avait remarquées dans la bible in-8° d'Honorati de 1582 et « dans une grande bible in-folio » qui est celle de 1585 l. Il a bien vu qu'elles étaient la copie des « figures de la Bible gravées en bois par Salomon Bernard »,
1 II ne faut pas toujours s'en rapporter aux assertions de Papillon. N'a-t-il pas dit que ces petites estampes étaient aussi dans une édition de Lyon « de chez Etienne Michel » (Traité, t. I, p. 229)? C'est une erreur. Cette autre bible in-folio de 1585 publiée par Symphorien Béraud et Etienne Michel ne contient, outre les planches de 1540, qu'une seule vignette qui provient de la bible de Roville de 1563.
mais il a attribué cette copie à « I. Moni, Peintre et Graveur en bois, de Lyon1. »
Honorati avait acheté ces bois en février 1578. Tinghi les avait vendus avec une diminution de 272 livres sur le prix sans l'autorisation des héritiers Junte ; de là réclamation de ceux-ci, constitution d'arbitres pour statuer sur le différend, lequel fut réglé dans un acte du 1 1 octobre 1578, en faisant supporter à Tinghi le tiers de la perte. Honorati avait acquis les pièces signées et celles non signées qu'il fit entrer dans ses bibles.
Toutes ces planches grandes et petites seraient donc d'Eskrich, et nous sommes d'autant mieux fondé à le penser que le faire de ce maître, à en juger par ses œuvres certaines, se rapproche de celui du petit Bernard.
C'est souvent le même dessin avec moins d'élégance, d'esprit, de distinction et de souplesse, et l'élévation des statures, que Bernard Salomon se plaisait à exagérer, n'est pas moins habituelle chez Eskrich.
Cette copie si adroitement faite permet d'expliquer qu'on ait attribué au petit Bernard des gravures intéressantes sans doute, mais qui ne sont pas marquées au coin de son style si personnel et d'un travail technique savant. Eskrich avait une intelligence de son art peu commune.
Les figures du Nouveau Testament et celles de l'Apocalypse de Bernard Salomon ont été également copiées. Ces bois sont à peu près de la même dimension : Jean de Tournes, 59 sur 47 mill. ; Honorati, C2 sur 50 miil.
1 Traité, 1. 1, p. 229.
Dans la bible de 1585, ces vignettes sont accostées de deux petits bois.
Eskrich qui a imité le petit Bernard n'est pas aussi sans avoir subi l'influence de Woeiriot. Celui-ci a été très inégal, souvent étrange dans sa manière, tantôt sévère et tantôt exhubérant, produisant en certains cas des statures démesurées et grêles, dans d'autres cas des formes robustes et lourdes.
L'attribution de la partie des entreprises d'Eskrich dont nous avons parlé peut être justifiée, mais nous allons aborder l'étude d'autres travaux qui présentent, quant au mode d'exécution et quant à l'auteur de ces nouvelles histoires, une inconnue difficile à dégager.
Il y a eu une première copie des histoires des Quadrins historiques de la Bible, copie beaucoup plus libre que celle de l'édition des Junte de 1569, et cette copie nous la trouvons dans la bible de Roville de 1563 (Biblia sacra). Mais tandis que les vignettes de 1569 paraissent toutes de la même main, celles-là (celles de 1563) sont certainement l'ouvrage de deux ou trois maîtres différents. Un d'eux était supérieur aux autres sans qu'il eût le talent de celui qui a travaillé en 1566 pour les Junte avec Woeiriot. Un autre serait Eskrich, et nombre de vignettes se recommandent par les qualités qu'on observe chez l'auteur de la Marche des Israélites. Il suffit de comparer la planche du passage du Jourdain à pied sec par les Hébreux et celle des fils de Dan avec la planche de la Marche dans le désert. Mais vraiment celui-ci (Eskrich) a montré plus d'une fois assez d'application pour avoir atteint à un art plus élevé. Ainsi
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l'Agar chassée de la bible de 1563 serait de lui, et Ton peut remarquer à cette occasion que le petit garçon du titre de la Taxe des parties casuelles de la boutique du pape (1564) est de la main qui a dessiné le fils d'Agar.
Cette objection a été faite que l'Ancien Testament de la première édition de la bible de Roville est de 1563 et qu'Eskrich n'était pas alors à Lyon.
Eskrich était à Genève en décembre 1562. Il y était sans travail et réduit à implorer les secours de la charité publique qui lui furent refusés. Il dut quitter Genève au plus tôt et se rendre à Lyon; il aura offert ses services à Roville qui l'avait peut-être déjà employé. Roville l'aura retenu en 1563, et le consulat n'aura fait venir cet artisan en 1564 que, parce que celui-ci, au cours de ses travaux dans l'année précédente ou même antérieurement, aura donné la mesure de son habileté. Il faut remarquer d'ailleurs que le mandement qui lui fut délivré, le 13 mai 1564, pour le paiement de son travail à l'occasion de l'entrée de Charles IX le désigne comme « painctre en ladicte ville de Lyon », ce qui peut donner à penser qu'Eskrich n'était pas regardé comme un étranger. Nous avons dit plus haut, à l'occasion du maître P. V., qu'il est possible que ce maître (Eskrich ou Vase) soit venu travailler à Lyon précédemment à plusieurs reprises et pendant un certaiu temps.
La bible de 1563 n'est pas seule l'œuvre de deux ou trois artisans. Pareille collaboration s'est produite pour les éditions suivantes de Roville, de 1564, de 1566, de
1569. Les gravures définitives du Nouveau Testament et celles des Actes des apôtres ont paru en 1569 dans la bible latine in-folio et en 1570 dans les figures du Nouveau Testament petit in-8\ Cette suite de vignettes diffère quant à la composition, au dessin et à la taille, des deux suites précédentes ; elles ont été faites à peu près à la même époque, et plusieurs artistes y ont aussi travaillé.
Dans un avis « aux Lecteurs » de l'édition de 1570, Roville s'est exprimé ainsi : « A peine eu ie loisir de faire pourtraire et tailler celles (les figures) de la Bible, que survenant en ceste ville une peste si grande, et tant contagieuse, qu'il n'est mémoire de semblable, non seulement ie ne peu venir à bout de parachever les figures du Nouveau Testament, com(m)e ie l'avoye entrepris,... ie me suis résolu de passer outre à faire pourtraire et tailler des mesmes ouvriers et graveurs les figures du Nouveau testame(n)t, de la grandeur et proportion que celles de la Bible, lesquelles n'ont iamais esté veùes, ne imprimées qu'à présent. »
Ainsi, malgré les apparences contraires, les dessinateurs et les graveurs de l'Ancien Testament de Roville seraient les mêmes que ceux du Nouveau. Gela n'est pas impossible; cependant les personnages appartiennent à d'autres types, et ces types sont assez éloignés de ceux de Bernard Salomon. Les statures sont toujours hautes et les têtes allongées, la musculature est plus forte, les mouvements ont plus de vivacité, les attitudes moins d'élégance, et, s'il y a plus de naturel et d'expression, on observe une sorte de vulgarité. Cette
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impression vient peut-être de l'effet de la négligence apportée au travail de la taille. Ces petites planches ont sans doute peu de charme, mais le trait est hardi, vigoureux, en général correct.
On retrouve de ces vignettes dans la bible d'Honorati de 1581-1582. Elles sont exécutées dans le même esprit que les précédentes, sans en être des copies, et Honorati a pris soin d'expliquer qu'elles ont été l'objet d'une composition originale.
Voici le titre de ces dernières : Actes des apostres Représentées (sic) par un grand No(m)bre de figures qui n'ont par cy devant esté veuës... Et on lit dans l'avis aux lecteurs : « Nous vous présentons icy les figures du vieil et nouveau testament, augmentées d'un grand nombre de figures, faites d'un art et industrie merveilleuse, et qui rende(n)t ce livre plus parfait et recom(m)andable qu'onques il ne fut:... vous ne sçauriez voir chose plus belle ny mieux faicte que sont les figures des Actes des Apostres, esquelles le peintre a monstre la grande industrie qui est en luy, véritablement digne d'estre à iamais prisée, et les tailleurs employé toute peine et diligence à ce que leur ouvrage est correspondant à celuy du peintre ingénieux. »
Papillon a connu ces vignettes, nous parlons de celles avec les sixains de Chappuis qui sont dans l'édition d'Honorati de 1582, et il les a confondues avec celles de la bible de Ro ville de 1569. « Les Actes des Apôtres de cette copie, dit-il, sont du dessin et de la composition de Moni; la gravure est bien coupée, et un peu chargée de contretailles. » Au reste la confusion n'a pas d'impor-
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tance, puisque Papillon a attribué à Moni les deux suites qu'il regardait comme originales.
Diclot a apporté une attention particulière à ces figures du Nouveau Testament1, ouvrage, d'après lui, de Moni. Moni aurait fait des emprunts à la Passion d'Albert Durer. Ces petites histoires sont d'un style différent.
Un livre que nous n'avons pas eu l'occasion d'examiner permettrait peut-être de faire un peu de lumière dans cette obscurité, c'est cette histoire de l'ancien et du nouveau Testament, publiée à Paris en 1771 par Hérissant, dans laquelle celui-ci a fait entrer environ cinq cents planches d'Eskrich, de Moni et de Du Pinet 2.
Nous nous sommes placé en présence d'un ensemble de gravures très diverses sur lesquelles les critiques sont loin d'être d'accord. Or, tout bien examiné, ces dessins peuvent être de la même main, et l'on ne saurait distinguer le faire d'Eskrich ou de Cruche de celui de Moni ou du maître P. V. Dans le troisième tiers du xvie siècle, le dessinateur était le plus souvent autre que le graveur; Roville et Honorati l'ont dit nettement et nous le savons par d'autres témoignages. On ne sait que trop quelles inégalités se sont produites dans la valeur des bois par suite de l'inégalité dans la valeur technique des tailleurs d'histoires. Guillaume Roville notamment, s'il a eu à son service des graveurs sur bois habiles, en a employé qui étaient d'une inconcevable maladresse. On n'a qu'à com-
1 Essai, col. 262 et 263.
2 Papillon, Traité, t. I, p. 529 et 530. — Didot, Catalogue raisonné, 1867, n° 71 i.
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parer le portrait de Du Verdier de 1581, même la grande marque de YHistoria generalis plantarum de Daleschamps de 1587, avec tant d'ouvrages d'un travail grossier. On ne remarquait pas autant de ces différences dans l'atelier de Jean de Tournes.
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Nous avons exposé ce que nous savons de la vie et des travaux de Pierre Eskrich. C'est en somme peu de chose. Si sa vie est connue en plusieurs points, elle est restée obscure en d'autres, et, si les pièces signées par lui disent assez quel a été le mode de travail de l'artiste à différentes époques, il faut avouer que le talent qu'on lui accorde ne s'est pas produit avec des caractères assez arrêtés pour qu'on paisse reconstituer son œuvre avec quelque certitude.
Nous regrettons d'autant plus de n'avoir pas pu déterminer avec une précision suffisante les traits distinctifs du dessin et de la gravure d'Eskrich, qu'un ouvrage existe qui présente un très vif intérêt et qui, à raison de la conception et de l'exécution, peut lui être attribué.
Cet ouvrage est presque inconnu, il n'en a été conservé que trois ou quatre exemplaires. Il appartient à la littérature satirique religieuse du milieu du xvie siècle, mais ce pamphlet violent contre la Papauté tire sa principale et, à vrai dire, son unique valeur, du mérite artistique de son illustration.
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Nous voulons parler de la Mappemonde papistique. Cet ouvrage aura été détruit peu de temps après sa publication, et c'est pourquoi il est tellement rare que la description qui en a été donnée plusieurs fois présente de notables différences et des erreurs, les bibliographes l'ayant faite d'après des indications premières qu'ils n'ont pas comprises, faute d'avoir eu le livre sous les yeux.
Il en a passé quatre ou cinq exemplaires dans des ventes célèbres. Nous n'en connaissons aujourd'hui que quatre : l'un dans le cabinet des estampes du Musée royal de Berlin1; l'autre, incomplet, au British Muséum; le troisième et le quatrième, également incomplets, .dans la Bibliothèque royale de Berlin et dans la Bibliothèque publique de Genève.
L' Histoire de la Mappemonde papistique se compose de deux parties, chacune d'un format différent.
La première partie est un volume in-4°, dont voici le titre :
Histoire de la/ mappe-monde papistique,/ auquel est déclairè tout/ ce qui est contenu et pourtraict en la grande Table,\ ou carte de la Mappe-Monde :/ Composée par M. Frangidelphe/ Escorche-M esses./ Imprimée en la ville de Luce Nouuelle,/ Par Brifaud Chassediables/. MD.LXVI.
In-4° de 6 feuillets et 190 pages.
La seconde partie est une sorte d'atlas, un recueil de
1 Nous avons vu cet exemplaire, le seul complet, et nous avons pu, grâce à l'obligeance de M. le Dr Lippmann, directeur du Cabinet royal des estampes, étudier ce précieux ouvrage et en obtenir même une reproduction en photogravure.
seize planches in-folio atlantique, gravées sur bois, sans lieu ni date, lesquelles étaient destinées à être réunies et à former comme une grande carte murale. Chaque planche ou feuille séparée a 335 miil. de haut sur 425 mill. de large. Elle présente une surface totale de lm340 de haut sur lm700 de large.
Tout en haut, entre deux frises satiriques, est le titre gravé sur bois, en grandes capitales romaines : Mappemo/ nde novvj elle papislj iqve. Aux deux extrémités du titre un fleuron de la forme d'une feuille de vigne.
Le volume de texte, formé de 190 pages, est précédé de 6 feuillets non chiffrés. On trouve sur ces six feuillets :
Le titre,
La dédicace à la reine Elisabeth d'Angleterre,
La préface,
Et une sorte de prologue :
Uorigine et commencement de ceste Mappe Monde nouuelle papistique, et comment elle a esté trouuée.
L'ouvrage a eu deux éditions.
La première édition, celle que nous venons de décrire, porte la date de 1566. L'exemplaire du Cabinet des estampes de Berlin avec les planches provient de la collection de M. de Nagler; Sotzmann en avait fait une étude qu'il publia en 1854 dans le Serapeum de Leipzig (n° 10).
La seconde édition a le même titre que la première avec la date de 1567, mais elle ne contient pas la dédicace à la reine d'Angleterre. Elle a trois feuillets non chiffrés et 190 pages; le titre et la préface ont été réimprimés. La Bibliothèque royale de Berlin en possède un exemplaire sans les planches.
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On ne cite du recueil de planches que le ou les exemplaires qui ont passé dans la vente de Gaignàt et dans celle de La Vallière. Le volume de texte de l'édition de 1566 a appartenu à M. de Béhague1. Le volume de texte de l'édition de 1567 a figuré au catalogue des ventes de Gaignat, de La Vallière8 et de Richard Heber3.
Gustave Brunet a publié, en 1855, dans le Bulletin du Bibliophile, une notice consacrée à cet ouvrage, et, quoiqu'il soit entré dans bien des détails, il ne paraît pas qu'il ait eu le livre dans les mains 4. J.-Ch. Brunet ne Ta pas eu non plus 5.
L'auteur a divisé le Monde papistique en dix-neuf provinces et six républiques. Au-dessous du titre de la Mappemonde est ouverte la gueule énorme d'un monstre qui figure le diable; les provinces et les républiques sont comme enfermées dans cette gueule. On a voulu exprimer l'engloutissement du monde papisiique.
A la partie supérieure sont des guerriers de toutes nations, à cheval et en armure, prêts à la lutte contre la Papauté; les quatre inscriptions suivantes nous l'apprennent :
« Anglois, Escossois, et Irlandois. Ceux-ci sont fidèles de toutes les nations qui sont ici autour du monde Papis-
1 Catalogue, n° 88.
2 Catalogue, 1783, n« 1001.
3 Un exemplaire de cette édition était en vente en 1897 chez un libraire de Francfort-sur-le-Mein.
4 Bulletin du Bibliophile, 12e série, 1855-1856 (Fartée bibliographiques, p. 94 à 96).
5 Manuel du libraire, t. II, 1861, col. 1380, et t. IV, 1863, col.
tique, et sont venus les uns pour le co(m)battre à coups de Canons et d'Artillerie de la Parolle de Dieu, et les autres avec autres armes, iusqu'à-ce qu'ils le voyent du tout ruiné.
« Et ces fidèles-ci sont tous sous la conduitte de leurs Rois, Princes, Seigneurs et Républiques, comme premièrement sous la conduitte d'Elizabeth Roine d'Angleterre, et d'un nombre infini de Seigneurs et Princes Anglois Eva(n)geliques : et sous la co(n)duite du Trespuissant Roy de Pologne.
(( Et ces fidèles ici sont sous la conduitte de plusieurs autres Seigneurs et Princes Polonois en grand nombre, et puis après sous la conduitte de Madame Renée, Duchesse de Ferrare, et sous la conduitte de la Roine de Navarre et d'autres.
« Et ces fidèles icy sont sous la conduitte de plusieurs autres Seigneurs et Chevaliers Fra(n)çois de toutes sortes, lesquels veule(n)t aussi Canoner le Pape et le Seigneur Clergé avec tout son monde Papistique avec toutes sortes de Canons. Et n'y a aussi outre les susdicts Seigneurs sous la conduitte de M. Estuart et du Conte d'Aran et du Conte d'Aragaila, et d'autres infinis. »
En dehors et autour de la gueule du diable, sont des guerriers en armes, pour la plupart en costume romain, qui représentent les peuples partisans de la Réforme et qui combattent pour elle.
Les provinces sont séparées l'une de l'autre par des mers, des fleuves ou des montagnes, par des boulevards défendus par des tours et divers ouvrages de fortification. On y voit des plaines et des vallées, des forêts,
LA MAPPEMONDE PAPISTIQUE
des cités, des temples et des châteaux. Chaque chose a un nom inscrit sur cette carte. Les mers portent le nom de la province dont elles baignent les rives : mer de la province oV Oraison, mer de la province Fragique, etc. Le fleuve Tibre se jette dans la mer des Pinzocaires * .
Ces provinces sont le théâtre de scènes diverses, presque toutes grossières, et cette grossièreté dépasse le plus souvent toute mesure. Les religieux et les religieuses surtout sont l'objet de basses attaques. Ici des épisodes de la Guerre des images, du Marché des consciences et de Pèlerinages, là des démons en compagnie de moines, les vices, les scandales, les sacrements. Il n'y a que d'obscures allusions historiques. Dans la province Laïque, des cousturiers, menusier, cordonnier sont au travail. Le Roy franc arbitre est sur son trône, entouré de personnages de sa cour : à sa droite, la reine Dame de Congruo et sa fille Dame de Condigno; à sa gauche, Dame de Bonne -Intention. A la province de Moinerie, la Dame de Vérité, à demi nue, est renversée à terre et frappée de coups de poignard par un évêque, un abbé et le Cardinal de Lor (raine). Il faut mentionner aussi la scène du festin du Seigneur Caresme- Prenant avec des Inquisiteurs ses compagnons, celle de Montanus hérétique Gouverneur du Ieusne, celle du Pape et du Bras Séculier.
Nous l'avons dit : sur cette carte, chaque place, chaque personnage a un nom. Les murailles même qui
1 Pinzocaires, de pinzoehero, en italien, hypocrite, cafard.
forment par endroits l'enceinte des provinces ont, comme les portes fortifiées , chacune une désignation différente.
Autour et en dehors des provinces, les Réformateurs et les plus illustres de leurs partisans et des ministres de la Réforme figurent parmi les assaillants . On en compte près de trente ; une vingtaine d'entre eux doivent être signalés. On s'est attaché à donner leur portrait. Nous citerons Luierus, Melanchton , Zuingle, lo. Rus , Farelus , Viretus , Wolphius qui ont chacun à la main une bible avec une auréole et des flèches. Le livre sacré que portent Bullinger, Gualther, Lavaterus, Haler, Bucer , Hij)erius> est entouré de flammes ; Frosdelius est cuirassé de bibles. Erasmus et Bezza tiennent chacun un glaive au milieu d'une bible; Œcolampade lance la bible avec une fronde, etc.
Nous n'avons pas insisté sur le caractère de violence et de passion dont cette satire figurée est empreinte et qui était dans l'esprit du temps. Nous ne voulons voir en cette oeuvre que le travail de l'artiste.
Nous ignorons quel a été l'inspirateur et l'écrivain de ce pamphlet qui a pris le pseudonyme de Frangidelphe Escorche-Messes.
On lit dans la Préface : « L'Autheur de cest ouvrage, depuis qu'il a plu au Seigneur Dieu luy donner cognoissanec de son sainct Evangile (qui fut l'an 1541) ayant tous iours veu et considéré que lo Pape avoit corrompu et desguisé toutes les choses Divines et Spirituelles, et qu'il les avoit du tout destornées de ceste vraye pureté et syncereté, qui est contenue en l'Escri-
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ture Saincte... et que là-dessus il s'estoit forgé et basti une nouvelle Monarchie toute charnelle , et pleine de richesses, plaisir, délices, et pompes, avec un grand lustre et magnificence : et désirant de faire veoir telles choses au monde,... il a rédigé ceste Monarchie en une grande Table, qui se nommera la nouvelle Mappemonde Papistique... »
L'auteur aurait été, suivant les uns, Pierre Viret, suivant les autres, Théodore de Bèze. L'attribution à Viret ne peut pas se soutenir, puisqu'il prêchait la Réforme à Montbéliard dès 1526, quinze années avant la date de 1541. Cette polémique hardie et brutale était dans le tempérament de de Bèze, mais il ne semble pas qu'on puisse voir sa main dans cette entreprise. 11 était arrivé à Paris en 1539 , il y vécut plusieurs années de la vie d'un ecclésiastique homme du monde. Il ne quitta la France qu'en octobre 1548 pour venir à Genève ; ce fut une maladie grave qui l'amena à changer son genre d'existence et le cours de ses réflexions et développa les idées dans l'esprit de la Réforme que son maître Melchior Wolmar avait éveillées en lui avant 1539. 11 publiait encore à Paris ses Juvenilia en 1548.
Il ne serait pas impossible cependant que Théodore de Bèze, malgré ce qu'on sait de sa vie à Paris de 1539 à 1548, ait prétendu faire remonter à 1541 ses opinions nouvelles en matière de religion, mais on verra par ce qui suit qu'il faut écarter son nom.
L'auteur de la Mappemonde papistique l'a dédié « à la Très vertueuse et puissante Elizabeth, Royne d'Angle-
terre, Hibernie , et autres pays », et a commencé la dédicace en ces termes : « Un mien frère ayant demeuré longue espace de temps en Angleterre, avec un seigneur, un peu devant le commencement du règne de vostre Maiesté : m'a récité que plusieurs fois il vous a fait la révérence, lors que vous n'estiez point encore eslevée à ce degré de la couronne Royalle,... et qu'il avoit receu de vostre Altesse tant de faveurs et offres telles, que iamais il ne mettroit en oubli vostre pays d'Angleterre. »
Frangidelphe annonçait à la reine, en 1566, son intention « d'aller faire la révérence » à sa Majesté, en môme temps que l'envoi de « ceste Mappe-monde papistique avec le livre, auquel la déclaration et histoire est comprinse... »
Théodore de Bèze n'avait plus à cette époque qu'un frère, qui était alors réfugié à Genève et qui ne paraît pas être jamais allé en Angleterre. Mais ce qui est plus décisif, c'est que de Bèze, qui était devenu, après la mort de Calvin en 1564, le chef de l'Église de Genève et des Églises protestantes de France, n'est pas allé non plus en France de 1564 à 1568, et n'a pas pu se trouver, en 1565 au plus tôt, « à mi-chemin (de Genève et de Londres) » , comme il est dit dans la dédicace. Théodore de Bèze n'est donc pas le Frangidelphe Escorche-Messes.
M. Alfred Cartier, qui a examiné le texte de la Mappemonde, d'après l'exemplaire de la Bibliothèque de Genève, a fait la remarque que l'auteur devait être Italien, A la page 178 du texte, dit-il, dans un passage
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où l'auteur parle des contes et des nouvelles contenant des histoires de moines, il ne cite que des écrivains et des ouvrages italiens : Boccace, les Porrettane de Sabadino degli Arienti, le Novellino de Masuccio, Bandello et Firenzuola. Il n'est fait mention d'aucun conteur françias, et il eût cependant été facile de trouver des contes sur les moines dans les livres d'écrivains français. Il faut ajouter que les Porrettane, n'ayant jamais été traduites, n'étaient pas connues en France en 1565 '« De plus l'origine italienne de notre auteur expliquerait la phrase de la dédicace : « Me trouvant à mi-chemin... » etc. A Genève, l'auteur était à peu près à mi-chemin entre l'Italie et l'Angleterre. Toutefois il est encore inconnu.
La mention de l'impression « en la ville de Luce nouvelle » paraît s'appliquer à Genève ; c'est une allusion à la devise adoptée par Genève, quand cette ville eut embrassé la Réformation : Post tenebras lux. M. Alfred Cartier, dont nous avons mis si souvent la pénétration à l'épreuve en toutes ces recherches, a acquis la certitude du fait. Il a en effet trouvé dans les registres du Conseil de Genève la mention suivante à la date du 20 novembre 1565:
« Jean Baptiste Trente a présenté requeste pour avoir permission de faire imprimer une mappe monde papale
1 II n'y avait aussi qu'un Italien qui pût parler de ces dames de Gongruo et de Gondigno, dont la personnalité ne nous est pas connue, qui étaient placées à côté du roi (ce roi, c'était Charles IX) dans la scène du Roy franc arbitre. Un Italien seul pouvait inventer ce nom de Pinzocaires qui est purement italien.
avec le livre déclaratif d'icelle. Arresté qu'on en aye advis1. »
Jean-Baptiste Trente et l'imprimeur François Perriti obtinrent, le 27 novembre 1565, la permission d'imprimer les livres qu'ils avaient présentés précédemment, « estant ouy le raport des ministres », et hormis Justin en français, « oui bien en son langage s'ils veulent2 ».
11 ne paraît pas douteux que la Mappemonde papistique a fait partie des livres dont l'impression a été autorisée par l'arrêt du 21 novembre 1565, et il est très probable que François Perrin l'a imprimée.
Jean-Baptiste Trenta ou Trento venait de Vicence. Il était à Genève en 1557 et fut reçu bourgeois le 8 août 1559. 11 n'était pas imprimeur, mais il s'occupa d'entreprises de librairie. Il ne serait pas impossible qu'il eût pris part à la composition de ce pamphlet dont la valeur littéraire est médiocre. La Mappemonde est vraiment d'une composition lourde, mal conçue et mal venue. Théodore de Bèze avait une plume autrement affilée, et la langue qu'il écrivait était de beaucoup meilleure.
Inconnus sont encore le dessinateur et le graveur. Il est certain qu'on ne connaît à Genève aucun dessinateur ou graveur qui ait pu exécuter cet ouvrage.
Ces planches, a-t-on dit (et Gaullieur était aussi de cet avis), sont « dans le style et la manière du petit Bernard ».
Le nom de ce maître doit être écarté. Bernard Salomon
'Archives de Genève, Registre du Conseil, vol. LX, f° 120 r°. 2 Archives de Genève, Registre du Conseil, vol, LX, f° 124 r°.
LA MAPPEMONDE PAPISTIQUE 99
est mort en 1560 ou en 1501, et ni le style ni le dessin ni la gravure ne sont ceux de ce merveilleux artiste. On a de Jacques Le Ghaleux, huguenot, qui a habité Rouen, Genève et Lyon (.. 1556 -f 1572), des estampes satiriques contre le pape et le clergé ; la Mappemonde n'est certainement pas de sa main. Quinze tailleurs d'histoires dont nous avons les noms ou les ouvrages vivaient à Lyon à celte époque. Un d'eux avait un mode de travail par le crayon et par l'outil qui rappelle l'ouvrier qui a servi en cette occasion la passion des Calvinistes. Cet homme est Pierre Eskrich, l'Eskrich de la vie et des ouvrages duquel nous avons donné plus haut un aperçu. Eskrich était à Lyon en 1565 et en 1566, il y travaillait pour Guillaume Rovilie. Il était sans doute employé par cet imprimeur qui était très attaché à la religion catholique, mais on sait par bien des exemples que des catholiques ont édité ou imprimé des livres produits ou illustrés par les Réformés.
Si Eskrich est Fauteur des planches de la Mappemonde, Trento a pu en présenter les dessins au Conseil, et Eskrich en aura fait la gravure à Lyon. Un pareil travail d'une importance exceptionnelle a dû être exécuté à Lyon, et Eskrich a pu l'y accomplir en silence1.
Les personnages de la Mappemonde ont une haute stature, la tête allongée, proportionnellement petite et étroite,
1 Eskrich était peut-être encore calviniste quand il était à Lyon en 1566. Il a fait, il est vrai, baptiser son dernier enfant à l'église Sainte-Croix à Lyon en 1568, mais il ne faut pas attacher grande importance à cet acte; si Eskrich a fait alors profession de foi catholique, c'était par la nécessité de sa position.
iOO LES GRAVEURS SUR BOIS A LYON
le front haut. On peut en juger par les figures de Y Arménien et de YAphricain, par la figure de VHermite. On en voit de semblables dans la bible de Roville. Le dessinateur de l'un et de l'autre ouvrage avait une égale habileté; il excellait dans le naturel, la justesse et la vivacité des mouvements et des attitudes. Les arbres ont le même feuillage touffu.
Bref Pierre Eskrich, un des dessinateurs et des graveurs de la bible de Roville, nous paraît être des tailleurs d'histoires de ce temps le seul auquel on puisse attribuer l'illustration du pamphlet de Frangidelphe Escorche-messes. Nous avons fait faire en photogravure la réduction de deux des feuilles de la Mappemonde pour les ramener à la proportion de la planche d'Eskrich de la Marche des Israélites dans le désert; ces estampes réduites des quatre cinquièmes ont présenté alors une grande ressemblance.
Nous ne pouvons pas ne pas dire que, en ce temps de luttes religieuses poursuivies avec tant d'âpreté, on ne se fit pas faute, même à Lyon, de violences par la plume et le crayon. Les Huguenots avaient donné en 1557, en latin, Y Antithèse des faicts de lesus Christ et du Pape (Genève, Zacharie Durant) ; la Mappemonde papistique est de 1566. Ce triste exemple devait être suivi. Michel Jove a publié en 1569 le Discours des premiers troubles advenus à Lyon. Avec l'apologie pour la ville de Lyon, contre le libelle faucement intitulé La iuste et saincte défence de la ville de Lyon (in-8°), dans lequel l'auteur, le chanoine Gabriel de Saconay, a écrit avec une ardeur justifiée par les
LA MAPPKMONDE PAPISTIQUE 101
événements, l'histoire des premiers épisodes à Lyon de nos guerres de religion. Ce livre contient une petite planche gravée sur bois, sur laquelle les Huguenots, figurés par des singes, tournent en dérision des objets du culte catholique et entraînent un lion dompté et lié. Dans la Mappemonde, les prêtres et les moines étaient figurés avec des têtes d'âne ou de porc. La vignette du Discours de Gabriel de Saconay est la répétition, avec de légères variantes, d'une des curieuses histoires coloriées qui ornent le poème manuscrit de Tristibus Galliae1. Le peintre et le graveur sont inconnus. Gabriel de Saconay écrivit en 1572 une autre histoire : la Généalogie et la fin des Hugueneaux et Descouverte du Calvinisme, avec trois gravures sur bois, qui sortit des presses de Benoist Rigaud. Il y eut d'autres pamphlets, auxquels les Calvinistes répondirent de Genève par diverses pièces. Cette guerre de plume continua quelque temps : la Mappe Romaine contenant cinq traitez, avec 5 gravures en taille-douce, est de 1623. L'image joua en ce temps-là son rôle dans ces polémiques et ces satires religieuses; l'auteur de la Mappemonde avait fait la remarque que « la pourtraicture et la paincture des choses » pénètrent plus souvent et plus avant dans l'esprit que le discours.
1 Description des excez commis par les Calvinistes contre les Catholiques dans la ville de Lyon en 1561 et en 1562. In-4°, avec 40 dessins coloriés (Grande Bibliothèque de Lyon).