‹ Graveurs sur bois à Lyon au seizième siècleChapitre 9 sur 21 · PIÈCES ATTRIBUÉES PAR MARIETTE A MONI · texte numérisé non relu

PIÈCES ATTRIBUÉES PAR MARIETTE A MONI

Nous décrirons ces pièces dans le chapitre que nous consacrerons à Moni. Disons tout de suite qu'elles sont, pour le dessin et la gravure, tout à fait semblables à celles attribuées à Eskrich.

On est fondé à penser, d'après les planches qui précèdent, qu'Eskrich est un des dessinateurs et des graveurs qui ont pris, au moins à partir de 1563, une part importante à l'ornementation des livres.

Il aurait illustré une bible qui serait perdue ou dont il n'aurait pas achevé l'illustration. Papillon a parlé de cette bible ou plutôt de deux bibles d'Eskrich de 1566 et de 1568, et il en a parlé en homme qui les aurait vues 2. « L'on voit dans sa bible (la bible d'Eskrich),

1 La grande planche de la vision d'Ezéchiel est dans la Bible de Jean de Tournes de 1557 et dans celle de 1564. * Traité de la gravure en bois, 1766, t. I, p. 522 et 523.

dit-il, une grande estampe du passage des enfans d'Israël, ...avec son nom (le nom d'Eskrich) au bas, qui est un morceau assez singulier pour la composition et la variété des personnages, etc., qui sont parfaitement bien gravés... » Papillon ajoute: « La planche de l'arche de Noë, ayant environ cinq pouces de large sur deux pouces et demi de haut, est d'une propreté de dessein et de gravure en bois des plus finie de cette bible; les rinocéros et les éléphans de même que les oiseaux sont particulièrement très bien rendus1 ».

Barthélemi Honorati a introduit plusieurs bois de cette bible inconnue dans la bible de 1585 et dans la Prosopographie de 1589. Quelques planches ont été remises à loyer à Jacques Du Puys qui s'en servit à Paris pour sa bible de 1587.

Nous reviendrons sur ce sujet en parlant des bibles illustrées.

1 Nous n'avons trouvé nulle part cette jolie vignette d'un travail si fin (voir notre n° 7).

JEAN MOiNI (1569)

Avant de nous livrer à l'étude rapide des illustrations de livres et surtout de bibles faites dans la seconde moitié du xvie siècle, étude qui n'est pas étrangère à notre recherche de l'œuvre d'Eskrich, nous devons nous arrêter à un fait singulier.

Nous connaissons Pierre Eskrich; nous savons qu'il a eu deux surnoms, celui de Cruche et celui de Vase ou de Du Vase, et nous avons expliqué l'origine de l'un et de l'autre.

Dans le même temps ont été produites à Lyon des vignettes sur bois qu'on a attribuées à un personnage du nom de Moni.

Mariette est l'auteur de cette attribution. Papillon a suivi Mariette. « Moni, a dit Papillon, a gravé une Bible de sa composition, environ l'an 1568. J'en ai une édition de 1570 de chez Guillaume Ro ville, libraire de Lyon, avec des Huitains François, par Claude de

Pontoux *. » Papillon a ajouté que « les Actes des Apôtres (de la copie de Barthélemi Honorati à Lyon, 1582) sont du dessin et de la composition de Moni 2 ». Zani a regardé aussi Moni comme un dessinateur et un graveur qui aurait été employé à Lyon de 1563 à 1581. Renouvier n'a fait que rappeler ce qu'ont écrit Papillon et Zani3; il croyait à l'existence d'un maître qu'on confondait parfois avec Bernard Salomon, mais il en ignorait le nom4.

Mariette avait été plus précis en ce sens qu'il a mis sous le nom de Moni deux des épreuves de vignette qui sont aujourd'hui au Cabinet des estampes.

Ce sont les suivantes :

1. « Le parvis, le tabernacle, les offrandes et sacrifices. Exode. » (H. 134 mill., L. 92 mill.)

Cabinet des estampes (non signé). De la main de Mariette : « Tabernacle de la bible. Copié par Moni d'après Bernard Salomon, mais de sa composion (sic). Le petit Bernard n'en ayant point fait dans sa bible originale. » Mariette a fait erreur : cette planche (celle dont l'épreuve est au Cabinet des estampes) ne pouvait

1 Traité de la gravure en bois, t. I, 1766, p. 229.

2 Didot devait plus tard soutenir le contraire, mais il ignorait que les bois des éditions d'Honorati n'étaient pas originaux, et, en somme, à supposer que Moni ait existé, Didot avait probablement raison de limiter son exercice de 1561 à 1569.

3 Des types et des manières des maîtres graveurs, xvie siècle, 1854, p. 205.

4 J.-D. Passavant (Le Peintre -graveur, 1860-1864) n'a rien dit de Moni; il est vrai qu'il n'a pas parlé non plus d'Eskrich et de Cruche.

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