‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 111 sur 115 · Celui qui altérera les monnaies, subira la peine de mort · texte numérisé non relu

Celui qui altérera les monnaies, subira la peine de mort

8. Il est défendu à tout Athénien et à tout étranger établi à Athènes et soumis à ses lois, de prêter de l’argent sur un vaisseau qui ne doit pas transporter à Athènes le blé et les autres marchandises dont la loi fait le détail. Si quelqu’un en prête, on pourra le dénoncer aux inspecteurs du commerce , comme on leur dénonce le vaisseau et le blé. Celui qui aura prêté son argent pour un autre port que celui d’Athènes , ne peut le répéter en justice; il n’obtieadra d’action près d’aucun magistrat.

èTAT DE L'AORICOLTURE, DE L'UIDDSTRIS ET DD COHMERCB DE LA LACOEIE.

Les annales des Lacédémoniens montent la partie la plus sombre de rhistoire grecque. C’était un proverbe reçu à Sparte : Que k citoyen y iUM k plus ubre des hommes, et l’esclaee k plus asservi des esclaves.

Rien n’est moins surprenant que le silence des écrivains de Pantiuité, sur l’état de l’agriculture et U commerce de la Laconie , si l’on réfléchit que les institutions de Lycurgue ne furent jamais écrites , et que les hommes capables d’observer ne voyagèrent guère dans une contrée où les étrangers étaient borriblement vexés et dépouillés , comme on l’est encore dans les villages du Magne.

A l’exemple des Crétois, dont les Laoédémomens avaient emprunté les principales institutions , les habitants de l’Hécatompole ( cette contrée pienait ce nom à cause des cent boutades qu’elle renfermait) se dérobaient mutuellement leurs troupeaux et vivaient aux dépens des Messéniens leurs voisins. I^urs pirates les enrichissaient.

La surface de la Laconie coinprenait environ cent cinquante lieues carrées. La plus grande partie de sa circonférence était encadrée par une bordure de montagnes, au-daà desquelles s’ouvrait une large vallée, Daignée par l’Eurotas, fleuve impétueux dans la saison de la fonte des neiges , tandis qu’au coeur de l’été , il finissait par n’être pas navigable pour les moindres barques.

Sparte occupait la partie s^tem trionale de la vallée de l’Eurotas,^ l’on ne découvrait, dans une grande étendue de terrain, que des vigi^ blés , des platanes , des plants d oliviers, des jardins et des mrtaines.

Vers le sud, on trouvait Amyclée; ce canton était le plus fertile et le plu* pittoresque du Péloponèse : au printemps, ses champs paraissaient tapisses d’hyadntbes sauvages , de narcisses , d’anémones , et Polybe dit que

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la beauté des arbres et l’édat de leur verdure le disputaient à la bonté de leurs fruits.

En s’éloignant de la vallée de l’ Eurotas, on entrait sur une terre innate, où les procédés du labour étaient pénibles. Les nobles Spartiates , qui s’étaient approprié les meilleures terres, avaient abandonné au petit peuple cette contrée pierreuse, d'où il résultait, suivant Isocrate, des plaintes contre des lois agraires tellement injustes, qu’on ne pouvait les nommer qu’un brigandage ou une tyrannie.

La Maléatide ( aujourd’hui canton de Malvoisie) était riche en vignobles , mais détoisée et peu giboyeuse; tandis que vers le pied du mont Ta^gète , la vaste forêt d’Énoras nourrissait des daims, des cerfs, des sangliers, et cette espèce d’ours à fourrure rousse, particulière aux principales montagnes de la Hellade. Au sortir du bois d’Énoras , on découvrait les ThyrUles , rochers qui s’élevaient pareils à deux pyramides, à l’extrémité du cap Tenare. A leur base excavée par les feux souterrains , les mythologistes avaient placé les soupiraux de l’ènfer, le trône des vents, le siège des orages, l’étable des coursiers de Neptune , dont le temple , creusé dans le rocher , en forme de grotte , et environné d’un bois de pins , retentissait sans cesse du bruit des vagues de la mer de Myrtes.

Pbodücttons. — Les principux produits de la Laconie consistaient, indépendamment des vins de la Maléatide, en bois de construction, fer,

Çlomb, cuivre, émeraudes du mont 'aygète et marbre vert. Les arts qu'on exerçait chez les Laçons avaient pour la plupart rapport à la métallurgie, et la trempe laconique était si accréditée , que les instruments tranchants, fabriqués dans ce pays, obtenaient la préférence dans tous les marchés ou foires du Péloponèse. Il en était de même des ouvrages de menuiserie , tels que chaises , tables , et surtout les lits garnis de sommiers en duvet de cygnes, devenus

si fameux dans te luxe des anciens.

CoiUEBCB. — Ce serait une erreur de croire mie les Lacédémoniens , retranchés derrière leur bravoure, se contentaient des produits de leur sol et des brigandages qu’ils exerçaient sur celui de leurs voisins ; ils faisaient un commerce étendu avec la Crète , l’Afrique et l’Égypte. Comme ils avaient un penchant irrésistible pour la piraterie, leurs plagiaires, représentés de nos iours par les Maniâtes, étaient le fléau des armateurs du Pirée.

Loi aobàibe. — La prétendue égalité, fondée sur le partage des terres, ne fut peut-être qu’une chimère propagée par la crédulité des historiens, qui l’ont répétée et qui la rediront d'âge en âge. En appliquant cette théorie à un pays montueux , on verra d’abord qu’il est impossible de former deux portions de terre exactement égales. On sait, en second lieu , que nulle part les terrains ne produisent en raison de leur surface réelle , mais relativement à leur plan horizontal. Frontin , qui écrivait sous Trajan, disait : « Comme la pluie « et la rosée tombent presque habi- ■ tuellementen ligne perpenoiculaire, « et comme les végétaux observent * dans leur croissance la même direc- « tion, il s’ensuit qu’un terrain n’équi- « vaut jamais à sa superficie, mais « temours à son plan. »

Indépendamment de cette considération et de plusieurs autres, il est facile de comprendre qu’un parage de terres, fait avec toute la régulante imaginable, ne saurait établir une égalité de richesse , chez quelque peuple que ce soit; car les atevens auxquels il naît un grand nombre d’eunmts sont dès lors plus pauvres que ceux qui en ont peu ou point du tout , puisque le poids de la famille a augmenté , pendant que le revenu du fonds est resté le même. Et quand ensuite il s’agit de partager cette propriété , les portions se trouvent toujours respectivement plus petites, à mesure ^ les héritiers se multiplient. Si on tiept ensuite compte des

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inoendies « de la néle , d« la perte des bestiaux , des différents degrés d’intelligence dans les opérations de la culture et de l’économie rurale, qui seules suffisent pour enrichir les uns et pour ruiner les autres, on verra que le système de Lycursue doit être rangé au nombre des utopies , telles que la république de Platon. Aussi , dès la vingt-quatrième olympiade ( vers l’an C84 avant Jésus-Cnrist), il n’existait plus à Sparte aucun rapport, ni aucune comparaison entre les facultés de fortune des citoyens.

On objectera que les fondé de terre dévolus primitivement aux Spartiates étaient assimilés à des liefs , c'est-àdire qu’étant indivisibles et inaliénables, ils passaient du père au flls exclusivement, ce qui réduisait les branches cadettes a l’indigence; ce ue voyant l’éphore Épitade , il crut evoir Venir à leur secours en permettant aux parents de disposer par testament ou par donation de leurs biens envers tous leurs enfants.

Par là il diminua la vigueur du droit de primogéniture , qui, n’étant fondé que sur une cause aveugle , telle que le liiisard de la naissance, paraissait opiKisé à toutes les notions ue l’équité naturelle. Le magistrat ne lit en cela rien de contraire à l’intérêt de chaque citoyen , et ce ne fut pas sa faute si depuis on abusa de sa loi pour accumuler sur la tête des femmes au-delà de la moitié des immeubles de la Laconie. Il y avait dans les institutions de cet état tant de vices , que quand on parvenait à en extirper un , cent autres renaissaient de la correction même de celui qu’on avait fbite.

Empibb db la. heb. — Tous les peuples de la Grèce qui prétendirent à la suprématie maritime , y trouvèrent leur ruine; mais aucune nation ne fit dans cette périlleuse carrière une chute plus terrible que les Lacédémoniens.

Ce fut , comme on l’a dit dans le cours de cette histoire, Alcibiade qui, par une politique insidieuse , les poussa à leur ruine , sous prétexte de tes conduire à la fortune. Pendant son s^our à Sparte, il avait conseillé aux rois,

aux éphores et Su peuple , d’augmenter constamment feur marine , afin d’arriver à faire baisser tous les pavillons à l’aspect de celui de l^rte , et de devenir dominateurs de la mer.

Depuis long -temps les Spartiates étaient haïs des autres états de la Hellade, parce qu’ils voulaient toujours dominer sur le continent, et on les détesta davantage quand ils prétendirent devenir les tyrans de la mer. Toute leur attention se porta vers cet élément , et ils négligèrent l’armée de terre.

auolqu’il n’y ait aucun rapport ena marine militaire, telle qu’elle est de nos jours , et telle qu’elle était chez les Grecs , cependant elle exigeait des dépenses très - considérables , et mosthène assure qu’avec la plus stricte économie on ne pouvait entretenir dix vaisseaux légers à moins de quarante talents (916,000 fr.); de là on peut inférer que l’équipement des grandes

galères propres a combattre en ligne e bataille coûtait une fois davantage.

isocrate prétend que par une conséquence du changement survenu dans radministration générale de la guerre, la perte de la bataille de Leuctres, sur terre, éprouvée par les Lacédémoniens , fût une suite nécessaire de la défaite de leur flotte sur la cête de G nide, où r Athénien Conon détruisit totalement . leurs forces navales. En effet, on ne saurait douter que ces deux éivénements n’aient entre eux une connexion naturelle, car la défaite de G nide augmenta de beaucoup les espérances des Thébains. U ert d’ailleurs ordinaire, comme on l’a vu de nos jours , lorsqu’un état a reçu un grand échec, qu*il en éprouve encore d’autres , parce qu’il est dans la nature de la consternation d’aller en augmentant et de démoraliser un peuple.

MOBims DBS LACèoèlIOIlIBIIS .

Chez un peuple essentiellement militaire, les meeurs des femmes doivent être très -corrompues; et c’est une des principales causes qui accélé-

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rèrent la ruine de toutes ces sociétés fondées sur la force et la violenre. Il sufBt de considérer l’avilissement où , à peu d’exceptions près , sont encore réduites les femmes des soldats, pour concevoir que la nature a attache de terribles châtiments à cet état qui choque ses vues et qui est contraire aux notions mêmes de la raison. C’est une grande inconséquence , disait • on aux Spartiates, de vous marier aujourd’hui et d’aller demain assister à une bataille ou à un blocus de dix ans, dont les suites seront pour le moins aussi funestes que le furent celles du siéf{c de Troie , pendant lequel les femmes , .sous prétexte d’avoir perdu leurs maris (Tans la Troade, se remarièrent presque toutes, ou firent même encore pis. Pendant la première Ruerre de Messénie, la' conduite des vierges de LaoMémone , qui parvinrent au tertne de la maternité, sans hymen et sans époux , causa un grand embarras à l’état. Aristote dit que les expéditions militaires entretenaient à Lacédémone, durant l’absence de l’armée, des désordres incroyables dans l’intérieur des familles restées à la discrétion des femmes. Les reines de Sparte , à l’insu des éplioresqui les gardaient à vue, avaient élevé d’innombrables autels à Vénus , et les femmes , en général , qualifiées par l’épithète A'Andromanes, se dégradaient jusqu’à l’avilissement-, d’autres éprouvaient des perturliations ca|iables delïVayer l’esprit humain ; car , dit

Galien en pariant de sa propre mère , • elle mordait , dans ses accès de fti- « reur, ses propres esclaves comme « une bête feroce , et alors le sang « coulait à grands flots de sa bouche. » Plutarque prétend que les Lacédémoniennes étaient quelquefois consumées par ce feu illégitime dont brdia Sapho, dernier terme des faiblesses érotiques dont l’ame du sexe fut susceptible dans la Grèce.

Arrêtons notre histoire à cette fin déplorable de la décadence des moeurs, qui précéda l’asservissement de la Grèce. Le lecteurscmble nous avertir que l’éclat immortel du tombeau de Léonidas efface ces taches, et notre plume se refuse à tracer des tableaux qui ne sont que trop humiliants pour notre triste condition humaine.

COHCLDSIOM.

La croix que J.-C. a laissée sur la terre est plantée aux bords de l’Rurotas ; la tyrannie ne pourra prévaloir contre l’esprit de la hlierté qui anima toujours la Grè<',e, et lui ut de nos jours secouer la poussière du tombeau.

Ce que les lois de Lycurgue et de Solon n’ont pu faire, le christianisme l’accomplira , et le symbole de la foi , cette charte qui ne fut pas primitivement écrite de main d’homme, transmis d’âge en âge, par la prière même de l’enfance, aeviendra la loi impérissable de la Hellade et du monde.

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