G RE C K. IM
678 ans avant J.-C. Tout ce qu'on sait de c« dernier prinee et de ses successeurs y/rgée , mort l’an 640 ; Philippe mort l’an 602; Éropas , mort l’an 576 , et Alcétas , mort l’an 547, c’est qu’ils soutinrent des guerres mêlées de succès et de revers, 'contre leurs voisins , prticulièrement contre les Piériens et les lllyrieos, qui avaient leurs rois particuliers.
Lorsque les Perses commencèrent à faire des irruptions en Europe , la Klacédoine était , par sa situation , la première province qu’ils devaient trouver sur leur passage. Déjà sous Darius , fils d'Hystapes , les rois de M.ncédoine avaient été aisujétis<à payer tribut aux Perses , et ce ne fut pas à rcur valeur, mais aux exploits des Grecs , qu’ils durent d’en être affranchis. La bataille de Platée rendit au royaume de Macédoine son indépendance, quoicpie les Perses ne l’eussent pas formellement reconnue.
Avant l’expédition contre les Scythes (513 avant J.-C.), Amyntas, mort en 498, avait été assujéti a payer trir but aux Perses , aussi bien que son fils et son successeur Alexandre (mort l’an 464 avant J. -G. ), qui fut forcé d’accompagner Xerxès dans son expédition contre la Grèce.
L’expulsion des Perses donna bientêt aux rois de Macédoine d’autres voisins redoutables : c’étaient, d’un côté, les Thraces , qui , sous Sitalcès et sous Seuthès son successeur, formèrent le puissant empire des Odryses ; et les Athéniens , qui , au moyen de leur puissance maritime, rangèrent sous leur domination toutes les colonies grecques situées le long des côtes de la Macédoine. Cependant, plus ce voisinage pesait sur les rois de cette contrée, plus ils se trouvèrent promptement et profondément engagés dans les affaires de la Grèce.
Commencement des qoehelees AVEC Athènes. — Les premières rivalités des Macédoniens avec Athènes se manifestèrent sous le règne de Perdiccas II, qui occupa le trône de454 à 418 (avant J.-C.); Athènes soutintcontrcce prince , Philippe, son frère. Alors eut
lieu, comme on l’a dit ailleurs, la révolte do Potidée (432 av. J.-C.) , qui se rendit aux Athéniens en 431 av. J.-C.
Pordiocas eut une politique si adroite dans la guerre du Peloponèse qui éclata alors , qu'il parvint à tromper les Athéniens , tandis qu’il détournait l’attaque de Sitalcès , par le mariage qu’il lit de sa sceur avec Seuthès , l’héritier de ce souverain (42!) avant J.-C.) Son alliance avec Sparte (424 avant J.-C.) fut extrêmement désavantageuse aux Athéniens, par 1a perte d’Amphipolis que ürasidas leur enleva, comme on l’a fait connaître précédemment. Néanmoins, Pcrdiccas aima mieux faire la paix avec Athènes (428 avant J.-C.) que de se mettre entièrement à la merci de ses nouveaux alliés.
ApCHÉLAOS,
Archélaos, successeur de Perdiccas, déploya une politique éxJairée, qui Jiit beaucoup plus utile à son royaume que l’adresse de Perdiccas. II jeta les fondements de l’agriculture et de la eiviii salion des Macédoniens, que cependan< les Hellènes ne voulurent jamms reconnaître pour leurs frères; il lit faire des grandes routes, construire des places fortes , des arsenaux , et rendit sa cour le siège de la littérature : ou y vit briller Euripide, Socrate fut vivement sollicité de s’y rendre ; tout ce que la Grèce avait d’hommes distingués accourut auprès d’Arc hélaos.
L’ancien royaume de Macédoine paraît avoir compris les provinces connues sous le nom d’Émathie , de Alygdonie et de Pélagonie : plusieurs autres peuples voisins, quoique gouvernés parues princes particuliers, étaient ses tributaires. Les rois de Macédoine n’avaient que peu d'autorité sans le secours des grands de leur royaume , parmi lesquels ils u’étaient que les premiers , comme tous les anciens chefs des peuplades grecques.
nÉvournoNS, üscreations .
4o4 — 4oo-
Le règne d’ Archélaos, qui périt assas-
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L’UNIVERS
siné dans la 6* année de son règne , fut suivi d’une période de 50 ans, pendant laquelle la Macédoine se trouva livrée à une succession de dix princes ou usurpateurs delà race d’Hercule, dont l’histoire n’est qu’une suite perpétuelle de crimes et de calamités. L’indécision des lois qui semblaient régler la succession au trône autorisait l’ambition de plusieurs prétendants, dont chacun trouvait quelque secours , soit chez les peuples voisins de la Macédoine , soit dans quelqu’une des républiques grecques.
Éropos, comme tuteur du jeune roi Oreste , usurpa le pouvoir suprême , qu’il posséda de 400 a 394 (avant J.-C.). Après sa mort et le meurtre de Pausanias, son fils^ en 393, Amyntas II (fils de Philippe , frere de Perdiccas) s’empara du trône, sur lequel il ne s’affermit qu’après avoir vaincu en bataille rangée Argée , frère de Pausanias , soutenu par les Illyriens ( 390-369 av.
J.-C.) Ne pouvant terminer avec succès la guerre contre Olynthe ( 383- 380 av. J.-C. ), il conclut un traité avec Sparte, en vertu duquel cette république lui rendit, ou lui fit restituer toutes les places de la Macédoine. Après cet événement, Amyntas établit sa cour à Pella , où il passa plusieurs années cultivant l’amitié des Athéniens et des Lacédémoniens.
Les trois fils d’Amyntas II, Alexandre , Perdiccas et Philippe se succ^èrent à la vérité après fa mort de leur |)ère ; mais les troubles qui eurent lieu sous le règne des deux premiers furent si grands , qu’on douta si le royaume pourrait subsister; car les Macédoniens furent obligés de se soumettre à payer tribut aux Illyriens.
Alexandre fut affermi sur le trône et défendu contre son rival Ptolémée d’Aloros, par Pâopidas; il consentit à envoyer Philippe , son jeune frère , à Thèbes, comme otage; mais il fut précipité du trône dans la même année par Ptolémée ( 368 av. J.-C. ).
Ce prince gouverna le royaume, sous la condition de le conserver aux deux jeunes frères (368-365 av. J.-C.); condition qui lui fut imposée en 367 par
Pélopidas. L’assassinat de Ptolémée, par Perdiccas III , se rapporte à l’année 365 av. J.-C. Perdiccas fut bientôt vivement inouiété par Pausanias, nouveau prétendant à la couronne , jusqu’à ce que les Athéniens , sous la conduite d’Iphicrate , l’affermissent dans son autorité, 364. Enfin , vers 360 , Perdiccas périt dans un combat contre les Illyriens, en laissant en bas âge un fils nommé Amyntas. Ce fut à cette occasion que Philippe, frère de Perdiccas , s’évada de Thènes, pour prendre en main les rênes du gouvernement de Macédoine, avec le titre de tuteur du jeune prince, et de lieutenant général du royaume.
RàONE OB PHILIPPE ,
La Macédoine était menacée pr deux prétendants, Argée et Pausanias, et par quatre armées formidables, lorsque Philippe se chargea de défendre les droits de son neveu au trône. L'a prince moins courageux aurait abandonné une cause qui semblait désespérée; et si le courage avait été sa principale vertu, il n’aurait fait qu'augmenter les troubles auxquels il voulait remédier.
Éducation. — Philippe était alors dans sa vingt-troisième année. Depuis l’âge de quinze ans , il avait principlement vécu à Thèbes, dans la famille et sous la direction d’Épaminondas.
On peut croire qu’il accompagna le héros thébain dans plusieurs de ses expéditions militaires; mais il est certain qu’il visita les principales républiques de la Grèce , dont il étudia les institutions ; et la tactique des Lacédémoniens fut la première amélioration qu’il introduisit dans l’armée macédonienne. Le perfectionnement de ses connaissances ne fut pas le seul fruit de ses voyages; Philippe acquit l’amitié et l’estime de Platon, d’Isocrate, d’Aristote, et les liaisons qu’il forma avec ce que la Grèce avait de personnages illustres , contribuèrent au succès des desseins qu’il exécuta dans U. suite.
GRECE
Délivra!«ce de la Macédoine. — Les Illyriens, les Péoniens et les Thraces étaient les ennemis les plus dangereux du royaume. Mais l’inconstance naturelle à ces peuples délivra Philippe des Illyriens ou Celtes; il persuada aux Péoniens de se retirer, tant par ses présents que par ses promesses artificieuses ; la même conduite réussit avec le roi de Thrace, qui abandonna la cause de Pausanias. Libre de ces soins, Philippe se prépara à résister à l’attaque , beaucoup plus formidable d’ Argée , soutenu par les Athéniens.
Philippe proclabié roi ( 360 av.
J.-C. ). — Jusque là, c’était avec le titre de régent que Philippe gouvernait, lorsque la flotte d’Athènes, sur laquelle se trouvait le prétendant Argée, parut aux attérages de la Macédoine. Les grands étaient réunis à Egée, pour aviser aux moyens de salut public, lorsque sur la foi d’un owle, ils s’écrièrent d’une voix unanime, en saluant Philippe : « Voilà ■ l’homme destiné à être le fondateur " de la grandeur macédonienne. La « situation des choses n’admet point " un enfant pour roi. Obéissons aux • ordres du ciel , et confions le sceptre « à des mains dignes de le porter et « capables de le défendre. »
DEFAITE d’Argée. — Ce fut dans ces circonstances qu’Argée, débarqué au port de Méthone , essaya de faire raloir ses droits au trône. Édesse lui ferma ses portes , et il dut battre en retraite vers la mer. Philippe, qui avait eu le temps de rassembler des troupes, tailla en pièces son arrière-garde , et le défit dans une action générale, où il périt avec l’élite de ses troupes : le reste de son armée fut fait prisonnier.
Dans cette occasion, Philippe sut déployer la politique la plus opposée à wn caractère fier et impérieux. Les prisonniers macédoniens , partisans d’Argée, ayant été conduits en sa présence, furent réprimandés avec douceur, admis à prêter le serment de fidélité à leur nouveau maître, et distribués indistinctement dans les différents corps de son armée. Les
Athéniens furent traités avec les plus grands égards. Loin de leur demander une rançon , il ordonna de leur rendre leurs bagages, et il les admit à sa table. Ainsi procédait Philippe, non parce qu’il compatissait à l’infortune, mais afin de tromper les hommes, car il ne fit jamais le bien que pour arriver à des fins intéressées.
Politique de Philippe. — Les prisonniers grecs rendus à la liberté étaient à jieine de retour à Athènes , qu’on y vit arriver des ambassadeurs de Philippe. Il savait combien la perte d’Amphipolis était sensible aux Athéniens, auxquels il proposa de déclarer cette ville fibre et indépendante. L’offre du roi fut acceptée , et au moyen d’un autre traité avec Amyntas, les A théniens se trouvèrent enchaînés dans le repos , sans pouvoir s’opposer aux vues ambitieuses de Philippe.
Noblesse. — Au milieu de sa gloire et de ses succès, Philippe ne pouvait choisir une occasion plus favorable pour refréner les prétentions orgueilleuses des nobles. Leurs aïeux n’avaient jamais eu , malgré leurs prétentions de pairs des rois, d’autre extraction qu’un état humiliant de domesticité.
Ainsi qu’aux temps héroïques , les rinces macédoniens avaient des ofciers particuliers qui conduisaient, leurs chars , portaient leurs ordres et* nettoyaient leurs armes : Homère leur donne le nom de thérapeutes ou valets.
Philippe avait compris que l’avantage de la naissance de ses gentilshommes, qui se réduisait en dernière analyse à un intérêt personnel , en s’appropriant exclusivement les richesses et les honneurs , au prix des plus grandes humiliations , choisit dans cette classe un corps de troupes
f|u’il nomma les Camaraaes.Ws avaient e privilège de ne pouvoir être battus que de ses mains royales; ils vivaient non pas , comme on l’a prétendu , à sa table, mais de la desserte de sa table; ils suivaient sa personne à la chasse , à la guerre. « Ja- <c mais , ajoute Tite-Live , on ne vit « d’esclaves plus rampants en pré-
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« sence de$ roj« , ni d« mortels plus U insolents prtont ailleurs. Ils por> « taient la livrée de la cour comme << des valets, mangeaient dans un ré> » l'ectoirc commun; du reste riche.s « ou bien endettés, ils no |>ouvnient « endurer le nom do liberté, ni se souu mettre au joug des luis civiles, qui <> sont néanmoins le |tlus beau don que « la philosophie ait fait à la nature « bumnine. »
Dès que. Philippe eut ouvert ses antichambresà la noulesse macédonienne, clic s’y jirécipita itour obtenir des places decliansons, de panne-tiers, de sommeliers, de veneurs. Il n'en fut pas de même du collège des Camarades, qui étaient autant d'otages entre les mains du roi , car c'est de l;i que sortirent une pépinière de générau.v, qui, après avoir lait la gloire de la Macédoine, devinrent les tyrans et l'opprobre de l’ancien continent.
On a répété sans raison que Philippe fut finventeur de la phalange; il ne lit que la perfectionner en adoptant son principe. Alais il s'appliqua a remplir d’armes ses arsenaux , à se procurer des chevaux, à faire la revue de ses troupes , à les exercer et à les accoutumer à cette vie austère qui fait les bons soldats.
Phemièrh campagne PE Philippe, 359 AVANT J.-C. — Philippe ne tarda pas à faire usage de ses forces; la mort d’Agis, roi de Péonie, lui en fournit l’occasion. Les .Macédoniens avaient à venger d’anciennes injures , et ils n’eurent qu'à se montrer pour vaincre sans tirer l'é|iée. Les Péoniens, privés de leur chef, ne tirent aucune résistance; le roi de Macédoine parcourut leur pays , lit des esclaves et un butin considérable , leur imposa un tribut, et rangea la Péonie sous son sceptre.
II. DÉFAIT LES Ili.YHI£NS, 3.58 AVANT .1 .-C. — Les Péoniens ne furent pas plus tut subjugués, ijue Philippe , a qui toutes les saisons étaient inilifferentes pour faire la guerre, entreprit, pendant l’iiiver, une campagne contre Jlardyllis et les Illyriens, à la tête de dix mille hommes d’infanterie
et d« six ceats chevaux. L’histoire n’indique pas dans quel lieu les années se rencontrèrent ; mais on sait que les Illyriens laissèrent sur le champ de bat, aille .sept mille hommes avec leur roi Jlardyllis. Ainsi mourut, âgé de quatre- vihgt-^iix ans, en combattant à cheval avec la plus grande valeur, un homme qui, de charbonnier et de chei de voleurs, était parvenu à la souveraineté de l'Illyrie. A la suite de cette bataille , les vaincus soumirent leur sort a la discrétion de Philippe; il leur accorda les mêmes conditions qu’il avait imposées aux Péoniens. Cet événement uomia pour frontières à la M>icédoine le lac l.ychnitis, la position d'Apullonic au voisinage de l’Adriati, que, et lui valut un ascendant Ud , que les Illyriens de cette contrée adoptèrent le langage et les mopMea du vaioquenr.
UGCE OLYNTBIENHE,
Philippe rentra dans son royaume, non pour jouir du repos , mais pour accomplir d’autres desseins. Il avait mis en sûreté la Jlacédoine au nord et à l’occident; mais la côte méridionale, peuplée de Grecs , lui offrait à la fois une conquête plus attrayante et un ennemi plus formidable.
La ligue olynthienne , qui av,iit secoué le joug UC Sparte, pouvait mettre sur pieq dix mille hommes pesamment armés et un corps de cavalerie bien discipliné. La Clialcidique avait adhéré ,à son alliance; cette province, avec les villes du mont Pangée et de la Piérie , formait une barrière propre à défendre les états grecs contre la lUacédoine et à menacer au besoin la sûreté de ce royaume. Cette situation occupait la politique active de Philippe, ui , variant ses moyens , sans changer e but, parvint, coinine on le verra, au bout de vingt-quatre ans, <à obtenir le résultat le plus remarquable que jamais la prudence liumnine ait conquis sur la valeur et la fortune de la Hellade.
Amphipolis avait été déclarée ville
GRECE. 208
libre (*) par PWH{^ ^èt le comment cernent de son règne. l>es Athéniens , qui revendiquaient leur ancienne co« Ionie, n’avaient jui la recouvrer, à cause do la trahison do Charldème d’Eubée. Ils se prèjiaraient à renouve.
1er leur entreprise , tandis que les ha> bitants , qui avalent goOtè les douceurs de la liberté, se disposaient à soutenir leur indépendance. Cependant i Is étaient moins alarmés des préparatifs d'Athè.nés qtie des intrigues de Philippe, qui avait nesoin de leur ville pour sa frayer une route vers les forêts et les mines (Tordu mont Pangée, afln de se prO'.
curer des bois pour construire une ma.
rine et de Tor pour solder ses armées, • Dans cette cxMîurrence , les Amphipo.
I litains recherchèrent et obtinrent la f protection de la ligue olyntbienne, en ‘ entrant dans son alliance. Un acte sein. Uable entraînait une rupture avec le roi de Macédoine i les Qlynthiens le sentirent ; et ils essayèrent (le conclure un traité d’alliance avec Athènes , contre l’ennemi commun des deuj états.
Si ce projet avait réusai , la Macédoine n’aurait peut-^tre .jamais été remarquée dans Thistoiré. Philippe, averti de ce qui se tramait, s’empressa d’envoyer des ambassadeurs à Athènes, où ils arrivèrent avant qu’on edt rien conclu avec ceux d’Olynthe, On entama aussitôt un^ double négociation par
(*) La vue d'Amphipolu est prise des il hiuteun de Ordylliun , près dil village de il Kiilchuk Orchova. Des ponts étahhssaieitt S‘ ilet commuoieatioDs ealre Tancieitue et le f? nouvelle ville ( Amphipplis). Un y voit, à r l'orient, lea ruines d'uue auciettue parte;
Ict hauteurs dépeudept du mont Pangée; J on croit que le ))el>l luiqulus est le tQuibeau de Brasidas ; on reconnaît la trace des anciens remparts et de la grande muraille si- ^ tuée au IV.-E. et au 8. , qui , suivant Thucyd. , liv. IV, e. loa , fit changer le uom de Knneaodos en celui A' Àmphiyotis. On y re. marque le cours du Strymon , qui se délonrne vers te couchant, en suivant la montagne de Ordylllon, d'ofi il décrit un angle presque droit pour se rendre à la mer. La ville formait le couronneraent du laç Gercine, qu'on fera connaitru ailleurs.
laquelle Philippe s’engageait à soumettw Amphipohs p<)ur le compté des Atiténiens , à condition qu’ils lui rendraient Pydna, place non moins iraportante. Il promettait en outre à la républiqae neiueoup d’autres avantages, qu’il n’était |tas tvmyia de faire connal^e. Le traité fut cxtnolu, et lea Qlynthiens éconduits s’en retournèrent pleins d’indignation.
Ijcs députés avaient à peine eu le temps de rendre compte à leurs citiicitoyens de ce qui s’était passé à Atliènés, que des ambassadeurs de Philippe demandèrent audience au sénat dV)iynthe. Ce prince artiiioieux affectait de partager Taffront que les députés de la ligue avaient reçu de la part des Athéniens; Il leur témoignait eii inêinc temps sa surprise de ce qu’ils avaient brigué la protection d’une république orgueilleuse, tandis qu’ils pouvaient trouver en lui un allié charmé d'entrer dans leur confédération. Il leur offrait de les mettre immédiatement en possession d’Anthéraos et de leur donner, dès qu’il en aurait fait in conquête, Pydna et Potidée, qu’il préférait voir entre leurs mains , plutôt que sous la domination atJténieuue.
Libre d'agir et secondé par les Olynthiena, Philippe se porta rapidement oontra Amphipolis, qui, se trouvant attaquée au dépourvu, eut de nouveau recours à Athènes. Le sénat d’Amphipoiis dépécha en conséquence Hierax et htratocle, chargés d’exprimer le repentir des Amphipolitains au peuple d’Athèn&s, en le suppliant de reprendre sa malheureuse («Ionie suus sa proteotion.
Hedditiow d’Amphicolis. — Les Athéniens se trouvaient alors engagés dans la guerre sociale, dent on a parlé précédemment; mais le dAsir de recouvrer une colonie importante pouvait les éclairer sur leurs intérêts.
Philippe, qui geptait l’importance de les tranquilliser, leur fit dire qu’il n’attendait que la réduction (]e la place dont il faisait le siège pour la remettre sous leur autorité. Abusés par cette promesse, les Athéniens traitèrent les députés d’Amphipolis avec aussi peu
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d’é^ids que ceux d’Olynthe. Bientôt apres , la ville fut forcée de se rendre a discrétion, et Philippe déclara son territoire partie intégrante du royaume de Macédoine.
Prise de Pydna et de Potidée.
— Philippe , ayant assiégé et pris ces deux villes , s'empressa d’en faire la remise à la ligue oiynthienne. Dans cette circonstance, il prit sous sa protection la garnison athénienne de Potidée, qui s’était rendue prisonnière de guerre. Bientôt après, il la renvoya sans rançon , en se plaignant de ce que la nécessité de ses afiaires et son alliance avec Olynthe le forçaient de contrecarrer les intérêts d’Athènes, itour laquelle il conservait, suivant l’expression de Diodore, le respect le plus sincère.
y Nympholepsie de Cotts. — La réduction d’Âmphipolis ouvrit à Philippe le chemin de la Thrace, dont Cotys était roi. Ce n’était plus ce prince dont il avait été obligé d’acheter la paix à son avènement au trône.
Devenu amoureux de Minerve , on laissait à Cotys la liberté d’errer tantôt avec sa cour ambulante à travers les montagnes agrestes de la Thrace , tantôt de dresser ses tentes sur les bords odoriférants du Strymon , ou du Nestos , et d’autres fois de s’enfoncer dans les belles forêts qui ornaient sou royaume, pour y goûter à loisir les faveurs de son amante céleste. Il se trouvait dans le bocage d’Onocaris (*), qu’il quitta à la nouvelle de
(*) Les sources de l’Angitas, qu'on présume être le bocage, ou plutôt le Nymphœum d’Ooocaris, est un des sites les plus pilioresques de la Macédoine. Les rochers qui forment la grotte offrent une perspective prolongée sur la gauche. L'entree de cette caverne est obstruée par des blocs de marbre grisâtre amoncelés par quelque tremblement de terre ; on n’y pénètre qu’en se traînant sur les mains. Ces difficultés franchies, on croit entrer dans un temple:
l’antre est à peu près circulaire; sa partie supérieure forme une voûte presque régulière , dont le diamètre est d’environ vingtcinq pieds et la hauteur de quinze. A gauche, on voit une file de blocs de marbre ser-
l’approefae des Macédoniens; il écrivit à Philippe pour lui signifier de suspendre sa marche. Le message d’un tel homme ne pouvait qu’exciter le ridicule ou la pitié. Le roi de Macédoine, continuant sa routé, pénétra jusqu’à Crénides, ville située au pied du mont Pangée, à trois lieues de la mer et à dix environ d’Amphipolis.
Il admira la beauté solitaire des lieux, retrouva les mines d’or exploitées autrefois par les colonies de Thasos et d’Athènes, les fit nettoyer et fonda PlvJippes, ville dont la lugubre splendeur rappellera à jamais au monde le beau trépas de Brutus et de Cassius , qui moururent avec la liberté romaine.
Rkvoldtion en Thessalie. — Philippe suspendit le cours de ses conquêtes, afin de porter ses armes en 'Thessalie. Thébe, femme du tyran Alexandre de Phérès, n’avait point oublié les propos de Pélopidas, qu’elle rappela aux conspirateurs qui délivrèrent l’humanité d’un de ces monstres nés pour le malheur des peuples. — Salues comme libérateurs, Tessiphonos , Pytholaos et Lycopbron , beauxfrères , assassins et successeurs d’Alexandre , après s’être entourés de gardes , ne tardèrent pas eux-mêmes a devenir tyrans. Dans ce but, ils persécutèrent et firent mourir ceux qui les avaient aidés n opérer la révolution; ils restèrent maîtres de Phérès par la force et par la violence. La Thessalie entière était au moment de tomber dans les fers , lorsque les Alevades , famille qui descendait d’Hercule ,' se déclarèrent contre les usurpateurs. Mais comme leur parti ne pouvait seul s’opposer aux tyrans, ilsinvitèrentPhilippe a les soutenir, et les tyrannicides rêvant de sièges. Ou fond de la grotte sort une eau lim|iide qui , glissant d’abord sans bruit sur un lit de sable de cinq pieds de largeur, commence à murmurer en arrivant au dehors. On remarque , dans un enfoncement , les restes d’une maçonnerie antique construite au-dessous d’une ouverture par où s’introduit un jour mystérieux. Les eaux de celte grotte viennent des environs de Négrecop.
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curent le juste châtiment de leurs forfaits.
Les ïhessaliens , délivrés du danger, conclurent, dans le premier mouvement de leur reconnaissance, un engagement avec le roi de Macédoine, par lequel ils lui abandonnaient les revenus provenant de leurs foires et de leurs villes de commerce , ainsi que l’usage de leurs havres et de leurs chantiers. Cette concession extraordinaire et irréfléchie devint entre les mains de Philippe une possession permanente, qui le détermina à porter ses vues du coté de l’Épire.
éfihe.
L’Épire fut de toute antiquité la partie la plus mystérieuse et la moins connue de la Hellade. Des Pélasges , conduits par Phaëton , avaient été ses premiers colons. L’oracle de Jupiter y était , dit-on , établi avant leur arrivée, qui remonte à plus de quinze siècles avant notre ère. Deux Péléïades (femmes noires)appelées Colombes, ou prêtresses d’Osiris, venues d’Égypte, s’étaient fixées dans la Hellopie, ainsi nommée à cause de ses lacs, qu’on voit près de la ville moderne de Janina. Les chênes fatidiques qui rendaient des oracles; l’airain de Dodone (espèce de cloche ) dont les sons faisaient sans cesse retentir les échos du Pinde et des montagnes d’alentour; l’austérité des Selles , ministres de Jupiter, couchant sur la terre, ne lavant Jamais leurs pieds, circoncis comme les lévites qui veillaient autour de l’arche d’Adonaï; ces prestiges, ces moeurs en imposaient aux grossiers Âpeirotes ou Éjnroies; nom adouci par l’eupbonie ionienne.
J..e Pinde , voisin de Dodone , ne tarda pas à être habité par les Muses auxlyTes mélodieuses, et l’Hespérie, dont on recula la position vers le couchant à mesure que les connaissances gtographiques s’étendaient , devint la ïhesprotie baimée par l’Achéron, qui verse ses eaux dans le bassin de Glyk^, port voisin de Parga , ville de douloureuse mémoire.
I L’Épire fut alors regardée comme
une province de la Hellade , quoique une partie de ses habitants , ainsi que les Macédoniens, parlassent un idiome différent de la langue grecque. On croyait que les Épirotes primitifs provenaient d’une race scythique, sortie du voisinage des Palus Méotides : idée qui s’est perjiétuée parmi les Schypetars , ou Arnaoutes modernes , qu’on croit être de race caucasienne ; ainsi , jadis, on trouvait, comme à présent, en Kpire , deux populations , qui y sont encore confondues sans être identifiées.
Dynasties royales. — Les rois d’Épire furent lesÉacides, qui se prétendaient issus d’Éaque, roi d’Égine.
Le plus ancien de ces princes dont l’histoire ait conservé le souvenir, est Pyrrhus, fils d’Achille, qui fut dépouillé du royaume de son père, occupé alors au siège de Troie. Il céda une partie de son domaine à Hélénos, fils cle Priam , et il donna la Chaonie , terminée par la Thyamis, , à Andromaque, veuve d’Hector, qui s’établit à Butnroton, ville bâtie aux rives du faux Simoïs : Falsi Simoentis ad undas. Hélénos eut pour héritier d’une partie de ses possessions , Molossos , son fils, qui donna le nom de Molossie, ou Mojosside , à la partie centrale de l’Épire , qu’on appelle maintenant Palæo-Pogoni ( vieille barbe), surnom de Jupiter Dodonéen.
Molossos étant mort sans enfants , son royaume passa à Pialès, qui fut la tige historique des rois d’Épire.
b Le plus illustre de ces princes fut "Arrvbas. Il avait été élevé à Athènes, et ce fut au sein d’une r^ublique que l’héritier du trône des Racides s’instruisit des devoirs et des droits réciproques des peuples et des rois. De retour dans ses états, il donna un grand exemple à la postérité, en déclarant qu’il voulait mettre des limites à son autorité. Il établit un sénat , un ordre de magistrats , et lés Molosses adoucirent leurs mœurs. Passaron devint l’ Athènes de l’Épire ; elle s’embellit de théâtres , de temples et de portiques, dont l’auteur de cette histoire a retrouvé les ruines. C’était dans cette
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ville que se réunissaient les états du royaume. A leur avènement au trône, les' rois, après avoir sacrilié à Jupiter guerrier, juraient au peuple, « de s régner suivant les lois » , et les représentants de la nation s'cnga^^eaient a à défendre la royauté , euntorméa ment au.\ lois. « Sous ce régime, l'Uégorie, ou jugement pur jury, devint la première et lu plus lieureuse arantie des droits , de riioimeur et e la vie des citoyens.
Philippe épouse OlympiaS, 357 av. J. -G. — Dans ses excursions à ’J'lièbes , Philinpe avait eu occasion de voir la sœur d’Arrybas, roi d’Épire, dont les charmes et l'esprit avaient fait une profonde impression sur son cœur. Les deux amants avaient été initiés en même temps aux mystères de Gérés, pendant la fête triennale de la Ijonne Déesse, qu’on eélehrait dané nie de Suntothrace. Mais les soins du royaume et de la guerre avaient distraitles penséesamoureuses de Philippe lorsque son expédition eu Thessalie, en le rapprochant de l’Épire , lui rappela le souvenir d’Olympias. Il sollicita une entrevue avec cette princesse, qu’il demanda en mariage. Arrybas consentit à cette double proposition , et la sédiùsatUe beaaU de la belUqmuse Épire fut conduite en Macédoine. Les noces eurent lieu à Pellaaveo une pompe et une licence telles, qu’on en augura mal pour les mœurs de Philippe, dont les inclinations vicieuses ternirent la Un du régné glorieux.
NAI.SSANCK D'ALEXANDRË-LE-CRANb .
356 ar. L C.
L’indolence voluptueuse du roi de Macédoine , pendant la première année de son mariage , réveilla l’esrit d’indépendance des princes triutaires de la Péonie , de i’Illyrie et de la Thrace; mais le lion sommeillait. Au printemps de la première année de la GV!” olympiad^ l’élite des troupes macédoniennes, sous le commandement de Parménion , étouffa la révolte de riilyrie. Philippe en personne fut égidement heureux en Péonie et en iliirace. Comme il revenait de son ex-
pédition , il fut infomié de la victoire de Parménion; un second messager lui annonça que ses chevaux avaient obtenu le prix de la course des chars aux jeux olympiques ; triomphe qu’il mettait au-dessus de tous les autres , parce qu’il le constituait fU légitime de la Grèce, et il le consacra , en faisant frapper un char sur ses monnaies.
Presqu’en même temps , un troisième messager lui apprit qu’Olympias était aocoucliée d’un prince , à Pella , capitale de son royaume.
Tant de prospérités n’exaltèrent point la raison éclairée de Philippe.
On peut juger du calme de son esprit par sa lettre à AtlStote, écrite avec > une précisii^n (]ui montre le roi et ' l'homme de génie : « Apprenez qu’il <> nous est né un fils; nous remercions > « les dieux, moins encore d'un tel U présent, que de nous l’avoir ac- v « cordé dans un temps où vit Aristote.
« Nous sommes persuadés que vous en K ferez un prince di^ne de son père,
« et digue ue la Macedoine. • Aristote entra dans smi emploi, environ treize ans après la date de cette lettre, lorsqu’on supposa qu’ Alexandre avait la raison assez développée pour profiter de sas ieqoiis.
Politique de Philippe. — Philippe régnait depuis cinq ans; sa puissance é^it admirée et respectée par ceux même dont l’esprit était iucapable de pénétrer, la politique profonde qui le rendait véritiiblenieiit formidable. Le premier objet de ses désirs avait pour but la possession d'ülvn- ^ tiie et de son territoire ; le secona et i. le plus difficile était d’obtenir un jour la souveraineté de la Grèce. Mais loin de laisser sou|>(;onner ses projets, il sut abuser les Oiyntbiens, et tromper ,, les Athéniens engjagés dans une guerre ) , de religion! Ainsi, attendant beaucoup du bénéfice du temps, au lieu <ie s’attirer cent mille hommes sur les bras, il sut par une politique constante et sou- ^ tenue arriver à ses fins , sans jamais ; avoir plus de trente mille ennemis à ^ combattre. ,,
Seconde guekre sacrée. ^ On a parlé précédeaiment de la première
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merre sacrée contre les habitants de Crissa et de Cirrha (voy./>/.47); delà sentence d’Apollon , cause de l’extermination de tout un peuple , et du décret en vertu duquel son territoire fiit dévoué à une eternelle stérilité. La guerre sacrée qui commença la 2' année de ta CVr olympiade’, eut pour cause l’infraction de l’anathème prononcé au nom du dieu de Delphes.
Les Phocidiens ayant cultivé à leur protit lâhe partie des terres frappées J’éstercteKon, furent condamnes par les amphictyons à une amende de quelques talents qu’ils refusèrent de payer. A la même époque les Spartiates, sur la requête des Thébuins, se virent frappés d’une peine pécu- Diaire de cinq talents (27,000 fr. ), parce que, comme on l'a dit ailleurs , leur général Phoebidas avait injustement occupé la Cadinée. Les Lacédémoniens ne se pressant [)as plus que les Phocidiens d 'obéir h cette Bentenœ , les deux peuples furent en conséquence menacés de voir leur territoire tout entier confisqué et consacré au dieu de Ddphes , en Conséquence d’un décret des amphictyons.
PhILOHÉLOS GÉNÉnA.1. DES Phoc/oiEivs. — Cependant comme les hiéromnémons JiUmùiaieiU^ intrigwùent, et que les Phocidiens craignaient de voir leurs campagnes annexées au domaine sacré de Delphes , un de leurs compatriotes, Phitomélos, les engagea à prendre les armes , se chargeant de les tirer d’embarras et de les rétablir dans la prérogative ue protecteurs du temple et de l’orade d’Apollon. Les Phocidiens lui ayant décerné le titte de généralissime , il se rendit aussitôt à Sparte. Dans une eiitrévue particulière qu’il eut avec lé roi Ardudamas , fl confia à ce prince le projet qu’il avait formé de s’emparer de Delphes , d’eh recouvrer le patronage, et défaire révoquer les excommunications lancées eontre Sparte et Phocis. Archidamas approuva ce plan ( mais , n’osant se prononcer ouvertement, il se contenta de donner quinze talents an Phocidien , qui en quinze autres , aU Mo\-eo desquels «t teva qouaoBiést o
SoccÈs DB PAitxiMBLOS. — • Les amphictyons venaient de déclarer la guerre ,âux Phocidiens, en ordonnant a tous les Grecs de prendre les armes pour venger la majesté de Phoebus Apollon. La lenteur des préparatifs donna le temps à Philoinélos d’exterminer les Thracides préposés à la garde du temple, de s’enqrarer d« la ville de Deiplies , et de rassurer les habitants sur ses intentions ; peu de jours après il battit les Locriens. Après avoir obtenu ces succès. Philomélos fit effacer le décret des amphictyons inscrit sur une colonne , et fondre les tables d’airain qui portaient la condamnation des Phocidiens et des Lacédémoniens, ïl ordonna en même temps de publier qu’il n’avait pris les armes que pour restituer aux habitants de Pliocis le droit de patronage qu’ils exerçaient anciennemeat sur le temple de Delphes , «t pour annuler des décrets dictés l’injustice.
La nouvelle des événements de la Pbocide étant rendue dans la Grèce, les Athéniens , les Sjrartiates et quelques autres états se disposèrent à seenurtr Philoniélos, tandis que les ïhessaliens et les Béotiens s’armaient pour IHinir ce que leur fanatisme stupide appelait une entreprise sacrilège. Comme les troupes de ces derniers ne se trouvèrent renies que la seconde année •de la guerre. Philomélos eut le temps de se tortifieret de ravager la Locride opuntienne. A son retour à Delphes , ayant voulu consult» l'oracle, il ordonna à la pythie de monter sur le trépied t elle résistai mais obllgæiiar la violeiiœ , elle s’é>ria : « Qu’il le>- « rait tout œ qu’il voudrait. » Le général dédéra qu’il s’en tenait à cette réponse; il passa le teste de l’année è s’occuper des affaires de la guerr».
Dans cette circonstance, Philomélos dut imposer des taxes aux Delphicns et emprunter des' subsides au trésor sacré , afin de lever et d’éntiotenir des soldats. Ce fut au intljeu de ces préparatifs que les Locriens, battus à deux reprises,' le furent une troisième fois par ceux qu’ils qualifiaient de sa- «kiléges, Cea défaites eblig^eot les
L’UNIVERS
yaincus à presser les secours qui leur étaient promis; iis allaient arriver, lorsque le général phocidien fut renforce pr les contingente de Sparte et d’ Athènes, de façon qu’il compta plus de dix mille mercenaires sous ses drapeaux.
Événements de la. guerre , 355-353 AVANT J. -G. — La fortune des combats resta à peu près égale pendant deux ans , et la guerre ne fut remarquable que par l’excessive cruauté des deux partis. Les prisonniers phocidiens étaient condamnés sans exception à mort , comme sacrilèges ; ceuxci usaient de représailles envers leurs malheureux captifs.
Mort de Phiuomélos. — Cependant les deux partis , qui éprouvaient une grande disette dans leurs positions respectives, résolurent d’abandonner les plateaux supérieurs du Parnasse , pour se rendre vers la Béotie et la Locride. Comme les deux armées suivaient l’étroite vallée du Céphise , les soldats se rencontrèrent et se chargèrent. Il s’ensuivit une affaire générale dans laquelle les Béotiens , supérieurs en nombre , taillèrent en pièces un corps phocidien. L’armée sacrilège prit la fuite à travers les bois et les rochers ; vainement Philomélos essaya de la rallier, il se trouva cerné, et, couvert de blessures, il parvint avec peine à gagner un escarpement. Ne voyant aucun moyen d’échapper, connaissant les tourments qui lui étaient réservés s’il tombait vif entre les mains de l’ennemi , il trouva la mort en se précipitant du haut d’un rocher. Onomarenos , frère et collègue de Philomélos, prit le commandement, et parvint à réunir les débris de l’armée.
Telle fut la fin de la seconde campagne sacrée.
ONOHARCHOS ,
355 uu avant J.*C.
L’armée s’étant ralliée à Delphes > Onomarchos obtint le titre de généra* lissime. Fidèle au système de son frèret il fit publier qu’il accorderait une forte paie aux soldats qui viendraient se ranger Sous ses drapeaux. Une foule
considérable de mercenaires accourut de toutes parts à sa voix. Il n’eut plus alors qu’un embarras : ce fiit de contenir l’ardeur de ses troupes , jusqu’à ce qu’elles se trouvassent équipées et qu’il eût achevé de faire monnayer l’or et l’argent empruntés au trésor d’Apollon, dont il se servit pour les solder et pour corrompre ses ennemis.
Après avoir pourvu à tout ce qu’il crOTait utile , Onomarchos entra dans la Locride, enleva d’assaut Thronion, dont il vendit les habitante comme esclaves; ce qui épouvanta tellement Amphisse, ville de la Locride Ozole, qu’elle se soumit au vainqueur, malgré son alliance avec les Achéens. La Doride et la célèbre Orchomène ne tardèrent pas à devenir la proie des Phocidiens. Leur général se préparait à assiéger Chéronée , lorsqu’une armée thébaine accourut au secours de cette place ; elle fut battue ; mais il parait que cet incident changea les plans d’Onomarchos, qui remonta a Delphes avec son armée.
Mouvements de Philippe. — Les Thessaliens furent de tout temps dévolus aux tyrans. Ils méritaient ce triste sort , car ils ne firent jamais rien pour la postérité. On les vit passer comme des ombres fugitives à la surface de la terre, sans y laisser le moindre monument du génie; ce qur fit dire aux Grecs : « que la Thessalie « n’avait jamais produit ni un mau- « vais cheval, ni un honnête homme. »
A peine délivrés du joug d’Alexandre, ils étaient tombés sous celui de Lycophron, échappé au châtiment du roi de Macédoine , qui réclama le secours d’Onomarchos pour le défendre contre ce prince. Le général phocidien lui envoya sept mille hommes, sous la conduite de Phayllos, son frère; ils furent mis en déroute par Philippe, qui , dans cette circonstance , assiégea et prit Pagase.
Onomarchos, convaincu que la Tliessalie n’était bonne qu’à être conquise, entra aussitôt dans cette province avec son armée , sous prétexte de secourir Lycophron , mais afin de la conquérir pour son propre compte. Philippe l’at-
GRECE. 309
tendait de pied fenne; mais ayant été battu dans deux rencontres par les Phocidiens , il se bâta de rentrer dans la Macédoine, où les affaires de la Tlirace exigeaient sa présence; Onomarcbos, ajournant ses desseins, rentra dans la Phocide , après s’étre emparé de Cbéronée.
THBACB.
La Thrace , suivant les anciens, s’étendait d’occident en orient, depuis , le Stryraon jusqu’au pont Euxin , et , du septentrion au miai , à partir du I mont Hémos jusqu’à la mer Egée; elle était divisée en Odrysie , ou partie montueuse , et en partie maritime ou I Sa^e.
Rois. — Térès, ou Tyrès, regardé J comme le fondateur de la monarchie ^ des Odryses, régnait, suivant Xéno- ^ pbon , avant la guerre du Péloponèse, et il parait qu’il vécut jusqu’à l'âge de 92 ans. Sitalcès, son fils , qui lui succéda (vers l’année 428 avant J. -C.}, augmenta l’étendue du royaume de son père par des conquêtes telles , que les Athéniens , établis sur les bonis de l'Hellespont, crurent devoir rechercher son alliance. Nymphodore, beau-frère de Sadocos, roi d’une partie de la Tbrace maritime , fut chargé de cette négociation; elle réussit, et ce prince ayant envoyé des troupes aux Athés niens, ceux-ci lui décernèrent, par re- * connaissance , le titre de citoyen d’A- 0 tbènes. Bientôt Sitalcès, à la sollicita-
* tion des Athéniens, marcha en per- ’ sonne contre les Cbalcidiens : il comp- 4 tait ensuite chasser du trône de Ma-
cédoine Perdiccas, mais il renonça à
* ce projet sur les représentations de > son neveu Seuthès ; if consentit même f au mariage de ce prince avec Strato-
nice, sœur du roi. Quelque temps f après, Sitalcès fut tué dans un combat f contre les Triballes ; quant à Sadocos, on croit qu’il mourut avant son père, f car on voit Seuthès 1" monter immé- ' diatement après lui sur le trône.
Ce roi , également qualiOé du titre de citoyen d’Athènes , n’est point connu par ses actions ; on ignore la durée oe son règne, qu’on rapporte vers
14' Ltoraison. (G&scs.)
l’année 424 avant J. -C. ; son successeur fut Mésade, que ses sujets expulsèrent du trône pour y placer MécTocos; on ne sait pas quelle fut la lin de sa carrière.
Le pays des Sapéens était resté libre, lorsque Seutnès II revendiqua ses droits de souveraineté sur cette contrée. Il avait déclaré la guerre aux Sapéens, et il se trouvait dans une position très-fâcheuse, lorsque Xénophon , qui ramenait les Grecs de l’expédition de Perse , eut la faiblesse de l’assister et le malheur de faire triompher sa cause. L’histoire ne nous apprend rien de plus sur ce roi.
Amadocos succéda à Médocos , vers l’an 390 avant J.-C.; il y a apparence qu’il occupa le trône jusquW 380, puisque Cotys I", qui y parvint en 356, régna pendant vingt-quatre ans.
i^res Seuthès 11 , on voit le trône de Thrace occupé par Cotys II, espèce de fou couronné , devenu, comme on l’a dit, amoureux de Minerve. Ses débauches et ses cruautés furent portées à un tel excès , qu’il fut assassiné par Python et Uéraclide , que rassemblée dès cinq cents déclara citoyens d’Athènes en mémoire de leur action; car ils n’aoaient pas tué un. homme.
Kersobleptès , voyant ses frères Bérisadès et Amadocos dépouillés par Philippe d’une partie de l'héritage de leur pere , se decidà à faire hommage aux Athéniens de la Chersonèse de Thrace. Charès fut aussitôt expédié avec une flotte nombreuse pour occuper cette colonie , où il ne trouva de résistance qu’à Sestos, qu’il enaporta de vive force. Pendant que cet événement s’accomplissait, Philippe assiégeait Méthone en Piérie; ce fut devant cette place qu’il perdit un œil d’un coup de flèche décochée par Aster , qu’il fit pendre dès qu’il se fut emparé de la ville : vengeance indigne de la majesté d’un roi.
Mort d’Omomarchos, 353 avant j.-C. — Pendant que les Phocidiens étaient occupés en Béotie, Philippe, ui avait levé de nouvelles troupes, tait entré en Thessalie , où il fui accueilli comme un libérateur par une
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L’UNIVERS
partie de la population. A cette nouvelle, Ononiarciios marcha au secours de Lvcoüliron avec vingt mille hommes ({'infanterie et cinq cents chevaux : les deux armées se rencontrèrent sur la côte de la Magnésie. Philippe, dont les forces étaient supérieures à celles du général phocidien, voulant rappeler à ses soldats qu'ils combattaient pour la cause des dieux, leur ordonna de se couronner de lauriers consacrés à Apollon, et d’en orner leurs drapeaux. Le choc des armées fut impétueux , et les Phoddiens , malgré leur énergie désespérée, furent rompus. Les débris de leurs bataillons s'enfuirent vers la mer, attirés par la vue de la Motte athénienne, qui revenait de la Chersonèse de ïhrace. Charès , qui la commandait, ne put leur porter secours, et Unomarchos, en voulant se sauver, fut noyé avec un grand nombre de ses soldats. Philippe , resté maître du ciiamp de bataille, trouva ue le nombre des ennemis tués était e six mille, et celui des prisonniers de trois mille; le corps d’Onomarchos, qu'il ordouna de rechercher, fut retrouvé, et attaché à un gibet. Les cadavres des sacrilèges, d&larés indignes de sépulture, furent Jetés à la mer ; ou ignore le sort des prisonniers, qui (jurent être vendus comme esclaves.
PaunENCB DE Philippe. — Le roi se garda bien de proliter de ses avantages en pénétrant dans la Phocide:
un esprit ordinaire aurait pris ce parti. Persuadé que la nécessité de passer les Thermopyles pour exécuter ce projet, alarmerait ses alliés , il y renonra pour le moment. Mais quoiqu’il eut usé de la plus grande sévérité envers les Phocidiens, il n’avait garde de terminer une guerre qui servait à couvrir ses desseins. Ses succès se réduisirent donc à étendie sa renommée , et alin de prendre pied du côté de la Hellade méridionale, il mit garnison dans les places de Phérès, de Pagase et de Magnésie.
Alahmes des OLYirrniEKs. — Philippe avait abusé les Olyuthiens par ses bons oflices ; ses manœuvres com-
mencèrent à les faire trembler pott leur indépendance , lorsqu’ils le vireid détacher de l’alliance d’Athènes Kersobleptès, dont il convoitait les possessions, pour s’ouvrir le chemin de Byzance. Il occupait déjà , comme allie, plusieurs pointsde la côtedeThrace, quand il attaqua Héréon, ville littorale de la Propontide.
Maladie de Philippe. — Les Athéniens , qui démêlèrent le but de cette entreprise, s’empressèrent de s’allier aux Olynthiens, et ils avertirent Kersobleptès du danger qu’il conrait. Us équipèrent en même temps une Hotte pour aller au secours d’Heléon , ou plutôt de Byzance , dont cette forteresse était en quelque sorte un avant -p<)ste. Ces mesures pouvaient être suivies d’une grande conllagration; mais la blessure (lue Philippe avait leçue au siège de Methone, etles fatigues continuelles de la guerre, lui causèrent une maladie qui fut annoncée comme mortelle. La joie fut générale dans la Grèce. Les Athéniens rassurés abandonnèrent leurs armements, afin de donner toute leur attention à la guerre sacrée.
GÉMÉKALAT DE PRAYIXOS ,
352 ftT. J.-C.
Phayilos, le troisième et le dernier des freres de Philomélos, avait pris le commandement de l’année phocidienne à la mort d’Onomarebos. Pour soutenir la cause presque désespérée qu’il embrassait, il convertit ce qui restait des dépouilles les plus précieuses du trésor sacré en monnaie courante. U fit, suivant le récit deDfUdore, servir à cet usage cent vingt lingots d’or, coulés en forme de brique, chacun du poids de deux talents; il envoya également à la monnaie trois cent soixante vases d’or, dont Chacun pesait quatre marcs , ainsi qu’un lion d’or et une figure de femme du même métal , estimés ensemble à trente talents, de sorte que tout cet or, réduit à la forme et au tarif de la monnaie, monta à quatre mille talents (21,600,000 francs), il disposa pareillement des statues d’argent, qui pro-
duisirent six mille talents. On calcula que les deniers dissipés sans retour par les généraux pboddieiis se montaient à plus de dix mille talents, somme , suivant Diodore , égale à celle qu’ Alexandre trouva dans le trésor de Persépolis.
Le même auteur dit que les Athéniens et les Spartiates participaient amplement au sacrilège en recevant des sommes bien supérieures aux frais de l’habillement et de l’entretien des troupes qu’ils fournissaient aux Phocidiens. Ainsi, de toute antiquité, l’administration dévorante de la guerre fut l’abîme dans lequel vinrent s’engloutir les finances des états.
Phayllos , au moyen de l’argent d’Apollon, était parvenu à former une armée beaucoup plus nombreuse que celle de ses prédécesseurs. Les soldats de Lycophron vinrent lui offrir leur secours; il obtint des états de la Grèce une assistance publique; les Lacédémoniens lui envoyèrent mille soldats , et les Athéniens cinq mille fantassins, avec quatre cents chevaux.
ÉîiEEGiE DES Athéniens. — Pendant ces préparatifs, Philippe avait recouvré la santé. Il savait que ses desseins ambitieux étaient connus , il fallait agir contre les sacrilèges. Les Thébains , les Doriens , les Locriens , ettous ceux qui avaient une vénération sincère pour Apollon , soupiraient I après son arrivée; on vantait sa piété; < les dieux l’avaient rendu à la vie pour ’ être le vengeur de leur cause; il allait paraître aux Thermopyles.
L’événement ne tarda pas à prouver I que le roi de Macédoine avait trop I compté sur le fanatisme de ses alliés , t et en particulier sur l’indolence des i habitants de la Grèce méridionale. Ce pavs était menacé ; Athènes croit déjà voir fondre sur ses campagnes une nuée de Macédoniens, de Thébains et ■ de Thessaliens ; les Athéniens courent aux armes, lancent leur flotte à la mer, volent aux Thermopyles et s’emparent des défilés.
Philippe n’éprouva jamais un plus icniel contre-temps que de se voir prévenu par un peuple qu’il avait tant de
fois trompé. Il se retira avec un profond chagrin, en laissant la conduite de la guerre phocidienne aux Thébains et à leurs alliés. Les Athéniens établirent un poste aux 'l'hermopyles, et convoquèrent une assemblée pour aviser aux moyens d'enchaîner l’ambition du roi de Macédoine.
ASSKMBUiR DES ATHÉNIENS.
DbmostrÈne. — Cet orateur avait annoncé depuis deux ans au peuple les dangers qui menaçaient la patrie du coté de la Macédoine. Chaque fois qu'il avait pris la parole sur ce sujet , les partisans de Philippe avaient écarté la question, en disant que les véritables dangers se manifestaient du côté de l’Asie, où le grand roi Otdios rassemblait une armée formidable. Quniu’on sût qu’elle était destinée u réuire les rebelles de Cypre, de la Phénicie et de r Égypte, aans toutes les assemblées du l'oniple il n'était question que des Medes. Les trophées de Miltiade , de Tbémistocle et ue Cimon étaient rappelés avec toute cette j)ompe de l'eloquence qui séduit la multitude.
L’enthousiasme populaire était secondé par les suffrages d’Isocrate et de Phocion. L’intégrité im’prochahle du premier et la pauvreté désintéressée du second ne pouvaient laisser de doutes sur la pureté de leurs intentions. Ils connaissaient la légèreté de leurs compatriotes, et c’est pourquoils les exhortaient à cultiver l'amitié d’un prince contre lequel ils n’avaient pas de chances raisonnables de sucrés.
isocRATE. — L’étude approfondie de l’histoire de la Grèce lui faisait croire qu’une guerre étrangère pouvait seule eioul'fer les dissensions civiles , et, d’une autre part, la constitution vigoureuse de la Macédoine le portait à regarder Philippe comme le chef le plus propre à ramener l’ordre dans la Grèce, en portant le théâtre d’une guerre nationale' en Asie.
Opposition de Demosthène. — - I, 'opinion de cet orateur était diamétralement opposée à celle d’Isocrate ,
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L’UNIVERS
et surtout aux basses intrigues des partisans de Philippe. Personne n’était lus affligé que lui de la décadence U caractère grec; mais il espérait le relever, et il était tellement pénétré du sentiment de la gloire antique de la patrie , qu’il aurait préféré voir les Athéniens battus à la tête d’une armée grecque, plutôt que victorieux sous les drapeaux macédoniens.
Premùrf. philippiqtie. — Démosthène , après avoir rappelé gue la république avait été gouvernée depuis long-temps par des factieux avides d’argent, prétendait qu’il fallait renoncer à des projets gigantesques et se préparer à repousser une agression directe contre Athènes. Afin de parvenir à ce résultat, il montra qu’il était urgent de régler les finances en supprimant plusieurs branches superflues de dépenses, en adoptant une répartition et une perception plus équitables dans les impôts, il fit voir la nécessité du service personnel à l’armée, afin de n’être pas trahi par des mercenaires, en-citant ce qui venait de se passer aux Thermopyles, où la vigilance loiiite à la force avaient fait échouer les desseins du roi de Macédoine.
Depuis long-temps ces réflexions avaient rendu Démosthène populaire , lorsqu’il monta à la tribune, à peine âgé de trente ans, pour défendre la cause sacrée de la patrie. « Votre pre- « mier devoir. Athéniens, est de ne M pas désespérer. Non ; quoique envi- <t ronnés de périls , les mêmes circon- « stances gui ont causé vos malheurs « doivent fournir le motif de vos es- « pérances. De quoi s’agit-il?... Votre « négligence, et non le pouvoir de « l’ennemi, a plongé l’état dans le « désordre; réparez vos erreurs, et * vos affaires rentreront dans leur as- < siette naturelle. En considérant la « faiblesse de la république dépouillée « de ses colonies , et la puissance de « Philippe qui s’est accrue à nos dé- « pens, vous vous imaginez que cê « prince est un ennemi redoutable.
<• Réfléchissez donc. Athéniens, qu’il « fut un temps où nous possédions « Pydna, Potidée, Méthone, et une
« partie de la Piérie , que les nations « voisines , maintenant soumises à la c Macédoine, étaient alors indépea- « dantes , et préféraient notre alliance « à toute autre... Si, dans l'enfance « de sa fortune , Philippe eût raisonné « aussi timidement i^e nous raison- « nons aujourd’hui, s’il eût dit :
B Oserai-je attaquer, sans alliés, les < Athéniens , dont les garnisons corn- « mandent mes frontières? il ne se B serait pas engagé dans ces entre- B prises qui ont aé couronnées d’un B succès si brillant , et il n’aurait pas B élevé son royaume à ce haut degré B de puissance où il est parvenu. 0 B Athéniens , Philippe sait que les vil- B les et les forteresses sont le prix de B la valeur , qu’elles reviennent de B droit au vainqueur, et que lespos- « sessions de l’indolent appartiennent B à celui qui est le plus fort. Guidé « par ces principes appuyés par mu B armée, Philippe a tout subjuguée!
« il gouverne en maître, retenant plu- B sieurs états par droit de conquête et « d’autres sous le titre d’alliés j caries « alliés ne manquent jamais aux puis- « sances qui ne se manquent pas à elles- B mêmes... Mais , Athéniens, si voi^
B imitiez l’exemple du roi de Macé- B doine en sortant de votre léthargie,
B bientôt vous auriez ressaisi lesavau- B tages gue votre négligence seule B vous a fait perdre. Il se présentera B des occasions favorables , car vous B ne devez pas croire que Philippe, B à l’exemple des dieux , jouisse aune « prospérité immuable. Non, Athé- B niens; parmi ses alliés, les uns le B haïssent, d’autres le craignent ,ou B lui portent envie ; car il est des pas- B sions dont ses partisans ne sont pas B exempts. Ils les dissimulent, pake « qu’ils ne trouvent aucune ressource B dans votre appui; mais il ne tient B qu’à vous de les faire éclater.
B Quand donc, ô mes compatriotes, B quand montrerez- vous votre cou- B rage? quand ouvrirez-vous les yeux « sur votre propre situation? quelle B situation peut être plus alarmante B que la vôtre ? Pour des hommes li- B bres , le motif déterminant doit être
L’igitizec' by UOO^lc
GRECE. ai3
< la honte d’une mauvaise conduite. . . . « Quoi ! n’avez-vous donc d’autres oc- « cupations que de co^ir les places « publiques, pour vou*nformer des « événements du jour .•* qu’y a-t-il de > plus extraordinaire que de voir un « Macédonien se préparant à s’empa-
• rer d’Athènes et à donner des 1ers
• à la Grèce? — Philippe est-il mort?
< non ; mais il est en grand danger. —
• Que vous importent ces rumeurs?
« que vous im|rârte qu’il soit mort ou
< malade, puisque votre conduite, si « elle ne change, vous aura bientôt « donné un second Philippe. »
Mesures DE STTRETÉ. — Après cette vive allocution , Démosthène proposa à l’assemblée du peuple de secourir Olynthe et la Cheréonèse de Thrace contre les agressions de Philippe ; de lever deux mille chevaux , et un pareil nombre de peltastes; d'occuper militairement les lies de Lemnos , de Thasos et de Sciatbos, contiguës à la côte de Macédoine. Ces propositions modérées prouvent que ibrateur jugeait parfaitement ses compatriotes, car il se contenta de demander que le quart seulement des levées fût composé d’Athéniens, et que les secours immédiats consistassent en quatre-vingt-dix talents. Il savait oue des demandes plus considérables d’hommes et d’argent alarmeraient l’indolence des Athéniens et leur amour pour les-plaisirs ; tout porte à croire qu’on ns donna pas même de suite à sa proposition.
PBII.IPPE AFFECTE DE RENONCER AUX AFFAIRES, 353 A 350 AVANT J.-C. — Là politique du roi de Macédoine consistait à entretenir ses ennemis dans une fausse sécurité. Deux ans aiH-ès sa retraite des Thermopyles , on le vit occu^ tout entier des arts de la paix , et if ne monta à cheval que nmr châtier quelques rebelles. Pella lut embellie de temples , de théâtres , de portiques et de monuments. Les plus habiles artistes, attirés pp les libéralités de Philippe, accouraient à sa cour, où ils trouvaient un prince accessible à ses sujets, dédaignant la pompe , vivant au milieu de ses généraux et de ses familiers.
Son isimoralitb. — Cependant' ce monarque lettré, équitable, est représenté sous de tout autres couleurs par l’historien Théopompe. Les trésors amassés par sa rapacité allaient se perdre dans la société d'hommes abominables qualifiés de BelUres et de Lastaures.
Entouré de ces êtres méprisables , de bouffons, de Thessaliens impudiques, ces infâmes compagnons du prince formaient en temps de guerre un régiment particulier d’environ huit cents hostilités toujours au complet, dont la bande entière était aussi lâche que débauchée.
Sa politique. — Le système de Law , perfectionné de nos jours , n’était pas connu au temps de Philippe , qui, se trouvant à court d’argent pour subvenir aux dépenses des bâtiments qu’il faisait élever, eut recours à la bourse des personnes opulentes. Il attacha par ce moyen à sa personne une foule nombreuse et puissante de préteurs, qui lui fournissaient nun-seulement les moyens de poursuivre ses travaux architectoniques, mais de pouvoir soudoyer les orateurs et les intri-
fants qui avaient le plus d’inlluence ans les différentes républiques de la Grèce.
Désordres des Athéniens. — Trompés par l’inaction du roi de Macédoine, les magistrats et le peuple d’Athènes n’étaient occupés qua célébrer des fêtes publiques, à diriger des processions, ou à juger du mérite respectif des poètes dramatiques et des comédiens. Les fonds destinés aux besoins de la guerre avaient été appliqués à l’entretien des tliéàtres ; et sur la motion d’Eubulos, vil flatteur de la populace , on avait rendu un décret qui défendait de donner une autre destination à cet argent. Vainement Démosthène s’opposa à cette mesure désastreuse , Eubulos , appuyé par l’éloquence de Démade, l'emporta.
Démade, né dans la condition la plus basse, conservait les vices de son origine ; il avait cet esprit sordide et ces passions brutales qui décèlent le manque d’une première éducation.
L’UJMIV KRS.
INéanmoiiis la vivacité de son intelligence , l’énergie de ses raisonnements, Pétendiie de sa mémoire, et surtout l’alHuidance im|)étueuse d’une éloquence improvisée, dans laquelle ilsur- ^ssait tous les démagogues , l'élevèrent à une haute considération dans l’esprit de la multitude; pensionnaire de Philippe et guide par son intérêt personnel, üémade dirigeait en tonte occasion la fureur du "(teuple contre le patriotisme éclairé de Démosthéne.
OUP.HRB n« I-’EüBKE , VICIOIRE i>K l’nocioN , 340 av. J.-C. — Depuis l’expulsion des Thébains de l’Ile d’Kubée, Athènes y avait conservé une ombre de protectorat. Les différentes villes se gouvernaient par leurs lois; elles nommaient leurs magistrats, quelquefois meme elles se faisaient la guerre l’une à l’autre, comme cela se pratique maintenant dans les cantons Itelliqueux de i’Épire. Un pareil état de choses donna lieu aux intrigues de Philippe; il fomenta les discordes, se lit des partisans dan.s chaque ville, et envoya, pour protéger sa faction , plusieurs bataillons inaeédoniens dans l’Rubée, qu’il surnommait avec raison une ries entra t'es rie ta Crèee.
Le parti athénien, appuyé d’un petit nombre de troupes, commandées par le démagogue Plutarque, stipendié de Philippe, ayant demandé des secours, Démostitèn’e s’y opposa en disant que c’était pour les livrer à l’ennemi. Il démontra la scélérates.se profonde de cette intrigue; mais sa voi.v élo(|uente fut dédaignée; on pressa l’expédition, on y mit de renthousiasme ; les choses tournèrent au détriment du traître qui avaîtcru attirer les Athéniens dans une embuscade.
Pho<’ion,àqui on avait confié le commandement en chef des troupes, trouva les alfaires presque désesqiérées à son débarquement dans l’Eubée. Dirigé par une prudence éclairée, il ne risqua aucun combat doiiteux.il chercha (l’abord à s’établir dans un poste avantageux, sans faire attention au.x clameurs de ses soldats et aux insidtes de l’ennemi. Maître d’agir quand il lui conviendrait, dès qu’il l’eut jugé op-
pcirtun , il ordonna à sa cavalerie de faire une fausse attaque et de revenir en désordre vers son camp. Le traître Plutarque, qui s’était ouvertement déclaré pour Philippe, donna dans le piège et fut complètement battu. Les Eubéens et les Macédoniens, témoins de 1a fuite de In cavalerie, ignorant la catastro|)he de Plutarque, s’avancaient pour attaquer le camp athénien.
Phocion était alors occupé à offrir un sacriliee, qu’il prolongea jusqu’à ce u'il eilt vu les assaillants, embarrassés ans les diflicultés du terrain, marcher en désordre. Alors il commanda à ses soldats de prendre les armes, et sortant à leur tête de ses retranchements, il fondit sur les .Macédoniens, qu’il repoussa avec une perte considéruhlejusqu’5 la plaine. KnlinCléophane, qui avait rallié la cavalerie athénienne, rendit la victoire complète. Les débris des bandes ma(;édoniennes réfugiées dans la forteresse de Zératra se rendirent à discrétion ; Phocion donna la liberté aux Eubéens, dans la crainte que la populace d’Athènes ne les égoreât, comme cela était arrivé pour les aliitants de Mytilène. On dit que dam cette circonstance, Démosthéne , qui se trouvait sous le commandement de PhcK'ion, fut un des premiers à quitter son poste et le dernier à retournera la charge. Esehine, au contraire, se comporta avec une bravouve distinguée et mérita l’iionneiir de porter à Athènes la première nouvelle, de la victoire. Phocion, après avoir mis ordre aux affaires, retourna en triomphe vers cette ville. Ses vaisseaux rangés en ordre de bataille, les poupes couronnées de guirlandes de fleurs , manœuvres pardes rameurs qui voguaient au son d’une musique, guerrière, furent reçus aux acclamations de ses concitoyens accourus au Pirée.
Invasion do territoire d’Olyn- THE. — Les Olynthiens s’étonnaient de voir plusieurs de leurs concitoyens devenus tout à coup riches, augmenter leurs immeubles, bâtir des palais, déployer un luxe et une magnilicence inconjms jusqu’alors parmi eux, lorsque l’invasion de Philippe révéla le
mystère d'iniquité cause de tant de fortunes scandaleuses. La trahison était flagrante, mais les Olynttiiens n’étaient pas en mesure de sévir: leurs forces ne se montaient qu’à dix mille hommes de pied et à mille chevaux.
Ainsi ils durent envoyer une ambassade à Athènes pour demander des secours.
Si les Athéniens avaient embrassé avec ardeur la cause des Olynthiens , Philippe se serait trouvé dans le plus grand embarras. Mais depuis leur dernier succès dans l’Eubée, les Athéniens, uniquement occupés de spectacles et de fêtes, ne songeaient qu’à jouir d’une vie aisée et commode; leurs perfides orateurs les entretenaient dans une somnolence politique, dont Demade profita pour conseiller à l’assemblée du peuple de rejeter la demande des ambassadeurs d’OIynthe.
Première olynthiewne. — Démosthène , se levant contre cette proposition , s’écria : « Les dieux , ô Athé- « niens , ont manifesté en plusieurs « occasions la faveur particulière
• qu’ils accordaient à notre pays, mais « elle ne s’est jamais montrée avec « plus d’éclat ^e dans la conjoncture
• présente. » priant ensuite des ennemis de Philippe, qui regardaienttoute transaction impossible avec lui , il déclara que ce serait se manquer à soiméme de négliger l’alliance des Olynthiens. «Appellerai-je, comme on le « fait, le roi de Mac^oine parjure, « perfide, sans prouver mes asser- « lions Ce serait le langage de l’in- « iure. C’est par ses actions qu’il feut « le juger; méchant et cruel par ca- « ractère , les artifices auxquels il doit « sa grandeur sont épuisés , et sa ruine « est prochaine. Quant à moi, Athé- « niens, je ne le craindrais pas, mais « je Fad mirerais, s’il s’était élevé par « des moyens nobles et généreux.
« Examinons sa conduite. Il a séduit « notre simplicité par la promesse de « nous remettre Amphipolis; il a sur- « pris l’amitié des Olynthiens par le « don trompeur de Potidée ; il a asservi « les Thessaliens, sous le prétexte spé- « deux de les délivrer de leurs tyrans.
« Lorsqu’un homme s’agrandit par la « perfluie, ne prenant conseil que de « son intérêt, le moindre choc ren- « verse l’édifice chaneelantdeson pou- « voir. Non, Athéniens, Il n’est pas « possible de fonder un empire dura- « nie sur le mensonge et le parjure !
« Cet empire peut prospérer' un mo- « ment, mais le temps découvre sa « ftiWesse. »
La conclusion de Démosthène fut qu’on devait secourir promptement et vigoureusement Olynthe, et envoyer une ambassade aux Thessaliens pour enflammer leur inimitié contre Philippe. « Mais prenez garde, Athé- « niens , que votre ardeur ne s’exhale « en décrets inutiles. Payez d’abord « vos contributions ; préparez-vous à • marcher en personne; montrez-vous « avec énergie : vous verrez alors à « quoi tient la fidélité des alliés de « Philippe, et vous connaîtrez sa fai- « blesse réelle. »
La peinture des vices de Philippe , celle des désordres et de l’immoralité de sa cour, déterminèrent l’assemblée do peuple à décréter qu’on secourrait Olynthe ; mais on prit un de ces partis moyens qui sont toujours le signe de là décadence d’un état. I.e peuple, convaincu que le salut d’O- Iynthe était uni à celui de l’Attiqiie, mais ne voulant nas s’arrach.^r à ses plaisirs, décida (l’envoyer Charès au secours des alliés , avec une flotte et deux mille soldats mercenaires. ^
SüccÈs HONTEüx DE Charès. — Les possessions d’OIyntbe étaient conquises l’une après l’autre par les généraux de Philippe, sans que Charès montrât aucune sollicitude pour les défendre. Cependant , forcé de satisfaire la rapacité de sa troupe, il lit une descente sur la côte fertile de Pallène. Il rencontra le bataillon des 800 mimons du roi , <x>mmandés par Andéos, sur lequel il remporta une victoire qui ne servit qu’à fournir une ample matière de plaisanteries aux poètes comiques. Fier de ce succès ignominieux , Charès revint triompher a Athènes, non avec les dépouilles des vaincus , mais en étalant une
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L’UNIVERS
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somme de soixante talents volés aux Phocidiens, qui étaient les alliés de la république.
La multitude , éblouie de la pompe de son général entouré de débauchés devenus ses captifs, donnant des festins, des banquets, des chœurs de musique, ne parlait ^e d’envahir la Macédoine, et de châtier l’insolence de Philippe , lorsqu’une seconde ambassade des Olynthiens arriva à Athènes. Leur ville était assiégée, après avoir perdu StaQ're, patrie d’Aristote , Myciberna , Torone , et plusieurs villes gagnées par les présents de Philippe : ce qui lui avait fait dire qu’il ne regarderait aucune place comme imprenable, pourvu qu’on y pût faire entrer un mulet chargé d’argent. Consternés de tant de pertes , les Olynthiens avaient tenté fa voie des négociations.
Philippe leur avait réponuu : « qu’il O fallait , ou qu'ils abandonnassent « Olynthe, ou qu'ü abandonnât la « Macédoine. » Enfin ils venaient d’étre battus dans une sortie.
Seconde ulynthienne. — Le moment critique était arrivé; Démosthène proclama cette triste vérité avec réserve : les Athéniens, dit-il, étaient obligés de remplir leurs engagements envers Olvnthe , ou à se voir bientôt réduits à défendre le territoire de l’Attique. Il rappela les occasions qu’on avait perdues de repousser un ennemi qu’on ne pouvait caractériser par des noms trop odieux ; et comme des invectives, ajouta-t-il, ne so»//>ox des raisons, il proposa de nommer une commission, chargée de réviser certaines lois relatives aux fonds destinés aux théâtres et au service militaire , afin que la paie du soldat cessât d’étre absorbée en dépenses frivoles, et qu’on ne pût soustraire à l’action de la Justice les lâches qui refusaient de coopérer à la défense de la patrie.
Démosthène, ayant insisté sur ce sujet délicat et dangereux , crut apercevoir quelques signes de mécontentement. Modifiant adroitement son discours, il poursuivit : « Je ne m’ex- « prime pas dans l’intention d’offenser « personne, je ne fais que vous rap-
« peler des maximes qui étaient celles > d’Aristide, de Nicias, de Périclès « et du général dont je porte le nom.
« Quelques orateurs mielleux peuvent « vous flatter. Pour moi , Athéniens , « je dois vous le dire , notre force est a énervée, notre gloire ternie, le pu- «■ blic dans l’indigence, et les ora- « teurs, qui vous trompent, gorgés « de richesses...
« O mes compatriotes, vos ancé- « très ont tenu, pendant soixante- « cinq ans, l’empire de la Grèce. Ils « déposèrent au-delà de dix mille ta- « lents dans l’acropole ; ils contin- K rent le roi de Macédoine ; ils érigè- « rent des trophées, et furent les seuls « peuples cites dans l’histoire, que O leurs actions élevèrent au-dessus de X l’envie. Grands dans la guerre, ad- X mirables dans l’administration, on X ne surpassera jamais les édifices pu- X blics qu’ils construisirent, les tem- X plesqu’ilsdécorèrent,lesdonsqu’ils X offrirent aux immortels. Modérés « dans la vie privée, ils ne s’occupaient X qu’à enrichir la patrie. En esi-il de X même aujourd’hui sous les lâches X ministres qui nous gouvernent ?
X Vovez notre délaissement. Les La- « céoémoniens sans force; les Thébains X puisés; nous, dépouillés, nous avons X dépensé quinze cents talents sans en X retirer aucun fruit. Hélas ! nous X avons perdu alliances, provinces, X richesses. Ainsi , si quelque orateur « prétend que ce n’est pas de nos fautes X que dérive la granaeur du roi de X Macédoine, quil se lève, et qu’il en X dise la véritable cause.
« La situation malheureuse de nos X affaires au dehors est, dira-t-on , X compensée par le bonheur dont nous X jouissons au dedans, et par les em- X bellissements de la capitale. Oui , X les chemins sont réparés, les nau- X railles sont blanchies ; nous avons X des fontaines Kpiivot, et des niaiseries X x^pcu;, et les im'nistres qui nous ont X procuré ces avantages passent de X la pauvreté et de la bassesse à l’o- X pulence et aux honneurs. Ils bâtis- X sent des palais qui insultent aux édi- X fices publics , ils s’élèvent à mesure
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« que la patrie s’avilit. D’oti viennent « ces désordres, Athéniens? Écoutez:
• c’est qu’autrefois le peuple faisait « son devoir ; il prenait les armes itda même; il se mettait en campagne; « il tenait en respect les magistrats
• et les administrateurs. »
Chabidème est élu général. —
Les Athéniens, insensibles au discours de Démosthène , au lieu de courir aux armes, envoyèrent à Olynthe un secours de quatre mille mercenaires avec quinze cents chevaux, sous le commandement de Charidème. Cet indigne ^éral , esclave de ses soldats , voulut satisfaire leur rapacité , en les laissant ravager la province macédonienne de Bottiée, avant d'entrer dans Olyntbe, qui, suivant toute apparence, n’était pas exactement resserrée. Les assiégés , encouragés par ce renfort , hasaraèrent une nouvelle sortie , dans laquelle ils furent repoussés avec une perte considérable. Les mercenaires d'Athènes , qui ne tirent pas preuve de valeur dans cette affaire, donnèrent en revanche l’exemple d’une licence que le stupide Charidème était incapable de réprimer. Ivre à chaque repas, il insultait les femmes de la ville, et son impudence alla jusqu’à demander ofliciellement au sénat une belle Macédonienne, qui se trouvait alors captive.
Tboisième oltnthienne. — Réduits à cette position, les Olynthiens s’adressèrent pour la troisième fois aux Athéniens. Eschine, qui devint
Sus tard la créature de Philippe , se stingua par son zèle et par son patriotisme. Démosthène, toujours admirable, agité de mouvements convulsifs, exhorte, conjure, prie, supplie ses compatriotes d’envoyer à Olynthe une armée composée de citoyens.
• Avez-vous , s’écria-t-il , jamais fait « attention à la rapidité des progrès « de Philippe? Il commence par pren- « dre Amphipolis , ensuite Pvdna , • Potidée et Méthone ; de la il fond « sur la Thessalie, se rend maître de • Phérès, de Pagase et de Magnésie.
• Tournant vers la Tlirace, il en par- * court les provinces, en partage les
< royaumes, et s’assied sur des tro- « pbées de sceptres et de couronnes.
« Je passe sous silence son expédition « contre les Péoniens , les Illyriens « et les Épirotes , car , dans quel lieu « n’a-il pas porté son ambition? Mais « pourquoi cette longue énumération?
X Est-il Quelqu’un assez aveugle dans « l’assemblée pour ne pas voir que les X malheurs des Olynthiens sont les X précurseurs des nôtres ? La conjonc- « ture présente vous appelle aux ar- X mes! Saisissez ce dernier témoignage X de la protection des dieux , car les X dons du ciel ne sont avantageux qu’à X ceux qui savent en profiter. »
L’éloquence de Démosthène, les raisons victorieuses qu’il fit valoir, l’emportèrent. On envoya une ambassade dans le Péloponèse pour soulever les habitants contre le roi de Macédoine. On décréta de marcher au secours des Olynthiens avec une armée nationale ; mais avant que cette résolution pût être exécutée , Olynthe avait succombé sous les efforts du roi Philippe de Macédoine.
Prise d’Oeynthe , 848 avant J .-C.
— Philippe, qui n’avait pu former la circonvallation d’Olyntne, s’était aperçu qu’Apollonide, commandant de la cavalerie ennemie , retardait et pouvait faire échouer son entreprise.
Les émissaires qu’il entretenait dans la ville furent oiargés de semer contre cet officier des bruits perfides qu’ils répandirent parmi la populace. Accusé de trahison, Apollonide fut condamné au bannissement, et le commandement de la cavalerie fut donné à Lasthènes et à Euthycrates , qui avaient vendu leur patrie à Philippe. Olynthe ne tarda pas à se rendre à discrétion. Le roi de Macédoine y fit son entrée en triomphe , ordonna d’en démolir les remparts, les édifices publics, et emmena les habitants en esclavage. Lasthènes , Euthycrates et leurs complices partagèrent la destinée des Olynthiens : on dit même que Philippe livra ces deux scélérats aux soldats macédoniens, qui les égorgèrent presque sous ses yeux.
La. conquête d’Olyuthe mit Philippe
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L’UNIVERS
en possession deChaicis (voy. »/. 54) (”) et des côtes septentrionales de la mer Égée ; de sorte que pour arriver à ses fins, il devait nécessairement occuper les Thermopyles et le détroit de l’Hellespont, connu sous le nom de Dardanelles. Les Grecs, qui avaient compris trop tard l’étendue des desseins du roi, se décidèrent à secourir les Phockliens ainsi que Kersobleptes , qui régnait encore sur une partie de la Thraoe et de la Chersonèse.
Fête des muses. ■ — Après la destruction d’OIynthe, Pliilippe célébra, dans la ville voisine de Dion, une fête publique en l’honneur des Muses. Toutes les républiques amies ou ennemies y furent invitas , comme aux jeux olympiques , et plusieurs Athéniens assistèrent à ces solennités, qui durèrent pendant neuf Jours. Rien ne manqua à leur splendeur; l’aménité et raffabilité du roi firent presque oublier les rigueurs qu’il venait d’exeècer contre une ville tnalheureuse , dont il distribua les dépouilles à ses convives.
Ravages des côtes de l’Attiqde.
— Au milieu de ces fêtes, Philippe voulut faire sentir aux habitants de l’Attique les calamités de la guerre, afin de les disposer è se prêter à la proposition insidieuse d’une paix séparée.
La néglisence de Charès avait laissé la mer libre aux Macédoniens, qui avaient créé une marine depuis le traité de Philippe avec les Thessaliens. La flotte royale, après avoir ravagé Lemnos et Imbros, îles tributaires d’Athènes, surprit une de ses escadres stationnée sur la côte méridionale
(') Cbalcis est siliié au bord du détroit qui sépare i’île d’Eubée de la Bcotia Slrabrm donne à re détruit deux plèltu^s da large (environ i5 toises); on le traverse sur un pont à plusieurs arches , au milieu duquel s’élève, sur un rocher isolé dans de la mer , une forteresse avec des tours ; celle forteresse défend les deu.v côtés du pont moderne, ronstniil en 1462 par Mahmoud pacha , sur remplacement de l’ancien, qii'aii temps d’Alexandre les Chalcidiens avaient fortifié également et réuni à leur ville.
de i’Bubée ; puis , ayant opdré une descente sur la plage de Marathon , il battit la e.avalerie commandée par Destimos, et porta la terreur dans un grand nombre de dèmes. Après ce coup de main , dans lequel il s’empara de la galère la Salaminienne, les vaisseaux macédoniens ayant remis en mer, entrèrent dans le golfe Saronique, battirent Charidème, renversèrent les trophées de Marathon et de Salainine, et retournèrent triomphants à Thermé, ville qui ne portait pas encore le nom de 'Thessalonigue.
Après oes exploits, on vit arriver à Athènes des ambassadeurs de Chalcis, chargés d’arranger à l’amiable les différends qui subsistaient entre les deux républiquep. Ils assuraient que Philippe avait laissé l’Eubée libre et indépendante, et qu’il désirait même sincèrement faire la paix avec les Athéniens.
Les propositions des députés de l’Eubée furent appuyées par deux histrions, Aristodème et Néoptolème; ils avaient Dut une fortune considérable à Pella, et ils venaient de quitter le théâtre, pour vivre dans l’Attique. Ils furent, contre l’avis de Démosthène, favorablement accueillis par un peuple frivole et léger.
Retouh d’Eschinb. — Sur ces entrefaites, Eschine , de retour de sa mission dans le Péloponèse , parut au milieu de rassembla réunie sur le Pnix. Il dit comment il avait révélé les projets de Philippe au grand conseildesArcadiens; iiraconta qu’il avait vu, pendant son voyage, trente jeunes Ulynthiens des deux sexes, conduits comme un troupeau de bêtes, que Philippe envoyait en cadeau à quelques vils suppôts de son ambition.
A oes mots, le peuple est saisi d’indignation ; les cris de guerre et de vengeance éclatent de toutes parts ; la jeunesse, rassemblée dans le temple a’Agraule, jure haine à Philippe et aux Macédoniens; on prononce de toutes
{)arts les imprécations les plus horri- )les contre les traîtres.
Ce mouvement pouvait avoir des conséquences; mais le roi de Macé-
GRÈCE
doine trouva moyeii ae conjurer l’orage , en faisant ijuelques concessions insignifiantes , qui furent suivies de la demande de prendre place lui-méme dans la confédération hellénique. Ce fut à cette occasion que l’assemblée ae décida à envoyer un héraut et des anabassadeurs à Peila, persuadée, comme le disaient Eschine et Déinosthène ,
r l'une mauvaise paix était préférable la guerre dans la position fâcheuse où l’on se trouvait. •
Ambassaüe bnvotée a Phixa , 547 AVAET J.-C. — Les députés choisis pour remplir cette mission furent pris à dessein dans des partis qui devaient se surveiller mutuellement.
Pbivnon, Ctésipbon, Aristodème et Philocrate, qui avaient témoigné leur confiance en Philippe, avaient pour opposants Eschine et Démosthtee ; on leur adjoignit Nausiclès et Dereyllos, Jatrôclès, l’ami d’Eschine, et Cimon, illustre par le nom glorieux qu’il portait : le- nombre cotnpiet se montait à dix personnes, indépendamment d’Agalocréon de Ténétfos , envoyé des lies grecques alliées d’Atbénes.
Les ambassadeurs , pleins de défiance entre eux , ne pouvaient se dissimuler la haine réciproque qu’ils se wrtâient. Le caractère de Philocrate était également redouté d’Eschine et de Déinosthène ; ce dernier était tellement ombrageux, qu’il ne communiquait presque avec personne. Arrivés à Peila, iis ne tardèrent pas à être conduits à l’audience du roi, auquel ils parlèrent dans l’ordre qu’ils avaient arrêté entre eux.
Le discours d’Eschine , tiui était le
Ès long et le plus travaillé, semit ptuiôt fait pour obtenir l’éloge de ses confrères que pour produire quelque effet sur l’esprit du roi ; il concluait en demandant la restitution d’Amphipolis.
Démosthène se trouvait devant un prince qu’il avait représenté sous les couleurs les plus odieuses , et qu’il était maintenant nécessaire d’adoucir.
La nouveauté d’une pareille situation était décourageante-, ses collègues
étaient curieux d’entendre les raisonnement» irrésistibles que l’orateur leur avait promis d’employer en s’adres- . sant au roi ; les courtisans attendaient quelque prodige d’éloquence.
Au milieu du silence qui se fit, Déinosthène prit la parole , mais en hésitant à chaque mot Après avoir
prononcé quelques sentences obscures et saccadées , la mémoire l’abandonna.
Pliilippe tâcha de calmer son émotion avec une politesse qui devait le mortifier, en l’exhortant à se rassurer et à continuer son discours. Démosthène recommença, mais sans avoir plus de succès qu’auparavant ; rassemblée vit sa confusion et les ambassadeurs se retirèrent.
Réponse et cowdcite nv roi. — Après s’étre reposés pendant quelques instants, on les introuuisit de nouveau devant le roi. U les reçut avec beaucoup de dignité et répondit avec élégance et précision au discours de chacun d eux. Il insista sur celui d’E.schine sans faire mention de Démosthène.
Le corps diplomatique fut ensuite invité à un banquet. Démosthène y fit la plus triste contenance, tandis'que le roi y déploya autant d’esprit et de aieté qu’il avait montré de talent ans les négociations; enfin, Philippe ayant remis aux ambassadeurs une lettre pour le conseil des cinq cents , ils quittèrent Peila.
Pendant leur voyage pour retourner à Athènes , Démosthène , devenu communicatif, prit le parti de se moquer lui-méme de la confusion et de l’embarras qu’il avait éprouvés en présence de Philippe; ii vanta la mémoire et la présence d’esprit d’Eschine, la supériorité de raisonnement du roi de Macédoine, et ses collègues se réunirent pour faire l’éloge de cet homme supérieur. Démosthène fit observer adroitement : « qu’il fallait se garder X de tenir un pareil langage devant le « peuple d’Athènes. » On en convint; mais cet accord ne fut pas observé.
Compte hendc. — Conformément aux usages, les ambassadeurs durent faire leur rapport et remettre la lettre du roi de Maeédoine au conseil des
cinq cents. Chacun d’eux raconte ce qu’u avait dit en présence de Philippe; Démosthène , se levant le dernier , « jura par Jupiter que les ambassa- « deurs n’avaient janaais parlé avec « tant de force dans le sénat qu’en « présence du roi. Il conclut, en dia sant qu’il fallait les couronner des M rameaux de l’olivier sacré, et les in- « viter à un banquet dans le Pryta- « née. »
Le lendemain , les ambassadeurs firent leur rapport à l’assemblée du euple. Ils parlèrent avec complaisance e la politesse, de l’affabilité, de l’éloquence du prince , avec qui la république était au moment de signer un traité de paix et peut-être d’ailiance.
Démosthène, ayant laissé ses collègues divaguer sur le compte du roi , se leva et dit : « On peut succincte- « ment rendre compte de la négocia- « tion : voilà le décret relatif à notre « mission ; voici ( en montrant une « lettre) la réponse de Philippe... > Un murmure confus s’éleva dans l’assemblée , les uns applaudissant , et les autres condamnant les formes acerbes de l’orateur, qui poursuivit : « Les dé- « teils que vous venez d’entendre sont « superllus; il s’agit de convoquer une « assemblée extraordinaire pour déli- « bérer sur la paix et l’alliance avec « le roi de Macédoine. »
Arrivée des ambassedecrs ns Philippe. — Le décret fut proposé le 8 mars ( suivant notre comput ) et l’assemblée fixée au 17 du même mois.
Dans l’intervalle, on vit arriver à Athènes , comme ambassadeurs de Philippe, Antipater, le plus respectable de ses ministres , Parménion , le plus brave de ses généraux, et Euryloque, qui joignait le talent de l’éloquence à une valeur reconnue. Le mérite de trois plénipotentiaires aussi distingués annonçait l’importance que Philippe mettait à cette négociation.
Ils furent accueillis avec la plus grande distinction par le sénat, et logés chez Démosthène, qui prit soin de faire orner leurs sieges au théâtre et de leur rendre les plus grands honneurs.
DÉPECiioif d’Eschike. — Les am-
bassadeurs, introduits au jour indiqué dans le sein de l’assemblée du peuple, déclarèrent que l’objet de leur mission était de conclure un traité de paix et d’alliance avec la république d’Athènes. Démosthène prouva la nécessité de se prêter à cette demande, sans négliger les intérêts des alliés de l’état. Eschine déclara qu’il partageait cet avis et s’emporta vivement contre Philocrate, qui pressait la conclusion pure et simple du traité. Le débat dura pendant deux jours, mais le troisième, la proposition de Philocrate prévalut par le suffrage d’ Eschine; on abandonna Kersobleptes , en disant qu’ Athènes était trop faible pour entreprendre désormais de protéger des états qui n’étaient pas capables de défendre leur indépendance.
Philippe détrône Kersobleptes.
— Démosthène , qui doutait depuis long-temps de la fidélité d’Eschine, comprit qu’il s’était laissé corrompre
Far Philippe. Ce prince, sans attendre issue des négociations dont ses ministres étaient chargés, venait de s’acheminer le long de la côte méridionale de la Thrace, où les Athéniens possédaient encore, au titre de tributaires , Serrion, Doriscos , et plusieurs autres villes. Malgré tout ce qu’une pareille démarche offrait d’hostile , on nomma des ambassadeurs chargés d’aller présenter le traité à la ratification de Philippe. C’étaient Eubulos, Eschine, Ctésipnon, Démocrates et Cléon. Ils devaient partir tous ensemble. Le premier, qui était publiquement venim à Philippe, chercna différents prétextes pour différer de se mettre en chemin.
Pendant ce temps, Kersobleptes fut précipité du trône, et Philippe se porta aussitôt contre Serrion et Dorisoos , qui se soumirent à ses armes.
A cette nouvelle, les Athéniens dépêchèrent auprès du roi , Euclide , chargé de lui représenter que les places qu'il venait d’occuper appartenaient à la république. Le roi répondit froidement que ses ambassadeurs ne l’cn avaient pas informé , et que le dernier traité, qui d’ailleurs n’était ps ratifié , n’en faisait aucune mention.
GRKCE. 2JI
Cependant Eadüne et ses collègues continuaient à retarder leur départ, et ils ne se mirent en route qu’après qu’on eut rendu un décret relatif à Kersobleptes , auquel il n’était plus temps de s’intéresser. Ils employèrent vin^ jours à faire le voyage de Pella, où ils auraient pu aisément arriver en six jours ; et au lieu de se rendre auprès du roi , qui était absent , ils attendirent son retour pendant trois semaines. Ils furent , dans cet intervalle, rejoints par Démostbène; et Philippe étant arrivé, les ambassadeurs d'Athènes furent admis à son audience.
Le discours de Oémosthène dut paraître bien ridicule, s’il fiit tel que le rapporte Eschine : il fit remarquer au roi que les orateurs étaient divisés d’opinions et de sentiments ; que ses vues personnelles étaient prfaitement conformes à celles du roi ; qu’il avait conseillé le traité de paix et d’alliance soumis à sa ratification. Il vanta l’accueil qu’il avait fait à ses ambassadeurs, et le soin qu’il avait pris de les escorter, en personne, jusqu’à Thèbes. Cette apologie fit sourire les courtisans de Philippe , et couvrit de confusion les ambassadeurs d’Athènes.
Eschine, s’adressant modestement au roi , lui dit qu’il regardait comme superflu , de la part des ambassadeurs, d’excuser leur conduite ou d’en faire l’éloge ; qu’ils tenaient leur commission de ta république, et qu’ils ne devaient compte qu’à elle seule de leurs actions. Leur mission actuelle était de recevoir le serment du roi comme ratification du traité déjà sanctionné par Athènes. Il supplia Philippe , dans le cas où il porterait la guerre chez les Phocidiens , de n^as s’associer au ressentiment des 'Tnébains; de distinguer, comme il le ferait sans doute, les innocents des coupables, et de se souvenir que les institutions de la Grèce garantissaient la sûreté de cliaque ville amphictyonique. Ici l’orateur s’éleva avec force contre l’injustice et la cruauté des Thébains, « qui montreraient un jour, • à l’égard du roi , la même déloyauté < dont ils avaient toujours jiayé les
« services de leurs alliés et de leurs « bienfaiteurs. »
Philippe répondit en termes vagues à ces discours. Les ambassadeurs de Thèbes se trouvaient à Pella, et il les invita, ainsi que ceux d’Athènes , à l’accompagner en Thessalie, afin de l’aider oe leurs lumières pour mettre ordre aux affaires de cette province qui exigeaient sa présence.
CONTINUATION DE LA GUERRE SACRéS.
Phayllos avait désigné, en cas de mort, pour successeur au commandement de l’armée phocidienne , Phaleu- Gos , son neveu , fils d’Onomarchos , en lui associant un de ses amis, nommé Mnaséas. La guerre sacrée avait offert peu d’événements remarquables dans ces derniers temps. Les deux partis étaient fatigués, et le trésor de Delphes se trouvait entièrement épuisé.
Alors les Phocidiens firent des informations juridiques contre Phaleucos , qu’ils déposèrent comme concussionnaire, et plusieurs autres personnages furent condamnés à mort.
347 AV. J.-C. — Phaleucos sortit de la Phocide avec les mercenaires rangés sous ses drapeaux. Les Béotiens, qui avaient soutenu tout le piods de la guerre , s’adressèrent à Philippe pour en obtenir des secours, et les Phocidiens recoururent à Archidamas, roi de Sparte. Le Macédonien, nui aspirait depuis long-temps à la domination de la Grèce, profita d’une telle occasion. Archidamas ne considéra la détresse des Phocidiens que comme une occasion favorable pour revendiquer les droits de Sparte à la surintendance de Delphes, et il envoya des députés pour conférer à ce sujet avec Philippe , qui se trouvait en Thessalie. Les Athéniens , mieux inspirés, offrirent à leurs alliés de les mettre en possession de IVicée, d’Alpehos et de Thronion , places qui commandaient le défilé des Thermopyles; mais ce
lan , qui aurait retaraé les tristes
estinées de la Grèce, fut renversé par Phaleucos.
Désastres des Phocidiens. — Ce chef proscrit, entouré de huit mille
L’UNIVERS
soldats mercenaires gui ne reconnaissaient d’autre autorité que la sienne, établit son quartier général à Nicée, sans s’inquiéter des défenses et des menaces de Pliocis et d’Athènes.
La Béotie fut, de toute antiquité, la terre des oracles et de la superstition. L’antre de l'rophonios y jouissait de la plus haute célébrité (*); la ville d’Abé, non moins célèbre, venait d'étre fortiliéepar les Phocidiens, afin de prot^er leur territoire du côté de la Loeride, lorsque les Thébains marchèrent contre cette place. Les Phocidiens-, trop présomptueux, se portèrent à leur rencontre, furent défaits, et cinq cents des leurs, parvenus à échapper au carnage, se réfugièrent dans le temple d’Apollon Abéen. Ils y étaient installés depuis plusieurs Jours sous les portiques remplis d’herbes sèches et de branchages, qui leur servaient de lits, lorsque le feu ayant pris à ces matières sèc hes , le temple et les réfugiés disparurent dans l’incendie.
Les Thébains crièrent au miracle.
Le dieu protecteur d’Abé venait de punir les sacrilèges... Le peuple béotien pressait Philippe de laider à détruire une race criminelle. Il applaudit à leur zèle religieux , et il les assura qu'il emploierait ses armes à leur faire rendre ürchouiène , Coronée et
(*) Les Lébadiens raconiticut qii’Hercule jouanl avec la tille de Gérés laissa échapper une oie; cet oiseau s’élani réfugié dans une grotte et blotti sous une pierre, Pi-oserpiue, en le reliraiit de son trou, en fit jaillir le fleuve, qui prit, à cause de cela, le nom d'Hercync. On voyait aux environs les autels de Jupiter Pluvieux, d’Apollon et de Jupiter Roi , les temples de Gérés et de l>roserpine, les chapelles dédiées au Bon Génie et è la Fortune. L'oracle de Trophonios ne cessa d’opérer des prodiges qiie long-temps après l'extinction de tous les soupiraux prophétiques de la Grèoft L’antre, qualifié de gouffre, d« précifiee, est indiqué au voyageur par les soiiroM de Mnémosyne cl du I.élhé. L’intérieur de la grotte est rempli de niches , et une large croix domine le mol de passe CUi-hotet. (Toy. Voyage de la Grèce , de PouQuaviixa , tom. rv , liv. XI, chap. 3, a" édit 1
Titpbosséon ; * Lm Vhoctdtens, ajouta- « t-il , se sont rendus les objets du « courroux céleste, et il est Juste qu’ils < souffrent les ctiâtiraents clus à leurs a crimes. » Il s’en tint à ce langage comminatoire; et comme il nourrissait un plan contraire aux intérêts de Thèbes, il ess^a de corrompre ses ambassadeurs. Philippe trouva en eux une résistance honorable. Philon, chef de l’ambassade, lui répondit en son nom et en celui de ses collègues :
« Nous sommes persuadés de votre « amitié, seigneur; veuillez réserver « votre générosité pour vos sujets; les n grâces dont vous avez honoré Thè- « oes exciteront à jamais sa recoonais- « sance et celle de ses ministres. »
Corruption ubs ambassadeurs d’Athènes. — Démostliène vante la dignité de cette réponse; mais lui, ainsi que ses collègues, loin de s’opposer, suivant la teneur de leurs instructions, à la ruine de Phocis que les Thébains sollicitaient, ne montrèrent ni sagesse, ni prévoyance , ni intégrité. Tous, Démosthène lui-méme, acceptèrent les cadeaux de Philippe, qui leur dit : « qu’il prendrait en pitié « les Phocidiens ; qu’il détestait l’in- • science des Béotiens, et qu’en dé- « busquant Phaleucos des Thermopy- « les , il en résulterait plus d’inconvé- « nients pour Tlièbes que pour les « Phocidiens. »
Ratification du traité. — Afin d’abuser les ambassadeurs d’Athènes, qui semblaient ne demander que des
firétextes pour excuser leur lâcheté, e roi leur déclara confidentiellement qu’il avait des raisons particulières de ménager les Béotiens. C’était pour ce motif qu’il avait différé de ratWr le traité conclu avec Athènes , mais qu’il ne voulait pas tarder plus long-temps à consacrer cet acte solennel. 11 les priait seulement , pour en dérober la connaissance aux Thébains, de ne point insérer le nom des Phocidiens dans cet acte, qui fut enfin signé.
L’échange des ratifications se fit dans un lieu que Démosthène appelle une caverne, près du temple de Pollux, situé dans le voisinage de Pfaâi’^.
GRECE
Départ ors ambassadeurs de Sparte. — Vers le même temps les ambassadeurs de Sparte reprirent la route de leur pays, certains qu’ils n’avaient rien à attendre de Philippe, et que s’ils persistaient à vouloir la surintendance de Delphes, ils devaient se pré))arer à l’obtenir par la force des armes. C’est pourquoi Archidamas leva des troupes et marcha vers les Thermopyies. Mais les intripjues de Philippe,' comme on le dira ci-après , rendirent les démonstrations du roi de Sparte aussi insignifiantes que ses négociations.
Lettrs de Philippe aux AthéiriBss. — Cette lettre, conçue dans les termes les plus artificieux exprimait le ora/omÉ respect du roi pour la république, la haute estime qu’il professait pour ses ambassadeurs. Voulant contribuer à la gloire et à la prospérité d’Athènes , il demandait en quoi il pourrait être le plus utile et le plus agréable au peuple. Il se gardait bien de pnler du dernier traite de paix et d’alliance. Enfin, après plusieurs protestations, il priait les Athéniens » de X ne pas s’onenser de ce qu’il rete- • nait leurs ambassadeurs , parce que « leur éloquence et leurs talents lui « étaient nécessaires pour arranger ■ les aôaires de la Thessalie. »
Retour de l’ambassade athénienne.— Les plénipotentiaires avant rendu compte de leur mission au sénat, qui n’en tut pas satisfait, parurent devant l’assemblée du peuple. Eschiiie monta le premier à la tribune, et dit : « Que le peuple avait enfin la paix ,
• au lieu de la guerre , et que désor- « mais, tranquille dans ses foyers,
• jouissant des plaisirs de la ville, il X apprendrait dans peu de jours que
• Philippe avait passé les Thermopy-
• les, pour tirer vengeance non des > Phocidiens, mais des Thébains, qui
• étaient les véritables auteurs de la « guerre. » Il ajouta que les Thes-
iens et tes PiBtéens seraient rétablis ans leur ancienne splendeur ; que les Thébains et non les Phocidiens paieraient l’amende imposée par le conseil ampbictyonique ; que les ma-
gistrats de Thèbes avaient des soupçons contre Philippe et qu’ils savaient ^r qui ses mauvaises dispositions étaient excitées : « C’est pourquoi , « ajouta-t-il , ils ont juré ma perte.
« Les Kubéens sont également alar- A més de notre traité, ne doutant pas A que leur île ne nous soit rendue en « compensation de la perte d’Amphi- A polis. » Vint ensuite une de ces réticences qui supposaient^uelque article secret , qu’on sut plus tand être relatif à la restitution d’Orope.
Le discours spécieux d’Eschine fiit favorablement accueilli par une multitude qui ne soupirait qu’après les fêtes et les ttiéâtres. Démosthène eut beau déclarer qu’il ne connaissait rien des grands avantages annoncés par son collègue , et qu'il ne comptait en aucune manière sur le bon vouloir de Philippe. Eschine et Philocrate l’écoutèrent avec cette gravité dédaigneuse d’homnies qui étaient dépositaires d’un secret important. Mais lorsqu’il voulut démasquer leur artifice et leur fausseté , il en fut empêché par les clameurs et les insultes de la populace : c’était la majorité- On vota par acclamation des remerclments au roi de Macédoine pour ses intervlions amicales et généreuses.
Déception puneste aux Phocidiens. — Les habitants de cette province qui étaient établis h Athènes s’empressèrent de mander à leurs compatriotes l’agréable nouvelle qu’ Eschine avait annoncée dans rassemblée du peuple, relativement è l’espèce de protection que Philippe avait promise aux Phocidiens. Ce bruit se répandit et s’accrédita au point qu’Archidanias, s’étant présenté à la tête d’un corps d’armée pour défendre le temple de Delphes , les Phocidiens rejetèrent son secours, en disantqu’ils craignaient beaucoup plus jiour Sparte que pour eux - mêmes ; et les Lacédémoniens éconduits durent rentrer dans le Péloponèse.
Soumission de Phaleucos. — Il restait un dernier obstacle à surmonter à Philippe , pour s’ouvrir l’entrée de la Hellade méridionale. Phaleucos
L’UNIVERS
qui avait huit mille mercenaires sous ses ordres, occupait la ville de Nicée; mais un homme qui avait été capable de trahir son pays , en dilapidant ses finances , ne pouvait être disposé à défendre l’intérêt de la Grèce. Philippe entra en négociation avec le
Îiroscrit, qui consentit à lui remettre e pas des Thermopyles.
Pendant la durée de cette intri^e, le roi adressa aux Athéniens une lettre pleine de cordialité et d’affection.
Il craignait les caprices d’un peuple qui pouvait ouvrir les yeux et confondre ses projets , en marchant aux Thermopyles, comme cela avait déjà eu lieu , ou en donnant ordre à l’amiral Proxénos, stationné dans le golfe Opuntien, d’intercepter les convois venant de la Macédoine. Cette lettre empêcha les Athéniens de faire attention aux remontrances deDémostbène, et les engagea même à l'envoyer, avec plusieurs autres orateurs, auprès au roi de Macédoine, qui réclamait leurs conseils. Démosthene comprit l’artifice de cette demande, qui tendait à l’éloigner d’Athènes , dans cette criM importante, et il refusa toute espèce de commission. Eschine , sous pretexte de maladie , resta pour épier et contrarier son antagoniste ; les autres députés choisis par le peuple se mirent en route.
En traversant l’Eubée , ils apprirent que Phaleucos avait évacué Nicœ, que les troupes de Philippe occupaient, ün sut plus tard qu’il s’était retiré vers le Péloponèse; qu’il s’était embarqué à Corinthe dans l’intention de faire voile pour l’Italie , où il se proposait de fonder une colonie. Mais son projet échoua, et, comme toutes les associations de cette espèce, la horde de brigands qu’il commanaait fut exterminée par les Éléens unis aux Arcadiens , dont elle avait ravagé le territoire, et non, comme l’assure Diodore , par la colère des dieux vengeurs de l’impiété et du sacrilège.
DÉCHET DES AMPHICTYOHS ,
347 avaai J.-C.
Les Phocidiens , persuadés que Phi-
lippe les défendrait devant le conseil amphictyonique , l’accueillirent comme un génie tutélaire. Il avait passé les Tnerroopvles avant l’arrivée des députés d’Athènes à Delphes : ceux des autres républiques n’ih valent pas été prévenus de s’y rendre.
Les Locriens , les Thébains et les Théssaliens composaient seuls le conseil amphictyonique qui devait décider du sort de la Pbocide : la sentence iiit telle qu’on devait l’attendre du ressentiment de pareils juges.
On décréta que les Phocidiens seraient exclus de la confédération générale de la Grèce et du conseil amphictyonique; que leurs armes et leurs chevaux seraient vendus au profit d’Apollon; qu’ils conserveraient leurs immeubles, a la condition de payer annuellement sur leurs produits soixante talents , jusqu’à ce qu’ils eussent complètement indemnisé le trésor de Delphes ; que leurs vijles ( au nombre de vingt-deux ) seraient démantelées et réduites en villages distincts, qui ne contiendraient pas plus de soixante maisons; que les Corinthiens, qui avaient secouru les sacrilèges , seraient privés de la présidence des jeux pytbiques; que cette fonction , ainsi que la surintendance de fêtes et le droit de suffrage ad conseil amphictyonique, perdus par les PI»cidiens , étaient et demeuraient férés à jamais au roi de Macédoine et à ses descendants.
Exécution du décret. — C® Phocidiens furent consternés , et quelques villes essayèrent en vain de dfr fendre leurs murailles, leurs templs et les tombes révérées de leurs a^ très. Les Macédoniens exécutèrent le décret du conseil amphictyonique avec un ordre et un silence tels , que les malheureux Phocidiens n’osaient verser une larme , ni proférer une plainMi car la plus faible marque de reff^ était r^ardée comme un etime.
bords du Céphise furent couverts n ruines ; les cités vénérables de Panopée , Lilée et Hyampolis, wK tellement détruites , qu’il restait peine quelques traces de leur ex
GRÈCE
rcnce... Trois ans apres, les voyageurs qui traversaient la Phocide pour se rendre au temple de Delphes , étaient navrés de douleur, en voyant une pareille dévastation. Les jeunes gens avaient péri dans la guerre, ou avaient été traînés en captivité; les villages n’étaient plus habités que par des femmes, des enfants et des vieillards, qui exprimaient, par une attitude morne, la misère et la douleur plus profonde encore dans laquelle ils étaient plongés, j Consternation des Athéniens.
— La nouvelle de la désolation de la Phocide s’étant répandue dans Athènes, le peuple crut voir les Macédoniens et les Thessaliens , excités par la haine invétérée des Thébains, fondre sur la frontière septentrionale de l’Attique.
Sur la motion de Cailisthènes , la patrie fut déclarée en danger , et les habitants, qui ne pouvaient se réfugier dans la ville, eurent ordre de se retirer à Éleusis, Philé, Aphidna et Sunion, qui étaient regardées comme les places les plus fortes de la république; on leva des troupes , et l’amiral Proxénos, qui se trouvait au Pirée, eut ordre de retourner prendre son poste dans l’Euripe.
Philippe, informé par ses agents de ce qui se passait , écrivit aux Athéniens dans ce style de supériorité que le succès de sa politique et de ses armes l’autorisait a prendre. Cette lettre mortifiante fut reçue au moment où les ambassadeurs arrivaient de TEubée. Ils apportaient des détails si désastreux sur la Phocide, que tout ce qu'on pouvait faire pour ce pays infortuné était de soustraire les misérables restes de sa population à la vengeance implacable de Thèbes. L’assemblée des cinq cents rendit un décret oui accordait l’hospitalité aux Pbocidiens, auxquels on otfrit des établissements dans l'Attique, ou chez les alliés de la république. Cette mesure offensa grièvement le stupide fanatisme des Thessaliens et des Thébains ; mais les droits sacrés de l'humanité l’emportèrent sur le système des convenances politiques , qui est la raison d’état du XIX* siècle.
lâ* Livraison. (Grèce.)
Philippe, généreux quand il n’avait pas intérêt à être cruel , prit la défense de l'infortune avec une chaleur qui déplut beaucoup aux Thébains. Néanmoins , leur tyrannie oppressive força un grand nombre de Pbocidiens a se réfugier chez les Athéniens , toujours prêts à accueillir les malheureux.