‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 54 sur 115 · FONDATION · texte numérisé non relu

FONDATION

UB PHILIPPOPOLIS ET DE CABYLA-

Philippe éprouvait, depuis longtemps , le besoin de contenir les Barbares du Nord, qu’il avait vaincus sans les subjuguer. 11 fonda , pour les tenir en bride, Ponéropolis, appelée, dans la suite, Pbilippopolis, et Cabyla. Les Pbocidiens captifs , mêlés à un nombre 1 roportionné de Macédoniens, tous pourvus d’armes et d'instruments aratoires, furent les premiers colons de ces établissements , dont la prospérité dépassa bientôt l’attente même de leur fondateur ; il établit , vers le mêine temps, une troisième colonie dans l’ile de i hasos. Les opérations eurent lieu pendant la première année de la paix.

AMBASSADE PEBSANE A PEUA,

344 ans avant J.*C.

La première année de la CIX' olympiade , tandis que Philippe étendait les frontières de son royaume en lllyrie, depuis le lac Lycbnidos jusqu’à l’Adriatique , il arriva à Pella une ambassade du roi de Perse. Il avait cliar.. gés les plus intelligents de ses ministres d’offrir son amitié au roi de Macédoine; c’était leur protocole, car ils avaient pour instructions d’exiinijiier les forces et les ressources d’qp monarque qui donnait des inquiétudes « la cour de Suze. En l’glisepce de son père, Alexandre leur fit les honneurs du palais; il entrait dans sa douzième année. Les questions qu’il adressa auit ambassadeurs perses leur firent dire que leurpadichaéUiU n:he et puissant, mais gu' Alexandre serait véritablement un grand rof.

opérations de PHILIPPE.

i i \ itiLt bvmt i>‘C.

Le roi s’occupa, à son retour de l’illy rie, des affaires de la Tliessalie, qu’il divisa en quatre gouvernements, afin d’effacer sa nationalité et de ren-

dre cette province soumise à sa domination. Pendant ce temps, ses agents affermissaient son autorité dans l’Eubée; et comme i| aspirait à d’autres conquêtes , il songea à s’assurer l’entrée de l’isthme de Corinthe. Il jeta en conséquence les yeux sur Mégare ( voy. planeke â6 ) (*) , dont le territoire, dans une étendue de 3 lieues j, séparait la fiéotie de la frontière de Peloponèse ; et il parvint à se fnirs déclarer l’allié et le protecteur de cette faible république.

Archiaamas , qui avait été éconduit ar les Pbocidiens, travaillait depuis eux ans, avec son activité ordinaire, à étendre la domination de Sparte sur la Messénie, l’Argolide et l’Arcadie, lorsque les Thébains conjurèrent Philippe de ne pas permettre la destruction de leurs confédérés du Péloponèse.

Le roi , qui avait de nombreux partisans parmi ces derniers , obtint s-ms peine un décret du conseil amphictyonique, qui l’autorisait à intervenir dans cette occurrence , et il se prépara à entrer dans le Péloponèse.

Négociations ues Pblopo.nésiens.

— La Grèce fut qlarmée. Les Corinthiens, irrités contre un prince qui les avait dépouillés de leurs prérogatives sur Delphes, ainsi que de deux de leurs colonies , Leucade et Ambracie, se déterminèrent à s’opposer à sa

(*) La ville de Mégare , célèbre par le nombre et la beauté de tes édifices , éiiil située vert U droite de la plaine doul la planche 5(| offre la vue. .Sur une éminence, au burd de la mer, s’élève Nitéc, que dominent les ruines d'un ebéteau fort et d’aatiques cuitslr|ietioi)t. Nisée, réunie à Hégare par de longs murs ( ainsi que le Firéa l’éiail à Atliènes j, servait de port et d'arsenal à Mégare. Ou voit ce port auprès de la citadelle de Nisée ; au-dessus et dans le fond on aperçoit le mont Geraniou. A gauche de la planche, sont deux petites éininencet où s'élevaient les ciiadelles Alcalboli et Koria. Il ne resie presque rien des inonumeuls de Mégare, malgré leur solidité, qui faisait dire à Diogène «que ses habilaïUs vivaient comme s'ils n'avaient qu’un jour à exiaier, et qu’ils bàtistaient comme s’ils devaient vivTc éteruelleinent >

GRECE

marche. L’Isthme fat fortifié ; les murs et les bastions de la ville furent réparés ; on se pourvut d'armes , on leva des troupes , on s’exerça aux manœuvres. Diogène, voyant avec mépris le fracas des efféminés Corintliiens, se mit à rouler son tonneau, ou amphore, alin de ne pas être, disait-il, le seul aisif dans une ville si occupée.

Sur ces entrefaites, les J.iicédémoaiens, quoique préparés à la guerre, s'adressèrent à Atiienes pour solliciter sa coojiération : elle était redevenue la gloire des Hellènes depuis qu’elle avait donné asile aux proscrits de la Pbocide et de la Béotie. Elle reçut alors un éclat nouveau en réunissant dans ses murs des ambassadeurs de Sparte, de Thèbes, de Macédoine, d^Argos, de Messène et de l’Arcadie ,

2ui venaient débattre leurs intérêts evant l’assemblée du peuple de Pandion.

l«s Lacédémoniens représentèrent que la ligue formée contre eux était aussi dangereuse pour Atliènes que pour Sparte , parce que le roi de Macédoine méditait l’asservissement entier de la Hellade ; il était donc urgent que les deux républiques lissent cause commune , alin de s’opposer à ses envain'ssenients. Les fliebains, réunis aux ministres de Philippe, sommèrent les Athéniens de s’en tenir au truité de paix récemment conclu. Les députés des états du Péloponèse se plaignirent de voir Athènes, la constante protectrice des libertés de la Hellade, favoriser Sparte, qui en avait toujours été le fléau. Les orateurs, corrompus par Philippe, exhortèrent le jieuple à ne pas rompre avec ce prince, et à se garder de renouveler une lutte sanglante , dont ils venaient à peine de iortir; ils ne craignirent pas même de justifier sa conduite en disant que le roi, dont l’armée se composait en grande partie de cavalerie tbessalienne it d'intnnterie thébaine, n’était pas lui-méine en mesure d'agir avec une entière indépendance... Ils ajoutèrent, avec une sorte de mystère, que Philippe songeait à rebâtir les villes de la pfiooide, et à fortitier Élatée, place

située à l’entrée du Triodos, délllc rendu célèbre par les malheurs d'OEdipe. Ces observations reçurent une force particulière des dispositions pacifiques de la |)opulace d' Athènes.

Réponse de Demosthène. — L’orateur puissant par la parole , Déniosthène s’étant levé , prononça une harangue, que le roi de Macédoine lut, dit-on, avec un mélange de terreur et d’admiration. « Athéniens , n les hostilités de Philippe an sein d(; « la paix vous ont fait applaudir, plus « d’une fois, le patriotisme de ceux «• qui défendaient les intérêts de la n république; mais comme vous n’an gissez |ias, pourquoi écouter de vains « discours?... Si les harangues sufli- « saient, il y a long-temps que nous « aurions vaincu notre ennemi ; mais « Philippe excelle en actions , comme « nous excellons en paroles ; nous » triomphons dans nos assemblées, et « lui dans les batailles. »

L’orateur dit ensuite comment le roi de .Macédoine avait jugé son siècle en séduisant les Théhains et les Argiens,dont il connaissait la bassesse. « Vous le savez. Athéniens, a lorsque la liberté de la Grèce fut « menacée par les l’erses , comme elle « l’est aujourd’hui par les Macédoo niens , les Thebains suivirent le dra- « peau des Barbares, et les .4rgiens « restèrent neutres , tandis que les « magnanimes patriotes dont vous X descendez rejetèrent les offres de « cet Alexandre, l’ancêtre de Philippe, X qui agissait comme envoyé de ,Mar- X donios; alors Athènes et vos cam- X pagnes furent dévastées... » Réfutant ensuite lesallégations des partisans de Philippe, relatives à sa |X)sition et à ses intentions , il prouva qu’il n’y avait dans tout cela que perversité et men.sotige. « Votre ruine est le. but X principal de ses projets ; il sait que X vous pénétrez ses intentions, et que X s’il ne vous prévenait pas en vous X attaquant, il (h^vieiulrait la première X victime de votre juste animadver- X sion. »

Démosthène donna ensuite lecture d’un décret qui accédait aux demandes

L’UNIVERS

des Lacédémoniens. Si l’orateur se fût arrêté à cette conclusion, son avis aurait pu être suivi d’une résolution salutaire ; mais il demanda la mise en jugement d’Eschine et de Philocrate , qu’il accusa de trahüon. Cette clause incidentelle fut saisie avidement par les Athéniens, qui aimaient mieux suivre les cours de justice que de marcher au secours des Péloponésiens. On ne paria plus que d’accusations, de plaidoyers et de sentences. Philocrate fut condamné au bannissement, et Eschine n’échappa au même sort qu’en prouvant que son accusateur Timarchos était un homme de mauvaises mœurs, qui, par conséquent, n’était pas recevable en justice.

Invasion de la Laconie. — Tandis qu’on délibérait à Athènes, Philippe faisait voile avec une puissante Hotte vers le cap Tenare. Dès qu’il eut pris terre en Laconie, il fut joint par les Messéniens, les Arcadiens et les Argiens; il ravagea avec leur secours une partie du pays, et il s’empara de Trinasos, ville maritime située dans le golfe de Gythion.

La terreur inspirée par cet événement fut augmentée par l’apparition de météores célestes d’une rougeur telle , que l’histoire a conservé le trait d’un jeune Spartiate à qui on demandait raison de son effroi , et s’il avait peur de Philippe; celui-ci montra le « ciel en disant : pourquoi lecraindrais- « je? peut-il nous empêcher de mourir « |»?ur la patrie?... » Cette résolution généreuse n’était plus partagée par les Lacédémoniens.

Incapables de faire tête à l’orage, les éphores envoyèrent Agis, fils d’Archidamas pour proposer à Philippe des conditions d’accommodement , ou plutôt jK)ur soumettre leur sort à sa volonté. Le jeune prince s’étant présenté seul , le roi marqua sa surprise : « Quoi! les Spartiates n’ont en- « voyé qu’un seul homme!... — Ne O suis-je pas envoyé à un seul, » répondit fièrement Agis. Cette repartie fut la dernière de rorgueil Spartiate.

Philippe força le gouvernement de Lacédémone à renoncer à l’autorité

qu’il prétendait exercer sur la Messénie , r Arcadie et l’Argolide; il fi.\a b limites de ces états, suivant le désir des confédérés. Avant de quitter le Péloponèse , le roi exigea pour seul témoignage de reconnaissance des peuples affranchis, que les offices de magistrature dans Argos fussent confiés à Myrtis, Télédamos et Miiasias; en Arcadie, à Cercidas, Hiéronj’nios et Eucampidas ; et dans la Messénie, à Néon et à Thrasyloque , hommes dont les noms auraient été condamnés à un éternel oubli, si Démostbène ne les avait dénoncés à la pstérité, comme ceux d’autant de traîtres vendus à l’iniquité du roi de Mac^oine.

Après avoir organisé l’administration, Philippe traversa la presqu'île au milieu des acclamations des Bàbltants qui s’empressaient de lui offrir des couronnes et de lui décerner des statues. Il logea à Corinthe dans la maison de Démarate. Pendant son séjour dans cette ville, il visita les temples de Vénus Terrestre et de Minent Chalinites ( voy. pl. 58 ) (*); il assista aux spectacles et aux jeux qui furent célébrés par un concours prodigieui de peuple , venu de toutes les contrées d’alentour. Cependant les turbulents Corinthiens, ennemis naturels des ro^ et quelques Péloponésiens , abusant* la franchise du fieu, insultèrent Philippe, qui, sollicité par ses courtisans de se venger, répondit : « Pourquoi « punirais-je des nommes accoutuuits « a reconnaître les services qu’on leur « rend par des insuites? »

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