PRÉPARATIFS D'ALEXANDRE
435 avant J.-C.
Alexandre , de retour à Pella , convoqua les principaux officiers de son armée et ses amis particuliers , pour les consulter sur son expédition en Asie. On examina quand il .serait temps de partir, et de quelle manière il convenait de diriger les opérations
militaires. Antipater et Parménion étaient d’avis que le roi devait se marier et avoir des enfants, avant d|e passer en Asie, Il rejeta cette proposition , en disant qu’il serait l»onteux d’avoir été nommé autucrate de la Grèce, et d’avoir hérité des forces invincibles de sou père, gqur employer ce titre et celte armée a décorer une cérémonie nuptiale ei 0 attendre des enfants.
.Vle.xandre ayant déclaré la ferme résolution de marcher contre Darius»
ordonna la célébration des jeux plynipiqiics à Egès ou Edesse ; étant ensuite allé à Dion , il y oCfrit .de grands sacrifices à Jupiter et aux Muses. 11 ût à cette occasion dresser une tente sous laquelle on plaija cent tables ^ il envoya des victimes et des viandes rôties à toutesonanuée.DeDion,ilse rendit à Dtiplics pourconsulter l’oracle, relativement à son e.vpéditiop. La pythie avant refusé de, monter sur le trépied, il l’y contraignit. Cette prophétesse s’étant écriée : MonJUs, rien ne peut te résister, il dit qu’il ri’avait pas besoin d’une autre réponse, et se retira satisfait.
Ahmf.e JI.ACÉDONIENXE. — Après avoir laissé douze raille fantassins et quinze cents hommes de cavalerie à Antipater, qu’il cliargea du gouvernement de la Macédoine et de la Grèce, Alexandre ne pensa plus qu’à entrer en campagne. Son armée se composait de douze mille Macédoniens , sept mille alliés , cinq mille mercenaires , tous gens de pied, aux ordres de Parménion ; de cinq mille Odrysés, Triballes et Illyriens; de mille cavaliers agrianes , de quinze cents cavaliers macédoniens aux ordres de Philotas, fils de Parménion; de quinze cent} ' hommes de cavalerie thessalienne, conduits par Calas, fils de Harpalos ; de six cents cavaliers réunis sous le drapeau d’Érigyos ; de neuf cents éclaireurs de Thrace et de Péonie , qui avaient pour chef Cassander. Ces géiiéraux, au rarâ port de Justin, offraient l’image au sénat d’une ancienne république. Les ressources pécuniaires d’Alexandre consistaient en 360 mille francs ; son
GRtCE. -
armée n*ëtaft gm^ ap^rhiionnée pour plus d’un mois...; mais comme s’il eât quitté pour jamais la Macédoine , il distribua tous ses domaines aux personnes de sa maison.
Une partie de l’armée macédonienne était camp^ sur les bords du iae Cttcine (*) , où il lit construire ses vaisseaux avec le bois des forêts de la Bisaltique ; le gros des troupes se trouvait réuni sur les ooteaux du Pangée, à la jonction des routes de rAntbé*montide qui conduisent à Abdère et à Maronée. Dans sa marche , le roi passa le Strytnon, vers son embouchure, puis ruèbre, et au bout de vingt jours de marc^, il arriva de Pella à Sestos , sur l’Helleapont
Dbbarqcembmt Ett Abib. — Après avoir visité Èléonte, où il otfrit un sacrifloe à Protésilas, te bremier des Grecs qui mit le pied -sur la «dte d’Asie, en allant aU aiége de Troie, Alexandre s’embarqua, suivi d’une flotte de cent soixante trirèmes, Il voulut conduire lui-mëine le vaisseau qu’il montait. Parvenu au milieu de l’Helles* pont, il tacritia un taureau k Neptune et aux Néréides, et versa des libations dans la mer avec une èoupe d’or. Arrivé près de terre, ü lam^ un javelot contre le rivage, et sautant tout armé hors du navire , il s’écria qu’il acceptait de la part des dieux l’Asie dont il prenait possession par sa lance.
BATMLtt no OhAHIQtJB.
334 avant Jénil-Chrlii.
Sur ces entrefaites, Arsiles, Spîthrldates.Meiimonet les gouverneurs des provinces maritimes de l’Anatolie , réunis à Zéléia, ville éloignée de vingtcinq lieues de l'ilellespunt , délibéraient sur les moyens de s’opposer à
(*j Le lac Cercine est profond et Irèspoissonueux. Les bateaux y navij^neul, mais Ils ne peuvent en sortir, romme dans les temps anciens, pour se rendre à la nier, parce qu'on a néglige rentretlcn du goulet qui Se trouve suus les ruines d’AmphlpoIis. Diverses
S eûtes lies ont fermé le canal par lequel la otie d'Alexandre se rendit à la rade d’Eione,
AlexhBdre. On avait négligé le moyen do fairo échouer son entreprise, en ne faisant pas agir une flotte supérieure à celle des Macédoniens qui était équipée depiii.s long-temps. Le mal étant sans remède, Memnon fut d’avis de W replier devant l’eiinenn , de traîner la guerre en kmguetir, et d’éviter un engagement généreS. Cette propoalHen fut’ rejetée dans le Conseil des satrapes, et il fut résolu de Se porter avec toute la diligence possible sur le Granlque, qui desceiiJ du mortt Ida pour se rendre dans la Propontide.
Les forces des Perses étaient, suivant Arrien , ido vingt mille hommes de cavalerie et d’authnt d'inftmterle , dont les mercenaires formaient la pins mande pcrtie. Le Ht du Grantqne étant fort inégal , l’armée macédonienne ne put le traverser que sur un front trèa-étrolt. l.es Perses l’attendaient à la rive droite, rangés en bataille Sur Un terrain élevé. Ptolémée eoinmen(;a l’action, mhis sans Succès ( Alexandre, qui le suivait de près, chargea à la téta de ses e.scadrons, et malgré le d^savantaec de sa jiosition , il parvint à s’établir ab-deM du fleuve.
Parménion l’ayant traversé avec la cavalerie thessalienne , qui formait l’aile gauche, l’infanterlè macédonienne marchant sur ses traces, prit terre et se forma en phalange.
Alexandre, voyant son armée en mesure de donner, .s’avance le premier à la tête de la cavalerie, et sé jetant au milieu des ennemis , il se signale par des prodiges de valeur. I.e satrape d’Ionie Spithfidates, gendre de Darius , aeeoinpagné de quarante de ses parents , avait déjà tué ou blessé plusieurs Macédoniens, lorsque le roi vint à sa rencontre. I.e Perse , croy ant que les dieux lui offraient l’occasion d’Un combat singulier, lança Son javelot avec, tant de force, qu’il perça le bouclier du roi . et traversant sa cuirasse , le blessa a l’êpaulet Alexandre arracha le fer , et, poussant vivement son cheval , il profita de l’impulsion pour enfoncer son javelot dans le corps de son adversaire. La hampe s’étant brisée contre sa cuirassé, Spi-
.oogle
L’UNIVERS
tfaridates, tirant son cimeterre, fondit sur Alexandre , (]ui , saisissant une pique, l’adressa si juste au visage de son ennemi, qu’il le renversa mort du coup. Aussitôt Rézacès, frère de Spitbridàtes , qui venait d’étre tué , Mrta sur la tête d’Alexandre un coup de hache si terrible , qu’il fendit son casque, et lui entama iégèrement la peau du crâne. Mais comme il se disposait à recommencer, Clitos-le-Noir, poussant son cheval, arriva assez à temps Mur Couper la main du barbare.
Alors les parents des deux satra^ réunirent leurs efforts pour accabler Alexandre qui, tirant de la grandeur même du danger qu’il courait un nouveau courage , emporta d’un commun aveu le prix de la valeur , et passa pour être la cause principale de fa victoire.
Diodore évalue la perte des barbares à douze mille hommes. Il est probable qu’il y a exagération dans la perte des Perses, et erreur dans le nombre des Macédoniens tués dans cette bataille , qu’il réduit à cent vingt; car dans le wernier choc, le roi perdit vingt-cinq de ses officiers d’état-major, soixante -dix cavaliers et trente fantassins. Ce fut à ces vingt-cinq officiers supérieurs qu’il fit ériger des statues de bronze pw Lysippe : elles étaient à Dion, d’où elles furent enlevées dans la suite par les Romains.
Après avoir visité les blessés et rendu les honneurs funèbres aux morts, qu’il fit enterrer avec les officiers perses , le roi condamna les prisonniers mercenaires à travailler aux mines de la Tbrace , en punition d’avoir porté les armes contre leurs compatriotes.
Il écrivit en même temps aux Athéniens qu’il leur confiait le soin de sa renommée, et qu’il faisait choix de leur ville pour être le dépôt de ses trophées. Il leur envoya en conséquence trois cents armures persanes, pour être placées dans le temple de Minerve , avec l’inscription suivante : Gagnées PAR Alexandre, fils de Philippe , ET PAR LES Grecs ( les Lacédémoniens EXCEPTÉS ) , S£R LES BARBARES t>£ l’Asie. Od rêlOhiqua
qu’en ne faisant pas mention des Mac^oniens , Alexandre se considérait comme autocrate de la Grèce, dont ses sujets faisaient partie.
cohqoSte
DE L'IONIE. DE LA CARIE ET DE LA PHRYaiR 334 avant Jéaua Christ.
Alexandre, profitant de la victoire
til venait de remporter, s’empara provinces asiatiques , situé^ à l’occident du fleuve Ualys , qui composaient autrefois la puissante monarchie des Lydiens. La superbe capitale de Crésus, Sardes, lui ouvrit ses portes; elle obtint le privilège d^étre gouvernée par ses anciennes lois. Le satrape Mitnine, qui v commandait, livra aux vainqueurs le trésor royal qu’elle renfermait. De là , le roi s’étant rendu maître d’Éphèse, y détruisit l’oligarchie , et mit le gouvernement entre les mains du peuple. Et comme il trouva les habitants occupés à rebâtir le temple de Diane, brûlé depuis plus de vingt ans , il oraonna
Sue le tnbut qui avait été pavé jusque I aux Perses serait applique à la restauration de cet édifice (voy.pl. 63) (*).
Milet et Halicamasse furent les seules villes qui retardèrent la marche du conquérant (voy . pl. 64 et 66) (**). La pre-
(*) Il ne reste plus rien du fameux temple de Diane , brûlé par Érostrate pour immortaliser son nom. OnsaitquelesEphésiensIe firent rétablir ; et, fiers de,relever a eux seuls ce superbe monument, ils refusèrent adroitement la proposition d’Alexandre, qui offi-il d’en payer les frais, à condition d’y placer son nom. La priiiripalc ruine qui existe sur remplacement d’É|mèse , est la grande porte dont nous donnons la vue ; elle a été construite avec les fragments antiques d’un arc de triomphe ; les sculptures sont d’un beau style , et on y reconnaît Hector trainé au char d’Achille.
(**) Des colonnes et des marbres à mortes frises, portant le nom de Milet, indiquent au voyageur la position de cette ville florissante, qui couvrait les bords du Méandre, dont on voit le cours toujours sinueux , et
Srès duquel on aperçoit le village moderne e Palalsha. Sur la droite de la planche
GRECE. 340
mière fut |»rise d’assaut. Ses citoyens eurent cependant la vie sauve avec la liberté. Alexandreenusademémedans l’Éolie et l’Ionie , afin de s’attacher le peuple , et de le tenir occupé par ses propres dissentions. Le roi entra ensuite dans la Carie, résolu de s’emparer d’Halicarnasse (*), où commandait Memnon de Rhodes. Le vainqueur du Granique n’avait pas encore éprouvé une pareille résistance; et quand le commandant céda à sa fortune , ce ne fut qu’après avoir épuisé tous les moyens oe défense qu’un génie fécond et une longue expérience purent lui fournir.
LICENCIEMEST de la. flotte MA- CEDONIENNE. — Alexandre venait de congédier sa flotte, qu’il ne pouvait conserver , faute d’argent , et sans craindre de compromettre sa gloire dans un combat naval. Il profita de son départ pour renvoyer en congé limité les jeunes gens qui s’étaient mariés peu de temps avant son départ, auxquds il permit de passer l’hiver en Grèce avec leurs femmes. Ptoléraée, qui les conduisait , avait ordre de ramener avec eux un renfort de cavalerie et d’infanterie, ce qui fut exécuté ponctuellement.
Ada, godvernante de Carie. —
lont les ruines du théâtre qui , comme presque toux ceux de la Grèce, n’est point creusé dans une colline, mais est entièrement construit en pierre comme celui de Marœllus, à&ome. Il parait avoir été revêtu de marbre.
(*) L’emplacement d’Halicamasse, nommé aujourd’hui Boudroun , est couvert de ruines et de marbres précieux. Son enceinte est m^ne facile à reconnaître par les tours et les remparts qui subsistent. On suppose que le monument dont nous donnons la vue faisait' partie du temple de Mars. Le superbe monument élevé à Mausole par Artémise , sa femme, a été converti en forteresse par les chevaliers de Saint-Jean, lorsqu’ils s’établirent à Rhodes. Ils donnèrent à cette forteresse, qui subsiste encore, et qui renferme des sculptures très-prédeuses , le nom de Castel S. Pietro , et en espagnol san Pedro, dont les Turcs ont fait, par corruptioD, Bedm , puis Boudroun.
Alexandre employa ses loisirs à oonso* lider ses conquêtes , et peu de villes furent honorées de sa présence, sans éprouver ses bienfaits. Avant de quitter la Carie , où le siège d’Halicarnasse avait long-temps retenu son impatiente activité, il en confia l’administration à Ada, gouvernante héréditairede cette province. Elle jouissait de ce titre par le décès d’Hyaricos son époux , et en vertu des lots de la Haute- Asie, où la succession des femmes au pouvoir suprême avait toujours été maintenue depuis le règne de Sémiramis. Un caprice de Darius avait dépossédé Ada de son trône tributaire ; mais elle s’était Inaintenue dans la position d’Alinde , place très-forte, qu’elle remit à Alexandre, qui la coi^rma, non seulement dans sa possession , mais lui confia le gouvernement de la Carie , en lui accordant un corps de trois mille fantas-, sins et de deux cents chevaux, afin' de maintenir son autorité.
Passage des échelles, nœud GORDIEN. — Arrien explique le passage du mont Climax par un miracle.
C’est un endroit dangereux lorsque le vent chasse les eaux de la mer vers ce rivage accore; mais quand la tramontane en éloigne les ilote, c’est encore de nos jours le chemin des caravanes. Aussi le poète Ménandre ne manqua pas de livrer au ridicule, dans une de ses comédies, les écrivains qui faisaient déjà d’Alexandre une espece de divinité. On aurait dd en faire autant du nœud gordien qu’il trancha ou qu’il délia , ainsi que des éclairs et des tonnerres qui manifestèrent l’accomplissement de la volonté des dieux.
Apres avoir franchi ce défilé, l’armée macédonienne vint dresser ses tentes au lieu où Cyrus jeune campa avec les dix mille Grecs.