MACÉDOINE
La Macédoine renfermait, suivant Pline, 150 peuples différents; P. Mêla ajoute qu’elle comptait autant de villes. Les Taulantiens , nation illyrique , qui habitaient au bord de l’Adriatique, possédaient Épidamne et Apollonie.
Les Élymiotes avaient pour villes principales Élyniée et Byllis; cette der-
nière était bâtie sur le fleuve Ao<», qui prend sa source dans le Pinde.
Les provinces qui venaient ensuite étaient l’Orestide, l’Éordée, la Dassarétie, la Pénestie, la Lychnitide et l’Éinathie. Cette dernière constituait la Macédoine primitive, elle s’étendait depuis les sources de l’Axios Jusqu’au golfe Thermaïque ; sa capitale fut Édesse, lieu de sépulture de ses rois, jusqu’à Philippe, père d’Alexandre :
ses places principales étaient Europe et Berrhée. Au S.-E. de l’Émathie, on entrait dans la Piérie, pays consacré aux Muses. Ses villes étaient - Pydna , primitivement appelée Kitron, Phylace et Dion, où l’on dit qu’A Irxandre eut une vision qui lui promettait l’empire de la Perse. Au nord de l’Émathie, on trouvait la Mygdonie, qui renfermait Antigonie, Leté et Terpyle. A l'orient de la Mygdonie , était située l’Amphaxitide avec les villes de Thessalonique , anciennement appelée Thermé, restaurée par une sœur d’Alexandre-le-Grand , Stagyre , illustre par la naissance d’Hipparque et d’Aristote , dont le savoir est demeuré sans égal. Au S.-E. de cette contrée on pénétrait dans la Chalcidique , où l’on comptait Angée, Singos et Acanthe. Près de là commençait la Paraxide, pays entrecoupé de golfes, près desquels florissaient Pailène , anciennement Phlégra, Potidée, colonie de Corinthe, Torone, voisine d’OIyntbe, patrie du philosophe Callisthène , disciple et petit - neveu d’Aristote. Les Bisaltes occupaient une petite contrfe sur les rives du Strymon, avec les places d’Europie, Ossa et Callitéra. Au N.-O. de ces peuples était située l’Édonie, qui possédait Amphipolis, colonie d’Athenes, Scotuse et Berga:
près de là existait Philippes, autrefois Crénides. Toujours au N.-O., on trouvait la Pélagonie, avec sa capitale Stobi. A l’occident de la Pélagonie , était rorbélie avec les villes d^Orma et de Gariscos; vers leS.-O., la contrée de loria et la ville de loron ; plus à l’occident, le territoire des Almopieiis avec Europos, Albanopolis et Apsale, bâtie près du fleuve Apsos-
An midi du pays des Àimopiens, habitaient les Estriens , avec leur capitale Estrion. A l’orient de ces derniers, était le pays des Lyncestes, qui avaient pour capitale Héraclée. Au nord se trouvait la Syntique, dont les villes les plus remarquables étaient Par^opolis et Tristolos. Tel était l’héritage que Philippe laissait à Alexandre, avec ses titres a l’empire de la Grèce. Les langues parlées par les différentes nations de ce royaume étaient le grec dorien, le macédonien , que l’on croit être le schype ou albanais, l’illyrien et le celtique.
Rsmahqdes sur n’ assassinat de PmuïPE. — La mort violente des rois est ordinairement accompagnée de circonstances mystérieuses, que le temps seul parvient à dévoiler. L’assasan de Philippe était Pausanias, mais on soupçonna Alexandre d’avoir en connaissance de son dessein. Ce serait donc une atroce calomnie, ou une pièce apocryphe, rapportée par Arrien, que cette lettre d'Alexandre à Darius, dans laquelle il lui reproche le meurtre de Philippe ; il devait savoir à quoi s’en tenir sur le compte de sa mère Olynlpias , qui prit soin de justifier à cet é^ird le roi de Perse.
La fureur d’OIympias n’avait plus mnnu de bornes depuis que Philippe l’avait répudiée pour épouser la ni«* d’Attale. Elle fit non-seulement l’aveu peWic du crime qui avait terminé la rte du roi , mais elle demanda le corps de son meurtrier, plaça sur sa tête îme couronne d’or , exigea qu’il fût inhumé auprès de son époux, ordonna de lui ériger un tombeau, et engagea le peuple à honorer tous les ans Pausanias par des sacrifices funéraires.
Caractère de Philippe. — Phiétait regardé comme le père de ses soldats, qu’il appelait ses camaraàet- Il récompensait leur valeur, prenait soin de leur vieillesse, et lorsqu’ils mouraient dans les batailles , Ils savaient ^'indépendamment de nobles funérailles qu’il leur réservait, leurs familles ne seraient pas abandonnées à l’indigence.
Dans la vie privée, Philippe était , 16* UvraUon. (Grèce.)
gracieux et afi^Ie ; savant lui-même, il était le protecteur et l’ami des sciences. Il faisait cas de l’esprit, même dans un ennemi, et il comblait de
firésents ceux qui avaient le talent de e louer d’une manière ingénieuse.
Ainsi , ce n’est point sur la foi de Démosthène et des républicains, qui abhorraient jusqu’au nom de roi , qü’il convient de s’en faire une idée. Assez de défauts ternissaient sa vie , sans qu’on soit obligé de le juger d’après les déclamations des démagogues.
Dissimulé, il ne pardonna guere que par politique, ou afin de mieux tromper. Enclin à la débauche, il vivait habituellement entouré de vils proxénètes avec lesquels il ne rougissait pas de se plonger dans les plus ignominieuses voluptés. C’étaient les faiblesses d’un pnnce absolu , qui n’ont pas empêché Cicéron de dire que si Philippe de Macédoine n'égala pas son fils en actions d’éclat, il le surpassa en talents et en humanité.
Famille de Philippe. — A son avènement au trône, Alexandre se trouvait entouré de la nombreuse famille de son père. Cléopâtre, sa sœur, venait d’épouser son oncle Alexandre, roi d’Épire ; une fille nommée Cyna ou Cynée, que Philippe eut d’ Audaca, dame illyrienne, fut mariée à Amyntas, légitime héritier du trône, parce qu’il était filsdePerdiccas, frère aîné de Philippe.
Nicée, qu’il avait eue de la Thessalienne ISicasipolis, devint dans la suite femme de Cassander ; quant à Caranos et à Ærope, issus de la nièce d’ Attalos, sa concuDine, ils périrent victimes de la fureur d’OIympias, qui égorgea le dernier de ces enfants dans les bras de sa mère. U avait donné Arsinoé , une de ses maltresses, qui était enceinte, en mariage à La^ ; l’enfant dont elle accoucha fut le i^eux Ptolémée , roi d’Égypte. Enfin , il avait laissé, d’une danseuse de Larisse , nommée Philène, Arrhidée. qui ne parut un moment sur le trône que pour périr de la main d’OIympias. Telle était la postérité de Philippe, qu’on verra figurer, après la mort d’Alexandre , dans l’anarchie militaire de la Mac^oine.
L’UNIVERS
EUBA.R|t^S, — Ull
prince qui ést Son propre ministre laisse à son successeur beaucoup de difliçultés à surmonter. L’ordre régulier de la succession au trùne n’avait Jamais été clairement établi en Macédoine, et les droits d’Alexandre ne tardèrent pas à être contestés par Ainyntas. Philippe craignait si peu la iégin'mité de ce prince, que, loin de le proscrire, comme cela se pratique de nos jours entre usurpateurs, il lui avait donné sa fii|je Ciyna en mariage. Cette union fortifiait les prétentions d’Amjhtas, etmi^’t craindre qu'il ue fût soutenu pat.Attalos, ennemi personnel d’Aleîtandre etd’üljmpias, qui venait de faire mourir sa mècc Cléopâtre avec une cruauté révoltante. Attalos' se trouvait alors en Asie à la tète d’une armée dont il partageait le coinmàndement avec Panuémon. Comme il avait su gagner l'alfection de ses soldats, on pouvait craindre qu’il ne se rangeât du parti opposé au roi.
C’est pourquoi Alexandre choisit entre ses amis les plus fidèles un certain Hécatée , qu’il expédia en Asie , ac.compagné d’une escouade d’hommes de main : il avait ordre, si la clioae était possible, de ramener Attalos vivant, et , dans le cas contraire , de le faire assassiner sans délai : la mesure était digne d’un despote de l’Orient.
Alexandue mieux inspiré. — A son avénementau trône, il avait envoyé des ambas$ad(w% à toutes les républiques de b Grèce , pour les inviter à contjpuffi à son égard la bienveillance qii’eiles avaient témoignée à son père,^ en les assurant qu’il ne se départirait en rien de ses priiuipes.
lorsqu il apprit que plusieurs étate songeaient a changer la face des choses, il tomba dans gyqe grande per-
Mouvement» dAws la. Grecs, — Hécatée, qui s’était lié avec Attalos et Panuémon , tenait le roi au courant de ce qui se tramait contre lui dans la Grèce. Attalos, espérant obtenir sa grâce, devint révélateur, ce qui ne lui sauva pas la vie, cgr il fut tué quelque temps après avqir, décl^« ,i
ol
que les Grecs tr^taient avec lut pour rendre la liberté a la Hellade. On apprit en même temps que les Atbéinens, excités par Démosthene, avaient fait des réiouissances à I» nouvelle de U mort ae Philippe ^ qu’ils ne voulaient plus reconuaitre la souveraineté ^ la Macédoine. Les Étoliens demandaient de leur côté le rappel des bannis de l’Acarnaaie; les Ainbradotea , à 1*
rsuasioiid’Aristarque, avaient léiassé garnison que Philippe avait mise dans leur citadelle; les Thébains en avaient fait de même, en rétractant à l’égard d’Alexandre le titre de ooramaiidant de la Grèce, qu’ils avaient déa'riié à son père ; les Arcadiens, qui le lui avaient refusé, n’avaient garde de l’accorder à son tils; iea Argiens , les Lléens et les Spartiates |irét«»> datent se gouverner pr eux-inémiM ; les peuples qui habitaient au nord de la Macedoine songeaient à se révolter. L’orage était imminent ; mais Alexandre sut le prévenir par son activité.
ALBXANtUIB raOCL&MB AOTOCilATB .
iÀQs-Chrût.
Débarrassé d’ Attalos , le roi , étant entré dans la Tliessatie, engagea les habitants à le reconnaître pour leur chef, ù fesclusioii des 7agea, espèos d’éplwre» qui les gouvernaient. Arrivé aux Thermopyles , ily convoqua le conseil des auiphiotyons, qui lui déférèrent l’aulorité qu’ils avaient sur les villes de leur congrégation. Dût trembler Les Thébains; il reçut tes député d’Athènes cliargés d’exouser la république d’avoir tardé à reconnaître ses droit» au eommandement de la Heljade. Enfin , à l’exemple de PbUippe , il se lit élire autocrate pour porter la guerre en Porse . dans rassemblée générale des synèdres, ou députés de la Grèce réunis à Coriatbe. Investi de ce titre, il proposa un traité d’union, pmtant : « que jes cités grecque seraient n libres et indéiieudantes ; qu’on ne « se permettrait pas de changer leurs « lois; qu’on ne j^urrait y établir des « tyrans, ni y ra|g>eier les exilés, et
GRÈCE
< qae lA naTigatim sertit Kbre entre « toutes les républiques. »
Euthevuk avec Î)iogène. — - Cfe fut pendant son séjour à C.orintiieque la curiosité ayant conduit Alexandre daus le quartier de la ville où croupissait Diogène, il le trouva assis au soleil. Après s’ôtre tait connaître poiir le maître de la Macédoine et de ta Grèce , il lui demanda ce qu’il pourrait faire pour l’obliger. Hlen , répondit le cynique , ç^»e de f écarter de mon $6leU (voy. pl. fl»). ‘
GUERSE ILLYRIQUE. ‘
Tranouille du côté de la Grèce , Alexuiiare se hâta de retourner en Macédoine, et il se prépara à faire la guerre aux barbares qui environnaient ses états. Le passage du mont Hénios fut son premier exploit ; il s’y conduisit en capitaine e.xpérimenté et subjugua cette contrée. .Marchant ensuite a Voccident, il réduisit les Taulentiens, les lllyriens et les-Triballes (c’est ce qu’on appelle de nos jours la moyenne Albanie, la Servie, et une partie de la Bosnie). Ce fut à cette oc^ casion que les Celtes , qui habitaient le pays compris entre le Drin et l’Adnatîque, jusqu’au cours du Timave, hii envoyèrent des ambass.adeurs.
Alexandre , s’imaginant que la terreur de son nom avait motivé leur démarche, s'enquit d’eux s’ils redoutaient que^ue chose. Ils lui répondirent avec berte : Nous ne craignons que la cktUe du ciel. Il conclut avec eux un traité d’alliance.
Sans inquiétude surce point, Alexan-> dre se hâta de conduire son urinée vers l’Ister , où il défit, dans un grand combat, .Syrinos, roi des TrilSlles ; trois jours après il passa In Danube , battit les Gètes ; puis il parcourut la 'l'iiraco en vainqueur, traînant à sa suite les rois et les grands qui pouvaient hir porter ombrage, en confiant l’administration à des hommes du peiqite dont il se fit ainsi des partisans xélés. Encouragé par Langaros, cheif des
Agriens , l’ami de .sa jeunesse , il confia à Philotas le soin d’amener dans son parti Clitos, fils de Bardyllis, et Glaucias, ce qu’il fit avec succès.
mSCHRECTION DES TBé.B.SISS,
S3& avant Jésua-Cbrist.
Cet événement fut l’ou\Tage des orateurs d’Atliènes ; Démosthene et I.y- Curgiie avaient répandu le bruit que le roi avait été tué par les Triballes. Dans cette confiance, les exilés de Tlièbes étant entrés de nuit dans cette ville, égorgèrent Amyntas et Tiniolaos, commandants dé la Cadniée, et se préparèrent à en chasser la garnison macédonienne.
Alexandre, à cette nouvelle, rentra aussitôt en Macédoine, traversa en six jours la Thessalie et franchit les Therinopvies. Arrivé à Oneheste en Béotie, fl dit à ceux qui raccompagnaient : « némosthènem’.ippelait enfant quand • j’étais en illvrie, jeune homme lors- « que j’arrivai en Thessalie ; je veux « lui montrer au pied des murs d’A- « thènes que je suis homme fait. «
Les historiens d’Alexandre s’accordent à dire qu’il donna aux révoltés le temps de rentrer en eiix-inémes ; mais les exilés et les Béotiens , qui dominaient dans Tlièhes , devaient causer sa ruine. Un héraut macédonien , introduit dans la pince , promit en vain sûreté à ceux ijui voudraient passer dans le camp du roi , et grâce entière aux habitants, à condition de livrer Phoenix et Protliiite , auteurs des désordres. I.es Théhains demandèrent avec ironie qu’on leur remit Philotas et Antipater ; ils lirenl en iiiéme temps publier du haut d'une tour r » que tout « soldat qui voudrait pas.ser au service « du grand roi et aider les Théhains à « délivrer la Grèee de son tyran, se- « rait liien reçu dans leur ville. » Cett« proclamation ‘décida \lexandre à tirer une prompte vengeance de.s révoltés.
Terretius .suPF.iisTiTiFUSKs. — Des présages ébranlaient ceiieridant la constance du peuple. On avait vu apparaître dans le temple de Cérès un voile aussi fin qu’une toile d’araignée , dont
L’UNIVERS
la grandeur , égale à celle d’un manteau, représentait l’arc-en-ciel. Ce phénomène s’était montré trois mois avant l’arrivée d’Alexandre ; à son approche , toutes les statues de la place publique s’étaient couvertes de sueur.
Outre cela, il vint aux magistrats des gens qui attestèrent qu’on avait entendu sortir du lac Oncheste une espèce de mugissement, et qu’à Diroé le frémissement de l’eau semblait avoir formé des gouttes de sang. D’autres, qui venaient de Delphes, affirmaient que le toit du temple , rebâti par les Thébains, avait paru ensanglanté dans toute son étendue. Ces phénomènes , quoique diversement expliqués, étaient généralement regardés comme funestes : cependant personne ne parla de capituler.
Prise de Thèses. — Les Thébains, résolus à décider leur querelle par la voie des armes, firent une sortie, tandis que les viejllards , les femmes et les enfants couraient dans les tem-
Îiles pour prier les dieux de sauver eur ville infortunée. Les trompettes sonnèrent la charge , et , quoique accablés par le poids de la phalange macédonienne, les Thébains, beaucoup moins nombreux que leurs ennemis , se défendirent avec une valeur digne des vainqueurs de Leuctres et de Mantinée. Ils durent à la fin céder au nombre ; mais dans le sac de leur ville, on n’en vit aucun qui cherchât à fléchir l’ennemi , dont la vengeance put à
Seine être assouvie par une journée e massacres. Les rues étaient rem-
filies d’enfants des deux sexes qui appeaient en vain leurs mères : elles avaient été arrachées de leurs maisons pour être vendues. Quelques Thébains , qui n’étaient pas encore dans les fers, attaquaient, quoique blessés , les Macédoniens qu’ils rencontraient , et mouraient satisfaits d’avoir mêlé leur sang à celui d’un ennemi; d’autres, n’ayant à la main qu’un bois de lance rompu, en frappaient le soldat vain-
Î[ueur et prévenaient l’esclavage par a mort qu*ils recevaient. La terre était Jonchée de cadavres. Les plus grandes cruautés furent commises par les Thes-
iens, les Platéois et les habitants ’Orchomène, qui assouvissaient des haines particulières sous le voile de leur dévouement à Alexandre. La nuit qui suivit la prise de Thèbes , les maisons fiirent fouillées; les femmes, les vieillards et les enfants réfugiés dans les temples , en furent tirés avec outrage. Enfin , il périt dans le sac de la ville plus de six mille individus ; on y fit environ trente miile captifs , et le pillage monta à une somme considérable : le roi ordonna d’ensevelir les Macédoniens, qui étaient au nombre de cinq cents morts.
Destruction de Thèses . — Alexandre, afin de cacher l’odieux de cette horrible catastrophe, feignit d’en référer au conseil de la Grece, pour décider du sort de Thèbes. Il sauva la maison de Pindare , ainsi que quelques familles sacrées ; mais il ratifia le décret portant que Thèbes serait détruite de fond en comble , et qu’il était défendu à tout individu soumis à son autorité royale de donner asile aux fugitifs.
Il respecta Théroisme de Timodée , la gloire de son sexe, qui, violentée par un Thrace, qu’elle précipita dans un puits , lui dit en face : Je suis la sœur de Théagéne, mort à Chéronée, en combattant contre Philippe, pour la liberté de la Grèce. Il reçut quatre cent quarante talents (2,376,000 fr. ), our sa part, provenant de la vente es malheureux Thébains. Philippe aurait pardonné; mais son fils, qui ne connut presque jamais que les mouvements de la colère, se hâta d’envoyer demander aux Athéniens de lui livrer Démosthène, Lycurgue, Uypéride, Polyeucte , Cbarès, Charidème , Ephialte, Diotime , auxquels il attribuait la voite qu’il venait d’étouffer dans le sang de tout un peuple.
FA.IBLES8B DS PhOCION. — Phocion, plus prudent que courageux, moins bon politique que citoyen estimable, haïssait trop ces démagogues ur ne pas saisir l’occasion de s’en barrasser ; il fiit d’avis de les livrer. Il cita l’exemple des filles d’Hyacinthe, qui s’offrirent volontairement à
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la mort pour le salut de leur patrie. Démosthène rappela, de son cdté, l’apologue des chiens qui livrent leurs bergers aux loups. Demade proposa un décret par lequel on demandait à Alexandre de laisser au peuple le soin de rechercher les cot^Mbles, et de permettre Athènes offrit «n osife aux Théhains fuçitys. Choisi comme ambassadeur, il se rendit porteur de ce décret auprès d’Alexandre, de qui il obtint ce qu’on demandait ; il sut même changer tellement ses dispositions , que le roi exhorta les Athéniens à s’appliquer à l’administration publique , afin que s’il venait à mourir, iis pussent gouverner la Grèce.
Habangites, félicitations. — Tandis que le roi retournait en Macédoine , il reçut plusieurs députation; ui venaient le léliciter sur le succès e ses armes. Ceux qui lui portaient le plus de haine affectèrent dans leurs harangues de lui montrer le plus de dévouement. On ne vit point paraître les députés de Sparte au milieu de ce concours de diplomates adulateurs ; aussi Alexandre crut traiter les Lacédémoniens avec un mépris réel , en D’exigeant pas d’eux un contingent de troupes , ^ur là grande expédition d’Orient à laquelle il se préparait.
C’est à cette année, 335 avant notre ère, qu’il faut rapporter le retour d’Aristote à Athènes , où il fonda l’école péripatéticienne.
ÉTAT DK LA PBHSB,
316 — 334 aTSDt J«ias<ChrI«t.
Crimes de Bagoas. — Artaxerxès Ocbos , qui mourut empoisonné par l’eunuque Bagoas, avait eu pour successeur Arsès, le plus jeune de ses fils. Bagoas ayant fait p»ir en même temps tous les frères d’Ars^ , qui étaient dans leur première enfance, espérait tenir parce moyen le roi de ses œuvres dans une dépendance absolue à son égard. Mais le jeupe souverain, instruit de tant de crimes, dont il était la cause innocente , n’ayant pas su dissimuler, le perfide eunuque réussit à le faire périr ainsi que ses enfants , dans la troisième année de sou règne.
AVÉNBMBNT DE DARIDS COOOMAN,
336 araot Jé«a>*ChrUt.
L’empire se trouvant sans maître , Bagoas choisit un de ses amis, appelé Codoman, qu’il Ut monter sur le tronc.
Il ne se rappela peut-être pas que ce prince était fils d’Ostane, frère du dernier roi Artaxerxès üchos; ou bien avait-il calculé qu’il pouvait s’en défaire par le même moyen qui lui avait réussi pour se débarrasser de ses maîtres. En effet, il ne tarda pas à attenter aux jours de Codoman. Mais celui-ci , prévenu à temps de son dessein, le form de boire la coupe empoisonnée qu’il lui présentait.
PaOlBTS DE OAuns.
335 av. J.*C*
Darius avait songé à porter la guerre en Macédoine, du vivant même de Philippe; il avait eu , dit-on, la générosité d’ajourner ce projet à cause de la jeunesse d'Alexandre. Mais informé de l’essor que prenait l’aigle de Pella , le CTand roi s’occupa à rassembler les forces de son empire. Il fit équiper une flotte considérable dans les ports de la Syrie , mit sur pied une armée de terre , dont il donna le commandement à des chefs expérimentés, dont le plus distingué était Memnon de Rhodes. Il lui confia cinq mille mercenaires, avec lesquels il devait s’emparer de Cyzique. Memnon , ayant franchi le mont Ida, parut inopinément devant cette ville, et peu s*en fallut u’il ne la prît d’emblee : il ,s’en déommagea en pillant les environs.
Parménion, qu’il avait entête, s’empara de Grynion , dont il réduisit la population en esclavage; il assiégea ensuite Pitane , qu’il rat obligé cf abandonner à l’approche de Memnon.
Tel était l’état des affaires dans l’Asie-Mineure , avant l’invasion d’Alexandre.
État de la Perse. — La première année du règne de Darius, qui prit ce nom au lieu de celui de Codoman , fut employée à affermir son autorité, à en Jouir et à se préparer aux
L’UNIVERS
plus vastes entreprises. Dans l'espace de deux cent trente ans , les Perses avaient constamment dégénéré des vertus qui caractérisent une nation pauvre et guerrière. Cependant leur empire, tel que Darius Hystaspes l’avait laissé , embrassait encore les plut belles parties de l’Asie et de l’AI'rique. L’impôt payé en argent était estimé, œmme au temps de ce monarque , à quatorze mille cinq cent soixante talents euboïqiies. Des trésors considérables avaient été accumulés à Damas, à Arbelle , à Suze, à Per.sépolis, à Eobatane, à Kabylone et dans quelques autres grandes villes de l’empire. L im* pôt payé en nature ne peut, être ap« précié; mais telles étaient les richesses du grand roiy qu’on prétend qu’Alexandre avait aOquis par la conquête de la Perse un revenu annuel de quatorze cents millions de notre monnaie.
Quoique les e.xcès et les vices qui régnaient à Suze , à Babyione et dans les autres villes impériales , fussent désastreux, la ruine des Perses fut plutôt l’effet de leur ignorance dans les arts de la paix et de la guerre, que celui de leur lu.ve. Les provinces avaient cessé d’entretenir un commerce régulier avec le siège de l’empire ; les forces militaires étaient plutôt des in- .striiments de révolte que des moyens de puissance. Dépourvus des fiens d’une religion et d’une langue commune , les Perses semblaient n’attendre qu’un vainqueur. La décadence était presque complète, lorsqu’on voit, au temps du jeune Cyrus, douze mille Grecs braver les armes de la Perse, et après avoir pénétré jusqu’aux environs de Babyione, opérer une retraite plus glorieuse qu’une victoire.