‹ Grèce par m. PouquevilleChapitre 65 sur 115 · CAMPAGNE DANS LA HAUTE-ASIE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DANS LA HAUTE-ASIE

33 1 atant 3>’C.

Au printemps de la seconde année de la GXir olympiade, Alexandre,

GRECE. 257

qui était revenu de l’ÉCTpte à Tyr, après avoir réglé les affaires de la Syrie , entra en campagne , en se dirigeant à l’orient de la Phénicie. Il avait reçu des renforts considérables de la Grèce et de la Macédoine ; mais à peine était-il en marche, qu’il apprit que l’épouse de Darius venait de mourir. Il revint aussitôt sur ses pas, pour consoler Sisygambis et rendre à la reine les honneurs suprêmes , par des funérailles qui furent célébrées avec toute la pompe orientale.

Il est probable qu’il donna des instmetions particulières à un eunuque qu’on feignit de laisser évader du camp , jMur porter à Darius la nouvelle de la mort de son épouse; on croit qu’elle succomba à la suite d’une couche. Ce malheureux prince fut profondément affligé du décès de Sta^a , parce qu’il croyait qu’elle avait été privée des devoirs funèbres dus à son rang. L’eunuque le détrompa par le récit de ce qui s’était passé , il raconta ensuite les bontés qmAlexandre avait eues pour la reine, pendant qu’elle vivait.

A ce récit, de cruels soupçons s’élevèrent dans l’esprit de Darius qui, ayant pris l’eunuque à part, le conjura , « par la grande lumière de Mi- « thra, de lui dire si la perte de l’hon- « neur de sa femme mavait pas pré- « cédé celle de sa vie. » Alors reu- Dume, se jetant aux pieds de son martre , le conjura de ne pas faire ce tort à la vertu cC Alexandre ; de ne pas déshonorer ainsi sa femme et sa soeur après sa mort. Et avec des sermoats et des exécrations horribles, il «it l’adresse aussi pieuse que remplie d’humanité de tranquilliser le roi. Alors Darius déclara, dit-on, en présence de ses courtisans, que, • SI les dieux avaient résolu de chan- « ger les destins de la Perse , le seul « Alexandre pût s’asseoir sur le trône « de Cyrus. »

PRÉPARA.TIFS MILITAIRES DE Da-

Rics. — Le grand roi (on lui donnait encore ce nom malgré ses revers ) , ^ant inutilement fait des ouvertures de paix au vainqueur du Granique et 17' Livraison. (Grèce.)

d’Issos , avait trouvé de nouvelles ressources dans son empire pour défendre sa couronne. Le Shirvan , le G bilan , le Korasan et les contrées comrises entre la mer Caspienne et le euve Jaxartes, lui avaient fourni de nombreuses masses de guerriers. Les tribus nomades du nord de l’Asie , qui furent de tout temps le séjour de puples courageux et barbares , se rejouirent de trouver une occasion de signaler leur turbulente valeur. Sujets ou Tartares indépendants , tous sc levèrent au premier appel et ne tardèrent pas a inonder les plaines fertiles de l’Assyrie, d’un nombre supérieur de soldats à celui que Darius eût encore rassemblé sous ses drapeaux.

Marche d’Alexandre. — Ce fut à Thapsaque qu’Alexandre passa l'Euphrate sur un pont de bateaux et dirigea sa route vers le Tigre, où il es-

Ërait rencontrer l’ennemi. De tous i fleuves de l’Orient, celui-ci est le plus rapide , et c’est à cause de cela qu’il est appelé Tigre, nom qui signifie yZècAe en langue persane; indépendamment de la rapidité de ses eaux , il roule des pierres d’une grosseur considérable. Les guides ayant sondé légué, qui se trouva être de trois pieds et demi de profondeur , le passage fut résolu ; les soldats vinrent, sans trop de difficulté, jusqu’au fil de l’eau, portant leurs armes sur la tête. Le roi

f lassa à pied avec l’infanterie; il fut e premier qui parut à l’autre bord , d’ou il montrait le gué aux soldats, car il ne pouvait leur faire entendre sa voix. Mais ils ne se soutenaient qu’a grand’peine, tant 5 cause des alets qui les faisaient glisser que de impétuo>ité du courant; et ce fut au milieu d’une extrême confusion que l’armée effectua son passage. Elle aurait été taillée en pièces par un ennemi vigilant; mais Mazée, chargé de la défense du Tigre avec un corps de cavalerie dans lequel on comptait deux mille Grecs mercenaires , n’arriva qu’au moment où les Macédoniens s’étaient mis en bataille.

Marche de l’armée persane. —

L’UNIVERS

Darius , parti de Suze , arriva le quatrième jour au Pasitigre, à travers un pays abondant et très-propre à fournir des vivres aux hommes et de la pâture aux animaux. Il souhaitait ardemment que la bataille se donnât devant les murs de Ninive , arce qu’il y avait une plaine favorale à sa cavalerie et au jeu de ses chars armés de faux. Ayant fait dresser ses tentes sur les rives du Boumados , près d'un village appelé Gaugamelles, il y exerçait tous les jours ses troupes pour les accoutumer à obéir aux moindres signaux ; caril était à craindre que plusieurs nations différentes de langage, qui se trouvaient réunies , ne jetassent du désordre dans une bataille.

Éclipse de lune. — Alexandre, après avoir campé pendant deux jours au bord du Tigre, commanda qu’on se tînt prêt à marcher le lendemain.

On était au 20 novembre , suivant notre manière de compter, lorsqu’à sept heures et demie du soir, le ciel étant clair et serein , la lune perdit d’abord sa lumière et parut toute souillée et comme teinte de sang. Et parce que cela arrivait sur le point d’une grande bataille , l’armée fut saisie de frayeur. Les soldats criaient : » que le ciel « manifestait les marques de son cour- « roux, et qu’on les traînait, contre la « volonté des dieux, aux extrémités de « la terre ; que les fleuves s’opposaient « à leur marche; que les astres leur « refusaient leur lumière accoutumée, « et qu’ils ne voyaient plus devant « eux que des déserts et des solitudes ; R que pour l’ambition d’un seul indi- « vidu tant de milliers d’hommes ré- « pandaient leur sang , et encore pour R qui? pour un être qui dédaignait sa « ptrie, désavouait son père, et pré- R tendait se faire passer pour un R dieu. »

Astrologues égyptiens. — Cee murmures allaient d^énérer eu sédition , lorsque le roi ht appeler les officiers supérieurs de l’armée dans sa tente et commanda aux devins égyptiens, versés dans la science des astres , de dire ce qu’ils savaient reiati-

vement à ce phénomène. Ils rendirent , sans entrer dans le fond de la question , « que le soleil était l’astre « protecteur des Grecs, la lune celui R des Perses , et qu’elle ne s’éclipsait R jamais sans les menacer de quelque R grande calamité. » Cette réponse des astrologues étant aussitôt divulguée parmi les troupes, leur rendi respérance et le courage.

Manœuvres des deux armées.

— Alexandre, prompt à profiter de ces dispositions favorables, décampa après minuit et marcha ayant le Tigre à droite et les monts Gordiens sur la

fauche. Ses coureurs ne tardèrent pas l’informer qu’ils avaient aperçu quelques détacliements de cavalerie ennemie sans pouvoir en apprécser le nombre. Cet avis fit changer sa marche, il ordonna aux troupes pesamment armées de ralentir le pas, et s’étant mit à la tête du corps rovaJ des Péonieni et des auxiliaires, il s'avança avec tant de célérité, que plusieurs détachements des barbares furent enlevés.

Armée des Perses. — Les prisonniers qu’il fit dans cette rencontre lui donnèrent des détails alarmants sur l’armée de Darius , dont le camp n'était qu’à six lieues de distance. Quelques-uns faisaient monter ses troupes à un million de fantassins, quarante mille chevaux , deux cents chars armés de faux, et quinze éléphants. D'autres, avec plus de probabilité, réduisaient l’infanterie à six oent mille hommes , et faisaient monter la cavalerie à cent quarante-cinq mille ; tous s’accordaient à dire que l’armé du grand roi était plus considérable et composée de nations plus belliqueuses que celle qui avait combattu à Issos.

Alexandre écouta ce récit sans témoigner la moindre inquiétude. U ordonna d’entourer aon camp de fossés et de palissades, car il avait résolu d’y laisser les bagages avec les soktats invalides, et de mener les autres au combat sans autre équipage que leurs armes. Il partit sur les neuf heures du soir, avec le prmet de commenc»

l’action au point du jour. Les deux armées n’étaient plus qu’à trois lieues

GRECE

de distance , et quand le roi fut arrivé au* montagnes , d’où il pouvait découvrir les Perses , il fit halte pour délibérer si on attaquerait immédiatement, ou si on s’arrêterait dans cet endroit. Ce dernier avis ayant prévalu, l’armée macédonienne campa dans l’ordre où elle SC trouvait, tandis que le roi , avec son infanterie et ses compagnies légères, alla reconnaître le terrain.

ÜRiinE DtJ JOUR. — Quand il fut de retour, il assembla une seconde fois ses ofliciers généraux , et il régla l’ordre du jour de la manière suivante. Au rapport de Diodore , « son armée « fut rangée de sorte que la cavalerie « couvrait l’infanterie. Il mit sur la « droite l’escadron aux ordres de Cli- « tos, surnommé le Aoir; derrière, ■ était l’escadron qu’il appelait des

• Amis , sous le commandement de

• Philotas, fils de Parménion , et tout

• de suite sej)t autres lignes sous « le même général. Derrière ceux- « ci était placé le bataillon des Ar- « ^aspides, distingués par l’éclat des « boucliers d’argent qui leur avaient

• fait donner ce nom , et encore plus " par la valeur de ce corps , que corn- « mandait JNican or, autre fils de Par- « ménion. A côté d’eux étaient placés « les Klymiotes, conduits par Cœnos.

« Ensuite venaient les Orestiens et « les Lyncestes , sous les ordres de « Perdiccas -, la compagnie de Méléa- « gre suivait celle-ci , elle était suivie « «le-même de celle de Polysperchon, « i^f des Stymphéens; Philippe, fils « de Balacros, venait après ceux<i, et « Cratère, à la tête des siens, fermait « la marche de l’infanterie. Les ca- ” valiers dont on a parlé d’abord n étaient soutenus par les troupes ti- « rées du Péloponèse, de la Phtiotide « et des environs du golfe Maliaque, ° aussi bien que de la Locride et de « la Phocide. Ils avaient tous pour « chef, Érigve de Mytilène. Der- « rière eux étaient les Tliessaliens, ■ aux ordres d’un autre Philippe :

« ceux-ci surpassaient tous les cava- • liera en bravoure et par l’agilité « de leurs évolutions. Ce fut derrière

« eux qu’Alexandre plaça les gens de « trait et les soudoVés de l’Achaïe. »

Ordre de BAT./uttE Dts Perses.

— Darius, apercevant l’ennemi, ordonna de disposer ses troupes au combat. Il dut, malgré rétendue de la plaine, resserrer son front de bataille et le former sur deux lignes, dont chacune avait une profondeur considérable. Suivant l’ii.sage, il se plaça au centre de la première ligne entouré des princes du sang , des grandsofficiers de sa cour , et défendu par sa garde , composée de quinze mille hommes d’élite. Cette troupe brillante était flanquée pur les mercenaires grecs, les Mélophores, les Slardes, lesCisséens, et d’autres vaillants corps , choisis dans toute l’année. A l’aile droite se trouvaient les Mèdes, les Parthes, les Hyreaniens et les Suces; la gauclie se composait principalement des liactriens, des Perses et des Cârdusiens.

Les nations qui composaient cette masse énorme de troupes étaient armées, les unes d’é[>ées et de lances , les autres de massues et de haclies ; la cavalerie et l’infanterie irrégulière de chaque peuple se trouvaient pêle-mêle. Les chariots armés de faux étaient en tête de la première ligne.

On voyait les escadrons de cavalerie Scythe , bactrienne et cappadocienne, groupés et prêts à prendre part à l’action, en attaquant l’ennemi en flanc et en queue , dès que le combat serait commencé. Darius, craignant une surprise, fit passer la nuit sous les armes à ses suldrts,qui se trouvèrent ainsi fatigués au moment de l’action.

PRATiyüES SUPERSTITIEUSES d’A -

LEXA.VDRE. — Le roi qui , dans les grandes crises, avait coutume de consulter les devins , manda Aristandre, en qui i( avait une extrême confiance.

11 s'enferma avec lui pour faire quelques sacrifices secrets. Il immola des victimes à la Peur. Le sacrificateur eu habits de cérémonie, portant des verveines à la main , la tète voilée, prononçait des prières que le roi auressait à .lupiler, à Minerve, à la Victoire. Tout étant achevé, Alexandre alla se reposer. Comme il réllédiit

L’UNIVERS

non sans quelque émotion à ce qui allait se pilier, le sommeil tarda long-temps à appesantir ses paupières, et n donnait profondément , lorsque ses généraux, rassemblés devant sa tente , étonnés de ne pas le trouver sur pied, donnèrent aux troupes l’ordre de prendre de la nourriture. Pendant ce temps, Parinénion étant entré dans la lente du roi, lui témoigna sa surprise de ce qu’il dormait si tranquillement au moment d’une bataille qui allait décider de son sort.

Kh! comment ne serions-nous pas tranquilles, quand Fennemi vient de hd-méme se livrer entre nos mains !

Il demanda aussitôt ses armes et son cheval.

Plutarque décrit l’armure d’Alexandre en style homérique : « Son casque, « plus brillant que le pur argent, était « l’ouvrage de Théophyle; son épée, « très-légere et d’une trempe admira- « ble , lui avait été donnée ^r la ville « de Cition; sa cotte d'armes, pré- « sent magnilique de la ville de Rho- « des , était de la fabrique d'Hélicon, « fils d’Acésas. »

BATAILLE D'AKBELLES, a octobre 33 1.

Les trompettes venaient à peine de donner le signal du combat , que les deux armées, bien différentes ^ur le nombre , et encore plus par le courage, s’ébranlèrent. Du côté des Macédoniens tout était force et nerf ; au lieu que du côté des Perses , c’était un grand assemblage d’hommes et non de soldats : nomina vertus quam aiurilia. La cavalerie engagea l’action, et ce ne fut pas sans peine que celle d’Alexandre parvint à repousser les escadrons des barbares.

Alors les Perses lancèrent leurs chariots armés de faux Contre la phalange macédonienne; mais le bruit que firent les soldats en frappant leurs boucliers, et les traits que les peltastes faisaient pleuvoir de toutes parts, effarouchèrent les chevaux et en firent tourner un grand nombre contre leurs propres troupes ; d’autres, saisis-

sant les rênes des coursiers , renversaient les cochers, qu’ils tuaient. Une

Ïiartie des chars passa cependant entre es bataillons, qui s’ouvrirent pour leur faire place, comme cela leur avait été commandé , et par ce moyen ils n’en éprouvèrent presque aucun dommage.

Alexandre, apercevant que Darius mettait toute son armée en mouvement pour tomber sur lui, eu t recours au prestige, afin d’encourager ses soldats. Au lus fort de la mêlée, le devin Aristanre , vêtu de sa robe blanche , tenant une branche de laurier a la main, s’avan^ au milieu des troupes, en criant qu’u voyait voler un aigle au-dessus de la tête d' Alexandre. Il montrait de la main l’oiseau aux soldats, qui, croyant le voir, chargèrent avec ardeur, et dégagèrent l’aile droite de l’ariiiée macédonienne, prête à être enveloppée par la cavalerie des barbares.

Dans ce moment Alexandre se replia pour attaquer le centre de l’année persane. Darius était sur un char, et Alexandre à cheval , tous deux environnés d’officiers et de soldats qui ne demandaient qu’à se sacrifier pour la gloire de leur prince. La lutte devint opiniâtre et sanglante; mais Alexandre ayant percé d’un coup de javeline l’écuyer de Darius , Perses et Macédoniens crurent que le roi était tué. Les cris et les hurlements des barbares portèrent aussitôt la confusion dans leurs rangs, et le combat n’offrit plus qu’une scène de carnage.

Alors Darius, tournant son char, prit la fuite; mais de quel côté se mrigeait-il? Personne ne put le découvrir , car il disparut dans un nuage de poussière, d’ou l’on entendait sortir un bruit confus de cris d’hommes , de pieds de chevaux et de coups de fouet.

Cependant l’aile gauche, commandée parParniénion, se trouvait dans le lus grand danger. Un corps formiable de la cavalerie des Perses , des Indiens et des Parthes, ayant renversé l’infanterie , s’était avancé Jusqu’aux bagages. Dès que les prisonniers les virent entrer dans le camp retranché,

GRECE

ils s’armèrent de tout ce tm’ils purent saisir , et se jetèrent sur les Macédoniens , oui se trouvèrent assaillis de tous côtes. Ils firent savoir à Sisygambis que Darius avait gagné la bataille ( ils le croyaient ) , que le bagage était pillé et qu’elle allait recouvrer sa liberté. Cette sage princesse réprima la joie qu’elle devait éprouver ; mais il n’en fut pas de meme de plusieurs captives, qui se disposaient déjà à retourner dans le camp des Perses.

Au premier bruit de cet événement, Parmenion s’était empressé d’en donner avis au roi, qui lui lit dire de se garder daffaibUr son corps de bataüky gue la victoire restituerait, non-seulejnent le bagage , mais donnerait tout ce qtd appartenait à Cennemi. Un autre courrier de Parménion qui informait Alexandre de la position critique dans laquelle il se trouvait, étant presque entouré par la cavalerie de Mazée, l’obligea d’accoutir au secours de son lieutenant.

Le roi rencontra dans sa marche la cavalerie qui avait pillé le camp retranché; le combat qu’il lui livra fut rude et sanglant. On se battit corps à corps, et il y perdit environ soixante de ses gardes; Éphestion, Coenos et Ménidas furent nlessés : la victoire resta cependant aux Macédoniens , et il ne se sauva qu’un petit nombre de barbares.

Dans cet intervalle, Mazée avait appris la défaite de Darius, et quoiqu’il eut l’avantage, son ardeur se ralentit. Parménion, qui en soupi^nna la cause, se hâta d’annoncer a ses soldats que cette langueur était le signe avant-coureur de quelque défaite considérable de l’ennemi et qu’il fallait enlever la victoire. A ces mots, les cavaliers macédoniens , poussant leurs chevaux à toute bride, fondirent sur les Perses avec une telle impétuosité , qu’ils prirent la fuite en désordre.

Telie fut l’issue de cette mémorable bataille, donnée près de Gaugamelles, en Assyrie, qu’on appela du nom d’Arbelles, parce que c'était la ville la plus considérable de cette contrée.

Quinte-Curce fait mention de qua-

rante mille hommes tués du côté des Perses : c’est le plus modéré des historiens dans ces fr istes et affreux calculs qui remplissent les annales de tous les peuples. Au reste, on doit peu compter sur ces évaluations de morts dans une bataille : le vainqueur et le vaincu ont également intérêt à tromper ou à être trompés.

Munificence d’Alexandre. — Son premier soin après la victoire fut de rendre grâce aux dieux par des sacrifices magniGques. Il récompensa ensuite ceux qui s’étaient distingués , les combla de richesses , leur d^onna des maisons, des charges, des gouvernements. Mais se piquant surtout de reconnaissance envers les Grecs qui l’avaient nommé leur généralissime, il ordonna que toutes les tyrannies élevées dans la Hellade fussent abolies, les cités mises en liberté et rétablies dans leurs privilèges. Il écrivit en particulier aux Platéens qu’il voulait que leur ville fût rebâtie. Enfin , il envoya aux Crotoniates une artie des dépouillés des Perses pour onorer la mémoire de l’athlète Piiaylos, leur concitoyen , qui, du temps de la guerre médique , avait armé une galère à ses frais , et s’était rendu en personne à la bataille navale de Salainine.

Fuite de Darius. — Après la journée d’Arbelles, Darius , accompagné d’une suite peu nombreuse, avait pris le chemin au fleuve Lycos. Dès qu’il l’eut passé , on lui proposa de raire rompre le pont. Il refusa , en disant « qu’il n'estimait pas assez la « vie pour vouloir la conserver au « prix de celle de tant de milliers de « sujets ou d'alliés fidèles qui demeu- « reraient à la merci des ennemis ; « qu’ils avaient le même droit que « leur maître à ce passage ; » enfin , il arriva vers le milieu de la nuit à Arbelles. Deux mille Grecs l’avaient rejoint en chemin , et il prit avec eux sa route vers la Médie , en traversant les montagnes de l’Arménie , persuadé qu’Alexandre se dirigerait sur Babylone.

Prise d’ Arbelles. — Peu de jours

1,’UlNIVKnS.

apres, la ville d’Arbelles se soumit au vainqueur, qui y trouva quantité de meubles de la couronne, de riches habits et d'autres objets précieux, avec quatre mille talents (environ 21 millions de francs) en espèces. Il s’avança ensuite par les |daines vers Habylonè, et en quatre Jours de iparclie II arriva à Meuinis, ou l’on voit dans une caverne la source du bitume qui servait à enduire les briques crues employées aux fortilications de liabylone.

ENTRÉE n’ALEX VNDRK DANS BABY1.0NB, 3Ji «T, J.-C.

Quand Alexandre fut près de la ville , Ma/ée, qui s’y était retiré après la défaite de Darius, vint lui en apporter les clefs. Le roi fut charmé de cet hommajre, car c’edt été une enfreprise difficile que le siège d’une place aussi considérable et pourvue de toutes choses.

Alexandre lit son entrée dans Babylone comme s’il edt marché au crniihat. Les murs de la ville étaient couverts d’une foule nombreuse, quoiqu’une partie de la jiopfilation filt sortie au devant du vainqueur, pour voir le héros dont elle avait tant entendu parler. Bagophane, gouverneur de la citadelle et gardien du tré.sor imiiérial, pour ne pas témoigner moins de zèle lie Mazec , lit Joncher les chemins de eurs et dresser des deux côtés de la voie publique des autels d’argent sur lesquels on brillait de l’encens et des parunns précieux. 11 se présenta luiméme, suivi de présents destinés au vainqueur ; c’étaient des troupeaux de bétail avec un grand nombre de chevaux , des lions et des [wnthères qu’on portait dans des cages. Les mages venaient ensuite en cliantant des hymnes, ainsi que les Chaldéens chargés d’ohserver et d’interpréter le cours des astres, môlés avec les musiciens de la ville qui célébraient la majesté du roi , en s’accom|)agnant d'une multitude d’instruments. La cavalerie babylonienne fermait le cortège, dans une tenue qui surpassait toute espèce de magnificence. Le roi ordonna au

peuple de marcher à la suite de son infanterie... et lui , entouré de sa garde, porté sur un char resplendissant d’or et de pierreries , il entra dans la ville et monta en triomphe au palais impérial des descendants de Cyrus.

RrcoMPr.NSEs msTRtBnr.ES. — Le lendemain , le roi se lit rendre compte du trésor : sur l’argent qui s’y trouva, il ordonna de compter à chaque cavalier macédonien six mines (570 fr.), et aux cavaliers étrangers deux mines (183 fr.) par individu-, tout fantassin mac.édonien en reçut autant , et les mercenaires eurent une gratification de deux mois de solde. Il décréta , après en avoir eonféré avec les mages, qu’on rebâtirait les temples démolis |)ar Xerxès , et entre autres celui de Bélus , qui était la principale divinité de Bahylone. Il donna le gouvernement de la province â Mazée , et le commandement des troupes qu’il y laissait à Apolhxiore d’AmphipoIis.

Calcui.s A.sTiioNOMiQüES. — Dans les entretiens que le roi eut avec les Chaldéens , ils lui présentèrent une suite d’observations astronoiniqne.s faites par leurs prédécesseurs ; elles renfermaient un espace de 1903 ans, et remontaient par conséquent Jusqu’au temps de Nemrod : Callisthène , qui accompagnait Alexandre , les adressa par son ordre h Aristote.

Arrivéede plusieurs renforts.

- Le séjour du roi h liabylone, qui fut de trente-quatre jours , causa un tort considérable à son armée , qui s’amollit dans les délices de cette ville. Heureusement qu’Amyntas arriva avec des renforts assez considérables pour le mettre 5 môme de reprendre Voffensive : ces troupes se composaient de six mille fanta.ssins et de cinq cents cavaliers macédoniens envoyés par Antipater; de six cents chevaux tnraces, et de quatre mille cinq cents hommes de pieu de la même nation ; de quatre mille mercenaires avec quatre cents chevaux tirés du Péloponese : ces forces étaient accompagnées de cinquante Jeunes Macédoniens des premières familles, destinés à entrerdans les gardesdu-corps du roi.

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