‹ Grèce-Turquie, le DanubeChapitre 1 sur 18 · Grèce-Turquie, le Danube · texte numérisé non relu

Grèce-Turquie, le Danube

C’est grâce à votre complaisance à tous deux, mon cher directeur du Siècle et mon cher rédacteur en chef du Gagne-Petit , que j’ai pu, chose si difficile dans la vie d’un journaliste, quitter Paris durant plus de deux mois et aller L revoir bien tranquillement, bien à mon aise, la Grèce et Constantinople.

Ce rêve me poursuivait depuis de longues

années, depuis mon retour de l’Ecole d’Athènes.

Vous m’avez permis de réaliser ce rêve.

À près de quarante-cinq ans^ j’ai, de nouveau, rempli mes yeux de la lumière qui, il y a tantôt vingt ans, les avait enivrés. J’ai revu l’Attique et l’Acropole, la mer Egée et le Bosphore. Comment vous dire ma reconnaissance, sinon en inscrivant vos deux noms en tête de ce volume ?

J’y ai réuni les lettres qu’au jour le jour vous envoyait votre collaborateur. Elles me semblaient bien pâles souvent, ces lettres, quand je les écrivais là-bas, quand je comparais au spectacle qui était sous mes yeux l’image que je m’efforcais d’en tracer. Si elles possèdent un petit mérite, il est tout entier dans leur sincérité. J’ai dit ce que j’ai vu et rien que ce que j’ai vu; je me suis, dans la mesure où je l’ai pu, défendu de toute rhétorique. J’ai essayé d’être le voyageur vrai . Mais qui peut se flatter d’être ce voyageur vrai ?

Ce qu’au retour et en me relisant j’ai le mieux senti, c’est que j’avais trop parlé des misères de F Orient et pas assez de ses splendeurs. La poussière, le mal de mer, les mauvais gîtes et la méchante cuisine, la puanteur des rues de Constantinople, son abominable pavé, sa vermine, ses chiens hurlant dans la nuit, tout cela est trop réel; et qu’estce pourtant que tout cela? Il reste, et cela seul importe, que le panorama de la Corne d’Or est le plus éblouissant des décors de féerie que l’on puisse rêver, que la Mosquée verte de Brousse et le tombeau du sultan Mahomet sont peut-être le plus délicieux régal de couleur dont un œil humain puisse goûter la volupté. Il reste enfin que s’il est un bien sur la terre où l’on puisse croire que l’on a contemplé face à face l’image parfaite de la beauté, c’est à Athènes, sur l’Acropole, quand on vient de franchir les Propylées, quand on a devant soi le Parthénon, et que les regards vont par intervalle, sous le ciel limpide et l’éclatant soleil, du

wvrffvri

temple de Pallas-Athéné aux lignes pures du Parnès et de l’Hymette, et de la montagne aux nuances changeantes à la plaine jaune et brûlée, à la mer d’un bleu profond.

Page 1