PRÉPARATION DU GREFFON ET DU VAISSEAU PORTE-GREFFE
Les vaisseaux à suturer doivent être dénudés avec soin et franchement dépouillés de leur adventice. On se libérera sans crainte du vieux principe de médecine opératoire qui veut que toute dénudation un peu étendue d'un vaisseau compromette sa vitalité en le privant de ses vasa vasorum. Carrel, après Hôpfner, a bien montré que celle crainte était chimérique. En 1906, il rapporte des observations de chien dont la veine jugulaire a été dénudée de la façon la plus complète sur toute sa hauteur et exposée à l'air pendant une heure, sans aucun inconvément. « [l’est probable, comme le fait remarquer Cot-
pe tard, qu'après dénudation de plusieurs centimètres, un vaisseau ne peut plus être nourri par les vasa vasorum venant de la partie restée en connexion avec sa gaine. La conservation de sa vitalité dans de telles conditions prouve que des rapports anastomotiques peuvent s'établir entre les fins vaisseaux de la gaine et ceux des parois vasculaires. C'est dire que le vaisseau peut se greffer.
Le greffon soigneusement dénudé sur place sera prélevé avec toutes les précautions aseptiques dont nous reparlerons tout à l'heure. Détaché par deux sections franches aux ciseaux droits, bien perpendiculaires à son axe, il sera ensuite débarrassé, surtout au niveau de ses extrémutés, des débris d’adventice qui peuvent lui rester adhérents; puis, lavé extérieurement et intérieurement avec du sérum physiologique tiède, 1l attendra, dans une compresse imbibée de cette solution, le moment d’être mis en place. Le vaisseau porte-greffe doit être dénudé avec les mêmes précautions. On s'occupe alors d'en obtenir l’hémostase provisoire.
Il faut, en effet, opérer en milieu étanche et supprimer la circulation dans le vaisseau destiné à recevoir la greffe. Le meilleur moyen d'obtenir une hémostase suffisante sans entraîner des lésions de l’endothélium, causes de sténoses et de coagulations ultérieures, c'est d'employer la forcipressure temporaire au moyen de pinces à pression continue. Ces dernières doivent exercer une pression assez douce pour qu'il soit inutile de garnir leurs mors de caoutchouc. Une striation de leurs mors dans le sens de leur longueur est très utile pour éviter le dérapage de la pince ; cet accident se produit surtout si la
dénudation a été insuffisante.
te de Les pinces mises en place, on sectionne simplement le vaisseau porte-greffe ou bien l’on en résèque une partie. Ces sections, comme celles du greffon, doivent être franches, bien perpendiculaires à l'axe du vaisseau, et, pour cela, seront pratiquées au moyen de ciseaux droits. « Si la tunique externe a glissé comme un voile sur la lumière du vaisseau qu'elle obstrue, il faut la réséquer sur une petite étendue (Carrel). » Le mieux est de procéder de la façon suivante : les débris d’adventice qui apparaissent sur chaque extrémité vasculaire sont saisis entre le pouce et l'index, attirés et abrasés d’un coup de ciseaux au ras de la couche musculaire; ce qui reste de l'adventice se rétracte alors et ne risque plus d'être inclus dans la suture. Avant de pratiquer cette dernière, il n’est pas inutile d’enduire les extrémités vasculaires de vaseline stérilisée.