‹ Greffes vasculaires et transplantation du reinChapitre 20 sur 32 · NON · texte numérisé non relu

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où la perméabilité vasculaire est conservée, ils notent un élargissement notable de la veine et un épaississement de ses parois qui semblent « artérialisées ». Microscopiquement, il existe une hypertrophie marquée de la tunique moyenne du segment veineux, surtout au voisinage des sutures, avec une augmentation de volume et de nombre des cellules musculaires, épaississement de la tunique interne avec néoformation de fibres élastiques.

Stch, au Congrès des Naturalistes et Médecins allemands de Cologne (1908) avait déjà insisté sur l’accroissement considérable des éléments élastiques au niveau de la tunique interne des veines transplantées sur les artères. Es ke

Frouin (1908) donne, dans la Presse médicale, des photographies de greffe de segments de veine interposés avec succès sur le trajet d'une artère; mais, dans un article publié l’année suivante, il se montre très pessimiste sur les résultats éloignés de ces transplantations : la paroi de la greffe veineuse s'épaissirait toujours et finirait par dblitérer fatalement le vaisseau, car cet épaississement, ayant pour cause l'irritation continue causée par la pression sanguine, doit aller en progressant tant que persiste cette pression. Il a soin d'ajouter, d’ailleurs, que cette oblitération définitive du segment veineux transplanté à la place d’un segment artériel ne diminue en rien les applications pratiques qu'on est en droit d'attendre de cette méthode; car la lenteur de l'oblitération, qui se produit graduellement, permet aux circulations collatérales de s'établir.

Cottard a tenté deux fois, avec Chiré, la greffe artérioveineuse par transplantation incomplète de la veine jJugu-

— 62e laire sur le trajet de la carotide. La circulation se rétablit immédiatement, mais le lendemain, une thrombose cblilérait les segments transplantés. L'auteur croit devoir attribuer cette thrombose à un certain degré d'infection de la plaie. x

Récemment, en 1910, Carrel est revenu sur ce sujet. Dans un article de la Revue de Chirurgie, 1l rappele que ses expériences faites à Lyon, en 1903, avec Morel, et à Chicago, en 1905, avec Guthrie, l'avaient convaincu cès ce moment que les veines obéissent à la loi générale de l'adaptation de l'organe à la fonction ct quelles peuvent jouer le rôle d'artères, et cela pendant vingt mois au moins, comme il a pu l'observer sur deux animaux; les oblitérations secondaires que nous avons vu considérer par certains auteurs comme fatales, seraient dues, d’après Carrel à un défaut de technique. Pour lui, l'évolution du segment veineux greflé comprend deux périodes. Dans la première période, qui suit immédiatement la transplantalion, il se produit une hypertrophie fonctionnelle de la veine sous l'influence de l'augmentation de pression. La paroi veineuse qui doit fournir un excès de travail s’hypertrophie. Cette hypertrophie peut porter sur tous les éléments de la paroi. Stich parle d'une augmentation du nombre des fibres musculaires. Pour Carrel, il est souvent difficile d'affirmer l'existence de cette modification, l'épaississement de la tunique moyenne étant dû surtout à la prolifération du tissu conjoncetif interstitiel. Il croit cependant aussi que les fibres musculaires s’hypertrophient en même temps que la tunique de la veine s'épaissit. Il s'agirait d'une hypermyotrophie comparable dans une certaine mesure à l'hypermyotrophie décrite par Russel au début de certaines formes d'artério-sclérose.

OU

Dans la deuxième période de Carrel, la paroi se sclérose et les fibres musculaires disparaissent. Dans une de ses expériences, les fibres musculaires, normales trois mois après l'opéralion, avaient complètement disparu au bout de vingt mois. Mais il est loin d'être sûr que cette évolution se produise dans lous les cas; et l’auteur cite lui-même le cas de Stich cont nous avons parlé plus haut, dans lequel les fibres musculaires étaient intactes dans un segment de jugulaire iransplanté sur la carotide quatre cent neuÎ jours auparavant. Il n'en reste pas moins possible pour l’auteur que l'augmentation de la tension sanguine produise à la longue, en l'absence de toute intoxication, un véritable athérome des parois vasculaires.

Celte perspeclive n'a pas empêché Carrel de poursuivre ses recherches dans cet ordre d'idées et, tout récemment, il parvint à remplacer, chez trois chiens, un segmeni d’aorle réséquée par un segment de veine cave. Les trois animaux survécurent plusieurs mois et moururent de maladies intercurrentes. Le pouls des artères fémorales ne présentait jusqu à la fin aucune modification. A l’autopsie, la paroi veineuse se montrait épaissie et avait perdu son élasticité. Le microscope révélait une hypertrophie fonctionnelle de l'adventice et de la tunique moyenne.

Tels sont les résultats que nous avons relevés dans la liltérature. Il semble bien découler de l’ensemble des faits que, si la transplantation veincuse est possible, elle est plus difficile à réussir que la greffe artérielle. I faut donc ici surtout joindre, suivant le conseil de Lanoce, « une technique rigoureuse à l’asepsie la plus scrupuleuse ». Car souvent, comme le fait remarquer cet auteur, une in-

mr = fection, même légère, qui permet la guérison de la plaie par première intention, peut provoquer une thrombose vasculaire et, ultérieurement, l’organisation du thrombus, l’occlusion du vaisseau et la transformation de ce dernier en un cordon conjonctif. En voici un exemple :

ExPÉRIENCE X

Greffe, sur la carotide d’un chien, d’un segment de sa jugulaire externe long de 2 centimètres environ. Les extrémités vasculaires sont lavées parcimonieusement au sérum artificiel. Les sutures sont pénibles et exigent plusieurs points supplémentaires. Lorsque la circulation est rétablie, on note ce fait signalé par plusieurs auteurs, que le segment veineux est tendu en sphère par la pression sanguine.

Dans la semaine qui suit l’intervention, il se produit plusieurs hémorragies notables. La plaie est désunie.

Elle est cicatrisée lorsqu'on sacrifie l’animal, cinq semaines après l’expérience.

L’auopsie montre un nodule fibreux gros comme une noisette et teinté de brun interrompant la carotide. Le calibre de l'artère diminue peu à peu et s’obstrue à quelques millimètres du nodule. |

La même opération fait l'objet du cas suivant : EXPÉRIENCE XI

10 novembre 1910, sur un chien de petite taille, greffe, sur la carotide droite, d’un segment de 4 à 5 centimètres prélevé sur la jugulaire externe du même côté. Deux peti- tes branches collatérales, situées au milieu du greffon, sont simplement liées.

9 avril 1911 : vérification après cent treize jours ; la greffe est en parfait état (v. planche V, fig. 6). Elle forme une dilatation fusiforme et non brusque au niveau de la ligne

PLaAncHe V

(Dessins d'après photographie)

FrG. 6. — Exprr. XI

Fic. 7. — Expér. XV

de suture. La paroi du greffon semble “Re son endoveine présente un aspect chagriné.

Examen histologique (Dubreuil) (v. planche VI, fig. 8).

1° La carotide (porte-greffe) se présente avec son aspect absolument normal. Endartère très mince; limitante élastique ; tunique moyenne très épaisse avec des paquets de fibres musculaires lisses séparés par des cloisons conjonctivo-élastiques assez fortes; adventice composée de faisceaux conjonctifs avec de très nombreuses fibres conjonctives longitudinales.

2° La jugulaire (greffon) présente un changement très considérable. Du côté de l’intérieur du vaisseau, on rencontre une épaisse couche de tissu néoformé de 1 millimètre d'épaisseur environ, sur la description duquel nous reviendrons. La tunique, correspondant à la moyenne de la veine, est composée ce petits paquets de fibres musculaires lisses annulaires, séparés par de petites cloisons conjonctivo-élastiques. L’adventice est très forte ; elle est constituée par de véritables lames élastiques qui séparent des trousseaux de faisceaux conjonctifs épais et solides.

3° Au niveau de la suture, la couche la plus interne du grefton, composée du tissu néoformé dont nous avons parlé, finit en bec de flûte, taillée en biseau aux dépens de ses couches externes, et va se continuer, semble-t-il, par une extrémité effilée avec l’endartère de la carotide. Au-dessous, on trouve des traces des fils de suture et l’adventice. Les fils ont étranglé les deux portions de tunique moyenne appartenant à l’un et à l’autre vaisseau. Les fils eux-mêmes sont très infiltrés par des cellules connectives jeunes. L’adventice n’est pas très notablement épaissie ; elle est de formation récente et dépourvue des fibres conjonctives, si nombreuses dans cette région de part et d'autre de la suture.

La couche néoformée, qui revêt la face interne du greffon, semble être constituée par un tissu conjonctif embryonnaire, contenant cependant de nombreux et très fins faisseaux conjonctifs, ce qui en fait un tissu très dense ; les fibres élas-

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