INTRODUCTION
L'idée de greffer sur un organisme vivant un lissu, et surtout un organe, a séduit bien des esprits et nombreux sont les expérimentateurs qui ont essayé sur les animaux, avec l'espoir d'en faire bénéficier la chirurgie humaine, une méthode couramment employée dans le règne végétal. Mais si l’on obtient des succès relativement faciles en transplantant des tissus proches de l'état embryonnaire, constitués de cellules jeunes, mal différenciées, il n'en est plus de même lorsqu'on s'adresse à un organe neltement individualisé en vue d'une fonction spéciale. Depuis longtemps déjà on s’est occupé de suppléer une glande malade ou détruite, telle que testicules, corps thyrcide, ovaire, rein, par des fragments de tissu sain pris aïlleurs. On connaît les greffes de capsules surrénales, de corps thyroïde, pratiquées couramment en physiologie expérimentale. La greffe sous-cutanée ou intra-péritonéale des ovaires, depuis longtemps essayée, est susceptible de résultats intéressants comme l'ont montré deux thèses parisiennes récentes (th. de Sauvé et th. de Scheurer). Toutes ces greffes ont été faites Jusqu'à ces dernières années par juxtaposition, par inclusion du greffon au sein de l'organisme porte-greffe. Que ce soit là une méthode suffisante pour faire vivre un organe ou un fragment d'organe, la chose n'est pas discutable, en particu-
her en ce qui concerne les glandes à sécrétion interne. Mais il est certain que le greffon ne se trouve pas ainsi placé dans des conditions de nutrition idéales; et, trop souvent, les fragments de tissu ainsi greffés sont vite entourés de Lissu fibreux, isolés comme un corps étranger et plus ou moins rapidement éliminés ou détruits.
Les expérimentateurs ont compris depuis longtemps que les insuccès des greffes s'expliquent le plus souvent par l'insuffisance de la vascularisation et que l'essentiel est d'assurer la nutrition de la greffe par une bonne irrigation sanguine. C’est ce souci de la nutrition qui fait grefler des tranches très minces de tissus glandulaires, tranches facilement traversées par les néo-vaisseaux, et pour lesquelles l’anastomose de quelques capillaires suifit à apporter l'élément nutritif. A ce prix l'on obtient des succès en implantant directement sous la peau, dans le péritoime ou au sein des tissus, des fragments d'organes, et, en particulier, nous le répétons, de glandes à sécrétion interne.
Il n'en est pas moins vrai que les organes ainsi greffés, même avec succès, sont bien loin de se trouver dans leurs conditions d'irrigation normale. Et en tout cas la méthode de la greffe par juxtaposition se trouve manifestement insuffisante lorsqu'il s’agit d'un organe comme le rein, constitué par un parenchyme hautement différencié, muni d'un système circulatoire complexe, en rapport avec sa structure et sa fonction excrétrice. Celle-ci ne peut s’accomplir après la grefle de l'organe que si les conditions de la circulaion sanguine sont normalement rétablies pour assurer à l’épithélium glandulaire l'apport des matériaux nécessaires à l'élaboration du produit d’excrétion. C’est
parce qu'elle permettait de conserver aux organes greffés leurs conditions normales de circulation que la greffe vasculaire était destinée à modifier complètement la queson des transplantations des organes et à orienter dans un sens différent et rationnel les recherches des expérimentateurs de ces dernières années. Que les vaisseaux, en effet, puissent se greffer et l'on est en droit d'espérer que l'organe qui leur est appendu et dont ils constituent le pédicule, conservant par eux sa vitalité, pourra être transplanté en même temps qu'eux sur l'appareil circulatoire d’un sujet porte-greffe. Tel est le principe de la transplantation des organes par la greffe de leur pédicule vasculaire qui tend de plus en plus à se substituer à la greffe par juxtaposition.
Or, la possibilité de la greffe des vaisseaux sanguins a été démontrée fort tard en chirurgie expérimentale, et cela à cause des difficultés techniques de la suture vasculaire. L'histoire de la première demeure inséparable de celle de la seconde. On n’a pu greffer un vaisseau qu’après avoir appris à-le suturer avec succès. Dans cet ordre d'idées, autant et plus que partout ailleurs, il fallut l'apparition de l’asepsie pour permettre à Glück (1882), Jassinowski (1889), Burci (1890), de reprendre les expériences anciennes et peu heureuses de Hallowell (1750) et Assmann (1772).
Sans parler ici des sutures latérales qui préoccupent, dès cette époque, les chirurgiens dans les cas de blessures artérielles, l'effort des expérimentateurs porte surtout sur la découverte d’un procédé pratique pour la réunion bout à bout des vaisseaux coupés transversalement. Les uns préconisent l'emploi d'appareils prothétiques spéciaux.