‹ GrenelleChapitre 102 sur 117 · LA MAISON DE M. LOUIS PERRÉE, BANQUIER, RUE VIOLET, N · texte numérisé non relu

LA MAISON DE M. LOUIS PERRÉE, BANQUIER, RUE VIOLET, N

( Etat actuel).

sable, sur les communications et observations qui nous ont été faites par les intéressés et enfin sur les moyens qui nous ont été proposés et dont quelquesuns nous paraissent admissibles, pour neutraliser le tort que pourrait causer à certains intérêts une mesure dictée par un intérêt général de la plus haute portée.

Comme toutes les innovations les plus utiles, l’annexion a des adversaires qui se retranchent derrière le droit et derrière les faits.

Depuis longtemps, il est question de la réunion des communes suburbaines à la ville de Paris; elle était dans les vues du gouvernement qui a établi les fortifications et personne n’ignore qu'il voulait reculer la limite de l’octroi jusqu’à l’enceinte fortifiée ; c’était parfaitement rationnel, car on ne comprend guère une ville capitale d’un grand empire ayant deux enceintes, dans l’une un régime municipal unique et dans l’autre qui entoure celle-ci divers régimes municipaux et des bases dissemblables pour chacune des contributions directes et indirectes. Cependant le gouvernement de Juillet dut céder sur l’annexion. Une fraction d’opposition s’en était fait une arme contre l’enceinte fortifiée et pour obtenir le principal il dut céder sur l’accessoire ; toutefois personne ne doutait alors que cette réunion ne fût prochaine et c’est sous l’influence de cette opinion que fut repoussé par acclamation l’amendement qui devait fixer un terme à cet état de choses.

Aujourd’hui que 18 années se sont écoulées et que les impressions de cette lutte parlementaire ont perdu de leur vivacité, quelques personnes veulent donner une autre interprétation à cette réprobation si universelle de l’amendement; elles prétendent qu’on a voulu au contraire éloigner à tout jamais jusqu’à l’idée même de l’annexion, et que c’est ainsi qu’il faut entendre le rejet si unanime, si spontané de l’amendement.

Voici le point de droit pour les adversaires actuels du projet; plusieurs fois dans le cours de l’enquête, nous nous en sommes entretenus avec quelques-uns des intéressés et sans crainte d’être contredits, nous pouvons dire en toute assurance que nos convictions sur ce prétendu droit étaient le plus souvent partagées ; mais voici que, pour les adversaires du projet, ce droit se trouve fortifié par un article semi officiel, inséré dans le Moniteur du 19 novembre 1 852 , à la veille des élections pour l’Empire, et cet article est considéré comme un empêchement de passer outre. Nous répondons que si le Gouvernement de 1841 cédait sur cette prétention, dans un moment où la France était calme et prospère lorsque 1 1 ans de régime avaient déjà donné force et racines à la dynastie qui était au pouvoir, le Gouvernement de i852, alors qu’il accomplissait sa mission, l’anéantissement d une révolution formidable, par l’élévation à l’Empire de l’homme providentiel qui avait déjà tant osé pour notre salut, ce Gouvernement pouvait-il fermer l’oreille à ces bruits qui devenaient une menace de division dans le vote, et faire autrement qu’il n’a fait ? N’encourait-il pas pour l’avenir la plus grave des responsabilités ? Au surplus, en renonçant pour le moment à cette annexion, à laquelle sans doute il ne songeait pas alors, a-t-il enchaîné

l’avenir ? Plus de six années ont déjà passé, pouvait-il alors calculer les termes de cette progression ascendante qui de 180.000 a élevé aujourd’hui à 400.000 les habitants des communes suburbaines. Et dans le doute, pouvait-il prendre l’engagement téméraire de conserver quand même un ordre de choses, dont les conséquences pourraient être si graves ? Pour ne parler que de ce qui nous concerne, pouvait-on prévoir que la population de Grenelle de 7.878 habitants en 1 85 1 , serait de iq.000 au moins en i85q !

S’il eût agi ainsi, s’il eût pris cet engagement qu’on lui oppose aujourd’hui, le Gouvernement eût compromis sa mission. En effet cette population de 400.000 habitants aujourd’hui, doit, toutes choses égales d’ailleurs, et sans s’écarter des termes gigantesques de sa progression, s’éleverà un million d’ici à peu d’années. Sans doute les usines, les fabriques se multiplieraient dans cette zone, mais qui peut dire qu’il y aurait équilibre entre le travail à donner et les milliers de bras qui viendraient le réclamer ? L’industrie n’a-t-elle pas aussi ses vicissitudes, ses orages ? La multitude n’est pas prévoyante, elle accourt là où elle croit trouver de l’occupation, mais elle vient le plus souvent sans renseignements certains et souvent aussi elle paie cher ses incertitudes. Les districts manufacturiers en France et en Angleterre surtout, le prouvent à chaque instant; les éléments de cette population ouvrière déjà si nombreuse aujourd hui sont excellents ; mais un accroissement aussi considérable qu’il est permis de le prévoir, ne peut-il pas créer ces éléments en très peu d’années. Ce million d’habitants ne comptera pas moins de 3oo.ooo ouvriers; s’ils ne sont pas ious et réguliètement occupés, qu’en fera-t-on, quel moyen de leur venir en aide dans des communes dont la plupart sont grevées de nombreux centimes additionnels, dans des communes où le bureau de bienfaisance reconnaît de mois en mois son impuissance, à mesure que le dot monte, où la caisse municipale ne peut rien faire sans des autorisations qui ne peuvent jamais être immédiates; où les établissements hospitaliers sont nuis ?

Non, encore une fois, ce quasi engagement, dont on se fait une arme aujourd’hui, n’a jamais été pris, et c’est un argument sans valeur dont la plus courte discussion démontre l’inanité.

La mesure que veut prendre le Gouvernement de l’Empereur est digne de sa haute mission, et lui acquiert à tout jamais notre reconnaissance et celle des générations qui suivront. Cette reconnaissance augmente encore, quand on le voit rechercher au moyen d’une enquête aussi prolongée et en la soumettant successivement à l’appréciation de tant de juridictions diverses, tous les éléments qui peuvent concourir à neutraliser tout ce que cette mesure d’ordre public pourrait avoir de contraire aux intérêts des industriels le plus engagés dans la question. Le projet de loi qu’il soumet à tant de délibérations est loin d’être pour lui un parti pris; il sollicite de tous et partout des idées protectrices de tous ces intérêts. Son désintéressement éclate dans tous les moyens qu’il propose et qui ne sont pas son dernier mot, et malgré les sacrifices certains de la ville de Paris, il veut l’associer à cette bonne action. Il veut que la ville de Paris

fasse pour ses sœurs de la banlieue tout ce qu’elle fait pour elle-même; il veut que leurs rues soient larges et bien alignées, régulièrement pavées ou macadamisées, garnies de trottoirs; que la lumière y arrive en quantité suffisante ; que des égouts bien construits, des nivellements bien entendus assurent la salubrité; que des établissements hospitaliers soient un refuge assuré à ceux de ses habitants frappés par la maladie ou la misère; il veut que l’instruction primaire y soit répandue et dans les meilleures conditions ; que l’instruction secondaire se rapproche de ces communes, etqu’enfin elles jouissent à l’égal de Paris de toutes les merveilles de la civilisation.

Ces derniers motifs, indépendamment de celui que nous avons discuté tout d’abord, suffiraient à eux seuls, pour déterminer notre opinion, entièrement acquise à l’annexion, sous des conditions dont le projet de loi a déjà l’initiative et qui seront très probablement modifiées, pour le plus grand avantage des intérêts engagés.

Toutefois, et nous devons cette justice à la commune de Grenelle, quand on la considère avec le soin que je crois avoir apporté à l’enquête qui m’a été confiée, il y a de quoi être ébranlé dans les opinions que nous avons émises plus haut; par la plus heureuse des exceptions tout est ordre et bonne tenue dans cette commune favorisée ; on y trouve tout ce dont ailleurs on peut regretter l’absence; une administration sage et prévoyante, marchant sur les traces de celles qui l’ont précédée, donne aux habitants de cette jeune cité, la plus grande partie des avantages qu’ils pourraient trouver dans le centre d’une ville ancienne : les rues n’ont pas moins de 12 mètres de largeur: toutes sont bordées de trottoirs; sa salubrité est assurée par des égouts, par des bornes-fontaines dont le nombre va s’accroître encore ; l'instruction primaire y est vivement encouragée ; les écoles de garçons sont vastes et bien aérées ; elles reçoivent 5oo élèves ; les classes destinées aux jeunes filles seront bientôt dans les mêmes proportions, et cependant Grenelle n’a point de centimes, ni ordinaires, ni extraordinaires additionnels, et avec tous les avantages que nous venons d’énumérer, elle apportera en dot à la ville de Paris un fonds libre de 90.000 francs, que les résultats du compte administrait de 1859 accroîtront encore. C’est un bonheur pour nous de pouvoir rendre cet hommage si mérité à notre cher collègue et à tous ceux qui ont apporté leur concours à son administration.

Cet ordre, cette conformité de vues, cette modération, nous avons trouvé tout cela dans les nombreuses personnes que nous avons eu l’honneur de voir pendant cette longue enquête; nous n’avons jamais aperçu la moindre exaltation dans les observations qui nous ont été faites sur la mesure projetée. Aussi, nous l’avouerons, nous associons-nous à quelques-unes des modifications qui ont été formulées, et nous le faisons, parce que nous sommes convaincus, comme les industriels dont nous reproduisons les dires, que le gouvernement de l’Empereur, que la ville de Paris veulent expressément que la protection des industries, que la plus stricte équité soient les bases d’une mesure dont le temps fera apprécier l’immense importance.

Disons d’abord, avant de discuter les observations des propriétaires et industriels de Grenelle :

Que cette ville compte environ 19.000 habitants ;

Que sur cette population il y a environ 5. 000 ouvriers :

Que ses principaux établissements industriels sont au nombre de 60 ;

Que 672 bateaux ont abordé son quai en 1 858, et que chacun d’eux avait en moyenne un chargement de 225 mille kilogrammes, soit, pour le tout i5i.200 tonneaux.

Les produits de son octroi en 1 858 se sont élevés à 121.261 fr. 53, se décomposant comme suit :

Liquides 50.799. 68

Comestibles 27.518. 32

Combustibles 20.144. 4-3

Fourrages 2.266. 11

Matériaux ' 20.532. 99

Si l’on retire de ce produit de 121. 261, 53 la moitié des droits sur les liquides consommés par des personnes venant du dehors soit 25.399. 83

11 restera net 95.861. 70

Si l’on divise ce dernier nombre par 19.000, celui des habitants, on aura pour quotient, 5 fr. 04, qui représente pour chaque habitant sa part contributive dans l’octroi.

11 faut remarquer que bien que la houille soit tarifiée à o fr. 10 l’hecto, ce qui constituerait une énorme perception, les usines profitant d’un bénéfice en usage dans beaucoup de villes manufacturières, sont tout simplement assujetties à un abonnement qui excède, il est vrai, la consommation du ménage, mais pour tous s’élève seulement à 1 .640 francs. Or la seulcusine de M. Cail qui absorbe 1 1 .000.000 de kilogrammes de houille, soit 137. 5oo hectolitres, paierait elle seule 137 fr. 5o.

D’après ce qui précède, il est bien établi que Grenelle est une cité industrielle d'un ordre élevé, et qu’en raison de la vente de ses produits beaucoup plus importante au dehors et à l’étranger, mérite d’être efficacement protégée contre les industries de même nature établies à l’extérieur de Paris ou plutôt assimilée à un pareil traitement ; qu’indépendamment de ces industries, les propriétaires fonciers donnant à bail les usines et logeant leurs nombreux ouvriers, ont un immense intérêt à ce qu’un long délai de franchise de droits soit accordé à leurs locataires pour que le cas échéant où ceux-ci seraient obligés de liquider ou de transporter ailleurs leur industrie, ils aient le temps nécessaire pour se préparer à donner à ces locaux divers d’autres destinations.

Plusieurs forts propriétaires en nous exposant la situation que leur ferait l’annexion dans des conditions trop brusques, nous ont indiqué l’inégalité de la

\ contribution mobilière à Paris avec la leur, et, à cet effet, quelques-uns, an nombre de 27, ont déposé à l’enquête, sous le n° 11, une demande tendant à annuler l'article 8 du projet de loi, qui les laisse pendant cinq années encore sous le même régime. 11 est très vrai, comme l’a déjà établi son excellence le Ministre de l’intérieur, que la contribution mobilière dépasse celle de Paris. A Grenelle, indépendamment de la cote personnelle de 2,25 la valeur locative du loyer donne lieu à un impôt mobilier de 16,69 7° °/° de cette valeur. Ces propriétaires et pour eux-mêmes et pour leurs locataires, qui sont en général de petits rentiers, des employés peu salariés et des ouvriers, dont la part contributive dans les contributions indirectes va se trouver augmentée, réclamant dès le i6r janvier 1860 l’assimilation de la contribution mobilière à celle que l’on paie à Paris. Cette demande nous paraît fondée, car cette population devenue parisienne ne peut être traitée exceptionnellement d’une manière plus onéreuse pour les cotes au-dessus de 25o francs.

Sous le n° 7 des annexes de l’enquête, il y a encore des observations qui méritent d’être prises en considération.

Dans les entretiens qui ont précédé les dires, l’augmentation des terrains a été mise en discussion ; il y a doute de la part des propriétaires, au moins quant à présent, et les espérances ne peuvent se reporter qu’à quelques années de l’époque actuelle, si, comme il y a tout lieu d’y compter, la ville de Paris fait exécuter dans la commune de grands travaux d’embellissement, si deux ponts sur la Seine sont établis à chacune de ses extrémités, si la gratuité du passage s’effectue pour le pont de Grenelle actuel, et si un chemin de fer de la gare de l’ouest à Auteuil vient offrir son aide aux industriels qui expédient tant au dehors, si, d’un autre côté, une police nombreuse et vigilante vient donner sa protection aux habitations les plus éloignées du centre.

11 faut diviser les industries de Grenelle en plusieurs sections : la première comprend les usines consacrées à la fabrication des machines, de la chaudronnerie, à la transformation du fer. à l'affinage des métaux précieux. Ces industries trouvent insuffisant le délai de 5 années proposé par le paragraphe 7 du projet de loi pour l’exonération des droits d’octroi sur la houille. En général le terme moyen qu’ils réclament, comme on peut le voir par les dires annexés, est de 10 années. Elles se fondent sur les motifs suivants :

i° Ce délai est insuffisant pour l’amortissement du capital employé à la formation de l’usine, construction de machines, cheminées, outillage, et lequel s’amortit ordinairement à raison de 5 0/0 par an, soit 20 années. Quelques-uns sont établis depuis quelques années ; ceux-là sont en voie d’amortissement, mais quelques-uns n’ont que trois ou quatre ans derrière eux, d’autres ne font que de naître. Ces derniers peuvent-ils se contenter d’un délai aussi restreint ?

20 Sur la durée des baux.

Beaucoup d’industriels ne sont que locataires de leur usine. Si au bout de 5 années ce surcroît d’impôts les force à liquider ou à transporter leur industrie au dehors, que devient le bail s’il doit durer encore 10 ou 12 années, comme

cela a lieu pour la majeure partie des industriels qui ne peuvent, en raison des frais d’installation, louer qu’à long terme ? Quelle garantie donner au propriétaire ? Comment sous-louer une usine pour une autre destination ? Comment payer comptant les années à échoir ? Quelles ressources resteront pour aller s’établir ailleurs ?

3° Sur l’élévation du salaire des ouvriers, qui vivant dans des conditions plus dispendieuses ne manqueront pas de demander une augmentation de salaire.

4° Sur l’impossibilité de vendre un fonds qui a souvent coûté une forte somme, figurant sur les livres comme Avoir réalisable un jour, et qui va se trouver anéanti.

5° Sur la résistance si naturelle à améliorer l’usine quand le temps est si limité, pendant lequel on doit en jouir, résistance qui le plus souvent nuit aux progrès de l’exploitation, en la faisant descendre au-dessous du niveau, tendant toujours à monter, d’industries rivales établies dans des conditions de durée illimitée.

Telles sont, en général, les raisons alléguées. Il est difficile de ne pas dire qu’elles sont fondées, et qu’elles méritent des juridictions successives appelées à les apprécier, le plus sérieux, le plus consciencieux examen.

Nous avons entendu plusieurs fois ces industriels, nous avons pu vérifier leurs chiffres et nous pensons comme eux que le délai de 5 ans est trop court et qu’il y a lieu d’en augmenter la durée.

Ces chefs d’usine réclament aussi l’exemption des droits pour le fer qu’ils ont à transformer en machines destinées pour la plupart à l'expédition hors de Paris ou à l’étranger; ils pensent que l’octroi ne saurait être moins libéral que l’administration des douanes, qui, au moyen de l’entrepôt ou du Draw-Back, les protège si efficacement sur les marchés étrangers. Ils désireraient donc que pendant un délai analogue à celui qui sera ultérieurement déterminé pour la houille, ils fussent exonérés de ces droits suivant le mode qui conviendra le mieux à l’administration.

Les industriels de la 2e Section (Blanc de zinc, vernis et couleurs, bougies, moutarde, produits chimiques, constructions de wagons etc.), dont les dires sont annexés à la présente enquête, et qui consomment aussi de grandes quantités de charbon de terre, s’associent pour l’exonération de ces droits aux représentations de leurs confrères de la ire Section ; mais eux aussi emploient des matières premières qui ne paient à l’octroi de Grenelle qu’un droit insignifiant, et quelques-unes aucun. Les droits que ces matières premières auraient à payer à l’entrée dans Paris sont pour eux dans une bien autre proportion que les houilles.

Il en est qui n’emploient qu’une ou deux matières premières à transformer, et ils prétendent que si l’administration pouvait les suivre dans leur transformation, ils devraient avoir comme les marchands en gros la faculté d’entrepôt, ceux qui en emploient huit ou dix tiennent le même langage, et nous pensons qu’ils sont fondés dans l’assimilation qu’ils recherchent. Ils pensent que c’est une

omission au paragraphe 5 du projet de loi, et qu’on ne peut les traiter moins favorablement que les marchands en gros. En effet quelque intéressant, quelque respectable que puisse être le commerce en gros, on doit convenir que les éventualités qu’il peut avoir à subir sont moindres que celles réservées au manufacturier, qui cherche continuellement à améliorer et éprouve souvent de fatales déceptions dans ses expériences, qui fait vivre une grande quantité d’ouvriers, contribue si puissamment aux progrès de la navigation maritime et par tous ses efforts enfin apporte sa large part à la prospérité nationale. Cependant la faculté d’entrepôt étant difficile, que faudrait-il faire pour ces industriels transformateurs de matières premières?

Il nous a semblé que si le gouvernement et la ville de Paris consentaient à la demande d’exonération des droits d’octroi, il y aurait lieu.

i* Pour ceux qui n’emploient qu’une ou deux matières premières, à leur appliquer pour ceux de leurs produits qui seraient exportés au dehors le Draw- Back, ou le remboursement des droits déjà acquittés, opération facile quand il ne s’agit que d’une ou deux matières premières.

2° Pour ceux qui, au contraire, emploient un plus grand nombre de matières premières et qu’il est impossible de suivre dans leur transformation, à leur concéder la faculté d’abonnement pour les droits frappant les matières premières composant la portion des produits entrés dans Paris. II serait facile d’arriver à une vérité presque mathématique en faisant pour les trois dernières années de l’exploitation une moyenne des droits qui frappaient les matières premières employées dans une année, supposons 20.000 francs. Si un dixième seulement des produits généraux de la fabrication entre dans Paris, un dixième seulement de ces droits équivaudra à l’abonnement, qui alors sera de 2.000 francs annuellement, en admettant toutefois à la fin de l’année des recherches faites par l’administration sur le livre d’achat de ces matières, examen qui à défaut de la déclaration du fabricant amènerait une plus value d’abonnement. Ce mode combiné avec ces industriels nous semblerait éviter bien des ennuis, bien des tracasseries et à l’administration et aux intéressés. Quant au délai pendant lequel ils pourraient user de l’une ou de l’autre faculté, ils demandent naturellement celui qui serait fixé pour la houille.

Ces prétentions nous semblent raisonnables et nous les considérons comme une conséquence forcée de la faculté d’entrepôt accordé par le paragraphe 5.

Dans la 3e section nous placerons les industriels, fabricants de cuirs vernis entre autres, dont les produits manufacturés ne paient pas de droits d’octroi à leur entrée dans Paris, mais qui, exempts aujourd’hui de ceux qui frappent les matières premières telles que huiles, dégras servant à leur fabrication, se trouveront, une fois devenus parisiens, dans l’obligation de les acquitter. Leur position est difficile, car ils vendent tous leurs produits livrables dans Paris, et ils ignorent quelle est la part de la consommation parisienne, quelle est celle qui s’exporte au dehors. Ils n’indiquent aucune solution et nous mêmes ne pouvons que répéter ce que nous leur avons dit plusieurs fois, que leur position est tout

à fait identique avec celle d'un grand nombre de fabricants travaillant depuis longtemps dans Paris ; ils éprouveront un dommage réel, mais la seule administration de l’octroi de Paris peut y trouver un moyen d’atténuation.

Dans la 4e section nous rangeons les marchands en gros entrepositaires qui demandent une plus longue durée pour l’entrepôt. Quelques-uns, comme les marchands de fourrages, réclament le paiement intégral du droit d’entrée, sauf la faculté du remboursement pour ce qui sera expédié au dehors. Ils pensent que l’exercice est bien difficile attendu l’encombrement produit par leurs marchandises. Ils préfèrent acquitter les droits et faire ainsi une avance de fonds qui diminue leurs bénéfices, à l’entrepôt qui les expose à trop de formalités minutieuses et difficiles. Nous pensons que cette faculté peut leur être accordée sans inconvénient.

Les blanchisseurs de linge, les chefs d’établissements de bains publics qui consomment une certaine quantité de houille désireraient être assimilés aux usines. Les premiers se fondent sur des marchés importants qu’ils ont à Paris avec des établissements publics dont il serait difficile d’augmenter les prix. Les seconds prétendent qu’ils seront forcés d’augmenter les prix des bains. Nous n’avons pu les flatter de l’espoir que leur demande serait prise en considération.

Des marchands de vins-traiteurs qui ne vendent presque qu’a des étrangers, des Parisiens attirés par la modicité des droits, prétendent qu’ils sont ruinés par l’annexion ; d’autres, au contraire, la voient avec plaisir. Nous sommes disposé à croire qu’il peut y avoir pour tous un certain dommage, mais leur venir en aide est difficile. Leurs confrères déjà établis à Paris ne pourraient-ils pas aussi demander ce qui leur serait accordé comme compensation.

Quelques marchands en gros, ceux entre autres qui s’occupent du commerce des bois, voudraient que le minimum déterminé par le Conseil municipal aux termes du paragraphe 5 fût déterminé sur les entrées réunies de toute une année» et non sur des chargements isolés souvent peu importants, chargements déterminés souvent par la baisse des eaux de la Seine.

Un éleveur d’animaux domestiques, médaillé dans plusieurs concours, demande à être exonéré des droits d’entrée, les animaux dont il s’occupe étant destinés à améliorer les espèces. Cette demande rentre dans celles auxquelles il est difficile de donner une réponse favorable. Son dire est inscrit sous le n° 18 de l’enquête.

D’autres intérêts viennent encore demander protection à savoir :

Le directeur des pompes funèbres de la banlieue, M. Langlé, qui ne pense pas que l’annexion puisse annuler, à son grand préjudice, le traité qu’il a consenti avec le maire et le Conseil de fabrique de Grenelle. 11 ne nous parait pas possible de ne pas laisser à ce traité toute la durée pour laquelle il a été fait.

Le directeur du théâtre de Grenelle, M. Larochclle, se fonde sur plusieurs considérations pour conserver l’exploitation du théâtre de Grenelle, dans les conditions où il se trouve aujourd’hui. Il est constant qu’après les sacrifices qu’il

a déjà faits, cette exploitation ne pourrait que devenir plus onéreuse si l’annexion assimilait ce théâtre à ceux de Paris :

i° Au point de vue du droit des pauvres, évalué à raison de 10 p. 100 à 4.000 fr. environ, s’il fallait l’acquitter au même taux que les théâtres de Paris. Ceux-ci placés au centre de la ville voient leurs salles presque toujours remplies, ce qui ne peut avoir lieu à Grenelle, où l’administration municipale, voulant rendre l’exploitation possible, s’est contentée d’astreindre M. Larochelle à l’équivalent d’une somme annuelle de 1.000 francs.

20 Au point de vue de l’impossibilité où se trouverait Monsieur le directeur s’il lui fallait, comme dans les théâtres de Paris, avoir un répertoire pour lui seul. Il est facile de comprendre que ne pouvant plus varier la composition de son spectacle, obligé qu’il serait de donner pendant un certain laps de temps toujours ou très souvent la même pièce, il verrait sa salle déserte. Chacun des théâtres de Paris n’est pas ouvert à une population de 20.000 habitants, mais à tous les habitants d’une ville immense, et aux nombreux étrangers qui certes n’auront jamais la pensée d’assister au spectacle de Grenelle, même de Grenelle annexé. Il faut prendre en considération les avantages de distraction et même de moralisation, dont il faut laisser jouir les habitants de ce quartier situé aux extrémités de la ville.

Par tous ces motifs, nous pensons qu’on doit tenir compte à M. le directeur de ses efforts persévérants, et qu’il y a lieu de le maintenir dans son privilège et pour toute sa durée.

Nous croyons être arrivés à la fin de notre tâche, et nous nous résumons en répétant que, partisan de l’annexion par tous les motifs que nous avons énumérés ci-dessus, nous sommes convaincus qu'elle n’aura plus d’adversaires si, bien édifié par les opinions déjà formulées et par celles qui vont se faire jour dans les divers conseils appelés à apprécier la question, le gouvernement de l’Empereur donne aux inspirations généreuses qui font l’objet des articles 5, 6 et 7 du projet de loi, un complément que peut faire espérer sa sollicitude si constante et si éclate pour la classe industrielle.

Grenelle le 2 mars i85q

Le Commissaire enquêteur

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