Voir la Monographie de Vaugirard, par M. Lucien Lambeau
C’était là, en effet, qu’étaient inhumés les exécutés de la plaine de Grenelle, considérés comme décédés à Vaugirard.
A la chute de l'Empire, la veuve d’Armand de Chateaubriand voulant se fixer en France, et désirant faire mentionner la naissance de ses enfants sur les registres de l’état civil de Saint-Malo, s’adressa au tribunal de cette ville qui rendit, le 12 juillet 1816, un jugement dont voici extrait :
Considérant que le père de ces enfants est décédé à Vaugirard, en France, le 3i mars 1809, et que la pétitionnaire, Jeanne Le Brun et ses enfants, désirant se fixer en France, leur patrie, il leur devient nécessaire que leur naissance soit constatée sur les registres destinés à assurer l’état civil des Français *...
C’est vraisemblablement au même point de la plaine que fut exécuté Claude-François Malet, ex-général de brigade, le 29 octobre 1812, avec ses complices : Fanneau de Lahorie, Guidai, Soulier, Steenhower, Borderieux, Piqucrel, Fessart, Lefèvre, Reynier, Beaumont, Bocheiampe. Le procès avait été jugé au Cherche-Midi le 27 octobre précédent.
Nous avons relaté cette affaire dans notre Monographie de Vaugirard, et indiqué l’ancien cimetière de Saint- Sulpice, situé entre les rues de Sèvres et de Vaugirard et à l’emplacement du Lycée Buffon, comme étant le lieu de l’inhumation2.
Du dossier Malet, extrêmement intéressant, conservé au Cherche-Midi, une seule pièce rentre dans le cadre de ce volume, le procès-verbal d’exécution à la plaine de Grenelle. Nous en reproduisons l’extrait suivant :
Commission militaire créée par arrêté du Conseil des Ministres, présidée par
Son Altesse Sérénissime Monseigneur le prince Archi-chancelier de
l'Empire, d'après les ordres de sa Majesté :
L’an mil huit cent douze, ce jourd’huy vingt-neuvième jour d’octobre.
En vertu du jugement rendu, lequel jugement condamne (suivent les noms).
1. Les Mémoires d’outre-tombe, par Chateaubriand, éd. Biré, t. Il, p. ioi (note).
2. Monographie de Vaugirard, par Lucien Lambeau, pp. 253 et 342.
Les dits condamnés ont été extraits ce jourd’hui à trois heures de relevée de la maison d’arrêt militaire de l’Abbaye et conduits sous escorte suffisante au lieu dit, la Plaine de Grenelle, commune de Vaugirard, au Département de la Seine,
Arrivés sur le terrain, M. le juge Rapporteur, accompagné du greffier, a donné lecture du jugement à haute et intelligible voix, en présence de la Garde Impériale et des troupes de la garnison de Paris, réunis sous les armes, deM. Dunepart, maire.
Cette lecture terminée les condamnés Malet, Lahorie, Guidai, Soulier, Piquerel, Fessart, Lefebvre, Steenhouwerd, Regnier, Bocheiampe, Beaumont, et Borderieux, ont été mis à mort, à quatre heures précises du soir, par un piquet de la Garde Impériale, tiré des grenadiers de cette dite garde et désigné à cet effet. Les cadavres des susnommés ont ensuite été enlevés par les soins de M. Dunepart, maire de la Commune de Vaugirard, et transportés au lieu de sépultures de la dite commune pour y être inhumés conformément aux lois et arrêtés.
De tout quoi, nous juge Rapporteur susdit avons dressé le présent procèsverbal en double expédition, pour l’une d’elle, être remise au sieur Dunepart, maire, et son contenu être transcrit sur les registres civils de la dite commune de Vaugirard, la seconde sera annexée au Procès.
Le présent procès-verbal a été signé de nous juge Rapporteur de la Commission militaire, de M. Dunepart, maire, et du greffier de la dite commission, les jour, mois et an que devant.
Signé : L. P. M. Boudin, Dunepart, E. Delon1.
Le règlement de compte des dégâts causés aux cultures de la plaine de Grenelle par la foule venue pour assister à l’exécution, fut suivi par la Préfecture de la Seine, ainsi que le constate la lettre ci-après, émanant de cette administration :
Paris, 4 novembre 1812. A M. Bourla, architecte.
Vous avez ci-joint, Monsieur, expédition d’un arrêté de M. le Préfet de la Seine, en date du ier de ce mois, qui vous commet pour estimer dans le jour , les dégâts que le public et la force-armée ont pu exercer sur quatre arpens environ de terrain cultivés par les sieurs Sanson et Cloud, jardiniers à la plaine de Grenelle; les dits dégâts commis le 29 du mois dernier, jour de l’exécution de Malet et de ses complices.
Vous voudrez bien dresser un état du tout, et rédiger un procès-verbal que vous me transmettrez demain, pour que je puisse le faire passer au secrétariat de la Préfecture sans le moindre délai.
Je vous recommande d’une manière particulière l’expédition de cette affaire. Vous joindrez à votre réponse, la pièce qui accompagne la présente 2.