A travers Paris, par Georges Gain, p
A la mère et à la femme du général, Louis XVIII refusa la grâce du fils et de l’époux. Il fut donc exécuté à la plaine de Grenelle le même jour.
Comme pour tous les condamnés du Conseil de guerre, sa veuve avait été obligée d’acquitter les divers frais du procès, parmi lesquels se trouvait la note suivante que l’infortunée fut, dit-on, contrainte de payer également :
Pour gratification aux douze soldats chargés de l’exécution, à raison de 3 francs par homme: 36 francs.
Une brochure, qui semble dater du premier quart du dixneuvième siècle, raconte ainsi les derniers moments du condamné :
Arrivé sur le lieu du supplice il s’agenouilla, reçut la bénédiction de son confesseur, puis, se relevant sans attendre qu’on lui bandât les yeux, il fit quelques pas au devant des vétérans qui devaient le fusiller; il montra sa poitrine et s’écria avec sang-froid : ne me manque \ pas! Il commanda le feu et tomba. Sa famille réclama son corps, et obtint la permission de le faire inhumer1.
L’ouvrage dont il s’agit indique également que la femme du jeune général cessa de vivre avec lui dès qu’il suivit la fortune de Bonaparte, et le considéra comme parjure à ses serments.
Dans un recueil qui date exactement de cette époque, on lit que la dernière exécution qui ait eu lieu à la plaine de Grenelle fut celle de La Bédoyère, «fusillé le 19 août i8i5, à six heures et demie du soir2 ».
C’est là certainement une erreur puisque François Sassi
1. Labédoyère, colonel du 70 régiment de ligne, condamné à mort le ig août i8i5, et exécuté le même jour (Fragment d'ouvrage, s. I. n. d., 1 r pages, in-12). (Bibliothèque historique de la Ville de Paris.)
2. Dictionnaire historique, topographique et militaire de tous les environs de Paris, par M. P. S‘-A. (Saint-Albin), 1816, p. 3y3.
délia Tosa.et Gaspard Chifenti, y furent exécutés le 26 juillet 1816 pour crime d’espionnage 8
Le dossier La Bédoyère n’est plus aux Archives du Cherche- Midi, du moins nous l’a-t-on affirmé. Il aurait été versé dans un autre dépôt public ou réclamé par quelque ministère. Nous ne pouvons donc pas examiner le procès-verbal d’exécution ni relater les formalités de l’inhumation.
On peut affirmer, néanmoins, que ses restes échappèrent au petit et modeste cimetière de Vaugirard, et furent déposés dans la nécropole plus glorieuse et plus cossue du Père- Lachaise. Nous avons cité plus haut, en effet, une brochure du temps disant que la famille de La Bédoyère avait réclamé son corps et obtenu la permission de le faire inhumer.
Dans une description du cimetière du Père-Lachaise, écrite en 1816, au lendemain de l’exécution, est relaté d’une façon émue et touchante l'épilogue du terrible drame :
...Non loin de cette dernière tombe, dans la même vallée, et tout contre le mur de clôture, est aussi un petit bosquet fermé d’une légère grille en bois. Il contient deux pots de fleurs, deux rosiers, une croix de bois, et une caisse dans laquelle est un arbuste. On ne voit ni marbre ni pierre sur cette tombe nouvellement creusée, et que l’herbe n’a pas encore recouverte. Nous ne l’eussions pas même remarquée, si nous n’eussions pas vu auprès de ce bosquet solitaire un officier décoré, qui, les bras croisés sur sa poitrine et la tête penchée tristement vers la terre, semblait accablé par la douleur ou par un autre sentiment. Il resta plus d’une demi-heure dans cette posture contemplative ; puis, levant tout à coup les mains au ciel, il s’en alla. Curieux de voir qui pouvait affecter aussi profondément un homme habitué à affronter la mort dans les batailles, nous nous approchâmes de ce bosquet dépourvu de tombe monumentale. Notre étonnement redoubla en voyant qu’il n'y avait pas même d’inscription indicative; mais il cessa bientôt quand, avec quelque attention, nous vîmes, gravé au couteau, ce nom si connu dans nos derniers troubles :
Labédoyère.