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Archives de la Seine. Carton de Vaugirard D. G

C’est à ce moment que commençaient à se faire jour les idées de séparation de Vaugirard et de Grenelle, et que les habitants du nouveau quartier, conscients de leur jeune puissance, manifestaient le désir de voler de leurs propres ailes et demandaient l’érection de leur territoire en commune distincte. Ces idées, M. Violet ne sera pas le dernier à les préconiser ; elles influeront même sur l’intention manifestée par lui, dans la séance du i5 mai 1826, de doter Vaugirard d’une église et d’un marché, et elles le feront changer d’avis. De là à se persuader à soi -même que le Conseil Municipal de Vaugirard n’avait pas accueilli comme il convenait sa proposition, il n’y avait qu’un pas. Il mit une année à le franchir, mais il le franchit.

Donc, le 6 août 1827, M. Violet écrivait la lettre ci-après au maire de Vaugirard, par laquelle il retirait son engagement et annonçait une autre combinaison :

M. le Maire, je vous fis une proposition l'année dernière (i5 mai 1826), de donner à la commune la somme de 21 5. 000 fr. pour aider à la construction d’une nouvelle Église, à condition que j’obtiendrais la concession d’un marché moyennant un péage déterminé, et la commune, de son côté, devait fournir pareille somme, pour la construction de l’église projetée. Comme membre du Conseil Municipal, j’ai été à même de voir que cette proposition était mal accueillie par une grande partie des membres du Conseil, tant par rapport à l’emplacement choisi, que pour la somme à fournir, ce qui nous mettait dans le cas d’attendre un terme très éloigné pour parvenir à cette construction dont nous avons un besoin indispensable. Je me suis donc décidé d’abandonner ce projet et de faire construire à mes frais seul, une église à peu près double en grandeur de celle existante. Je pense que ce moyen doit tout concilier, puisque les deux quartiers de Vaugirard auront chacun une église à leur proximité, ayant en même temps ouvert une communication à l’angle du carrefour de la rue de Sèvres allant droit à l’église; par ce moyen la commune n’ayant rien à débourser, poutra, si bon lui semble, faire construire un marché sur le terrain qui sera jugé le plus convenable.

Agréez, Monsieur le Maire, etc. Signé: Violet1.

1. Archives Nationales. F2 11. Seine 1; et Archives de la Seine. Registre n' 1 des

délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.

Plus tard, au moment de la séparation, le Conseil Municipal de Vaugirard, dans sa séance du 14 mai i83o, protesta contre cette insinuation de M. Violet disant que sa proposition avait été mal accueillie. On lit, en effet, dans ce procès-verbal:

Le Conseil ne s’est pas refusé de s’entendre avec M. Violet pour la construction d’une église, c’est lui qui, ne trouvant, plus au 6 août 1827, les avantages qu’il espérait le i5 mai 1826, a renoncé à tenir les engagements qu’il avait pris, de son propre mouvement, sans y être sollicité, le i5 mai 1826, avec le Conseil qui les a consignés dans sa délibération du même jour L

Dans cette même séance du 14 mai i83o, le Conseil Municipal reconnaissait, d’ailleurs, qu’il n’avait jamais été question d’obliger M. Violet à tenir ses engagements envers la commune.

Bien entendu, les partisans du fondateur de Grenelle n’avaient pas manqué, dans une pétition adressée au Préfet de la Seine, le 11 juin 1828, de prendre sa défense et de lui donner raison en cette affaire:

L’année dernière, le Conseil refusa de s’entendre avec M. Violet pour la construction d’une église à laquelle il contribuait pour une somme de 2i5.ooo fr. L’offre qu’il en avait faite précédemment étant liée à des clauses dont l’inexécution lui avait rendu son indépendance, M. Violet se décida, sur le refus du Conseil, à construire l'église lui seul ; mais alors on éleva la ridicule prétention de le contraindre à payer gratuitement à la commune de Vaugirard les 2i5.ooo fr. précédemment promis'2.

Il est certain que la ridicule prétention dont il est ici question, si tant est qu'elle ait jamais été émise, ne pouvait avoir aucune suite.

Quoi qu’il en soit, pourtant, de ces controverses, l’église Saint-Jean-Baptiste n’en fut pas moins édifiée, d’après les dessins de l'architecte Bontat, par la société des terrains et

bâtiments de Grenelle, au -nom de laquelle M. Violet avait engagé toutes les négociations. Une inscription commémorative apposée dans l’église confirme ce fait, alors que, cependant, quelques-unes des pièces que nous produisons plus haut semblent attribuer à M. Violet seul l’initiative du projet.

Ls fonds avaient été versés par la banque Perrée et Guillot, et par MM. Letellier et Léonard Violet1.

Le vocable de Saint-Jean Baptiste, sous lequel elle fut dédiée, était l’un des prénoms de M. Violet, le principal initiateur2.

L’avis de la bénédiction de la première pierre fut ainsi lancé par la presse :

Dimanche 2 septembre, à quatre heures précises, Mgr l’Archevêque de Paris bénira la première pierre de la nouvelle église de la Ville de Vaugirard-Grenelle ; elle sera ensuite posée par S. A. R. Mme la Dauphine.

MM. le Maire, ses adjoints, le Conseil Municipal, le curé de la paroisse, accompagné de son clergé, assisteront à cette cérémonie3.

Le compte rendu ci-après de la cérémonie était inséré quelques jours plus tard :

Hier, après les Courses du Champ-de-Mars, Mme la Dauphine s'est rendue à Grenelle afin de poser la première pierre de l’Église de ce nouveau village, S. A. R. était accompagée de Mademoiselle et de Mme la Duchesse de Gontaut, MM. le Préfet de la Seine, le Préfet de Police, le Sous-Préfet de Sceaux et le maire de Vaugirard ont reçu LL. AA. RR. à leur descente de voiture.

Mme la Dauphine a daigné agréer avec une extrême bonté, des fleurs qui lui ont été présentées par Mlle Fondary, fille du Maire ; elle s’est ensuite entretenue longtemps avec M. Violet, l’un des premiers fondateurs du Village de Grenelle, et M. Bontat, architecte, auteur des plans de la nouvelle église. Cet édifice doit être bâti entièrement aux frais de la Compagnie qui a entrepris les beaux tra-

1. Une note manuscrite, de la main de l’un des frères Lazare ou de M. Montassier, leur exécuteur testamentaire, indique que M. Letellier, avait contribué pour une somme de 80.000 francs dans cette édification. N’ayant trouvé nulle part la preuve de ce dire, nous ne pouvons que l’enregistrer sans le garantir autrement. (A rchives de la Seine. Collection Lazare, t. LXV1, p. 1099.)

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