Conseil Général de la Seine. Année 1840, p
tion, eussent été infailliblement détruits par la population ouvrière de la Ville, qui s’y était portée en masse, sans l’intervention de la municipalité de Grenelle. C’est du moins ce que cette dernière affirma, en sollicitant du gouvernement une subvention destinée à parer aux besoins du moment1.
Ces pavillons de l’ancienne enceinte, qui séparaient Grenelle de Paris, étaient, on le pense bien, des endroits où l’affichage se donnait libre carrière. Nous avons sous les yeux le curieux placard du 8 juin 1848, sur lequel la commission du Pouvoir exécutif annonce au peuple de Paris le vote de la loi contre les attroupements. L’intérêt de ce document vis-àvis de l’histoire de Grenelle est qu’il porte les constatations d’affichage émanant des inspecteurs de police de cette loca lité :
Vu affichera la barrière de Sèvres le 9 juin 1848, signé: François.
Vu afficher à la barrière de l'École, le 9 juin 1848, signé : Neuf.
Et à celle de La Motte Piquet, le même jour, signé: Mannin.
Vu afficher à la barrière de Grenelle, le 9 juin, signé: Detot.
Également à la barrière de la Cunette le même jour, signé : Bezot.
Vu à Grenelle, le 9 juin 1848, signé : Poignit.
Le tout timbré d’un cachet portant : « Commune de Grenelle, Seine, commissariat de Police. »
A l’occasion d’une autre enceinte, non plus fiscale mais défensive, celle créée en vertu de la loi du 3 avril 1841, et que l’on a appelée : les fortifications de Louis-Philippe , nous dirons que la commune de Grenelle n’eut pas à intervenir puisque ses territoires en étaient fort éloignés et séparés par la partie d’issy située entre la rue Cauchy actuelle, ancienne rue Saint-Paul, et le boulevard Victor, qui limite ladite
1. Archives de la Seine. Registre rr 3 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
enceinte. C’est donc la commune d’issy qui fut traversée par la muraille et non pas celle de Grenelle, qui resta totalement intrci muros.
La municipalité, cependant, fut sollicitée par le Sous-Préfet de Sceaux, dans une lettre du n janvier 1842, de donner son avis sur la suppression ou la déviation des chemins vicinaux que pourrait nécessiter l’établissement d’une enceinte continue et de forts détachés pour la défense de Paris. Nous n’avons pas rencontré la réponse du maire, mais seulement la mention qu’il demanda préalablement communication d’un plan exact indiquant le parcours de l'enceinte, le placement des forts détachés, et la situation des issues se rattachant aux chemins vicinaux1.
11 nous faut enregistrer aussi le mouvement de spéculation qui se produisit sur les carrières à sable de Grenelle, quand furent entrepris les travaux des dites fortifications. Le sable et le gravier étaient là en abondance, et il était à supposer que l’on en ferait une importante consommation. Aussi bien les propriétaires de terrains ouvraient-ils des carrières sans autorisation, et sans s’inquiéter des dangersqu’elles pouvaient faire courir à la population. Le Sous-Préfet de Sceaux s’en plaignit au Préfet de la Seine en lui demandant de réprimer cette spéculation, préjudiciable à la sécurité de Grenelle.
Il est bien désirable, écrivait-il le 21 décembre 1841, qu’une prompte et sévère visite de toutes ces exploitations illicites soit faite par un agent de l’Inspection des carrières, et qu'il soit pris des mesures efficaces contre les contrevenants qui, par cupidité, ne craignent pas de compromettre la sûreté publique et de porter préjudice aux propriétés d’autrui2.
Au mois de juin 1842, une contravention était dressée contre
le sieur Sicard, qui avait ouvert sans autorisation une carrière à sable dans un terrain faisant l’encoignure des rues du Théâtre et Violet. Il avait bien prétendu qu'il fouillait pour construire, mais sa fouille s’étendant dans toute la superficie de son terrain: «indiquait qu’il n’y avait dans son opération qu'une spéculation pour vendre du sable, dans ce moment recherché à cause des fortifications 1 ».
Cet état de choses durait encore en 1844. Le 17 avril de cette année, le maire de Grenelle demandait au Préfet de la Seine de sévir rigoureusement contre un maître carrier de Vaugirard, le sieur Samson, exploitant une sablière à Grenelle, avenue du Théâtre, et qui, malgré les avis du commissaire de police, poussait ses fouilles jusqu’aux fondations des maisons limitrophes, au risque d’amener des catastrophes. Indépendamment d’autres mesures, le maire requérait, pour le délinquant, l’obligation de combler sa carrière 2.
La construction de l’enceinte de 1841 faillit occasionner la disjonction d’importants territoires de la commune d’Issy, et amener leur rattachement à celle de Grenelle. En 1845, en effet, plusieurs propriétaires d’Issy, dont les terrains étaient restés intra muros et séparés de leur commune par la ligne des fortifications, sollicitèrent leur annexion à Grenelle, prétextant qu'ils se trouvaient maintenant détachés brutalement de leur municipalité d’origine par tout un système de forteresse, et pour ainsi dire abandonnés, au point de vue administratif. Le nouvel état de choses, au contraire, les avait implicitement rattachés à Grenelle, dont la moitié du cimetière appartenait déjà à la commune d’Issy.
Leur entrée en campagne fut la lettre suivante, adressée au Préfet de la Seine :
A. M. le Pair de France, Préfet de la Seine.
Monsieur le Préfet, les soussignés, propriétaires ou habitans des localités séparées du village d’Issy ont l’honneur de vous exposer que, par suite de la construction des fortifications, leur territoire se trouve renfermé dans l’enceinte fortifiée de Paris ; que cette circonstance ne leur permettrait plus en certaines occasions de communiquer librement avec la mairie déjà fort éloignée de leurs propriétés ou habitations; que cet état de choses étant contraire à leurs intérêts ainsi qu’au service municipal, il est juste et convenable de le changer.
Dès que le tracé de ladite enceinte fut arrêté, ils ont pensé que leur territoire devrait nécessairement être annexé à celui d’une commune limitrophe.
Le prolongement de leurs principaux chemins se continuant dans les quais de Javelle et Grenelle ainsi que dans la rue de Grenelle, ils traversent journellement cette commune et passent devant la mairie. Il est donc naturel de réunir les deux territoires en donnant pour limites audit terrain annexé les bords de la Seine, l’enceinte continue et le chemin des Vaches; quant au quatrième côté, il se trouve partout en contact avec les propriétés de Grenelle auxquelles il ferait suite. Déjà le cimetière delà dite commune se trouve enclavé dans le dit espace ci-dessus circonscrit. Les soussignés espèrent, Monsieur le Préfet, de votre, sollicitude pour vos administrés et pour la bonne administration des communes que vous aurez la bonté de faire hâter la réalisation d’une mesure aussi utile. Ils ont l’honneur d’être, etc. Issy, le 2 février 1845. Signé : Ve Letellier, Fouché, Le Pelletier, Pcronneau, Heurtant, Fondarie, Belon, Emin, Gorgne, Logery, propriétaires L
Les territoires, dont ces habitants demandaient ainsi l’annexion à Grenelle, seraient aujourd’hui circonscrits par les bords de la Seine, les fortifications, la rue de Lourmel, la rue Cauchy, et une ligne fictive prolongeant cette dernière voie jusqu’à la rue de Lourmel.
Les mêmes pétitionnaires adressaient également, le 4 février 1845, la lettre suivante au maire de Grenelle:
A Monsieur le Maire de Grenelle, Monsieur. Nous avons l’honneur de vous prier de demander au Conseil Municipal de votre commune son appui auprès de l’autorité supérieure pour obtenir l’annexion de notre localité au territoire de Grenelle.