CHAPITRE XIII
ÉGOUTS ET MARES STAGNANTES. — ALIMENTATION EN EAU. — LES PORTEURS D’EAU DE GRENELLE. — SECOURS CONTRE L INCENDIE ET SAPEURS-POMPIERS, — LA GARDE NATIONALE. — HISTOIRE
SOMMAIRE DE L’iNSTITUTION. PHASES DIVERSES DE LA GARDE
NATIONALE DE GRENELLE. — GARDES CHAMPÊTRES. — COMMIS- SAIRES DE POLICE.
Avant d’être elle-même dotée des égouts nécessaires à son hygiène et à sa propreté, la commune de Grenelle devait connaître surtout les inconvénients produits par la proximité de ceux de Vaugirard.
Dans son rapport au Préfet de la Seine, du 7 avril 1 83 1 , le maire se plaint amèrement, au nom de ses administrés, que toutes les eaux et les résidus de cette dernière localité se déversent dans deux égouts qui viennent aboutir sur le territoire de Grenelle, tout près du théâtre. Non seulement l’odeur qui s’en répand est infecte et est susceptible de développer des épidémies dans la région, surtout en été, mais elle est encore préjudiciable à la fréquentation du théâtre, que les habitants délaissent pour ce motif. De plus, à force de recevoir les limons et matières fétides, le fond sablonneux de
ces égouts, étant devenu absolument compact, se refuse à absorber les eaux qui s’y déversent, lesquelles s’écoulent alors aux environs et jusque dans les maisons, menacées ainsi d’écroulement.
Le maire sollicite donc du Préfet qu’il veuille bien ordonner la suppression des égouts en question, et qu’une autre direction soit donnée aux eaux de Vaugirard, de façon à débarrasser Grenelle d’un danger menaçant la santé et la sécurité de ses habitants h
Ces effroyables déversements constituaient, en outre, des mares infectes très étendues, allant jusqu’à la rue de l’École, à Vaugirard, et qui étaient l’exutoire des eaux sales et savonneuses des usines et habitations environnantes.
Il ne semble pas, d’ailleurs, que l'Administration supérieure y prenait grande attention, du moins peut-on en juger ainsi d’après l’extrait suivant d’une lettre du 11 août [832 adressée au Préfet de la Seine par le maire de Grenelle :
D’après votre lettre du 6 de ce mois, répondant aux observations que j’ai eu l’honneur de vous adresser le 2 au sujet de l’épuisement des mares dites improprement de Grenelle et de Vaugirard, et qui ne sont dans la réalité que les mares de Vaugirard, je dois craindre que de longtemps encore nous ne soyons débarrassés de leur infection. Il y a une fatalité qui s’attache fréquemment aux choses humaines : on délibère et on n’agit pas, d’où la conséquence que le mal auquel il faudrait remédier se perpétue2.
Ce fut la commune de Vaugirard qui se chargea de cette opération d’assainissement puisqu’elle était l’auteur des exhalaisons. Elle fit construire en 1 833 un aqueduc destiné à diriger jusqu’à la Seine les eaux de Vaugirard et de Grenelle, et qui coûta environ iSo.ooo francs. Il débarrassa ces communes des mares pestilentielles qui bordaient la rue Mademoiselle
et qui rendaient très difficiles les communications entre les deux communes. Il ne resta plus alors qu’à combler les fossés profonds occupés jusque-là par les eaux croupissantes b
Pendant l’été de 1844, au mois de juillet, il fut encore question des eaux putrides descendant de Grenelle vers Paris, et des dangers qu’elles causaient à la salubrité publique. Ces eaux devaient être absorbées par un puits construit à cet effet sur le boulevard de la Cunette, lequel, ayant été comblé parce qu’il n’absorbait plus rien, fut remplacé par une tranchée profonde traversant le boulevard et conduisant les eaux dans un terrain situé en face. C’était bientôt une mare stagnante, l’infiltration ne se faisant plus au bout de fort peu de temps, mare presque aussi étendue quecelle de Vaugirard, dont l'insalubrité avait nécessité la construction d’un aqueduc passant sous les rues Mademoiselle et de Javel et allant à la Seine.
Ces eaux pourries du boulevard de la Cunette se déversaient au pied des arbres d’alignement et les faisaient mourir ; leur exhalaison infecte augmentait considérablement la mortalité dans la région, surtout au moment des grandes chaleurs.
Telle était la situation hygiénique de cette partie de Grenelle au mois de juillet 1844-.
Cette réputation d’insalubrité par les eaux stagnantes était encore attachée à la commune en 1 856. Le Guide du promeneur aux barrières cl dans les environs de Paris, publié par B. R. en cette année, compare Grenelle aux marais Pontins, et dit que les eaux croupissantes de savon et de toutes les influences délétères, donnent la malaria aux touristes qui s’y aventurent.
2. Galette municipale de la Ville de Paris et du Département de la Seine, année 1844, mois d’août, p. 546 (B. Saint-Fargeau, n* 9897).
Les odeurs malsaines des égouts et des mares n’étaient pas seules à incommoder la population. En i835, le Conseil municipal se montra très opposé à toute installation d’établissements insalubres sur son territoire et protesta, notamment, auprès du ministre du Commerce contre le projet de M. Payen tendant à établir des usines d’équarrissage et de fabrication de noir animal par le traitement des débris de viande et de matières fécales. M. Payen, qui était alors conseiller municipal, fut même quelque peu blâmé pour avoir accepté sur ses terrains la fabrique de M. Derosne,se livrant à la même production, et qui avait été repoussée de Vaugirard. Lors de cette discussion à l’assemblée communale, le 7 août 1 835, M. Payen évita prudemment de paraître à la séance
C’est seulement en 1 856, trois années avant sa disparition, que la municipalité entreprit un plan de campagne d’ensemble pour la construction d’égouts. La propreté des voies publiques n’était pas alors des plus satisfaisantes, si l'on en croit un rapport lu dans la séance du 16 mai de la dite année, à l’occasion de cette affaire.
Les eaux, y lisait-on, ne s’écoulaient que fort difficilement en raison du peu de pente des rues. En temps de pluie ou de gelée, les chaussées de certaines rues étaient submergées au point d’en intercepter le passage, notamment la rue du Commerce. En été, une difficulté encore plus grande provenait de la même cause : les eaux ménagères et industrielles, déplus en plus abondantes en raison de l’augmentation de la population, venaient détremper les poussières et autres immondices et concouraient à la formation d’une vase dont il était
i. Archives de la Seine. Registre n* 1 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
impossible de se débarrasser. Celle-ci, en effet, faute d’écoulement et d’issue pour la recevoir, séjournait dans les ruisseaux et principalement dans les carrefours, s’y accumulait et formait des cloaques tellement pestilentiels, que, pendant les chaleurs, les odeurs qui s’en exhalaient étaient susceptibles de compromettre la santé publique.
Le manque d’égouts, ajoutait ce rapport, avait encore cet autre inconvénient qu’il empêchait de prescrire les arrosages et d’établir des bornes-fontaines, qui eussent été si utiles pour assurer la propreté des rues. Mais préconiser toute projection d’eau sans assurer son écoulement était accroître rinsalubr ité.
Le plan de campagne ainsi présenté, tendant à l’établissement d’un réseau d’égouts, était divisé en trois parties, dont la première seulement fut votée dans cette séance, avec un crédit de 70.000 francs. Elle comprenait les rues Letellier, Frémicourt, du Commerce, place de l’Eglise, pourtour de l’église, rue de l'Eglise, rue Herr et toutes les rues adjacentes.
La deuxième partie s’appliquait à la rue Croix-Nivert, de la rue Letellier à la rue du Marché; la troisième, à la rue Saint-Louis, jusqu’au boulevard extérieur de Paris. Le total de ce projet s’élevait à la somme de 1 19.142 fr. 10
Ce fut à cette désastreuse situation des eaux de Vaugirard se déversant sur la commune de Grenelle, que l’on attribua l’intensité du choléra de i832 dans cette dernière localité. Celle-ci, en effet, d’après sa délibération du 22 août i83i, s’était déclarée hors d’état de dessécher les mares insalubres s’y formant vers la rue Mademoiselle.
1. Archives de la Seine. Registre n° 4 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
A l’occasion de cette terrible épidémie, le 2 mai 1 832 , le premier magistrat de la commune s’exprimait ainsi :
M. le Maire a exposé que l’affreuse maladie qui avait désolé la ville de Paris et les communes environnantes, notamment celle de Grenelle, étant implantée en France pouvait se reproduire, et qu’il était convenable de recourir à toutes les précautions sanitaires pour prévenir autant que possible les habitants des désastres d’un semblable fléau.
Qu’à un établissement de bornes-fortaines devait nécessairement se lier celui de caniveaux qui, à défaut de pavage de plusieurs des rues de la commune, pussent faciliter l’écoulement de toutes les eaux soit ménagères, soit des établissements de blanchissage, de nourrisseurs de bestiaux, et autres établissements, dont les eaux stagnantes dans les lieux sur lesquels elles se déversent formaient des mares insalubres, et pour faciliter le nettoyage des rues par le déversement des eaux des bornes-fontaines L
On verra plus loin que cette question fut résolue dans la séance du 2 mai i832.
A l’époque de l’épidémie, Grenelle comptait 1.647 habitants, dont 80 périrent, soit une proportion de 49 pour 1.000.
A cette occasion, la Commission d’hygiène chargée des mesures de salubrité déclarées utiles pour l’assainissement de la commune, préconisa :
« Des caniveaux dans les rues non pavées : entretien du balayage des rues et enlèvement des boues ; nettoyage de l’aqueduc de Vaugirard1 2. />
Nous ajouterons que le choléra de 1849 ht aussi quelques victimes à Grenelle et que, dans la séance du 9 juin, le Conseil municipal vota un crédit de 1 .000 francs pour faire face aux dépenses occasionnées par cette épidémie, et pour distribuer des secours aux malheureux qui en étaient ou en seraient atteints3.
1. Archives de la Seine. Registre n” i des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
2. Rapport sur la marche et les effets du choléra morbus dans Paris et les communes rurales du Département de la Seins. Année 1 832, Paris, imp. Royale, i83q.
3. Archives de la Seine. Registre n° 3 des délibérations du Conseil Municipal de
3oo
Le même fléau apparut de nouveau dans la localité au mois de novembre 1 853. A cette occasion, l’assemblée communale, dans sa séance du 29 de ce mois, alloua un crédit de 2.000 francs pour fourniture de médicaments gratuits aux malades indigents les plus frappés, et pour qu’il fût pris toutes mesures utiles dans l’intérêt de la salubrité publique1.
En 1847, Ie personnel médical de Grenelle se composait de trois docteurs en médecine, un officier de santé, deux pharmaciens. En 1857, deux années avant l’annexion à Paris, on y comptait cinq docteurs, deux officiers de santé, quatre pharmaciens, quatre sages-femmes et deux herboristes.
On pensera facilement que la question des eaux dut, elle aussi, préoccuper, dès les commencements, la Municipalité de Grenelle. Dans la séance du 2 mai i83a , un vaste système de distribution fut discuté, comportant l’établissement d’un réservoir et l’installation de bornes-fontaines avec les caniveaux nécessaires à l’écoulement. Pour la réalisation de ce projet, un vœu était émis tendant à demander une surimposition de 3o centimes additionnels sur les contributions personnelles et mobilières.
L’étude de cette entreprise fut confiée à M. Herr, architecte, membre de la Commission sanitaire de la commune, auquel on adjoignit M. Pinel, conducteur des travaux, conseiller municipal, et M. Besnard, entrepreneur de pavage.
D’autre part et à la même époque, la Compagnie Dorival, propriétaire de la pompe à feu placée sur la rivière de Seine, à Auteuil, offrait de conduire ses eaux dans les localités de Vaugirard et de Grenelle. La combinaison consistait dans la construction d’un vaste réservoir sur la sommité à c Vaugi-
1. Archives de la Seine. Registre rr 4 des délibérations du Conseil Municipal de
rard, lequel distribuerait ses eaux aux deux communes sous la condition d’établissement de bornes-fontaines, au prix de 3oo francs par année pour chacune d’elles et pour son alimentation.
Le 6 mai suivant, le Conseil municipal se réunissait à nouveau pour l’examen de cette importante question, adoptait le projet de M. Herr, et renouvelait, en vue de son exécution, le vœu précédemment émis tendant à une imposition extraordinaire. Subsidiairement, il prenait une délibération portant traité de cinq années avec la Compagnie Dorival, pour l’établissement de trois bornes-fontaines avec caniveaux spéciaux à l’écoulement, au prix de 600 francs par année
Tout comme Paris, Grenelle avait ses porteurs d’eau, mais étaient-ils Auvergnats ?
Un arrêté du Maire, du 3i août i852. disait :
Art. ier — Tout individu qui voudra exercer la profession de porteur d'eau à tonneaux traînés à bras ou par chevaux, dans la commune de Grenelle, sera tenu d’en faire la déclaration préalable à la Mairie.
Ils ne devaient approvisionner leurs tonneaux qu’au réservoir d’eau de Seine de la pompe à feu d’Auteuil, situé à Vaugirard, route du haut transit, à l’exclusion, disait l’arrêté, des bornesfontaines « au cas où l’on en établirait ».
Cette dernière phrase semble laisser planer un doute sur l’existence des trois bornes votées en i83c ?
Les porteurs d’eau étaient tenus de remplir leurs tonneaux chaque soir avant de les rentrer, et aussi de les tenir pleins toute la nuit. En cas d’incendie, ils devaient les conduire avec leur contenu sur les lieux du sinistre, sous peine d’être poursuivis conformément à l’article 476 du Code pénal, § 12.
1. Archives de la Seine. Registre rr i des délibérations du Conseil Municipal de
Les tonneaux devaient porter un numéro d’ordre et l’indication du prix de l’eau ; ils devaient en outre être entretenus constamment, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, dans un état complet de propreté, et n’exhaler aucune mauvaise odeur. Tous les ans, le commissaire de police était chargé de les examiner et visiter, aussi bien au point de vue de l’hygiène qu’à celui de la bonne tenue1.
Voici, enfin, dans la séance du 17 août 1 853, une délibération approuvant le projet de traité à passer avec le Directeurgérant de la Compagnie des eaux d’Auteuil pour la fourniture de l’eau destinée à l’alimentation des habitants de Grenelle :
Le Conseil, considérant que le projet de traité avec la Compagnie des Eaux d'Auteuil offre des avantages réels à la commune, décide à l’unanimité qu’il y a lieu de passer avec elle le marché qu’elle sollicite, et adopte dans toute sa teneur le projet de traité dont il a entendu la lecture2.
Après l’eau, la logique la plus élémentaire nous oblige de passer au feu, ou plutôt à ceux qui sont chargés de l’éteindre : a u x s a p eu r s- pompiers.
A partir de la fondation de Grenelle, en i83o, le service des secours contre l’incendie fut assuré par une compagnie dite : « Compagnie des sapeurs-pompiers nationaux de Vaugirard, lssy et Grenelle » et composée de citoyens appartenant à ces trois communes.
La loi du 22 mars 1 8 3 1 réorganisant la garde nationale, comprenait un article s’appliquant à la création de corps de sapeurs-pompiers :
Art. 40. — Partout où il n'existe pas de corps soldé de sapeurs-pompiers, il sera, autant que possible, formé par le Conseil de recensement de la garde nationale, des compagnies ou subdivisions de compagnie de sapeurs-pompiers
2. Archives de la Seine. Registre n° 4 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle. (Nota : Le traité dont il s’agit n’est pas annexé à cette délibération.)
volontaires, faisant partie de la garde nationale. Elles seront composées principalement d’anciens officiers et soldats du génie militaire, d’officiers et agents des Ponts et Chaussées et des Mines, et d’ouvriers d’art.
Les documents que nous rencontrons de cette époque sont fort rares et ne donnent que des bribes d’informations. En 1 838, le capitaine-commandant des pompiers desservant Grenelle était M. Fetré, et sa compagnie, rattachée à la 3e légion de la garde nationale placée sous les ordres d’un colonel.
Il va de soi que la commune intervenait dans les frais d’entretien du corps et participait à ses dépenses. C’est à ce titre que le Conseil municipal de Grenelle, dans sa séance du 24 mars 1839, vota un crédit pour l’habillement du tambour de cette compagnie1.
En 1841, l’organisme chargé de défendre Grenelle contre les incendies était devenu le 6e bataillon de la 3e légion de la garde nationale de l’arrondissement de Sceaux. C’est pendant le cours de cette année que la Société d’assurances le Soleil fit présent à la localité d’une pompe ci incendie, donation que le Conseil municipal, à la date du i°r août, compléta en votant la somme de 1 55 fr. 5o pour l’acquisition de cinquante seaux et de deux sacs en cuir destinés au fonctionnement de la dite pompe 2.
A dater de cette époque, et possédant un matériel complet, la commune de Grenelle forma une subdivision, commandée par un sous-lieutenant, M. Fiet, en même temps Conseiller municipal, laquelle était toujours, bien entendu, rattachée à la 3e légion de la garde nationale. Cette subdivision se composait de e3 hommes, habitant la localité, et dont les domiciles
1. Archives de la Seine. Registre n° i des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
2. Archives de la Seine. Registre n" 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
étaient indiqués par des plaques apposées sur leurs portes K
En mai 1846, ce groupement est augmenté de 3 hommes, ce qui le porte à 26. Un document nous apprend qu’il forme une subdivision du bataillon de la garde nationale de Vaugirard.
Ci-après un article du règlement du 16 décembre de cette année le concernant :
La subdivision des sapeurs-pompiers se rendra sous les ordres de ses chefs particuliers, à la manœuvre de la pompe, tous les premiers dimanches du mois, d’avril à septembre compris, de 6 à 8 heures du matin, et d’octobre à mars, compris, de 8 heures à io heures du matin.
Chaque jour de manœuvre, qui est un service d’ordre et de sûreté, comptera comme service et viendra en déduction du service ordinaire (de la garde nationale).
Elle sera tenue de se rendre aux inspections d’armes, revues et exercices auxquels est assujettie la garde nationale en général
Un document conservé aux Archives de la Seine donne une relation des principaux incendies ayant éclaté dans la commune de Grenelle, entre les années 1840 et i85o. On ne peut guère y retenir, en raison de leur peu d’importance, que celui des établissements Teyssère, où se traitait le bois de teinture, situés quai de Javel, dans l'ancienne propriété Payen, et qui fut secouru, le 22 août i85o, par les pompiers de Grenelle, de Vaugirard, de Plaisance, de Passy, d’Auteuil, des Invalides, et aussi par ceux des maisons Derosnes et Cail. et de l’établissement Dhomme L
On appelait alors au feu en sonnant le tocsin à l’église de la paroisse.
Nous avons aussi raconté, dans notre chapitre iv, la vaillante conduite des pompiers de Grenelle, etnotamment celle du sapeur Antoine, lors de l’incendie du pont, au mois de
1. Archives de la Seine. Registre n” 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
septembre 1847, incendie qui avait été communiqué par un bateau amarré dans le port.
On vient de voir, également, que les porteurs d’eau étaient obligés de tenir leurs tonneaux pleins pendant la nuit, et devaient les conduire sur les lieux des sinistres, sous peine de poursuites.
Dans la séance du 27 mars 1848, le Conseil municipal, à l’occasion de la réorganisation de la garde nationale, avait décidé qu’une compagnie de sapeurs-pompiers serait formée et composée de 60 citoyens pris, autant que possible, et en nombre égal, dans les quatre compagnies. Il était stipulé que les hommes ainsi appelés devraient être aptes et habitués au service des incendies *.
Une ordonnance de 1 85e vint modifier la tenue, jusque-là quelque peu burlesque, des braves pompiers, et les priver du haut cimier qui les avait symbolisés si joyeusement, et pendant si longtemps, dans les cortèges du bœuf-gras et dans les vaudevilles. La transformation des anciens casques causaà la commune de Grenelle, qui en était propriétaire, une dépense de i5o francs, votée dans la séance du 7 août r 85e L
Quand la loi du 25-3o août 1871 supprima les gardes nationales dans toute la France, elle conserva les compagnies de sapeurs-pompiers, à l’organisation et à l’effectif desquelles il ne devait être apporté aucun changement par les autorités locales jusqu’à ce qu’un règlement d’administration publique ait pourvu au remaniement général de ce corps. Mais, en 1871, il y avait longtemps que les pompiers desservant Grenelle étaient ceux de Paris.
1. Archives de la Seine. Registre n° 3 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
2. Archives de la Seine. Registre n° 4 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
3oô
Avant de rapporter ici les divers faits concernant la garde nationale de Grenelle, nous voudrions, afin de les rendre plus compréhensibles, aussi bien pour la dite commune que pour Iss autres de cette série, tracer un tableau en raccourci, avec dates et lois à l’appui, de ce que fut en France cette milice encombrante, l’un des apanages de la bourgeoisie, et qui semble, selon la formule célèbre et humoristique, avoir été créée pour défendre nos institutions et au besoin 'pour les combattre.
La garde nationale eut Paris pour berceau, pour point de départ d’origine, en 1789. Formée spontanément parla population contre le roi, celui-ci finit par l’accepter le jour de la prise de la Bastille, le 14 juillet, et par reconnaître La Fayette comme son commandant en chef, déjà acclamé par les Parisiens. La France entière suivit Paris et constitua ses gardes nationales, que le décret du 12 décembre 1790 et celui du 14 octobre 1791 régularisèrent définitivement.
Le décret du 12 décembre 1790 concernait l’organisation de la défense intérieure et disait, dans son article premier:
La force publique, considérée d’une manière générale, est la réunion des forces de tous les citoyens.
Les citoyens actifs et leurs enfants mâles âgés de 18 ans, devaient se faire inscrire pour ce service sur les registres déposés à la Municipalité.
Les hommes requis de défendre la chose publique, disait l’article 3, et armés en vertu de cette réquisition, en s’occupant des exercices qui seront institués, porteront le nom de gardes nationales.
Le décret déclarait encore que la Nation étant une, il n’y avait qu’une seule garde nationale, soumise aux mômes règlements et à la même discipline, et revêtue du même uniforme.
Le décret du 29 septembre- 14 octobre 1791 précisait certains points énoncés dans le précédent, et organisait l'institution d’une façon plus administrative :
Tous les citoyens actifs devaient passer par l’inscription de leur municipalité.
Les gens sans aveu, suspects ou malintentionnés devaient être exclus de la garde nationale, et un certain nombre de cas d’incompatibilité étaient fixés. dontles fonctions des juges, des ecclésiastiques, des soldats, etc.
La garde nationale était organisée par district et par canton, mais ne pouvait l’être par commune, sauf dans les grandes villes.
Les hommes destinés à former une compagnie élisaient le capitaine, le lieutenant, les deux sous-lieutenants, les sergents et les caporaux.
Dans les communes trop faibles en population pour posséder une compagnie, des pelotons devaient être créés ainsi que des sections et des escouades.
L’uniforme, non exigé d’ailleurs, dans les campagnes, consistait en un habit bleu de roi, avec parements, collet et passe poil de couleur écarlate.
Les drapeaux étaient aux trois couleurs et portaient les mots : Le peuple français et La Liberté on la mort.
Les grandes lignes, enfin, de cet acte, réglementaient l’inscription des citoyens, l’organisation du service, les grades et les fonctions, et la discipline.
L’uniforme avait également été fixé par les lois des i3 juin et 20 juillet 1791.
Au lendemain du iSBrumaire an VIII (9 novembre 1799). Bonaparte supprima les gardes nationales pour les rétablir aussitôt, mais sans leur accorder d’existence effective, et en se réservant la nomination des officiers.
Les décrets du 8 janvier et du i5 mars 1814 les réorganisèrent en les consacrant à la défense des frontières, alors assiégées de toutes parts. Le premier décret remettant en activité la garde nationale de Paris, le second, ordonnant la levée de toutes les gardes nationales de la Seine. Mais alors il était trop tard pour conjurer l’invasion étrangère, et seules, furent prêtes les milices de Belleville, Bercy, Saint-Denis et celle de l’école d’Alfort.
Lors du retour des Bourbons, la garde nationale fut plutôt consolidée qu’amoindrie par Louis XVIII, qui mit à sa tête le comte d’Artois, son frère, avec le titre de colonel-général des gardes nationales de France. Elle était, à cette époque, recrutée dans la bourgeoisie, ce qui ne l’empêchait pas. d'ailleurs, d’avoir des opinions libérales, si libérales, qu’ayant un jour malmené les ministres de Charles X dans une revue générale de ses bataillons, celui-ci n’eut d’autre ressource que de la dissoudre pour faire cesser l’état d’esprit qui y régnait. Ce qu'il fit le 29 avril 1827.
On sait quel rôle actif contre la royauté jouèrent ses éléments épars, mais toujours armés et équipés, pendant la Révolution de i83o. Aussi bien, dès le lendemain de cet événement était-elle reconstituée, du moins provisoirement. En attendant une réorganisation promise, le gouvernement avait placé à sa tète La F'ayette. qui en reprit le commandement et la mit sous le régime du décret du 14 octobre 1 79 1 .
La réorganisation annoncée n’était autre que la loi du 22 mars 1 83 1 , inspirée par le roi-citoyen, Louis-Philippe 1er, s’acquittant ainsi envers les milices bourgeoises qui lui avaient donné un trône.
L’article icrde cette loi dit formellement :
La garde nationale est instituée pour défendre la royauté constitutionnelle,
ia Charte et les droits qu'elle a consacrés ; pour maintenir l’obéissance aux lois, conserver ou rétablir l’ordre ou la paix publique, seconder l’armée de ligne dans la défense des frontières et des côtes, assurer l’indépendance de la France et l’intégrité de son territoire.
Cette loi, qui ne compte pas moins de 162 articles, organisait la garde nationale par commune. Les compagnies communales d’un canton étaient formées en bataillons cantonaux en vertu d’une ordonnance du roi.
Les gardes nationales étaient placées, suivant leurs effectifs, sous l’autorité des maires, des sous-préfets et du ministre de l’Intérieur.
Tous les Français âgés de 20 à 60 ans étaient appelés au service obligatoire et personnel, sauf les magistrats, les ecclésiastiques, les militaires ou assimilés en activité, les employés des douanes, des octrois, les gardes champêtres et forestiers.
Le service était interdit aux individus privés des droits civils ; étaient exclus ceux qui avaient été l’objet de condamnations.
Les domestiques attachés à la personne n’étaient pas portés sur les contrôles du service ordinaire.
La loi prévoyait la formation de compagnies de sapeurspompiers volontaires, appartenantà la garde nationale, quand la localité ne comportait pas de corps soldés de défenseurs contre l’incendie.
Chaque compagnie de la garde nationale devait avoir entre 60 et 200 hommes, et le bataillon, compter quatre compagnies au moins et huit au plus.
Suivant le nombre de ses hommes, la compagnie était commandée par un capitaine en premier et un capitaine en second, un ou deux lieutenants, un ou deux sous-lieutenants, un ser-
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gent-major, un sergent-fourrier, quatre, six ou huit sergents, huit, douze ou seize caporaux, un ou deux tambours.
Dans chaque commune possédant plusde5oo hommes, la garde nationale était formée en bataillons. Il fallait au moins deux bataillons pour constituer une légion.
Les officiers, sous-officiers et caporaux d’une compagnie étaient élus pour trois ans et rééligibles, par les hommes composant cette compagnie. Le chef de bataillon et le portedrapeau devaient être nommés par tous les officiers du bataillon et par un nombre égal de sous-officiers, caporaux et gardes, choisis dans chaque compagnie.
Ne pouvaient être gardes nationaux que les Français imposés à la contribution personnelle et leurs enfants, ou les gardes nationaux non imposés, mais qui, ayant fait le service postérieurement au Ier août précédent, voulaient le continuer.
L’uniforme n’était pas obligatoire.
Une loi du 19 avril i832, qui n était, en somme, que l’application de l’article 140 de celle du 22 mars i83i, vint réglementer l’emploi des corps détachés de la garde nationale en cas de guerre.
La loi du 14 juillet 1837 concerne spécialement la garde nationale de Paris et du département de la Seine, et précise à leur égard les dispositions de celle du 22 mars i83i. On y voit, notamment, que tout citoyen ne résidant qu’une partie de l’année dans le département de la Seine, était tenu au service de la garde nationale dans ce département, nonobstant son inscription sur les registres matricules d’un autre département.
Cette disposition, est-il besoin de le dire, avait pour but de renforcer les effectifs de Paris et de la Seine, plus directement dans la main du pouvoir.
L’uniforme de la garde nationale de Paris et de la banlieue fut fixé par l’ordonnance royale du 16-20 mars 1846 : Aux termes de la loi du 14 juillet 1837, sauf une exception prévue, l’uniforme était obligatoire dans le département de la Seine. L’ordonnance du 16-20 mars précitée en fixait ainsi les points principaux :
Pour les grenadiers : tunique en drap bleu boutonnant droit par neuf boutons et couvrant le genou. Pantalon de même, passe-poil écarlate. Collet écarlate à grenades blanches. Boutons en métal blanc portant un coq et la légende : Liberté, ordre public. Épaulettes en laine écarlate. Bonnet à poil en peau d’ours, haut de 35o millimètres, large de 23o, et plaque en métal blanc portant le numéro de la légion.
Pour les chasseurs : même habillement, à l’exception de la grenade remplacée par un corde chasse. Épaulettes en laine verte. Shako en feutre noir.
Pour les voltigeurs : comme les grenadiers et les chasseurs ; le collet de la tunique supportant le cor de chasse et la grenade.
En 1846, la loi du doavril-y mai vint modifier quatre articles de la loi du 22 mars i83i, concernant l’inscription des jeunes gens de 20 ans et la radiation des vieillards. Elle décidait également que, dans le département de la Seine, quand l’effectif d’une compagnie dépasserait 200 hommes, il y aurait, pour chaque excédent de 5o hommes, un lieutenant ou un sous-lieutenant, deux sergents et quatre caporaux.
Le 23 février 1848, la garde nationale, qui n’existait plus guère en fait, oubliée et implicitement dissoute, était rappelée par le gouvernement de Louis-Philippe aux abois. Elle passa, d’ailleurs, du côté de la Révolution.
L’un des premiers actes de la République de 1848 fut de
la reconstituer. Le décret du 2D-2g février de cette année est ainsi conçu :
Le gouvernement provisoire de la République Française décrète :
Les gardes nationales dissoutes par le précédent gouvernement sont réorganisées de droit. Elles reprendront immédiatement leur service dans toute l’étendue de la République.
L’autorité voulut aussi raviver les prescriptions relatives au port obligatoire de l’uniforme, qui avaient été quelque peu abandonnées, et l’arrêté du 8-10 mars 1848 fut chargé d’y pourvoir :
Le gouvernement provisoire, considérant qu’il est indispensable que tous les citoyens entrent dans la garde nationale, et que toute inégalité disparaisse sous l’uniforme :
Arrête :
Les citoyens inscrits comme gardes nationaux seront habillés dans le plus bref délai.
Pour habiller les citoyens qui n’ont pas de ressources suffisantes, les municipalités feront un appel au patriotisme des compagnies existantes, afin qu’une souscription fasse une partie des frais.
Les municipalités suppléeront, s'il y a lieu, à l’insuffisance de ces souscriptions.
Il fut même prévu, par une attention de coquetterie que l’on ne saurait passer sous silence, qu’il y aurait un uniforme d’été, ou plus exactement un pantalon d’été, qui devait être, d’après l’arrêté du 17 mars-i3 juillet 1848 : « en buffinc chaîne et trame coton blanc parfait ».
C’est à ce moment qu’eurent lieu les élections générales de la garde nationale du Département de la Seine.
En vertu de l’arrêté du 1 3- 1 5 mars 1848, tous les citoyens inscrits sur les contrôles de la garde nationale de Paris et de la banlieue, étaient appelés à procéder à l’élection des colonels. lieutenants-colonels, chefs de bataillon, porte-drapeau,
capitaines, officiers, sous-officiers et caporaux des légions, bataillons ou escadrons, et compagnies auxquels ils appartenaient.
Le même arrêté portait que les compagnies de grenadiers et de voltigeurs étaient supprimées, et que les citoyens les composant seraient versés dans la masse générale. Les difficultés matérielles occasionnées par cette dernière mesure, et résultant de la fusion des compagnies de grenadiers et de voltigeurs avec les autres, nécessitèrent l’arrêté du 16 mars 1848 prorogeant au 25 suivant les élections générales.
On sait que cette suppression donna lieu à la manifestation dite des bonnets à poil , causée par le dépit qu’éprouvèrent les grenadiers d’être privés du port de la symbolique coiffure qui était leur principal ornement. Les mécontents se réunirent donc sur la place de l’Hôtel-de-Ville, le 16 mars 1848, et huèrent les membres du gouvernement provisoire. Le lendemain, il est vrai, une contre-manifestation, composée d’environ 200.000 hommes, huait à son tour les manifestants de la veille.
La loi du 1 3-20 juin 1 85 1 , votée sous la pression d’un pouvoir dictatorial naissant, avait eu pour but de réorganiser la garde nationale en l’enserrant dans des prescriptions plus autoritaires. Disons pourtant que cette loi était, presque dans son ensemble, calquée sur celle du 22 mars i83i, et que le principe de l’élection des officiers par les hommes y était maintenu. Un article montrait, néanmoins, la pensée de l’inspirateur, qui donnait au Président de la République le droit de suspendre la garde nationale ou de la dissoudre à sa volonté, dans les endroits où il le jugeait à propos pour l’intérêt du pouvoir.
Mais cette loi n’était que le prélude d’une réorganisation
plus accentuée encore dans le sens de la sujétion au gouvernement, et qui vint après le coup d'Etat du 2 décembre i85i. Le décret du 11-22 janvier 1 852 , en effet, portait dissolution de toutes les gardes nationales de la République, et réorganisation, sur des bases nouvelles, dans les localités où leur concours était jugé nécessaire pour la défense de l’ordre public. Cette prescription était ainsi énoncée dans l’article 3 :
La garde nationale est organisée dans toutes les communes où le gouvernement le juge nécessaire; elle est dissoute et réorganisée suivant que les circonstances l’exigent.
Voici, d’ailleurs, dans quels termes Louis-Napoléon, présisident de la République, exposait le décret signé par lui, en même temps qu’il constatait que, jusqu’à cette époque, l’armement de tous les citoyens, selon le principe de la garde nationale, n’avait été qu’une préparation à la guerre civile :
Considérant que l’ordre est l'unique source du travail et qu’il ne s’établit qu’en raison directe de la force et de l’autorité du gouvernement; considérant que la garde nationale doit être non une garantie contre le pouvoir, mais une garantie contre le désordre et l’insurrection...
En vertu de ce décret, les officiers étaient nommés par le chef de l’Etat, et les sous-officiers par les chefs de bataillon.
Quand la guerre franco-allemande éclata, nous ne saurions dire combien il y avait encore en France de gardes nationales ? 11 faut croire, pourtant, qu’il en restait, puisque la loi du 12i3 août 1870 les visait comme existantes.
En vertu de cette loi, la garde nationale était rétablie dans tous les départements, conformément aux dispositions des lois des 8 avril, 22 mai, i3 juin i85i. Toutefois, l’organisation des bataillons alors formés était maintenue pendant la durée de la guerre. Les officiers élus devaient être choisis, durant la même époque, parmi les anciens militaires.
Ces milices, au cours du second Empire, avaient été tellement édulcorées, étaient si fugitives, que c’est à peine si elles existaient. Napoléon III, comme Napoléon Ier en i8iq, y fît pourtant appel en 1870, sous l’aiguillon de la défaite. Étant sans armes, on les vit pendant quelque temps manœuvrer avec des bâtons et des manches à balais, en attendant les fusils.
Une année après sa remise en activité, presque jour pour jour, la garde nationale, qui avait traversé tant de phases diverses depuis 1789, était définitivement supprimée.
La loi du 25-3o août 1871, en effet, déclarait dissoutes les gardes nationales dans toutes les communes de France, et au fur et à mesure que les progrès de la réorganisation de l’année le permettraient.
La nouvelle commune de Grenelle ne manqua pas, dès sa formation, d’instituer sa garde nationale. Dans son premier budget, voté le 27 février 1 83 1 , on trouve l’indication d’une somme de i.3oo francs affectée à son fonctionnement : impressions, éclairage et chauffage du corps de garde, y compris 720 francs pour les appointements et l’habillement d’un tambour. Cette dernière dépense, en effet, incombait aux communes. Pour Grenelle, l’habillement d’un tambour s’élevait à 1 35 francs, et se composait d'une capote, habit, pantalon, guêtres, épaulettes, bonnet de police et shako.
Au même budget, une somme de ia5 francs était aussi inscrite pour la location du corps de garde h
Quand fut promulguée la loi du 22 mars 1 83i , portant réorganisation de la garde nationale et disant notamment, que celle-ci serait formée par la commune, le Conseil Municipal
1. Archives de lu Seine. Registre n° i des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
de Grenelle, dans sa séance du 21 mai suivant, arrêta, conformément aux prescriptions de la loi, que les 23g hommes inscrits sur les contrôles formeraient une compagnie de chasseurs. Par la même délibération, le Conseil fixait aussi, toujours d'accord avec la loi, la répartition des grades : Un capitaine en premier ; un capitaine en second ; deux lieutenants ; deux sous-lieutenants : un sergent-major ; un sergent fourrier ; huit sergents : seize caporaux; un tambour1.
Cette mutation en simples chasseurs devait porter une atteinte cruelle à la dignité de vingt-neuf habitants de Grenelle qui avaient eu l’honneur de servir précédemment dans les grenadiers, et pour qui perdre cette dignité était une insupportable déchéance.
La faute, d’ailleurs, en était à la loi nouvelle, qui refusait aux communes trop peu nombreuses pour former un bataillon, le droit d'avoir des compagnies d’élite, dans lesquelles se classaient les grenadiers.
L’article 46 de la loi du 22 mars 1 83 1 disait en effet positivement :
Les bataillons formés parles gardes nationales d’une même commune pourront seuls avoir chacun une compagnie de grenadiers et une de voltigeurs.
Par une lettre de 22 mai 1 33 1 , adressée au maire, les vingtneufs mécontents refusaient donc de se prêter à la réorganisation :
« Noustenons, disaient-ils, à l’honneur de porter la grenade, et nous ne sommes pas en état de supporter les frais d’un changement d’uniforme... Nous pensons, monsieur le Maire, n’avoir pas besoin de vous assurer que la blessure que vous
1. Archives de la Seine. Registre n” i des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
faites aujourd’hui à notre amour-propre, n’altérera aucunement notre zèle pour le service. C’est au contraire dans le soin que nous y apporterons désormais, que nous chercherons la consolation de ne plus porter l’habit national ’. »
A la même date, ils avisaient le sous-préfet qu’étant grenadiers, ils ne prendraient pas part à l’élection des officiers de la compagnie de chasseurs.
11 est piquant de constater que, dix-sept ans avant Paris. Grenelle eut sa petite manifestation des bonnets à poil.
Ces élections, auxquelles il fut procédé le 22 mai 1 83 1 , dans l’église Saint-Jean-Baptiste, à sept heures du matin, donnèrent les résultats suivants :
M. Payen, capitaine en premier, élu par 5i voix.
M. Pinel, capitaine en second, par 63 voix.
M. Didier, lieutenant, par 65 voix (pas de résultats pour le second lieutenant).
MM. Rolland et Lesecq, sous-lieutenants, par 47 et 48 voix.
M. Bousson, sergent-major, par 66 voix.
M. Duminge, sergent fourrier, par 59 voix.
Furent ensuite élus sergents : MM. Violet jeune, Savaresse, Serre, Herr, Savinoy, Letourneur, Beby et Raret. Plus seize caporaux.
Le 29 juillet suivant, la compagnie de Grenelle, dans l’éblouissement de ses uniformes neufs, assistait, pour les inaugurer, à la grande revue passée à Paris en l’honneur de l'anniversaire des trois journées des 27, 28 et 29 juillet 1830%
La garde nationale, destinée à parader dans les rues de la cité, ne saurait se passer, moins que tout autre corps de troupe,
de leiément qui constitue le plus clair de son succès : la musique.
La compagnie de Grenelle eut ses musiciens en i836, recrutés à l’école de musique fondée à Vaugirard par M. Gauthier, qui formait des élèves pour le bataillon, pris parmi les fils des gardes nationaux de Vaugirard, Issy et Grenelle. Nous voyons une délibération du Conseil Municipal de cette dernière commune, du 2 août i836, allouant une subvention de i5o francs à cette école.
Un poste de second tambour était aussi créé, au mois d’août 1 838 , à la compagnie, et la Municipalité prenait à sa charge ses frais d’habillement montant à la somme de 78 fr. 5oh
En 1842, M. Payen était toujours capitaine-commandant à Grenelle. 11 obtint, le 10 mai de cette année, du Conseil Municipal, le vote d’un crédit de 960 francs destiné à l’agrandissement du corps de garde installé dans la nouvelle Mairie2.
Il nous faut encore signaler une réorganisation qui ne fut pas sans jeter quelque perturbation dans la commune, en raison de l’augmentation de l'effectif des hommes requis.
L’ordonnance royale du 10 mai 1846, avait décidé que les gardes nationales de Grenelle et d’Issy, à l’exclusion de celle de Vaugirard, formeraient le 6e bataillon de la 3e légion de la banlieue de Paris. Une autre ordonnance du même jour décidait en outre que la compagnie d’infanterie de Grenelle serait dissoute pour être immédiatement réorganisée, de manière à former au moins deux compagnies.
Le conseil de recensement de la localité, profitant de la latitude prévue par l’expression au moins , délibéra qu’il y avait
1. Archives de la Seine. Registre n° r des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
2. Archives de la Seine. Registre n* 2 des délibérations du Conseil Municipal de
lieu de former trois compagnies, composées autant que possible de gardes nationaux habitant le même quartier, selon les prescriptions de l’article 3i de la loi du 22 mars i83i.
Dans la séance du 21 mai suivant il fut entendu que les trois compagnies seraient recrutées d'après le tableau ci-après :
iai'a Compagnie /Toute la rue Croix-Nivert ; la rue Letellier, de la rue Croix-Nivert à la rue du Commerce ; la rue Fondary jusqu’à la rue du Commerce; la rue du Marché : la rue Mademoiselle; la rue des Entrepreneurs, de la rue Croix-Nivert à l’Église; la rue de la Vierge; l’avenue du Théâtre; la route de Transit, depuis la rue Croix-Nivert jusqu’à l’Église; tout le coté gauche de la rue Frémicourt (nos impairs), soit i5q gardes nationaux.
2ft Compagnie : La rue du Commerce; les rues Letellier, Fondary et du Théâtre, depuis la rue Croix-Nivert jusqu’à la rue Violet ; le boulevard de la Cunette. depuis la barrière de l’École militaire jusqu’à la rue Violet ; la rue Tiphaine ; le pourtour de l’Église ; la rue Herr, moitié : côté des nos impairs ; la rue Frémicourt, moitié : côté des n0i pairs : le passage Tournus, soit 148 gardes nationaux.
3e Compagnie : le quai de Javel; le quai de Grenelle; le boulevard de la Cunette, depuis la rue Violet jusqu’au quai ; la rue Fondary prolongée; la rue du Théâtre, depuis la rue Violet jusqu’au quai ; la rue Traversière ; la rue du Pont; la rue des Entrepreneurs, depuis la place de l’Église jusqu’au quai; le passage des Entrepreneurs ; le chemin des Vaches ; la rue de Grenelle ; la moitié de ta rue Herr, côté des n0£ pairs : la rue de Javel; la rue de l’Église; l’avenue Saint-Charles ; la rue Sainte-Marie ; la rue des Marguerites ; la rue des Bergers ; la rue Alphonse; la rue Saint-Louis; la rue de l’Entrepôt; la rue de Chabrol : la rue de l’Industrie ; la rue Migeot de
Baran ; le passage Lemaire: la rue Juge ; la rue Violet ; soit 148 gardes nationaux.
Au total 450 hommes !.
L’une des conséquences de l’augmentation d’effectif résolue par l’ordonnance précitée, fut le remaniement des ordres de service, réglés par un arrêté du Maire de Grenelle, M. Juge, daté du 16 décembre 1846.
La garde nationale était toujours administrée par la loi du 22 mars 1 83 1 ; la milice de Grenelle était alors commandée par un chef de bataillon, M. Lesecq.
L’arrêté du maire visait tout d’abord les consignes particulières, et décidait que les gardes dispensés de l’habillement devraient, néanmoins, avoir la giberne, la buffleterie et la cocarde nationale au chapeau. Des prescriptions sévères étaient édictées concernant les remplaçants, les retards dans les heures d’arrivée et de départ, les excuses pour maladies et le mauvais état des armes. On y lit aussi que les patrouilles de nuit devaient avoir lieu de 10 heures du soir à 6 heures du matin, étaient tenues de parcourir les rues et places de la localité, et devaient observer le plus grand silence.
On trouvera ce curieux arrêté dans nos annexes1 2.
Avec la Révolution de 1848 se produiront encore d’importantes modifications. Par un arrêté du Délégué du gouvernement de l' Administration de V arrondissement de Sceaux , c’est-à-dire du Sous-Préfet, daté du 22 mars 1848. approuvé le même jour par le Maire de Paris, il fut décidé que la garde nationale de Grenelle formerait seule un bataillon
1. Archives de la Seine. Registre n* 3 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
Barry , Pkot. et lmp.
MAIRIE DE LA COMMUNE DE GRENELLE, DE 1842 à 1859, RUE VIOLET ET PLACE DU COMMERCE , Aujourd’hui maison de Secours de l’Assistance Publique
(Etat actuel).
GRENEL LE
communal composé de huit compagnies. Sur la remarque de la municipalité, que ce nombre de huit compagnies serait onéreux pour la commune, l’autorité supérieure lui laissa la faculté, conformément à l’arrêté du 16 mars 1 848 , de n’en former que quatre.
Dans sa séance du 27 mars suivant, le Conseil municipal acceptait cette combinaison de quatre compagnies pour le bataillon de Grenelle, avec une compagnie de sapeurs-pompiers.
l\l. Herr, géomètre et conseiller municipal, fut chargé de diviser la localité en quatre sections devant fournir les hommes destinés aux quatre compagnies.
Voici le tableau tracé par lui :
Section A : Boulevard de la Cunette, depuis la barrière de l’Ecole jusqu’à la rue Violet ; toute la rue Frémicourt ; la rue Croix-Nivert jusqu’à la rue Letellier d’un côté, et de l’autre jusques et y compris l’impasse Ribet; la rue du Commerce jusqu’à la rue Letellier ; la rue Letellier, depuis la rue Croix- Nivert jusqu’à la rue du Commerce ; toute la rue Tiphaine.
Section B : La rue Fondary, depuis la rue Croix-Nivert jusqu’à la rue Violet ; la rue du Théâtre, depuis la rue Croix- Nivert jusqu’à la rue Violet; la rue Croix-Nivert, depuis la rue Letellier jusqu’à la rue du Théâtre d’un côté, et de l’autre, depuis l’impasse Ribetjusqu’au Théâtre; la rue du Commerce, depuis la rue Letellier jusqu’à la rue du Théâtre ; le Passage Tournus ; la rue de la Vierge.
Section C : la rue Croix-Nivert, depuis la rue du Théâtre jusqu'à la rue de Javel ; le Pourtour et l’avenue du Théâtre; toute la rue Mademoiselle; la rue du Commerce, depuis la rue du Théâtre jusqu’à l’Eglise ; la rue du Marché : la rue des Entrepreneurs, depuis la rue Croix-Nivert jusqu’à la place
Violet ; le passage des Entrepreneurs; la place de la Mairie; toute la route de Transit , le Pourtour de l’Eglise; la rue et l’impasse de l’Église; la rue H en* ; la rue de Javel, depuis la rue Croix-Nivert jusqu’à la rue de Grenelle.
Section D : Toute la rue Violet; le boulevard, depuis la rue Violet jusqu'à la Cunette; les quais de Grenelle et de Javel: la limite du territoire d’Issy, depuis les bords de la Seine jusqu’au chemin des Vaches; le chemin des Vaches; la rue de Grenelle ; la rue des Entrepreneurs, depuis le quai jusqu’à la place Violet ; et enfin « tout ce que contiennent de rues, chemins, places, passages, avenues, rues projetées, les susdites limites ».
D’après les instructions du ministre de l’Intérieur, du 20 mars 1848, les quatre compagnies constituèrent leurs cadres et nommèrent leurs officiers.
La compagnie A comprenait 889 hommes: la compagnie B : 076; la compagnie C : 355; et la compagnie ü : 358. Soit : 1.478 hommes. Chacune nomma 2 capitaines, 3 lieutenants, 4 sous-lieutenants, 1 sergent-major, 1 sergent fourrier, 14 sergents et 28 caporaux. Les numéros des compagnies furent ensuite tirés au sort1.
La loi du ]3-2Ôjuin 1 85 1 prévoyait le cas du maintien ou de la suppression du corps de cavalerie attaché à la légion de la banlieue. En vertu de l’article 34 de cette loi, le Conseil municipal de Grenelle fut consulté sur la question de savoir s’il était pour ou contre cette suppression. Dans sa séance du j3 septembre 1 85 1 , il prit la délibération suivante :
Considérant que la commune de Grenelle ne compte dans son sein que trois de ses habitants faisant partie du susdit escadron;
1. Archives de la Seine. Registre n° 3 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
Considérant que les services que ce corps de cavalerie est appelé à rendre sont beaucoup moins importants et utiles que ceux de la garde à pied;
Considérant que ce corps, qui par la nature de son équipement et des frais qu’il occasionne ne peut se recruter que parmi les personnes aisées, ce qui prive la garde à pied de citoyens notables qu’elle désirerait voir dans ses rangs ;
Considérant, enfin, que dans un bat d’équitable répartition des charges imposées par le service de la garde nationale à pied toujours si pénible, ce service doit être supporté par le plus grand nombre possible de ceux qui sont en position de le faire.
Le Conseil, tout en reconnaissant le zèle qu’a déployé en toute circonstance l’escadron de la légion émet l’avis que cet escadron soit supprimé pour que chacun de ses membres soit réintégré dans la garde nationale à pied de sa circonscription respective1.
En vertu de cette même loi, les compagnies communales d’un canton pouvaient être formées en bataillons cantonaux et en légions, par décret du pouvoir exécutif rendu après avis des conseils municipaux de la circonscription. Consultée par le sous-préfet de Sceaux sur la transformation du bataillon communal de Grenelle en bataillon cantonal, la municipalité, dans sa séance du 16 novembre i85i, émit un vœu demandant le maintien de son bataillon communal, et sollicitant qu’il devint le 6e bataillon de la 3e légion de la banlieue de Paris 2.
Nous avons dit que la garde nationale avait été réorganisée après le coup d’État du 2 décembre r 85 1 , par le décret du ii-22 janvier i852. 11 semble bien que le nouveau pouvoir qui se levait sur l'horizon politique de la France n était pas pour déplaire au bataillon de Grenelle, du moins si l’on en croit l’affirmation de son chef, iVl. Payen, qui s’en portait garant dans une lettre adressée au général commandant supérieur des gardes nationales de la Seine :
« Paris, le 24 juin i852.
« Mon général, l’excellent esprit de la garde nationale de
1 .Archives de la Seine. Registre n°4 des délibérations du Conseil Munici pal de Grenelle.
2. Archives de la Seine. Registre n“ 4 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
Grenelle et son énergique dévouement au prince Louis- Napoléon ont rendu très facile, dans cette commune, la réalisation de toutes les mesures prescrites pour la réorganisation du bataillon...
« Le chef du ^5e bataillon. Signé : Payen1. »
A ce moment même, la garde nationale de Grenelle disposait d’un budget de 2.770 francs se décomposant ainsi : Solde des tambours : i.5oo francs. Entretien et habillement des dits : 200 francs. Entretien des caisses et des armes : 200 francs. Entretien du corps de garde : 5o francs. Chauffage et éclairage du dit : 200 francs. Impressions, billets de garde, registres : 3oo francs. Dépenses collectives du bataillon : 270 francs ’.
Des héroïques gardiens de la Cité, le cours de notre récit nous fait passer au modeste serviteur des jardins et des moissons, c’est-à-dire au garde champêtre. Mais pour cela nous remonterons jusqu’en 1822, époque où la plaine de Grenelle appartenait encore à Vaugirard, et était sous la surveillance du collègue du père Bonvin, l'un des deux gardes champêtres de cette commune.
Dans notre monographie de Vaugirard, nous avons longuement parlé de ce dernier sans épuiser son histoire. Nous pensons pouvoir la reprendre aujourd’hui sans sortir de notre cadre, puisque Grenelle est un démembrement de Vaugirard.
Un carnet de notes rédigé par François Bonvin, le peintre célèbre, fils du garde champêtre en question, qui est une véritable autobiographie de cet artiste, donne de curieux renseignements sur sa jeunesse en cette région.
\. Archives de la Seine. Grenelle. Carton D. I.
2. Archives de la Seine. Registre n° 4 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
Il naquit le 22 novembre 1817, à Vaugirard : « au coin de la rue de l’Ecole et d’une ruelle-égout, transformée depuis en rue Mademoiselle , tout proche de la rue de Sèvres». Son père était François-Joseph-Eustache Bonvin ; sa mère, Marie- Louise Simon. François avait quatre ans quand sa mère mourut, malheur qui incita son père à convoler en secondes noces avec Adélaïde Beurier, fille d’une marchande de tabac de la rue de Vaugirard, et couturière. Le père Bonvin, ancien gendarme de la Seine, travaillait alors à la fabrique de coton Grombert et Michelet; il fut, en 1822, nommé garde champêtre de Vaugirard, avec mission de surveiller la plaine de ce nom, tandis que son collègue, le sieur Cadier, explorait celle de Grenelle, non encore transformée en commune, et : « où se faisaient alors les petites guerres ».
Le rédacteur dés notes a probablement voulu dire que l'on y accomplissait des exercices à feu et des manœuvres? Très curieusement, il dépeint l’uniforme de son père : drap vert, chapeau à galon, plaque d’argent; et ajoute qu'il recevait souvent, pour sa bonne tenue, les compliments du maire de l’endroit, M. Fondary, auquel le futur peintre trouvait « un nom de comédie ».
En 1824 le carnet indique une forte brouille entre les deux modestes fonctionnaires, suivie peut-être d’un duel, et aussi du départ de Bonvin pour Vanves, où il retrouve une situation semblable à celle qu'il abandonnait.
François Bonvin avait alors sept ans et devint enfant de chœur dans la nouvelle localité. A quelque temps de là, son père donnait sa démission, revenait à Vaugirard, travaillant manuellement chez qui voulait l'employer.
Nous voici en 1825, le jeune François entre à l’école du sieur Fressin, instituteur à Vaugirard, où il a pour condisciple
le dessinateur Laurent-J an, qui, lui aussi, se fera un nom dans les arts. François passe ensuite à l’école paroissiale, et se retrouve enfant de chœur à Saint-Lambert, pendant la cure de M. Ducôte. Rien n’est amusant comme la description qu’il fait des vieilles maisons de Yaugirard, dans lesquelles il fréquente, et qui appartiennent à ces habitants que nous avons souvent cités, les Grognet, les Discret, les Alban. les Fondary. et tant d’autres.
Au mois de décembre 1827, la famille Bonvin quitte encore Vaugirard pour Montrouge, où une place de garde champêtre est de nouveau offerte au père. 11 la conserve jusqu’au Ier janvier i83i, date à laquelle il est nommé dans le même poste, à Vaugirard, avec 900 francs d'appointements, soit une augmentation de 200 francs. François Bonvin a alors trois frères : Pierre, Antoine et Joseph. 11 est lui-même petit fonctionnaire à la mairie de Vaugirard : saute-ruisseau, garçon de bureau, balayeur et allumeur. Ses appointements sont de i5o francs par année, et le secrétaire de la Mairie, M. Delacour. l’auteur vraisemblable des Almanachs de Vaugirard-Grenelle. lui apprend la grammaire par-dessus le marché.
Le carnet de notes auquel nous faisons ces emprunts, avait été donné par François Bonvin à sa fidèle compagne, Louise. M. L. Gauchez l’a publié dans l'Art1.
Nous 11'avons pas le loisir de suivre plus longtemps le futur artiste dans ses notes pittoresques, qui s’éloignent, d’ailleurs, de Vaugirard et de Grenelle ; rappelons seulement que son frère, Léon Bonvin. le plus jeune des fils du garde
1. L’Art , 14” année (1888), t. Il, pp. 61 à 69 ou t. XLV de la collection. (Je dois la connaissance de cet article à M. René Farge, que je remercie bien vivement. )
champêtre, jouit aussi d'une réputation méritée comme aquarelliste, en son cabaret de Vaugirard1.
On pensera facilement que Grenelle, au moment de son érection en commune, en i83o, possédait encore de nombreux champs, jardins et cultures maraîchères, et par conséquent avait encore besoin d’un garde champêtre. M. Léonard Violet avait bien, à la vérité, tracé des rues et des places en 1824. mais les maisons édifiées entre l’acquisition du domaine à Ginoux et sa formation en commune, étaient loin d’avoir absorbé les 3op arpents « plantés en luzerne et en colza » dont était formée la plaine de Grenelle, ce qui représentait 104 hectares g5 ares 93 centiares.
Le garde champêtre avait donc toujours, semble-t-il. son utilité. Aussi bien le trouve-t-on mentionné dans le premier budget, celui de 1 83 1 , avec des appointements annuels de 720 francs. L’importance de cette somme s’explique par la quadruple fonction que remplissait cet agent, qui était à la fois garde champêtre, allumeur, afficheur, et garçon de bureau de la mairie2.
En 1 833, à l’occasion du vote du budget de i83q, la question du maintien d'un garde champêtre fut agitée au Conseil municipal. 11 s’agissait alors d’en nommer un qui serait, en même temps, cantonnier et balayeur. Une combinaison contraire fut soutenue dont l’économie est indiquée dans l’argument suivant, produit au cours de la discussion :
Les terres en culture dépendant de la commune de Grenelle sont fractionnées en un nombre de lots trop considérable et séparées par diverses constructions qui rendraient tout à fait inefficace pour le plus grand nombre des propriétés la
1. Monographie de Vaugirard, par M. Lucien Lambeau, pp. 282 à 284, 423 et 5o6.
2. Archives de la Seine. Registre n* 1 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
surveillance d’un garde champêtre, que, d’ailleurs, les trois fonctions indiquées sont sinon tout à fait incompatibles, du moins très difficiles à remplir par le même individu, que, d’ailleurs, l’utilité d’un cantonnier spécial est tout à la fois incontestable, que c’est ainsi seulement qu’on peut parvenir à un bon entretien des chemins non pavés que, par suite, un cantonnier spécial soit nommé, que son salaire soit porté à 25o francs et qu’il n’y a pas lieu à la nomination d’un garde champêtre L
Cette motion resta sans doute lettre morte, du moins en ce qui concerne le garde champêtre, puisque, dans un arrêté du 18 août i83q, pris par le sous-préfet de Sceaux, nous trouvons la mention suivante :
Nous, Maître des Requêtes, sous-préfet,
Vu, sous la date de ce jour, la commission que nous avons délivrée au sieur Gilles Langlois pour exercer les fonctions de garde champêtre dans la commune de Grenelle1 2...
Le modeste fonctionnaire dont il s’agit, ne cumulant plus d’autres attributions municipales, jouissait seulement d’un traitement annuel de 140 francs. Il avait été désigné au souspréfet par avis du Conseil municipal du 5 août i83q. Mais voici qu’il s’acquitte fort mal de ses fonctions et que, en dépit des maigres émoluments dont il dispose, on le rencontre plus souvent attablé chez les marchands de vins que surveillant les jardins et les cultures de la localité :
Il continue à fréquenter continuellement les cabarets, s’occupe sans cesse d’atfaires étrangères à son service et qui l’en détournent, que, par suite, il n’exerce pas de surveillance dans la plaine, ce qui occasionne les plaintes fondées des cultivateurs.
Gilles Langlois est donc révoqué par le Conseil municipal dans la séance du 10 novembre 1 835, et remplacé par le sieur
1. Archives de la Seine. Registre n* i des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
Le Gigan, âgé de 38 ans, « honorablement connu », et habitant rue des Entrepreneurs, n° 5.
Au budget de r 836 les appointements du garde champêtre sont fixés à i5o francs '.
Contrairement à son prédécesseur, Le Gigan surveille non seulement les moissons, mais aussi l’intérieur du village. Une action de courage, accomplie en arrêtant deux individus porteurs de vases et d’ornements d’église paraissant avoir été volés, lui vaut une gratification de 5o francs que lui attribue le Conseil municipal, le 10 août 1 838 2.
En 184.5, le garde champêtre de Grenelle n’était plus rétribué parla commune, du moins pour cette fonction. 11 surveillait toujours les champs et les jardinages, mais au compte des cultivateurs de la localité, qui le payaient de leurs deniers. La municipalité, néanmoins, continuait à se servir de lui. notamment pour les courses de la garde nationale et. en général, pour tout ce qui nécessitait la présence d’un agent assermenté. On trouve dans la séance du Conseil municipal, du 5 février i8q5. que sa rémunération annuelle, pour ces services spéciaux, s’élevait à 200 francs3.
Le budget de 1 85/ portait encore un crédit de 600 francs pour le salaire des gardes champêtres.
En ce qui concernait la police proprement dite, l’ordonnance royale du 3o mars 1 832 avait étendu les attributions du commissaire de police de Vaugirard à la surveillance de la nouvelle commune de Grenelle. Par sa délibération du 9 mai 1 832 , le Conseil municipal avait accepté la combinaison, et voté une
1. Archives de la Seine. Registre rr i des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
2. Archives de la Seine. Registre n° i des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
3. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
allocation annuelle de 400 francs au fonctionnaire dont il s’agit ’.
Cette situation provisoire ne pouvait durer bien longtemps, et le moment allait venir où Grenelle, s’augmentant sans cesse en constructions et en habitants, ne tarderait pas à revendiquer son propre commissaire de police. Ce besoin fut l’objet d’une lettre adressée le 7 janvier 1841 au sous-préfet de Sceaux, par le maire de la commune, M. Juge, lui demandant d’intervenir à ce sujet, et lui signalant l'envahissement de la localité par des populations hétéroclites :
i\l. le Sous-Préfet, la Commune de Grenelle, qui avait joui de la tranquillité pendant longtemps, est aujourd’hui infestée de malveillants qui se livrent à des vols nocturnes. Tout récemment plusieurs vols ont été commis dans diverses maisons et ont répandu de l’inquiétude1 2.
Dans sa séance du 17 janvier suivant, le Conseil municipal, d’accord avec le sous-préfet, votait la création d’un commissariat de police spécial à Grenelle, et consentait l’allocation d’un traitement annuel de 1.800 francs en faveur du titulaire. Dans ses considérants, la délibération visait l’augmentation de la population, le percement des nouvelles rues, la construction de nombreuses maisons, et surtout l’ouverture de beaucoup de marchands de vins. Cette dernière indication ne fut pas sans avoir une certaine influence sur le vote exprimé3.
L’ordonnance royale du 4 mars 1841 devait donner satisfaction à la commune en nommant M. Collomp, commissaire de police de Grenelle, aux appointements indiqués plus haut.
1. Archives de la Seine. Registre rr 1 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
3. Archives de la Seine. Registre n" 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
Le 14 mars suivant, le nouveau promu prêtait le serment d’usage entre les mains du maire :
Je jure fidélité au Roi des Français, obéissance à la Charte constitutionnelle et aux lois du royaume1.
Nous trouvons en 1846, dans une délibération du 8 février, l’allocation d’un crédit de 5p fr. 45 pour l’habillement d’un sergent de ville. C’était alors l’unique agent de cette nature2.
En 1 852 , le 14 novembre, le Conseil municipal votait la création de deux emplois de sergent de ville, aux appointements de 1.000 francs chacun, plus l'habillement. Cette création était faite comme substitution aux deux emplois suivants : secrétaire-agent de police, et garçon de bureau attaché au Commissariat3.
2. Archives de la Seine. Registre n* 3 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
3. Archives de la Seine. Registre n” 4 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.