PREFACE
Le 2 mai 1889, quelques bons citoyens de Grenoble fondaient une Association ayant pour but l'étude et la réalisation des moyens propres à attirer et à retenir les touristes en Dauphiné. Les principaux d'entre eux étaient MM. Jullien-Février, de Montai, Merceron, Chabrand et de Maisonville. Ils donnaient à leur Association ce nom qui fut une trouvaille, et qui fit fortune, de Syndicat d'initiative de Grenoble et du Dauphiné. Dans leur premier bureau on relève les noms de MM. de Montai comme président, Chabrand comme trésorier, Paul Michoud comme secrétaire-adjoint, Georges Charpenay, etc.. Dès le début, leur programme comporta des éléments d'une précision telle qu'à l'heure actuelle la tâche qu'ils ont entreprise se poursuit avec une continuité parfaite, et que, se relayant alternativement au gouvernail, les présidents successifs, les de Montai, les Chabrand, les Michoud, sont arrivés à ce magnifique but de leur énergie et de leur désintéressement : Faire de Grenoble une capitale incontestée : La métropole de nos Alpes.
L'exemple de ces précurseurs fût suivi. Il y a maintenant plus de 500 Syndicats d'Initiative en France. Ils y ont, pour la plupart, prospéré, et ils constituent les éléments de base, les cellules fonda-
mentales de ce tourisme réceptif, qui est une de nos forces nationales. Mais tous, sans exception, reconnaissent à Grenoble l'initiative dans l'initiative; tous s'inclinent devant le premier et le plus ancien des Syndicats; pour eux, Grenoble est la Mecque du tourisme français. C'est de son côté, que, fervents croyants, ils tournent leurs regards, et c'est de ses exemples qu'ils s'inspirent.
Cet hommage et ces efforts étaient d'ailleurs dus par les Grenoblois à leur ville natale. Nulle cité au monde n'est égale en pittoresque à la capitale dauphinoise, et nulle autre n'est ceinte d'un horizon de beauté comparable au sien. Capitale des Alpes, elle l'est bien, cette ville où tout vous parle de la montagne, et où tout vous la fait apparaître. De quelque côté que l'on se tourne, elle s'impose à vos regards. Au bout de chaque rue ou de chaque avenue, c'est Belledonne, ou la Chartreuse, ou le Vercors qui vous appellent impérieusement. Au centre de la cité, c'est la vivante place Grenette, d'une animation incomparable, sorte de gare centrale du tourisme d'où chaque jour des essaims de véhicules, jadis cars à chevaux, aujourd'hui confortables et rapides auto-cars, permettent à des milliers de
Environs de Grenoble : la plaine, le soir.
Grenoble — Le Néron.
touristes de par- courir les plus merveilleux cir-
cuits. Et n'est-ce pas presque dans la ville elle-même que se mêlent l'un à l'autre, ces deux formidables torrents des Alpes : l'Isère et le Drac? Est-il possible de traverser Grenoble, sous quelque prétexte que ce soit, sans y subir la tentation, si facile à réaliser, du Lautaret, de la Bérarde, de la Chartreuse, des Grands-Goulets et de la Forêt de Lente? Et si l'on est alpiniste, où trouvera-t-on à profusion plus de belles et nobles cimes que celles de Belledonne, des Sept-Laux, de l'Étendard, des Aiguilles d'Arves, de l'Oisans, avec l'incomparable Meije, le Pelvoux, les Écrins et l'Olan, et tant d'autres, qu'ont chantées les grands précurseurs du tourisme actuel, membres de l'Alpine-Club de Londres, du Club-Alpin français, et de la Société des Touristes du Dauphiné, les glorieux vainqueurs de leurs difficultés? Il est un de ces grands et beaux spectacles de la nature, que nul ne peut contempler sans émotion, et dont, pour ma part, je ne connais pas l'équivalent : c'est la vue de Grenoble et de sa ceinture de montagnes, telle qu'on la contemple de la descente du Sappey ou de celle de St-Nizier; le panorama est vraiment indescriptible, tout se fond en un harmonieux ensemble : la fertile vallée du Grésivaudan, somptueux tapis étalé autour de Grenoble, et que festonnent les méandres argentés de l'Isère; la vaste plaine, qui insensiblement
lO
Grenoble — Le St-Eynard .
s'élève jusqu'aux débouchés des hautes vallées du fond, et qu'encadrent les plans échelonnés de l'Étendard, de l'Obiou, du Taillefer et du Vercors ; l'étincelant premier plan de Belledonne et de ses clochetons audacieux, et la grande muraille du Massif de la Chartreuse, si splendidement vertigineuse vers Grenoble, point central de convergence de tout ce pittoresque, merveilleux aboutissement de toute cette magnificence.
Qu'une ville pareille ait trouvé des poètes pour chanter sa beauté, nul ne s'en étonnera. Parmi eux, il en est un qui a voué son existence à l'exploration et à la description de son Dauphiné natal, et il n'est pas une page de son œuvre qui ne respire son ardent amour pour sa petite patrie. Nul mieux que Henri Ferrand n'était qualifié pour écrire ce beau Uvre, dont le texte et l'illustration sont un si bel hommage à Grenoble. On me permettra, dussè-je froisser sa modestie, de dire ici tout le bien que le tourisme français pense de ce vaillant pionnier de nos idées, de ce lutteur infatigable. Parmi les amoureux de la montagne, il en est beaucoup qui ne l'aiment que pour eux et qui font grise mine à ceux qui tentent d'en vulgariser les beautés.
Henri Ferrand aime la montagne pour elle-même, et, voulant qu'on l'aime comme elle le mérite, s'en est fait depuis toujours le propagandiste acharné; son amour pour l'Alpe française est inspiré du patriotisme le plus pur. Il est de ceux qui veulent que le monde entier n'ignore plus qu'il y a en France des merveilles égales aux plus vantées de l'Étranger; il est de ceux qui ont démontré victorieusement, que du Mont-Blanc au Viso, notre domaine montagnard était le digne pendant de la Suisse voisine. Et enfin, par la parole comme par la plume, il s'est fait toujours l'ardent défenseur de la beauté contre le vandalisme, et sa foi d'apôtre a sauvé du péril de l'avarice ou de l'incompréhension humaines bien des sites et bien des monuments de ce Dauphiné, dont il est un des meilleurs enfants.
Grenoble, capitale des Alpes françaises ! Le privilège d'écrire ce beau livre ne pouvait appartenir de plein droit qu'à Henri Ferrand.
On le lira avec l'admiratif sentiment que l'on a à parcourir de
belles choses, mais aussi avec l'émotion que l'on éprouve à voir le
cœur d'un auteur se donner tout entier au sujet qu'il traite. Et, une
fois de plus, la grande comme la petite patrie, auront contracté une
dette de reconnaissance envers le bon citoyen dont le nom figure en
tête de ce livre. ^ ,
Léon AuscHER
Président du Comité de Tourisme en Montagne du Touring Club de France.
Grenoble — La Montée Chalemont.
Grenoble et le Moucherotte.
Son histoire et sa situation. — Visite de la Ville.
institutions.
Ses monuments et ses
Aux premières lueurs de l'histoire, Grenoble apparaît sous le nom de Cularo. C'est de Cularo, in finibus Allobrogum (sur les frontières des AUobroges), qu'est datée, en l'an 43 avant notre ère, la lettre de Munacius Plancus à Cicéron, notre premier document. On admet généralement que Cularo avait vu passer en l'an 218 avant Jésus-Christ l'armée d'Hannibal allant conquérir l'Italie, mais on ne le retrouve avec certitude, que sur la grande carte des voies militaires de l'Empire romain, reproduction de l'Orbis pictus d'Agrippa (premières années de notre
ère), dont une copie, plusieurs fois remaniée, nous est parvenue sous le nom de Table de Peutinger. Une de ces erreurs de transcription, si fréquentes dans les anciens manuscrits, l'y présente sous la forme de Culabone. Pas d'autre précision écrite.
Campement du général romain, station de la voie romaine, seraient des désignations bien vagues et ayant quelque peine à identifier sans conteste l'ancien Cularo avec l'actuel Grenoble, si, vers le iii« siècle, l'importance grandissante de cette agglomération n'avait amené les conquérants à l'entourer de murailles, pour y fortifier leur domination. Ce travail, qui dura sans doute plusieurs années, fut achevé vers l'an 290, sous le règne de l'empereur Dioclétien. La preuve nous en est fournie par les inscriptions qui surmontèrent les deux Portes de l'enceinte, la Porte Jovienne et la Porte Herculéenne, inscriptions qui furent transcrites et conservées lors de la démolition de ces remparts. Celle de la Porte Jovienne était ainsi conçue :
Cour d'une vieille tnaison, rue Chenoise, N° 10 (XV 10 siècle).
DD. NN. IMPP. CAES. CAIVS AVREL.
VALERIVS DIOCLETIANVS
PF. INVICTVS
AVG. ET. CAESAR MARC. AVREL.
VALERIVS MAXIMIANVS
PF. INVICTVS AVG.
MVRIS CVLARONENSIBVS
CUM INTERIORIBVS AEDIFICIIS
PROVIDENTIA SVA INSTITVTIS
ADQUE PERFECTIS
PORTAM ROMANAM JOVIAM
VOCARI JVSSERVNT.
Pour la Porte Herculéenne, la dernière ligne, seule différente, portait :
PORTAM VIENNENSEM HERCVLEAM VOCARI JVSSERVNT.
A l'abri de ces murailles, dont Tour de l'Hâtel-de-Ville.
le tracé a pu être ï U exactement retrouvé, Cularo s'agrandit et se développa;
i |\ à I comme toutes les installations romaines, il s'orna de
temples, de monuments, de bains et de jeux ; des inscriptions en ont été recueillies, mais aucun vestige n'en a subsisté et toute restitution à cet égard ne ressort que du domaine de l'imagination.
La Porte Jovienne ou Romaine, qui fut plus tard appelée Porte Traine, se trouvait à l'extrémité de la Grande Rue, vers la place Grenette actuelle. C'est là qu'arrivait, des hauteurs de Jarrie, la voie romaine de l'Oisans, chemin de l'Italie. Cette porte fut démolie'^ en 1591, lors de la création d'une nouvelle enceinte par
Tourelle de l'Hâlel-de- Ville.
Lesdiguières. Quant à la Porte Herculéenne ou Viennoise, dénommée ensuite Porte de l'Évêché, elle était située vers l'extrémité Ouest de la place Notre-Dame, et subsista jusqu'en 1804. De là, partait le chemin qui traversait le pont de l'Isère, et s'élevait par la montée de Chalemont (Scala montis), pour aller redescendre vers Saint-Martin-le-Vinoux, et tendre à Vienne, capitale de la Province.
La muraille était renforcée par une grande quantité de tours, dont une seule subsiste encore et forme la base de la Tour des Archives de l'Hôtel-de-Ville. A une époque ultérieure, on y avait pratiqué une troisième issue, non pas une porte, mais une sorte de poterne, un petit pertuis, qui donnait accès à la rue Pertuisière, aujourd'hui rue Alphand.
Cularo était déjà le siège d'une garnison assez importante pour être inscrite sur la Notitia dignitatum, quand à la fin du iv^ siècle, la qualité de civitas lui fut conférée par l'empereur Gratien, dont elle prit lej^nom : Civitas Gratianopolitana. Ce fut ce nom de Gratianopolis, mâtiné de grec et de latin, et bien conforme à la langue dégénérée de l'époque, qui
Porie St-Laitrent.
Le Vieux Pont de Claix (1610).
passa par les transformations de Graianople, Grainople, et devint Grenoble. En même temps le christianisme, qui venait de pénétrer dans les Gaules, y installait un évêché, et parmi les Pères du concile d'Aquilée, en 381, figure un Episcopus Gratianopolitanus.
La chute de l'Empire romain ne paraît pas avoir eu pour Grenoble des conséquences bien désastreuses. A l'abri de sa robuste enceinte la ville assista sans doute à diverses péripéties du choc des ambitions d'alors, et le magnifique casque franc, trouvé à Vézeronce, et conservé au Musée de Grenoble, est un éloquent vestige des luttes qui ensanglantèrent la contrée. Mais il faut ranger parmi les fables, la vieille légende aux termes de laquelle le paladin Roland, neveu de Charlemagne, serait venu débloquer la cité assiégée par les Sarrasins, ou même la reprendre sur eux, après quoi il aurait fondé la Tour sans Venin. La tradition de l'évêque Izarn, reconquérant, au x* siècle, son diocèse sur les païens est elle-même fortement contestée. Mais nous rentrons dans la vérité historique pour trouver, dès le xi^ siècle, deux pouvoirs en lutte pour la souveraineté : les évêques de Grenoble, d'une part, et les comtes d'Albon, devenant peu à peu les princes Dauphins, de l'autre.
Casque mérovingien trouvé à Vézeronce (Isère).
Inutile d'esquisser, ici, la fameuse controverse sur l'origine de ce nom de Dauphin; au xii« siècle, le pouvoir de ces princes s'établit sans conteste sur Grenoble, qui devint la capitale d'un petit État, et nous savons
qu'au xiv« siè- Dauphin, Humfit cession à la
La physiode la ville est plan visuel, que firent dresser, Prévost , et François de le publia, en adaptation de phie de Sébas-
A moitié l'inondation de par les guefres désolée par épidémies, Grefita guère de rait dû lui dontration si pruguières. Celui-ci comme nous tracer une nou- (qui ne fut longtemps il fit faire de de défense contions, et dédu Drac qui gnait le pied
Rue Barnave N° 22
Maison de François Marc
Coût intérieure (XVI^ siècle).
cle le dernier bert II, en France.
nomie d'alors précisée par un ses consuls en 1572, par envoyèrent à Belleforest, qui 1575, dans son la Cosmogratien Munster, démolie par 12 19, ruinée de religion, de nombreuses noble ne prol'essor qu'auner l'adminisdente de Lesdifit cependant, l'avons dit, velle enceinte achevée que après sa mort) ; grands travaux tre les inondatourna le lit jusqu'alors baioccidental des
remparts, et envoyait un de ses bras, le Draquet, jusqu'à la place Grenette. C'est à cette époque que remonte la construction du pont de Claix, dirigée par Jean de Beins, ingénieur de Lesdiguières, suivie quelques
années plus tard de la création de la belle promenade qui le reliait à la ville, et qui prit le nom du président de Saint-André, son promoteur.
Malgré de très notables améliorations, Grenoble ne se développait guère, et XVIII® siècle, sa teignait à peine 10.000 habicousse de la Réçaise qui, comprit naissance aux assemblées Romans , les mier Empire , réaction de la lui furent favopoint que l'endiguières, dément insufiSremplacée. En vaient de nouqui faisaient bler la superfide Grenoble, et qu'une étape, rapports offitaient à Grenotion de 32.000 tablissement rées, qui se autour de ce menta bientôt un tel point l'arrêt imposé
heurs de 1870, un nouvel élargissement fut nécessaire. L'enceinte de 1880 comprend une étendue de plus de trois kilomètres carrés et la ville compte maintenant plus de 80.000 habitants.
Rue Barnave N° 22
Maison de François Marc
Conseiller au Parlement (XVI^ siècle).
vers la fin du population atau chifîre de 1anlF. la Fe volution Franme on le sait, en Dauphiné de Vizille et de guerres du Pieles conflits et la Restauration, râbles, à un tel ceinte de Lesvenue notoiresante, dut être 1836, s'acheveaux remparts plus que doucie territoriale ce n'était là En 1855, les ciels constable une populahabitants. L'édes voies fergrou paient centre en augl'importance à que, malgré par les mal-
GRKNOBLE
Cette importante agglomération s'est largement développée dans la vaste plaine qui s'étend au confluent de l'Isèreet du Drac. Deux vieux quartiers, celui de Saint-Laurent et celui de la Perrière, plaqués au bcis des pentes du Rachais, le dernier contrefort du massif de la Chartreuse, s'allongent sur la rive droite. Ceux de l'antique cité romaine, aux maisons hautes et resserrées, comme ceux de la nouvelle ville aux bâtiments luxueux et aux larges artères, s'étalent joyeusement dans le delta de la rive gauche.
L'aspect de Grenoble, entourée de sa ceinture de montagnes, égayée par sa rivière, largement pénétrée d'air et de soleil, ruisselante d'une eau pure et salubre, offre un coup d'oeil des plus impressionnant. Nulle part, on ne rencontre un spectacle pareil au merveilleux panorama qui, du Mont- Blanc à la Dent de Montant, se déroule en demi-cercle autour de la cité.
Les incessantes transformations de la ville ne lui ont permis de conserver que bien peu de monuments anciens. Le plus curieux de tous est
Crypte de St-Laurent (VII^ siècle).
L ' Église St-A ndré (XlII'sude)
sans contredit la crypte de Saint-Laurent, autrefois église de surface, peu à peu recouverte par les éboulements de la montagne, et sur laquelle a été édifiée l'église actuelle de Saint-Laurent.
L'architecture sobre et sévère de ses chapiteaux la classe vers la fin du VI® siècle, et c'est sans doute le plus curieux vestige, en France, de l'art mérovingien.
Dans la cathédrale Notre-Dame, très fréquemment remaniée, mais dont le clocher roman d'un style assez pur a été classé comme monument historique, il faut visiter le resplendissant Ciborium, magnifique échantillon du gothique flamboyant, sculpté et travaillé comme un bijou de pierre entre les
années 1455 à 1460 par des artistes inconnus.
Un groupe de monuments, accolés et enchevêtrés, se compose de l'église Saint-André et de l'Hôtcl-de-Ville. Malgré ses mutilations et ses adjonctions, cette église, dédiée à Saint-André, est le monument religieux le plus complet et le plus harmonieux que possède la ville. Entreprise au commencement du xii« siècle, par les soins du Dauphin Guignes André, qui consacra à son achèvement une rente de 30.000 sols à prélever sur les produits de la mine de Brandes, elle s'éleva tout proche des ruines de l'église Saint-Jean,
et elle s'orna, comme portail latéral, de Mausolée de Bayard
dans l'é"lise St- André.
la construction qui avait été auparavant le portail frontal de cette collégiale. Son ordonnance intérieure est sobre et imposante, et sa partie la plus intéressante se forme du beau clocher gothique qui dresse la pointe de sa flèche à 72 mètres au-dessus du parvis.
L'Hôtel-de- Ville, soudé à l'église Saint- André par la partie qui devait en être autrefois le portail principal dans l'axe de la nef, fut l'hôtel du connétable de Lesdiguières, puis l'hôtel de Villeroy. Acheté par la ville, au xviii* siècle, des descendants de cette famille, il ouvre sa façade principale sur un assez vaste espace, appelé le Jardin de Ville. Celui-ci était d'abord un beau jardin à la française, avec terrasses superposées, dans l'esprit de Le Notre : il a été l'objet de diverses modifications qui, tout en respectant les grandes lignes du plan primitif, ont transformé le quinconce en une sorte de jardin anglais, avec rocailles et pièce d'eau, et ont aménagé une partie basse en jardin fleuri.
En face de l'église Saint-André, se voyait un beau monument de
Cloître du couvent des Minimes.
Ciborium de la Cathédrale Notre-Dame (XV^ siècle).
Palais de Justice — Chambre des Comptes (Bois sculpté par Paul Jiide, 1524).
l'art gothique, l'ancien Palais des Dauphins, devenu le Palais de la Cour des Comptes, puis le Palais du Parlement de Dauphiné, et de nos jours, le siège de la Cour d'Appel. Il a dû être réparé : un prolongement important a été construit dans le style de l'édifice primitif, puis celui-ci a été restauré, et il serait bien difficile d'indiquer aujourd'hui ce qui subsiste du vieux Palais. L'ensemble ainsi obtenu n'a plus ces proportions précises qui étaient le caractère harmonieux de l'architecture de nos pères, et il en demeure seulement que c'est l'unique Palais de Justice de France dans lequel on descende.
Malgré sa façade sur trois alignements, la surcharge d'ornements au-dessus de sa porte principale, l'édifice qui doit un véritable prestige à son histoire passe aux yeux des visiteurs pour digne de son ancien renom. On ne manque pas d'aller dans les salles intérieures, admirer les exquises boiseries anciennes qui ont été savamment rajustées.
Ce sont là, les seuls monuments que l'art des âges précédents ait légués à Grenoble, car on peut à peine mentionner la Tour de l'Ile, qui
Le Palais de Justice (ancien Palais delphinal). Au premier plan, Bayard, par Raggi.
servit un moment d'Hôtel-de-Ville, et qui, devenue Tour de la Citadelle,
est défigurée par un toit moderne et par le colombier militaire, — la Tour
de Clérieux, enchâssée dans les maisons de
la place Notre-Dame, et qui sert, bien
rarement, de belvéder, — une maison
Renaissance, rue Chenoise, où naquit
Vaucanson, et qui a été défigurée pour
l'utilisation actuelle, — les restes de
l'Hôtel de Chaulnes, Grande rue, — ceux
de l'Hôtel de Crouy-Chanel, rue Broche-
rie, — d'une maison style François i«',
dans la cour de la précédente et l'Hôtel
de Madame la Connétable, à peine recon-
naissable, dans une maison à loyers, rue
de France.
Des considérables remaniements, que sa prospérité et son extension ont appor-
Palais de Justice — Détail de l'entrét.
L' Hôtel-de-Ville et le clocher de St- André.
tés à la ville, sont nés de nombreux monuments modernes, le Musée- Bibliothèque, la Préfecture, le Palais de l'Université, celui de la Chambre de Commerce, le Théâtre, l'École des Arts Industriels, l'Église Saint-Bruno, etc., dont la description, même sommaire, allongerait d'une façon exagérée cette esquisse rapide des beautés de Grenoble.
L'ornementation de la cité est due surtout, comme nous l'avons dit, à sa situation incomparable, et les quais en pierre de taille qui enserrent l'harmonieuse courbe de l'Isère doivent à leur cadre de montagnes la pittoresque beauté de leur aspect. Cette superbe promenade des quais s'est récemment complétée par la création du Jardin des Dauphins, due aux efiorts avisés du Syndicat d'Initiative.
Aux premiers âges de nos chroniques, le dernier prolongement du massif montagneux de la Chartreuse, le Rachais, alors appelé Mont Esson, venait baigner ses escarpements rocheux dans l'Isère, et le chemin de France, plus tard la route de Lyon, était obligé de les escalader par la rude rampe de l'ancienne voie romaine, aujourd'hui la montée de Chale-
Le Jardin de Ville — Parterre français.
mont. Plus tard, après que le rescindement de l'éperon par les carrières de la Perrière eût permis de retracer la route aux bords de la rivière et d'y établir la Porte de France, les parties basses de ce qui restait du rocher furent converties en jardins, par Jean-Baptiste DoUe. Au commencement du siècle dernier, les nécessités de la défense firent englober dans une même forteresse les jardins Dolle et la propriété Rabot, dont le premier fort de Grenoble conserva le nom. Mais la nouvelle enceinte de 1880 avait déclassé les batteries Dolle, dont les terrasses demeuraient sans emploi. C'est sur cette première assise de la montagne que la récente organisation est venue installer un véritable jardin alpin, qui, par des rampes savamment graduées, s'élève jusqu'à un belvéder dominant toute la ville. Le Jardin des Dauphins est maintenant l'un des joyaux de Grenoble.
Au point de vue artistique, les places et les squares de la ville se parent de nombreuses fontaines monumentales, ou de statues.
La plus remarquable est, sans contredit, le majestueux monument du Centenaire, conçu et exécuté par le sculpteur grenoblois Henry Ding. Une
La Terruisc du JniJ-,,! iL l'ilL
Vue prise du Jardin des Dauphins
large vasque, dans laquelle des tritons de bronze rejettent une eau abondante, baigne un ample fût, au sommet duquel trois fières statues, symbolisant les Trois Ordres, échangent un solennel serment.
Le délicat château d'eau Lavalette, avec ses enfants jouant sur des dauphins de bronze, mériterait une meilleure place que le coin étroit de la place Grenette. Enfin, sur la rive droite, à l'entrée de la rue Saint-Laurent, la fontaine du Lion, œuvre aussi d'un dauphinois le sculpteur Sappey, attire l'attention, ainsi que le Torrent d'Urbain Basset, enfoui dans la verdure du Jardin de Ville.
La statue du connétable Lesdiguières, déshabillé en Hercule, par Jacob Richier, placée sur un piédestal
Au Jardin des Dauphins.
très artistique, se dresse dans les plate-bandes fleuries du Jardin de Ville; le chevalier Bayard mourant, par Raggi ; Xavier Jouvin, par Henry Ding; Vaucanson, Berlioz, par Urbain Basset ; la Sentinelle Gauloise, par Irvoy ; le monument de Doudart de la Grée , par Recoura ; le buste du général Février ; le médaillon du général de Beylié, rappellent la mémoire de quelques glorieux enfants du pays.
En outre, les Grenoblois ont Grande salle de la Bibliothèque. multiplié chez eux
les collections scientifiques ou artistiques destinées à l'instruction du public. Une bibliothèque considérable, dont la formation remonte au xviii® siècle, s'abrite dans un vaisseau dont la belle tenue architecturale est très remarquée. Le Musée de peinture, qui lui est contigii, renferme des toiles de grande valeur qui en impose la visite ; il possède aussi des salles de gravure, de mobilier, une salle indo-chinoise, et une salle égyptienne. Le Musée d'Histoire Naturelle, attenant au Jardin des Plantes, vaste parc
Stendhal, d'après Rodin.
La Treille de Stendhal d'après une aquarelle de Vignal (20, Grande-Rue) .
t^-3y.*-.a)itiiiÉi i>,i.>j jiu
Manuscrit de la Grande Chartreuse (XI I^ siècle). Scène de la Bible. (Bibliothèque de Grenoble N° 2).
Musée — Salle du Rubens.
orné d'arbres très anciens, se recommande par des herbiers célèbres et une collection minéralogique très importante. Dans une chapelle désaffectée, ancien arsenal de Sainte-Marie d'en-bas, on a récemment formé un Musée Dauphinois, précieux conservatoire de tous les souvenirs locaux. Il donne provisoirement asile aux inscriptions romaines, irréfutables témoignages des origines de la cité.
Ainsi qu'il se dégage de cette esquisse, Grenoble a subi de nombreuses, d'incessantes transformations. La petite ville provinciale d'autrefois est devenue une ville bien moderne, que sillonnent de larges artères ombreuses, bordées, en été, de corbeilles fleuries, de palmiers, d'orangers.
Quant aux institutions de Grenoble, nous devons citer, parmi elles, le groupement connu sous le nom de Syndicat d' Initiative dont la principale occupation est de rechercher les améliorations désirables dans les divers services qui intéressent le public : voirie, transports, hôtels, etc., d'étudier les moyens de les réaliser et de renseigner le touriste. Les bienfaits de son action sont considérables.
Musée — Paul Véronèse — Jésus guérissant une femme.
Fière de son Université, Grenoble en a accru l'influence grâce au concours de l'initiative privée. Un généreux bienfaiteur, enfant de la ville, M. Brenier, a, par la munificence de ses dons, facilité la création de l'Institut Électrotechnique, bientôt devenu la principale pépinière des ingénieurs électriciens de l'Europe entière. Il lui a été adjoint une école de papeterie, non moins florissante.
Le Comité de patronage des étudiants étrangers, dont le président fondateur fut, en 1896, le regretté Marcel Reymond (mort en 191 4), fournit un appui précieux à l'Université de Grenoble. Par ses soins ont été créés les cours de vacances, au cours desquels les professeurs viennent exposer la phonétique, la sémantique, en même temps que la législation française et les principaux rouages de notre vie administrative et politique. De tous les pays d'Europe, on pourrait presque dire du monde, de nombreux étudiants viennent recueillir les enseignements de ces maîtres.
Dans cette ville universitaire les Sociétés littéraires, scientifiques et artistiques ne font point défaut. Grenoble s'enorgueillit de voir son Académie Delphinale remonter pour sa fondation au xviiie siècle, et se targuer de lettres patentes délivrées par Louis XVI.
Enfin, les Société alpines et sportives, entretiennent parmi la
Musée — Rubens — Si-Grégoire entouré des Saints.
Le Palais de V Université. >
jeunesse, la culture physique, la robustesse et la santé, en même temps qu'elles enseignent à tous l'utilité de l'effort et la connaissance de la constitution du pays, avec l'amour de ses beautés.
Toutes ces institutions, dues à l'initiative privée,
viennent alimenter la vie intellectuelle si intense
en Dauphiné, et contribuent dans une large
mesure à ces commodités de l'existence qui
rendent Grenoble si attirante et si prospère.
Enfant et Dauphin du Château d'Eau.
Le matin dans la vallée du Graisivaudan.
Le Graisivaudan
De Voreppe à Chapareillan. — La Tronche, le Touvet, Tencin.
La magnifique plaine, qui s'étale aux alentours de Grenoble, est appelée le Graisivaudan. Région d'une fertilité exceptionnelle, elle est l'objet de la part de ses habitants d'une culture intensive qui n'en laisse pas un centiare en friche, et toujours, la bonne mère nourricière récompense par d'abondantes récoltes les efforts de ses enfants.
A l'esprit d'un géologue, qui, d'un belvéder approprié, du Mont Jala ou de la Tour sans Venin par exemple, en prend un coup d'œil d'ensemble, cette partie de la vallée de l'Isère qui bute de tous côtés aux pieds de hautes montagnes se présente avec les caractères irrécusables d'un
fTll
Sur les arêtes du Néron — Confluent de l'Isère et du Drac.
ancien lac. Des observations locales y marquent avec évidence des sédimentations successives, l'occupation des glaciers, des charriages et des creusements puissants ; mais tous ces témoignages sont dominés par la longue stagnation des eaux qui, pendant des siècles innombrables, ont recouvert les anciens lits glaciaires et torrentiels, et les ont nivelés par le précieux humus que leur déversaient sans cesse les^ écoulements des vallées latérales. Schistes noirs de la Maurienne, kaolin des granits des Sept-Laux et de^ rOisans, calcaires du Dévoluy et du Vercors, ' s'y sont unis en un limon particulièrement fertile dont des siècles de culture n'ont pas épuisé l'abondance. La culture de la vigne, des céréales, les plantations de noyers forment le fond de l'exploitation agricole de cette vallée. Sur une longueur de plus de quatre-vingts kilomètres.
Vieille Église de Voreppe.
L'Isère en aval de Grenoble, au pied du Néron.
avec une largeur variable de trois à quatre kilomètres, la plate-forme de la cuvette, sensiblement horizontale, n'est mouvementée que par les cônes de déjection des torrents latéraux, aussi a-t-elle donné naissance à un grand nombre d'agglomérations agricoles.
A son aval, au point où elle vient se heurter aux renflements avant coureurs des Terres-Froides, ou se perdre dans les marais de Moirans et de Tullins, nous y trouvons le bourg de Voreppe.
Une étymologie, sans doute plus ingénieuse que certaine, fait dériver le Castrum Vorappium de Vorago Alpium, l'entrée des Alpes. La situation se prête admirablement à cette interprétation, et de la montée de la Buisse, ou des coteaux de Saint-Jean-de-Moirans, même du renommé belvéder de Vouizè, on voit le superbe portique dessiné par les rochers de Roize et l'Aiguille de Chalais d'une part, le Bec de l'Échaillon et la Dent de Montaud de l'autre, encadrer, au fond de la plaine fuyante, les monts de Lavaldens, de Saint- Jean-de-Vaux et du Dévoiuy : c'est bien réellement l'entrée des Alpes, portique géant où commence la vallée du Graisivaudan qui, relativement étroite en ce point, s'élargira bientôt jusqu'aux portes de Grenoble.
Grenoble et les montagnes de la Chartreuse.
Élevé sur les apports du torrent de Roize, Voreppe présente, dans sa partie supérieure, quelques vieilles maisons et une ancienne église, dont le clocher est un remarquable spécimen du style roman. L'église neuve est banale, mais elle se recommande à l'attention par les fresques intéressantes dont l'a décorée le pinceau d'un enfant du pays, le peintre Debelle. Les roches voisines de Voreppe, étaient constituées par d'épais bancs de mollasse, qui ont fait l'objet d'une exploitation souterraine intensive, et les vastes salles excavées, séparées par d'énormes piliers ménagés pour soutenir la masse supérieure, donnent aujourd'hui l'impression d'une curieuse hypogée.
Au sommet de l'éperon de mollasse, un sentier pierreux et abrupt donne accès aux ruines encore altières d'un vieux château féodal, bclvéder peu fréquenté sur toute cette partie de la vallée; plus haut encore se dresse l'Aiguille de Chalais, au splendide panorama.
Exemple des vicissitudes de la route, Voreppe, qui était naguère très animé pendant la belle saison par l'incessant passage des voitures et diligences se rendant à la Grande Chartreuse par le Col de la Placette,
L'Isère en amont de Grenoble et la chaîne de Belledonuc.
s'était trouvé tout désemparé par l'établissement du chemin de fer de Voiron à Saint-Béron. Le tramway électrique qui vint le relier à Grenoble lui apporta une fiche de consolation en lui déversant sa
bonne part de promeneurs ; mais maintenant, l'intense développement de la circulation automobile, lui a rendu, et au delà, toute son ancienne activité.
Saint-Robert, jadis groupé autour du monastère de Saint-Robert de Cornillon, aujourd'hui siège de l'asile des aliénés, ne mériterait pas vme mention, si sa commune Saint-Égrève n'était le point de départ des excursions gastronomiques de Proveyzieux, de Quaix et de Pomaray.
Rocher de Cornillon, au Fontanil.
Château de Bouquéron et Grenoble.
La Buisserate, simple hameau de la commune de Saint-Martin-le- Vinoux commande le chemin qui monte à l'Ermitage de Néron, à Narbonne, et même à la sombre montagne. On sait que ce Néron, ou plus justement Neiron, qu'un malheureux calembour a travesti en Casque de Néron, est une cime attirante et dangereuse, qui a fait plus de victimes parmi ses ascensionnistes, que tous les autres pics du Dauphiné réunis. Son ascension comporte une partie d'escalade avant que soit atteinte la ligne des arêtes. Le panorama qu'on en découvre ne manque pas d'être impressionnant car de la ligne de faîte l'on peut diriger son regard aussi bien vers Grenoble que du côté de Voreppe tandis qu'à ses pieds l'on aperçoit le confluent du Drac et de l'Isère.
Sur l'autre rive de la plaine, une ligne parallèle de tramway dessert les villages agricoles de Sassenage, Noyarey et Veurey, mais les vieilles traditions féodales font souvent réserver le nom de Graisivaudan, à la partie de la vallée de l'Isère oui s'étale en amont de Grenoble.
Là aussi, sur l'une et l'autre rive, également plantureuses, serpentent deux lignes de tramways au travers d'agglomérations rapprochées mais
La Dent de Crolles.
alors que les agglomérations de la rive droite sont surtout agricoles celles de la rive gauche sont plutôt manufacturières.
Aux portes de la ville, le faubourg de la Tronche s'enorgueillit de posséder dans son église la Madone de la Délivrance, chef-d'oeuvre dont le célèbre peintre Hébert l'a dotée en hommage pour ses longues résidences. Frileusement nichée dans une conque du Mont Rachais, cette réunion de villas et de maisons de plaisance, est la petite Provence grenobloise. On en découvre un merveilleux coup d'œil sur le premier rideau des Alpes Dauphinoises, et tant sur son sol que sur celui de sa voisine la commune de Corenc, nous trouvons trois châteaux féodaux : l'ancien château des Dauphins, devenu le couvent de Montfieuri, célèbre par le noviciat de Madame de Tencin, et depuis converti en maison d'éducation, — le château de Bouquéron, perché comme un nid d'aigle sur un mamelon qui commande la plaine, — et le château d'Arvilliers, qui a conservé le nom vulgaire de Tour des Chiens.
Le tramway de Grenoble à Chapareillan, court tout au long de la rive droite de la vallée du Graisivaudan, s'arrêtant à une infinité de vil-
Panorama de Domène. — Les montaones dt '
lages, tous adonnés à la culture de la vigne. Leur heureuse exposition leur vaut de nombreuses et riches villégiatures. Au point de vue pittoresque, nous trouvons à mentionner la vieille Tour d'Ars, au-dessus de Saint-Ismier, construite, d'après Pilot, au xii^ siècle, — le grand château de Marcieu, qui domine le Touvet, — et le coquet castel du Muret, tout auprès de Barraux.
Tous ces riants coteaux sont bornés par les escarpements du Saint- Eynard, ou plus loin, par ceux qui supportent le plateau des Petites- Roches, avant-coureur de la longue muraille de la Dent de Crolles et de l'Aup du Seuil. Le vrai charme de cette région est la vue toujours changeante que dispensent la chaîne de Belledonne et le massif d'Allevard. A partir de l'inflexion qui se prononce vers le Touvet, le grandiose Mont-Blanc vient ajouter sa vision féerique à ce merveilleux tableau.
hartreuse : le S^-Eynard et la Dent de Crolles.
Tout près de Chapareillan, on peut visiter les abîmes de Myans, témoins de l'effroyable catastrophe, qui. en 1248, broya la petite ville de Saint- André, sous l'effondrement de la paroi du Granier, et coûta la vie à plus de cinq mille personnes.
Le caractère des agglomérations de la rive gauche du Graisivaudan, est sensiblement différent. Certaines d'entre elles, se sont groupées sur les rives de torrents latéraux qui, descendant des cimes neigeuses, avaient un débit régulier. Elles se sont appliquées à en utiliser les eaux, et ont créé des usines qui leur ont bientôt apporté une prospérité croissante.
La population, primitivement agricole, comme celle de la rive droite, est devenue en partie industrielle, et Domène, Lancey, Brignoud, Froges, Pontcharra, renferment maintenant un élément ouvrier impor-
Plateau des Petites Roches ■ — Vue sur Belledonne.
tant. Les papeteries de Lancey ont eu pour fondateur Aristide Berges, le Père de. la Houille blanche.
Au point de vue pittoresque, les campagnes de cette rive et les montagnes qui les dominent sont abondantes en sites et en souvenirs. Audessus de Domène, les ruines du château de Revel, ancienne demeure d'une branche des Alleman, font encore belle figure au sommet de leur mamelon.
A Tencin, une vieille tour maussade et délabrée rappelle l'ancien manoir des Guérin, d'où sortirent la fameuse Madame de Tencin et son frère, le cardinal. Quant au château qu'y possédaient les Aynard, il a été remplacé par une luxueuse demeure, dans le style Louis XV, qui est aujourd'hui le château de Monteynard. Le parc ombreux qui l'entoure, renferme un site des plus intéressants, appelé le Bout du Monde.
Au village supérieur des Adrets, on montre des pans de murs et les restes d'une cheminée qui seraient les vestiges du berceau du trop célèbre baron.
Près de Goncelin, au village de Morétel, on voit encoçe debout le château de Mailles, qui emprunte toute sa curiosité au souvenir de son maître Jacques de Mailles, qui fut le Loyal Serviteur.
Cette vieille masure a mieux résisté aux outrages du temps, que le manoir du bon chevalier. A Château -Bayard, en effet, tout proche de Pontcharra, les constructions datent au moins de trois époques différentes. Une maison toute moderne avoisine des pans de murs et deux tours qui remontent à deux ou trois siècles, et il n'y a plus qu'une tour écroulée et une vieille fenêtre à meneaux qui aient fait partie de la demeure du Chevalier sans peur et sans reproche.
Étant situé à peu de distance d'Allevard-les-Bains, Château-Bayard représente une des excursions les plus faciles que l'on puisse faire de la station; ainsi s'explique la faveur dont jouit cette promenade auprès des nombreux baigneurs.
La limite administrative, jadis limite d'États, met fin au Gratianopolitanus pagus, et maintenant au département de l'Isère, mais se riant de ces divisions arbitraires, la vallée continue avec les mêmes
Les Trois Pics de Belledonne vus de la rive droite de l'Isère.
caractères et remonte par Montmélian et Saint-Pierre-d'Albigny jusqu'à Albertville où elle se forme par la réunion de trois vallons supérieurs. Pour qui veut parcourir, ou seulement étudier le Dauphiné, cette longue plaine, si pittoresquement encaissée, est comme le vestibule qui donne accès à tous les massifs montagneux d'alentour.
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Couvent de la Grande Chartreuse.
La Chartreuse
Saint-Laurent du Pont. — Le Désert. — Le Monastère de la Grande- Chartreuse. — Les helvéders du Massif.
Parmi toutes les beautés qui se multiplient aux alentours de Grenoble les magnificences de la Chartreuse furent les premières connues et célébrées.
La grande réputation de l'Ordre qui, sous la direction de Saint-Bruno, s'était installé, en 1082, au sein de ces montagnes, et en avait pris le nom, y amenait chaque année , des visiteurs de marque. Malgré l'indifïcrence bien connue de nos pères pour les splendeurs de la nature, leurs yeux n'avaient pu demeurer fermés aux paysages qu'ils traversaient,
Tunnel stir la route de la Grande Chartreuse.
et déjà, au xviie siècle, nous trouvons vantée la beauté du trajet. Ces lieux, les premiers admirés, propagés par la poésie, le crayon ou le pinceau, sont demeurés la plus complète expression du pittoresque dans la nature, et la parfaite harmonie des rocs, des eaux et de la verdure y compose un ensemble heureux dont nul ne peut s'empêcher de ressentir la vibrante émotion.
Naguère les diligences lourdes et massives, puis les cars-alpins plus légers et mieux construits, partaient de Grenoble pour conduire les visiteurs à la Chartreuse.
L'établissement du chemin de fer de Voiron à Saint-Béron fut une
Forges de Fourvoirie.
Le Guiers — Entrée du Désert.
amélioration qui, malgré le détour par Voiron, réduisait considérablement le temps de la gène et de l'immobilité. Mais le développement de la traction automobile a rélégué au second plan cet itinéraire qui n'était pas sans valeur, et aujourd'hui, les autocars s'élancent de tous les centres
vers le paysage De Grenode Chambéry Bains, on se Laurent-duclef du Désert.
Guiers - Mort , du-Pont, jadis du Désert, est remis à neuf de 1854, et encessant mouvegeurs. On y belle église modans un style tin grâce aux lires Chartreux, aussi doté d'un où les malades étaient soignés On est, ici, me du défilé du une petite chagauche, faisant pital sur la rive sine le portiprès de deux défilé n'est
Sous le Pont de Valombré.
enchanteur, ble, de Voiron, ou d'Aix-leshâte vers Saint- Pont qui est la Baigné par le Saint-Laurent- Saint - Laurent un gros bourg par l'incendie richi par l'inment des voyaremarque une derne , érigée romano-byzanbéralités des Pè- Ils l'avaient vaste hôpital, de la région à leurs frais, à l'entrée mê- Guiers-Mort, et pelle sur la rive pendant à l'hôdroite, en desque. Pendant kilomètres, ce qu'un sillon
entre des coteaux, tour à tour herbeux, boisés et ravinés. Mais voici des constructions, quelques toits, des oeuvres de l'homme dont certaines, noyées dans les arbres, s'harmonisent assez bien avec l'aspect du paysage : c'est Fourvoirie, Fovata Via, la route percée, car pour leurs
exploitations, les chartreux avaient rescindé le pied de rocs jadis infranchissables, où les forces de la nature avaient scié le seul passage du Guiers. Là, commence la merveille, le Désert de la Chartreuse, qui, pendant un développement de huit kilomètres, va tenir l'admiration en haleine.
Propriétai- Désert, les retrouvaient , à l'inaccessibilité une tranquilpourtant vebler les bandes Adrets. Le prinpénétrer dans breux, consacré était le chemin y arrivait de de -Chartreuse, les bords du le pont, qui laisl'hôtellerie des le Grand Logis, par une porte, Paroisse . Un muletier y par- Ruchère, par le chérie, mais il cer par franchir Tous autres acque des passabons tout au bergers ou des qu'il fallait
La nature défendait efificacement les religieux contre des hommes.
Avec le temps, la sécurité était venue; on pouvait sans imprudence renoncer à cet isolement, et c'était pitié de voir dépérir improductives
Pont du Grand Logis.
res exclusifs du res Chartreux l'origine, dans de leur retraite, lité qu'étaient nues troudu baron des cipal moyen de ce vallon omà la prière , muletier qui Saint - Pierre en suivant Guiers : encore sait en dehors voyageurs dite était - il gardé la Porte de la autre chemin venait de la col de la Vafallait commenlePas-du-Frou.
ces n'étaient ges à piétons, plus pour des chasseurs , et bien connaître, la méchanceté
Vallon de la Chartreuse, vu de Valombré.
des richesses forestières si abondantes. Aux toutes premières années du xviii^ siècle, les Pères Chartreux firent ouvrir le chemin qui, suivant la pente du Guiers, leur permit d'établir à Four voirie, un petit haut-fourneau, sur lequel ils dirigeaient les charbons de leurs forêts. Ce fut bientôt le chemin habituel de leurs visiteurs, et ils durent le clore aussi par une porte, dite Porte de Four voirie.
Ce chemin, dont les artistiques dessins de Bourgeois et de Champin nous ont conservé les principaux aspects, trouvait après la Porte l'encorbellement dans le rocher que la route nouvelle n'a fait qu'agrandir, et serpentant encore
La Courrerie.
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au travers de la futaie avec un trajet sensiblement analogue à celui d'aujourd'hui, il venait, après un embranchement s'élevant à Curière et un autre à Tenaison, franchir le Guiers par le Pont Pérant, établi en
un point où les raient le cours pont existe tondu Pont Saint- Au delà, sur le chemin dont encore bien vijusqu'au paslette, où il était sorte de fortin, au temps de s'élevait autreforts où la des tunnels, et cendait un peu de Saint-Bruno le monastère, seulement, de partie sont en- Après la la tourmente et le premier cet état des de préserver de tion les forêts
Les bords du Guiers, l'été.
rochers resserdu torrent. Ce jours en amont Bruno.
la rive droite, la chaussée est sible, remontait sage de l'Œilbarré par une tombé en ruines Champin. Il dessus des conroute a percé finalement desdans le vallon pour atteindre Certains points, cette dernière core accessibles, confiscation par révolutionnaire exil des Pères, lieux continua toute exploitadu Désert, et
lorsqu'ils rentrèrent, en 1816, le gouvernement, sans leur rendre leurs biens, put libéralement concéder aux Chartreux le droit de couper du bois pour leur usage dans leurs anciennes forêts, toute autre utilisation en étant impossible.
Ce fut vers 1850, que l'Administration des Forêts songea à mettre en valeur ce magnifique domaine, et qu'elle fit étudier la route actuelle. Cette route fut livrée à la circulation, en 1856. Tracée avec une remarquable intelligence, elle n'altéra en rien le paysage grandiose qu'elle
Couvent de la Grande Chartreuse.
traversait, elle le mit plutôt en lumière, et les amoureux des vieilles choses ne peuvent lui reprocher que la destruction de la Porte de Fourvoirie et des ruines du fortin de l'Œillette.
L'usage a conservé le nom de Route du Désert à l'admirable trajet qui se poursuit, au travers de l'ancien enclos des Chartreux, de Fourvoirie au monastère, et à Saint-Pierre-de-Chartreuse. Après les encorbellements, cet Étroit de l'Entrée du Désert où la mâchoire des rocs ne laisse littéralement la place qu'au torrent et à la route qui l'ont conquise de vive force, on traverse, pendant quatre kilomètres, une très belle futaie de toutes essences, à laquelle la seule usine des ciments Vicat fait une tâche industrielle. On parvient ainsi à une inflexion de la gorge, où l'on
Chapelle S^-Bruno.
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Vallon de S^-Pierre de Chartreuse et Chamechaude, l'hiver.
passe sur la rive droite, par le hardi Pont Saint-Bruno. La pyramide de l'Œillette, s'élance bientôt de la ramure des sapins, blanche et svelte comme un clocher de cathédrale, et après avoir franchi le corridor que délimite cette gigantesque sentinelle, on passe, par quatre tunnels successifs, les ramifications rocheuses que surmontait l'ancien chemin. Trois de ces tunnels sont par eux-mêmes un nouvel é'ément de pittoresque.
On quitte, sans s'en apercevoir, le val du Guiers-Mort pour entrer dans le vallon latéral de Saint- Bruno, et au site de la Croix- Verte, à 7 kil. 750 mètres de Saint-Laurent-du-Pont,
Le Vieux Moulin de S*-Pierre.
A rêies des Lances de Malissard.
on voit s'écarter, à droite, par un pont courbe à quatre arches, appelé le Pont Saint-Pierre, une route qui conduit directement à Saint-Pierrede-Chartreuse.
Dans une forêt de hêtres de toute grandeur, la route principale
décrit un lacet, et parvient bientôt en présence des bâtiments de la Grande Chartreuse.
On sait, qu'en vertu des lois sur les congrégations, les Pères Chartreux ont été expulsés, le 29 avril 1903, du pays dont ils xvaient été les bienfaiteurs. Le monastère est confié à des gardiens qui en font visiter une partie. Inutilisés, ces bâtiments entretenus par l'État pour qui ils sont une charge onéreuse, tom-
Route du col de la Charmette.
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