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Dans le vallon de la Charmette.
beront bientôt en ruines, et si sceptiques que l'on soit, on éprouve un serrement de cœur en passant dans ces grands cloîtres désormais privés de vie, dans cette église et ces chapelles désafifectées, dans cette Salle du Chapitre veuve des portraits des Généraux de l'Ordre, dans ces cellules où ne prie plus personne.
On va encore donner un coup d'œil à ces autres témoins du passé, la chapelle de Notre-Dame de Casalibus et la chapelle de Saint-Bruno, également désaffectées, et si l'on ne tient pas à faire la superbe ascension du Grand- Som (2033 m.), on vient, par la Courrerie, reprendre le vallon du Guiers pour en sortir par l'impressionnant défilé du Grand-Logis.
Presque aussitôt passés le
Les foins en Chartreuse.
A u col du Cucheron.
Pont des Moines et la Porte de la Paroisse, les montagnes s'écartent et on émerge dans le riant vallon de Saint- Pierre-de-Chartreuse.
Là, s'élèvent maintenant des hôtels, des villas, toute une station estivale délicieusement étagée dans un décor grandiose, à la base méridionale du Grand-Som. L'attraction de Saint-Pierre-de-Chartreuse, très judicieusement aménagé par son Syndicat d'Initiative, pourvu d'un jardin alpin, remplace pour les touristes actuels l'ancienne et mystérieuse attraction de la Grande Chartreuse.
Des promenades ravissantes s 'offrent de toutes parts aux amateurs de ce séjour. On en rayonne aisémment vers les quatre principaux belvéders du massif : le Grand-Som (2033 m.), le Charmanson (1871 m.), la
Falaises du Grand Sont.
Le Val d' Entremont.
Sources du Gouvernement.
Dent de CroUes (2066m.), Chamechaude (2081 m.), on va contempler la cascade du Guiers-Mort et la curieuse grotte de ses sources, on va rêver à Vallombreuse et à Mal amille, on va du Col du Cucheron , admirer la vallée du Guiers-Vif, et même pousser jusqu'à cet autre centre du massif. Saint-Pierre-d'Entremont : on y trouve l'air pur, la santé et le plaisir.
Pour être moins émouvante, la route du retour n'en est pas moins belle.
Dans cette plantureuse vallée qui s'ouvre vers le Fud, et par laquelle arrivent si largement l'air et la lumière.
on remonte le long des flancs du Charmanson, au travers des riants hameaux de Gerbetière, des Guillets, des Cottaves, puis, sous la voûte épaisse de la forêt, au travers de laquelle un coup d'oeil en arrière donne de superbes perspectives sur le Grand- Som, on atteint le Col de Porte (1352 m.), récemment doté d'un élégant chalet-hôtel. Là, le décor
Au col du Coq.
change brusquement :
au-delà du vallon cultural du Sappey, et de l'arête boisée du Saint- Eynard, l'œil se repose sur la majestueuse dentelure de la première chaîne des Alpes dauphinoises. Mais on descend, on s'enfonce dans ce vallon du Sappey, dépression allongée entre la base méridionale de Chamechaude et le revers du Saint-Eynard, centre estival apprécié lui aussi, théâtre favori, l'hiver, des ébats des skieurs, et toujours en forte inclinaison, on côtoie le cours torrentueux de la Vence. Sans contrepente, la route s'évade de ce bassin sur la gau-
Du col du Frey, vers la Grande Sure.
che, par un col herbeux ouvert entre le Saint-Eynard et la croupe du Rachais, et bientôt un cri d 'admiration jaillit des poitrines. On est comme en balcon au-dessus de la vallée du Graisivaudan, de la ville de Grenoble, en face de la chaîne de Belledonne et des monts du Vercors : c'est une féerie.
On s'est arrêté pour sa-
Col et Haberts de Bovinant.
Col de la Petite Vache.
vourer cette émotion. Mais bientôt le car reprend sa course, et à un nouveau contour, le panorama s'élargit, les montagnes d'Allevard s'ajoutent à celles de Belledonne, et le Mont-Blanc lui-même scintille au fond de la vallée. Nul ne saurait demeurer impassible en présence de cette vision car, de l'aveu unanime, c'est l'une des plus complètes expressions de la beauté de la montagne.
Le village de Corenc, le château de Bouquéron et le faubourg de la Tronche, passent comme des ombres devant les yeux éblouis, et quand on rentre à Grenoble, on peut encore, d'un dernier coup d'œil, embrasser le vertigineux tracé dont on vient d'écharper le Saint-Eynard.
De la Grotte du Guiers,
vers le Grand Som.
Telle est la promenade justement célèbre que nul touriste venant à Grenoble n'omet de faire : à son retour, pour peu qu'il en ait le loisir, il ne peut résister au désir de jouir plus intimement de ses gracieux paysages, alors, parcourant plus lentement ce massif de la Chartreuse il s'aperçoit que chaque repli, chaque ride du terrain renferme un charme spécial et devant ce spectacle il sent grandir en lui l'amour de la vraie nature.
Chalet du col de Porte.
Pont-en-Royans .
^'MÈ^&h-
Le\plateau de S^-Nizier et les Trois Pucelîes.
Le Vercors
Sassenage et le Villard-de-Lans. — Le tramway du Villard. — Les Gorges de la Bourne. — Les Grands-Goulets. — Le Vercors souterrain. — Les principaux sommets.
De l'autre côté de la vallée de l'Isère, le relief du Vercors continue le massif de la Chartreuse. Formé comme lui des puissantes assises de la roche calcaire, entrecoupé de gorges profondes, fractionné en plateaux ondulés, recouvert d'immenses forêts, il récèle des beautés égales, bien que le caractère en soit quelque peu différent.
Les moyens de l'accéder sont multiples, et le visiteur n'a que l'embarras du choix : automobiles, autocars ou tramway.
C'est par Sassenage, à six kilomètres de Grenoble, que la route des autocars aborde ces montagnes. Installé dans la plaine au débouché de la gorge par laquelle d'anciens glaciers, puis le torrent, avaient rompu
la muraille rocheuse, et s'étageant par son hameau des Côtes sur l'ancienne moraine frontale, ce petit bourg s'est de tout temps, imposé à l'admiration des hommes. Nos pères y plaçaient deux des Sept Merveilles du Dauphiné, les Cuves de Sassenage et le Préciosier.
Les Cuves y sont encore, quoique découronnées de leurs fables, et le site qui les entoure, la gorge et les Cascades du Furon qu'elles avoisinent, mis à la mode par les peintres, attire une foule compacte de promeneurs.
Deux grands lacets escaladent l'étage des Côtes, déroulant un magnifique coup d'œil sur la plaine, les premiers reliefs de la Chartreuse, et les Alpes neigeuses, dans le lointain. On pénètre, par les Portes, dans le premier berceau qu'on nomme le plateau d'Engins. Malgré la hauteur de 800 mètres gagnée par ses fortes pentes, la route, au village d'Engins, se retrouve au niveau du Furon qui a racheté ce dénivellement par des rapides et de sombres cascades enfouies dans les profondeurs d'une fissure inaccessible. Elle aborde maintenant l'un des paysages les plus charmants de la région.
Château de Sassenage.
Sur un parcours de plus de trois kilomètres, le Furon tranquille serpente dans un défilé creusé, aux temps géologiques, par la violence de ses eaux. De droite et de gauche, des parois abruptes de hauteurs variables encaissent le défilé, qui, tantôt ne laisse que la place nécessaire à la route et au torrent, tantôt s'élargit en petits golfes de prairies. De ci, de là, le burin des glaciers" a laissé des traces évidentes de sa puissante action : ailleurs, des sapins s'accrochent aux anfractuosités ou couronnent, comme un panache sombre, les blancheurs de la roche.
Les Gorges d'Engins sont une des beautés de ce parcours.
A l'extrémité du défilé, par une pente rude mais assez courte, on débouche en pleine lumière sur le vaste plateau de Lans.
Le tramway électrique y arrive par un autre parcours plus artificiel.
Laissant au Nord la direction de Sassenage, c'est par les coteaux de Seyssinet et de Seyssins, qu'il attaque le versant occidental du Vercors. Une fois franchies ces deux agglomérations suburbaines, entremêlées de villas et de petits châteaux, il multiplie les sinuosités sur une pente en grande partie boisée. Il passe auprès de la vieille ruine dite la Tour sans Venin, et, à chaque contour, grandit et s'étend un indescriptible panorama. Les regards se tournent vers Grenoble et l'œil se plaît
Sassenage : une cascade du Furon.
GRKNOBLE
Seyssinet et la ligne du iramtvay du Villard de Lans.
il reconnaître les sommets bien connus qui composent, à la cité, son diadème ; toutes les cimes de la Chartreuse surgissent l'une après l'autre, la longue dentelure des chaînes de Belledonne et des Sept-Laux occupe un tiers de l'horizon, le Mont-Blanc trône resplendissant, et les pics de rOisans apparaissent à leur tour, complétant un ensemble dont la variété et l'harmonie sont incomparables. A certains moments, le voyageur voit suspendus au-dessus de sa tête les redoutables escarpements des Trois Pucelles, et c'est après un reposant trajet en forêt, qu'il parvient au sommet de la pente à la station de Saint-Nizier. L'horizon change alors, et on s'incline dans le bassin intérieur du Furon : la voie du tramway découpe en légère descente les flancs occidentaux du Moucherotte, elle contourne l'entonnoir du Bruyant, et atteint enfin le village de Lans à l'entrée de son plateau.
C'est maintenant une plaine à peine ondulée, à l'altitude moyenne de looo mètres, qui se développe sur une longueur de douze kilomètres, avec une largeur de deux à trois kilomètres, entre des bourrelets boisés à l'Ouest, et des remparts plus rocheux et plus escarpés à l'Est. Dans
Les Trois Pucelles et les montagnes de la Chartreuse.
ces remparts, au fur et à mesure que l'on avance vers le Sud, on distingue la croupe fuj'-ante du Moucherotte, la cime du Pic Saint-Michel, la large échancrure du Col de l'Arc, les rochers de Cornafion, et surtout, au fond, les majestueux escarpements de la MoucheroUe. On franchit, sans s'en apercevoir, l'insensible seuil qui donne accès au bassin de la Boume, et bientôt, on voit auprès de la voie les eaux transparentes qui se rassemblent, pour former ce torrent, décrire des méandres indécis au travers de prés marécageux.
Vers l'extrémité méridionale de la plaine, un mamelon se redresse, portant le bourg du Villard-de-Lans (1040 m. d'alt.), qui doit une salubrité parfaite à la caresse des vents et à cette situation surélevée. Aucune curiosité artificielle, ruine ou château, ne peut y retenir l'attention du visiteur, mais dans toutes les directions, de ravissants paysages s'offrent à l'examen. Source ombreuse du Petit Vaucluse, roches du vallon de la Fauge, prairies du Col Vert, village pittoresque des Pierres, défilé, pâturages et glacière de Corençon, forêt de la Loubière, route de Valchevrière, vacheries d'Herbouilly, etc., expliquent aisément la vogue dont jouit cette station estivale.
Le touriste pressé continue sa rapide visite en descendant le cours de la Bourne, qui maintenant, va précipiter ses eaux de rapides en rapides. La sortie du plateau se fait par un minuscule défilé, la Porte de l'Aiguille, qui ne manque pas d'originalité, puis, on court pendant trois kilomètres au travers de coteaux herbeux et boisés jusqu'au confluent du Méaudret et de la Bourne. Alors, commence l'enchantement. La route, entièrement conquise à force de travaux d'art, pénètre dans une de ces cluses si spéciales au Vercors, et dont les Gorges d'Engins donnaient naguère un modeste échantillon. Dans un corridor étroit, sorte de trait de scie sinueux, entouré de murailles qui mesurent en certains points plus de deux cents mètres de hauteur, les eaux de la Bourne, grossies à chaque instant de nombreuses résurgences, tombent, se brisent sur les rocs, rejaillissent en écume, et entretiennent une humidité constante qui favorise la végétation. Sur toutes les corniches, les arbustes et les sapins accrochent leurs racines, les mousses laissent traîner leurs tentures, la lumière est tamisée par une , , ,
^ I utiiitl sur La rouie aes douui.'
étroite fente, et au milieu des chaleurs de l'été une fraîclTeur délicieuse excite les facultés d'admiration du voyageur, tenues en haleine. Cette première et sublime partie des gorges de la Bourne se poursuit pendant cinq kilomètres, entre les Jarrands et le Pont de Goule Noire.
tique, s'harraosombre décor ce pont est le deux routes On peut, à suivre le Bourne, passer village de la curel, retrounouvelles gorplus largement plus profondes, grotte et les ques du Bourles vergers de un dernier parvenir au yans. C'est un tante que font amateurs cy- Mais l'itinaire, celui que nombreux auvant la région, le pont deGoumeurant sur la s'évade bientôt la Bourne en Col de Saint-
Tiès artisnisant bien au qui l'entoure, carrefour de divergentes, en continuant cours de la au gracieux Balme-de-Renver encore de ges boisées, ouvertes et dominer la usines électrinillon, et par Choranche, et resserrement Pont - en - Rotrajet de diletsouvent les clistes.
néraire ordisuivent les tocars, desserne franchit pas le Noire, et, derive gauche, il du bassin de remontant au
Le pont de la Goule Noire.
Julien, par lequel il pénètre dans le Vercors proprement dit.
Sur un plateau cultivé, incliné au Midi, et dominé à l'Est par la franche cassure des calcaires, dans lesquels, sous certains éclairages
La vallée de la Bourne, l'hiver.
se distingue une statue gigantesque de la Vierge du Vercors, on traverse les villages de Saint- Julien et de Saint-Martin-en- Vercors. A peu de distance de ce dernier, on atteint le torrent de la Vemaison, et dès lors on le côtoie dans la direction de l'Ouest pour arriver à une réunion d'hôtels nommée les Baraques. Bien qu'elles en soient séparées par six kilomètres de route en certains points assez sauvage, les Baraques sont en quelque sorte le faubourg de la Chapelle-en- Vercors, le centre le plus important et le"' plus populeux de la région.
La Chapelle se trouve sur la route qui conduit au plateau reculé de Vassieux, ou même à Die, par le vallon et le Col du Rousset. Ce sont là des excursions charmantes, sur lesquelles peuvent se greffer une visite à la célèbre forêt de Lente, ou l'escalade des curieux plateaux du Glandas, mais ce sont là des détours inconnus des voyageurs pressés.
Aux Baraques mêmes, derrière le dernier hôtel, s'ouvre le merveilleux défilé des Grands - Goulets . Après un trait de scie, pratiqué dans un banc épais de calcaire urgonien, le torrent se trouvait lancé dans un cirque d'effondrement que l'on nomme le vallon d'Échevis, et en gagnait le fond par une série de cascades. La route s'est incrustée dans la paroi de
Rouie des Goulets.
f.a rouie des Goulets en hiver.
GRENOBLK
Gorges de la Bourne.
gauche par un trajet en quelque sorte souterrain, puis, en arrivant au jour, elle est passée sur la rive droite et s'est taillée, par encorbellements et tunnels successifs, une place dans la grandiose muraille qui domine le vallon d'Échevis. Pendant près de trois kilomètres, ce ne sont que travaux d'art ininterrompus, et l'on passe sans répit de l'obscurité des galeries à l'éclatante lumière de balcons
suspendus. Le mugissement du torrent aux innombrables cascatelles se répercute sous les voûtes de la roche, et tout concourt à plonger le visiteur dans une admirative extase.
Les murailles s'écartent, et après le tunnel de la Roche-Fendue, on descend par deux lacets rapides le flanc de la montagne. Mais au fond du val d'Échevis on se trouve de nouveau dans un cirque fermé, une sorte de chausse trappe, d'où la Vernaison s'échappe par une fente inabordable, et où la route a dû encore percer son passage par quatre nouveaux tunnels : ce sont les Petits-Goulets.
Ce dernier obstacle franchi, on sort enfin du Vercors, et par le détour de Sainte-Eulalie, on entre au Pont-en-Royans.
Le bourg du Pont-en- Royans est la porte occidentale du Vercors, comme Sassenage en est la porte
Route de Combe Laval.
Route de Combe Laval : le premier tunnel.
A inutile.
orientale, et Die la porte méridionale C'est là que se rejoignent la Boume et la Vemaison, les deux cours d'eau, apparents qui drainent ses eaux, et que se rencontrent ses deux principales routes de pénétration.
Du Pont-en-Royans on se rend aisément à St-Jean-en-Royans et delà, à la forêt de Lente par la route si pittoresque de Combe Laval.
Ce Vercors, dont l'accès fut si laborieux, ainsi que l'attestent les travaux considérables nécessités par ses routes, présente à l'observateur de bien curieux caractères.
Entouré de toutes parts de remparts abrupts, formé d'un certain nombre de berceaux accolés de dimensions variables il repose sur un sous-sol tout crevassé et fissuré creusé de nombreuses grottes et qui donne naissance à de fréquentes résur-
Un pâturage, dan^ le Vercors.
Le Col Vert et les arêtes du Gerbier.
gences, émissaires de puissants cours d'eau souterrains.
Les plus connues de ces grottes sont celles des Cuves de Sassenage, de la Glacière de Corençon, de la Goule-Blanche, de la Goule-Noire, du Bourdillon, de la Font-d'Urle, du Brudour, etc. La plupart correspondent avec des puits d'effondrement tels que ceux de Lente, d'Ambel, de Presles, de Vassieux, de Malaterre, etc., et les belles explorations de M. Martel et des adeptes de la spéléologie qu'il a créée, sont venues confirmer sur cette circulation souterraine si originale, toutes les déductions tirées de l'aspect extérieur. On peut dire que le Vercors que nous voyons et que nous parcourons n'est qu'une apparence, un manteau jeté sur le Vercors réel dont l'ossature se dégage de l'observation.
Au point de vue alpiniste, ce massif si étendu fournit quatre buts principaux d'excursion : le Moucherotte (1907 m.), qui doit à sa facilité d'accès et à sa proximité de Grenoble une renommée que soutient son admirable panorama; la Moucherolle (228g m.), ascension ordinaire des estivants du Villard-de-Lans et d'où le coup d'oeil s'étend sur sept départements — le Grand Veymont (2346 m.), le point culminant du relief, dont le chemin sans difficulté se prend le plus souvent par Saint-
Michel -les-Portes — et le Mont-Aiguille (2097 m.), bastion escarpé, longtemps rangé sous le nom de Mont Inaccessible parmi les Sept Merveilles du Dauphiné. Celui-ci présente cette curiosité historique d'avoir été la première montagne gravie pour le mérite de l'ascension « avec moult difficultés et subtils engins » par Antoine de Ville, seigneur de Dompjulien et de Beaupré, sur l'ordre du roi Charles VIII, alors de passage à Grenoble, le 26 Juin 1492.
Ainsi, par ses multiples attraits, notre Vercors se recommande à tous ceux qui veulent connaître les Alpes du Dauphiné ou simplement jouir de la nature et l'on s'explique aisément sa vogue croissante alors qu'il est si facile de l'aborder et de le parcourir.
Ure piste près du Villard de Lans.
Village d'Oisans : Oz.
L'Oisans
Vizille, porte de l'Oisans. — Le Bourg d'Oisans, la Grave et le Lautaret. — Le Glandon et les Grandes Rousses.
L'Oisans est, par excellence, la région montagneuse du Dauphiné. Le point culminant de ses reliefs, était, avant l'annexion de la Savoie, le plus haut sommet de la terre de France, et autour de cette superbe Barre des Escrins (4103 m.), on a de la peine à dénombrer le régiment des pics de plus de 3000 mètres. Tous sont entassés les uns sur les autres, jaillissent comme des clochers des vallons étroits, sortes de ruelles, qui les séparent, resplendissent par leurs névés et leurs glaciers, ruissellent de torrents et de cascades. C'est un chaos étrange de rocs et de neiges, un monde fantastique dont l'aspect déroute l'œil de l'homme habitué aux plaines.
L'ancienneté de son habitat se perd dans la nuit des temps, et les peuples, évidemment peisteurs, qui en furent les premiers colons n'ont
pas laissé de chroniques, mais nos investigations curieuses en font commencer l'histoire à la conquête et à l'occupation romaines. En effet, pour relier la péninsule à son opulente colonie de Vienne, les maîtres du monde tracèrent au travers de l'Oisans, de Brigantio à Cularo, une de leurs belles voies militaires dont la Table de Peutinger nous a conservé les stations.
Hommage au talent de ces hardis pionniers, la route actuelle suit dans ses grandes lignes l'itinéraire romain, et si notre civilisation plus ménagère des pentes et douée d'un plus puissant outillage laisse le plus souvent sa devancière vagabonder sur les hauteurs, c'est bien par la
même vallée, dans la même direction générale que nous passons aujourd'hui.
Au départ de Grenoble, après avoir franchi les premiers mamelons, restes pour la plupart d'anciennes alluvions glaciaires, nous arrivons au véritable pied des montagnes, à la petite ville de Vizille. L'an cien Castrum Vigilium gardait l'entrée des défilés, et il j uchait ses murailles sur ce renflement si bien placé pour la défense où se voient encore les ruines du Château du Roi, les nécessités stratégiques en ayant toujours imposé l'emplacement.
Vizille — La Porte du Prieuré.
Château de Vizille.
Aujourd'hui, le touriste contemple à Vizille l'imposant château qu'avait fait construire pour sa cour, le vice-roi du Dauphiné, le connétable de Lesdiguières ; et, s'il est curieux des souvenirs artistiques du passé, il doit prendre le temps nécessaire pour donner au cimetière un coup d'œil à la porte du Prieuré où un artiste inconnu a taillé une Sainte-Cène et un Rédempteur d'une émouvante beauté. Sur la route
montante qui conduit à Laffrey, la chapelle de la Commanderie aujourd'hui désaffectée mais intacte, présente un spécimen bien complet du style roman.
Après avoir longé les murs du parc de Lesdiguières, et traversé le village industriel du Péage, la route parvient à un étranglement où se termine la petite plaine et où commence la Gorge de la Romanche.
Toujours grandiose dans son aspect général, ce corridor compris entre des parois de 1200 à 1500 mètres, abrite de multiples entreprises industrielles. La Romanche, dont le flot superbe l'animait, a paru aux ingénieurs un instru-
Porte du connétable.
Vallée de Li 'Hotn^inchc : prise d'eau de l'usine de Livet.
ment propice, et maintenant, du seuil de la Véna à l'aval de Séchilienne,
le torrent alimente successivement de nombreuses usines génératrices.
Tantôt enfermé dans des conduits souterrains, tantôt capté dans d'énormes tuyaux de tôle d'acier, dont les noirs anneaux se déroulent comme des serpents gigantesques, il voit sa force asservie ; une partie en est utilisée sur place, l'autre est transportée à distance.
En amont de Livet, après que la dernière prise d'eau ait été dépassée, on peut enfin voir sans obstacles la haute chaîne des Grandes-Rousses profiler ses rocs et ses glaciers sur le ciel.
La Porte Romaive du Mont-de-Leiit.
Vallée de Bourg d'Oisans.
Le corridor que l'on a suivi jusqu'alors, s'élargit et bientôt se fond dans une grande plaine, à l'altitude moyenne de 720 m., et dont tous les caractères annoncent l'existence d'un ancien lac. Ce fut le lac Saint- Laurent, fameux par sa débâcle et l'inondation de 12 19, qui faillit détruire Grenoble, et dont l'existence avait forcé la voie romaine à se creuser dans le rocher l'encorbellement que l'on montre à Rochetaillée.
Aux deux tiers de la longueur de la plaine enserrée entre de formidables remparts, l'agglomération du bourg d'Oisans centralise le mouvement et l'activité de toutes ces montagnes. L'église, un peu
Pontd'Auris.
La Grave.
relevée et jadis dénommée Saint-Laurent du Lac, est bâtie sur les fondations de la primitive basilique, et dans les gros murs des maisons qui l'avoisinent on montrait naguère les anneaux où s'amarraient les barques des pêcheurs du lac.
Après un trajet en plaine, garanti par les énormes jetées qui endiguent les colères de la Romanche et du Vénéon, la route aborde un second défilé plus long et plus grandiose que le premier. On est maintenant au cœur du massif, et la profonde coupure du torrent circule entre les contreforts des Grandes-Rousses (3473 m.), au Nord, et ceux de la Meijde (3982 m.), au Sud. La partie antérieure de ce défilé porte le nom de Gorges de l'Infernet; plus loin, ce seront les Gorges de Malavalle, et c'est ainsi que le langage des gens du pays caractérise énergiquement la rudesse de l'habitat. De temps en temps, au-dessus d'escarpements effroyables, on aperçoit des terres cultivées, des maisons, un clocher, et on se demande, au cœur de la belle saison, comment des hommes peuvent vivre en ces lieux. Sur un plateau qui, à 1290 mètres environ d'altitude, interrompt un moment l'étroitesse de la gorge, on traverse le village
Au plateau de Paris : la Meidje et le Râteau.
du Freney, puis quand on est repris par la montagne, on entrevoit de ci, de là, scintiller des coulées de séracs, des langues de glaces échappées de la vaste coupole du glacier du Mont de Lent.
A une centaine de mètres au-dessus de la chaussée actuelle de la route, on trouve, entre le Freney et le plateau de Bons, un fragment encore presque intact de l'ancienne voie romaine. Il attire notamment l'attention par un monument de simple et grande allure, la Porte Romaine, forée dans un éperon de la roche, et dont une moitié s'est malheureusement effondrée. En amont et en aval de ce fragment, l'assiette de la voie est encore nettement reconnaissable sur un parcours de près de deux kilomètres, du Col du Chatelard au Calvaire du Mont de Lent.
Au-delà de la petite plaine du Chambon, la gorge de la Romanche prend un poignant caractère de sauvage désolation. La végétation arborescente n'a plus la force de s'attacher aux grands rocs, une seule plante prospère et abonde dans les rocailles, c'est la lavande parfumée dont les enfants offrent des bouquets à tous les passants.
Au sommet de ces murailles qui bornent la vue s'étendent des pla-
teaux, des pentes pastorales dont les eaux s'épandent de droite et de gauche en d'admirables cascades, et bientôt apparaît vers le Sud-Est la pointe aigiie de la Grande-Meidje.
C'est dans cet impressionnant décor que l'on aborde le petit bourg de la Grave. Bien que les hasards d'une délimitation ignorante l'ait attribuée au département des Hautes-Alpes, la Grave est en réalité la seconde capitale de l'Oisans. Accolé à ce prolongement des Grandes-Rousses, qui
culmine ici au Signal de Goléon (3429 m.), un vaste plateau incliné au Midi descend des sommets vers le fond de la gorge. Son heureuse expo-
Sur le glacier du Tabuchet.
sition le destinait Chazelet, les Ter-
à la culture et les villages le parsèment : le rasses, les Hières, Ventelon, Pramélier, etc. J ^\ Ils convergent sur la Grave
^"''^^. .^«jn: ^ qui en est le chef-lieu. Étagée vers 1526 m., au-dessus de la route sur laquelle s'ouvrent les hôtels, la Grave est le centre de l'alpinisme dans la haute vallée de la Romanche. C'est de là que partent les ascensionnistes, non seulement pour le splendide belvéder du Goléon, mais pour l'émouvante aiguille méridionale d'Arves (3509 m.), et surtout pour la fameuse Meidje, dont la cime cuirassée de glaces, miroite à 3982 mètres d'altitude. Toute une pépinière de guides dans lesquels on remarque a dynastie des Pic, des Mathonnet, des Faure, etc., foisonne autour des hôtels Juge et Tairraz, et diplômée
Guides de l'Oisans.
La Metdje, vue de la Grmr.
GRKNOBLE
Col du Lautaret.
par la Société des Touristes du Dauphiné, peut conduire sur tous les points de l'horizon le grimpeur avide d'émotions et de passionnants spectacles.
Les promeneurs plus modestes vont, par une bonne route, jouir aux Terrasses d'un panorama plus étendu que celui qui se découvre déjà du cimetière, et s'ils poussent jusqu'aux Prés de Paris, où certains archéologues veulent retrouver la trace de la voie romaine, ils décupleront leur enchantement par une vue merveilleuse sur la chaîne entière des Meidje et du Râteau, avec les cascades de glaciers épandus à leurs flancs. La grande route remonte encore pendant trois kilomètres, dont la moitié environ se déroule en tunnels, le cours de la Romanche, pour parvenir au village de Villard-d'Arène (1651 m.), et peu après, elle abandonne son sillon pour gravir en lacets la pente herbeuse qui l'encaisse à l'Est. Le torrent s'est infléchi au Sud, il ouvre entre la base des contreforts de la Meidje, à l'Ouest, et la masse de Combeynot, à l'Est, une perspective lointaine par laquelle l'œil va scruter ces dentelures de neiges et de rocs, qui sont les crêtes du Glacier-Blanc. A mesure que l'on s'élève, le spectacle
Vers la Meidje : refuge de l'Aigle et Rocher Sud de l'Aigle.
devient plus étonnant, et en un point du parcours, le splendide éventail
de glaces de la Barre des Escrins se développe au-dessus de la barrière.
Mais ce n'est qu'un éclair, la route s'aplanit, les pentes de l'Aup-Richard
ferment le tableau, et on arrive au Col du Lautaret (2072 m.). Sur ce col,
où passait la voie romaine et où ses constructeurs pénétrés d'une émotion
religieuse avaient élevé
un petit temple, altare-
ium, d'où le nom de Col
de l'Autaret corrompu
en Lautaret, l'ancien
temple est devenu un
hospice, et cet hospice
agrandi et amélioré ,
s'est transformé en un
grand hôtel.
A perte de vue, s'étendent, comme pié-
A llemont et les Grandes Rousses.
Sur le glacier d' Arsinc.
destal des grands rocs de l'horizon, des moutonnements gazonnés sur lesquels croit une flore renommée, et les botanistes ont été les premiers à faire la réputation de cette station, pourvue maintenant d'un jardin alpestre.
Elle marque la limite véritable de l'Oisans, du bassin de la Romanche ; de l'autre côté, on arrive au Briançonnais, et nous sortons de la sphère d'attraction de Grenoble.
Aussi, laissant la route, toujours adaptation actuelle de l'ancienne voie romaine, descendre la vallée de la Guisanne pour se hâter vers Briançon, laissant même la magnifique route du Galibier, sommes-nous obligés de revenir en arrière pour jeter un coup d'œil sur une vallée latérale, qui enserre sur une autre face, ce colossal massif des Grandes- Rousses, dont nous venons de longer la base méridionale.
A l'issue de la première gorge de la Romanche, à l'entrée de la plaine du Bourg d'Oisans, nous avons laissé à gauche un vallon pittoresque, par lequel arrivait à la Romanche l'important tribut de l'Eau-d'Olle.
Vers le confluent des deux torrents, se dresse sur un piton ensoleillé, le petit village d'Allemont. A ses pieds, dans le rétrécissement de la
Dans les Grandes Rousses : le glacier de Saint Sorlin.
plaine, nous voyons de grands bâtiments autour desquels s'est groupé un hameau : c'est la Fonderie, ancien établissement métallurgique aux fortunes inconstantes et diverses, où l'on a essayé à plusieurs reprises, de traiter les minerais argentifères extraits du gisement des Challanches distant de quatre heures de marche dans la montagne. La gorge que commande AUemont semble être le prolongement géologique de la gorge de la Romanche, car, comme elle, elle suit la base orientale de la première chaîne des Alpes dauphinoises, et elle va dans tout son parcours séparer les cimes de Belledonne et des Sep-Laux, de la face occidentale des Grandes-Rousses.
La route qui la dessert, se tient au niveau de l'Eau-d'Olle jusqu'à ce qu'elle ait détaché à l'Est les embranchements qui conduisent à Oz et à Vaujany, gracieux villages étages sur les flancs des Rousses, puis, dans un défilé qui se resserre, elle s'élève par une forte rampe pour atteindre vers 1300 mètres d'altitude, le hameau du Rivier-d'Allemont, centre secondaire d'où rayonnent les chemins du Pas-de-la-Coche et des Sept-Laux, et les accès plus ardus de la Belle-Étoile et du Col de la Vache.
Le ruisseau qui dégringole des Sept-Laux, par une superbe cascade.
Les Aiguilles d'Arves, vues de l'Ouillon.
marque l'entrée d'un bizarre corridor qui prend fin à l'arrivée à la Grand'Maison. Ici, on arrive dans la haute montagne, dans la région pastorale qui domine partout dans nos Alpes les premières pentes, et la Grand'Maison est un très ancien établissement de bergers. De là, jusqu'à la fin de la vallée, jusqu'aux sources de l'Eau-d'OUe et aux limites de son bassin. Col du Glandon et Col de la Croix de Fer, on parcourt en pentes modérées un vaste berceau de prairies, où s'élèvent, de distance en distance, des villages de chalets, les Quatre-Maisons ou Rifclaret, le Soleil, Arclaret, le Plan du Col, les Ribauds, etc. On est ici au pied des plus hautes crêtes de l'une et l'autre chaîne, mais comme toujours, leurs premiers épaulements les dérobent à l'œil, et l'on aperçoit seulement par l'échancrure de la Grand'Maison, les glaciers et les pics de la Cochette (3270 m.), satellite septentrional de l'Étendard, le point culminant des Rousses (3473 m.), et au-dessus des Quatre-Maisons, les dentelures de l'Argentière.
Tout près du Col du Glandon (1980 m.),
Le col de la Croix de Fer,
qui donne sur la vallée des Villards aux chatoyants costumes, le Club- Alpin a fait édifier, à i960 mètres, un petit hôtel qui sert de centre pour l'exploration des montagnes environnantes. Sans peine et sans fatigue, par un sentier dans les prairies, on gravit la cime de l'Ouglion (2456 m.), belvéder admirable sur les vallées de la Maurienne qui s'étendent à ses pieds, sur les trois Aiguilles d'Arves, le grand glacier de Saint-Sorlin et l'Étendard, ainsi que sur tout le revers oriental des montagnes d'Allevard. La route se poursuit encore pendant trois kilomètres, pour atteindre le Col de la Croix de Fer (2062 m.), qui donne accès à la vallée d'Arves, et à tous ces charmants paysages de la Savoie méridionale.
Mais les Grandes-Rousses que nous avons ainsi visitées sur leur deux principales faces, s'imposent encore à notre attention sur un autre point.
En face du Bourg d'Oisans, les émissaires d'une partie importante de leur glaciers occidentaux et méridionaux, se réunissent pour former la puissante cascade de Sarène. Le vallon dont elle est issue, remonte à la Garde, où l'on a signalé des vestiges romains, au vieux village d'Huez et par lui à une région aujourd'hui pastorale sur laquelle planent des
traditions étranges et des souvenirs historiques. C'est la montagne et la ville de Brandes, Là fut, à plus de 1800 mètres d'altitude, le centre d'une exploitation minière importante qu'attestent des montagnes de débris et d'immenses galeries, la plupart aujourd'hui effondrées et inaccessibles, qui purent encore être parcourues et décrites par le savant Héricart de Thury, au commencement du xixe siècle. La tradition en impute aux Romains la découverte, et l'exploita-
Da7is les Grandes Rousses : le lac La F are.
tion intensive. L'Histoire nous certifie qu'au temps des Dauphins elles fournissaient un revenu important. Après de nombreux fonds de cabanes et de déchets de la mine, on voit encore sur un éperon rocheux appelé Lou Motitossa, les ruines d'une tour aux murs épais et entourés d'un fossé profond, que l'on désigne sous le nom étrange de Tour du roi Ladre, et qui était la résidence du gouverneur des Mines. Les filons qui paraissent avoir été assez riches étaient épuisés dès le xv« siècle, et la mine abandonnée est devenue comme il est d'usage le thème de légendes fantastiques.
L'Oisans fourmille ainsi de gisements des minerais les plus divers, mais dont la fragmentation et la difficulté d'accès prohibent toute exploitation fructueuse.
Le Plan du Lac.
Les hautes régions
La Bérarde et la Vallouise. — Les Glaciers du Pelvoux. La Meidje et les Écrins.
Le massif du Pelvoux est la citadelle de l'Oisans. Sa constitution orographique en forme deux fers-à-cheval accolés, une sorte d'X, où se juxtaposent en un hérissement de dentelures les pics les plus élevés et les plus ardus de la terre dauphinoise.
Ses accès principaux sont à l'Ouest, la vallée du Vénéon avec Samt-Christophe et la Bérarde pour centres, et à l'Est, la vallée' de la
GRENOBLK
L' A iguille du Plat de la Selle et Bourg d'Arn.
Gyronde, plus communément dite la Vallouise. Deux accès secondaires se prennent entre les branches de l'X, au Nord, par le vallon de l'Alpe (Haute Romanche), au Sud, par le V^al Gaudemar.
C'est à l'extrémité méridionale de la plaine de l'Oisans qui semble ei être le prolongement naturel, que s'ouvre la vallée du Vénéon. L« confluent de ce torrent et de la Romanche élève un cône de déjections largement étalé, sur lequel s'entassent les fragments arrachés à tous les sommets du massif.
L'ancien chemin le côtoyait sur la rive gauche , constamaibnt exposé aux
Lac Lauviiel.
CAPITALE TJES ALPFS FRANÇAISES
Les Étages.
éboulements des contreforts du Rochail. La route serre au contraire, sur la rive droite la base des escarpements du Ferrarey. Un premier hameau se rencontre aux Ougiers. Un pont pittoresque, sur le Vénéon, nous invite A passer sur la rive gauche; si l'on cède à cette curiosité, on n'est point déçu, car derrière la digue se trouve le I-ac Lauvitel, étang d'émeraude où
se réfléchissent les Glaciers de la Brèche de Valsenestre et du Clapier du Peyron, véritables bijoux de l'Oisans- En remontant la vallée principale, on voit à une inflexion de la gorge se profiiler dans le ciel une haute pointe toute tapis-
Li Bérarde.
Les Rouies.
sée de glaces: c'est l'Aiguille du Plat de la Selle qui porte à 3602 m. sa tête altière. Un court défilé rocheux précède l'épanouissement où Venosc chauffe ses terres au soleil. Vieux village, au nom bizarre, il groupe ses maisons vers le bas de la pente douce et ensoleillée, qui conduit au Col de l'Alpe. La nouvelle route le laisse à l'écart, et transporte le mouvement et l'importance à son ancien faubourg. Bourg d'Aru. Ce nom qu'il est inutile de compliquer en Bourg d'Arud, a une origine bien claire dans la langue locale, c'est le bourg du ru, du ruisseau, et en effet, il s'est formé autour du pont qui donne accès à la vallée supérieure.
On est ici au pied d'un ressaut formidable, qui fut sans doute avant l'histoire, le théâtre de quelque catastrophe oubliée, de quelque colossal écroulement. Un amoncellement de blocs barre la vallée et chevauche même parfois sur le torrent. C'est le Clapier de Saint-Christophe qui offre aux yeux du touriste le spectacle de la désolation. Comme de tout temps, il n'y avait pas d'autre accès vers le fond de la vallée, l'ancien chemin s'y insinuait, rampant entre les roches et utilisant même l'une d'elles pour franchir le torrent. La nouvelle route s'y est violemment frayé un
Les Escrins vus des Agneaux.
passage par la mine, et elle arrive par deux grands lacets à l'étage supérieur, au Plan du Lac. Il n'y a plus rien ici des grâces et des verdures de la Chartreuse et du Vercors : c'est l'âpre nature de l'Oisans dans toute sa rudesse. Un petit plateau allongé, ancien lac desséché à une époque relativement récente, est ravagé par les divagations du torrent. De part et d'autres, s'élèvent des pentes de rocailles et d'éboulis stériles; la note de beauté est donnée par la Tête des Fétoules, qui dresse dans le fond du tableau, sa double crête blanche.
Au travers de ces éboulis, la route a cherché une assiette bien instable, et après le site des Fontaines-Bénites et la coupure du Pont-du- Diable, elle atteint le petit plateau de Saint-Christophe. L'église blanche précède et annonce cette agglomération qui est le chef-lieu de la plus vaste commune de France. On est à l'altitude de 1470 m., les terres sont rares et pauvres, la récolte dure à préparer est maigre, aussi les habitants ont- ils cherché le plus clair de leurs ressources dans l'élevage des troupeaux. C'était une imprévoyance : la montagne ruinée par la dent vorace et le pied plus meurtrier encore des moutons et des chèvres s'est ravinée,
La Meidje : la Grande Muraille.
l'ancien chemin muletier aux capricieuses inflexions qui après avoir passé au-dessus des Granges, de Bernardière, du Clôt et auprès de Champ-Ebran, atteignait le redan où s'accrochent les trois maisons de Champforant. Plus rationnellement tracée, elle écharpe quelques terres au niveau du village puis se taille en encorbellement audessus de l'abîme où se brise le Vénéon. Cet étranglement dépassé, elle continue de découper les fortes pentes des contreforts de l'Aiguille du Plat de la Selle,
les pâturages ont été emportés, et la région avoisinante oflre partout un sauvage spectacle. Heureusement, le goût des ascensions et la vogue de l'alpinisme sont venus apporter une nouvelle source de profit à ce pays éprouvé, et c'est un centre de vie alpine aussi important que la Grave.
Les Gaspard, les Roderon, les Rodier, les Turc font souche de guides et de porteurs, et dans la belle saison, il est urgent de prévenir à l'avance pour s'assurer leur compagnie.
En 1920, la route, depuis longtemps commencée, a été poursuivie jusqu'à la Bérarde. Elle remplace
La Meidje : la Grande Muraille.
et bientôt rejoignant le vieux chemin, elle aborde le petit berceau où se terrent les Étages.
En approchant de ce pauvre hameau, le voyageur voit subitement se dresser devant lui le colosse des Escrins. La fine pointe neigeuse apparaît à peine, et le tableau se forme surtout de la sombre masse du Pic Lory (4083 m.), surmontant les oreilles de chat de Pié-Bérarde, et les crêtes de la Vera Pervoz. Peu à peu, ces masses noirâtres se rapprochent, elles grandissent, elles cachent tout l'horizon, et quand on arrive à en toucher la base au milieu des. flots écumeux
Montée vers les Escrins.
Arrivée au sommet des Escrins.
du Vénéon, on est à la Bérarde (1738 m.).
Simple hameau de bergers, ainsi que l'indique son nom, la Bérarde est devenue la cité sainte de l'alpinisme en Oisans.
C'est de l'hôtel qu'y a fait construire la Société des Touristes du Dauphiné que partent les conquérants de tous les grands pics : c'est là que gitèrent les pionniers des premières ascensions, les Boileau de Castelnau, les Coolidge, les Duhamel, etc., et dans ce lieu où ils n'arrivaient qu'au prix d'un effort préliniinaire déjà méritoire, les autocars déversent
maintenant le flot des touristes
venant jouir à la Bérarde du
plus grandiose des spectacles.
^^St' ,' ^ 1 Des pierres et des rocs, au
* .^^^ -ià milieu desquelles se distinguent
à peine les chaumières du village, des torrents furieux et des pans de glacier composent le paysage dont la détresse est poignante. Le cirque de la Bérarde vient d'être récemment classé comme Parc National ; sous la tutelle avisée de l'administration forestière la nature aura bientôt pansé toutes ses blessures.
Deux vallons supérieurs y convergent : au Nord, le val des Étançons, au Sud, le vallon de la Pilatte et chacun d'eux possède des tributaires d'importance, comme le vallon de la Bonne-Pierre et le vallon du Chardon.
Le val des Étançons prend naissance au pied de la muraille méridionale de la Meidje (3982 m.), et c'est par là que s'élança en 1877 le premier vainqueur de la terrible pointe, M.Boileau de Castelnau, conduit par deux enfants du pays, le père et le fils Gaspard.
Ce val communique avec la Grave
La Grande Ruine
et le Pic Gaspard.
Les Bans vus du Rocher de la Temple.
par la Brèche de la Meidje, élégant passage à 3300 m. d'alt., avec le Villard d'Arène par le Col du Pavé (3495 m.) ou celui plus commode du Clos des Cavales (3128 m.). Son affluent, le vallon de la Bonne-Pierre donne par le difficile col des Escrins (3415 m.) accès à la face septentrionale de la Barre des Escrins (4103 m.) et à la vaste conque du Glacier Blanc.
Quant au vallon de la Pilatte qui sert d'accès à la Barre des Escrins (4103 m.), à l'Aléfroide {3959 m.), aux Bans, aux Rouies, etc., il donne passage vers la Vallouise par les cols de la Temple et du Sélé et vers le Val Gaudemard par ceux du Chardon et du Says.
Refuge CaroH t.t l'ic de SeT^f Ci» dur.
Un belvéder, d'un accès rendu facile, la Tète de la Maye (2522 m.), permet d'embrasser dans un merveilleux panorama, l'étoilement de ces vallées et leur couronnement de cimes. Il y a là un spectacle d'une incomparable grandeur, et cette nature sauvage, où les rocs déchiquetés s'harmonisent avec les glaces et les cascades, seule végétation qui les diapré, produit une impression inoubliable.
Sommet du Pic Coolidge : vue sur le Pelvoux.
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Montagne des A gneaux.
La ligne de faîte est aussi une ligne de démarcation, de caractère et de couleur. On s'en aperçoit bien vite en franchissant le Col de la Temple, cet ancien passage qui, perdu après avoir été longuement pratiqué, ne fut retrouvé qu'en 1844 par un chasseur de chamois.
Certes, la métamorphose n'est pas brusque, et lorsqu 'après avoir passé la crête on descend par des parois abruptes dans l'entonnoir au fond duquel on va rejoindre le Glacier Noir, on est bien encore dans l'empire des rocs. Mais la masse arrondie du Pelvoux (3954 m.), qui se profile devant les yeux paraît moins sévère, elle s'irradie d'une lumière plus chaude, et l'on sent que l'on se trouve sur le versant du soleil.
Le long, bien long corridor du Glacier Noir, resserré entre les masses du Pic Coolidge (3756 m.), et des Escrins à gauche, et celles de l'Aléfroide et du Pelvoux à droite, prend fin au replat ironiquement dénommé Pré de Madame Carie, où quelques mélèzes miraculeusement conservés nous donnent un avant-goût de la Vallouise. A l'issue de ce petit plateau, les vieilles moraines qui encaissent le torrent de Saint-Pierre, se recou-
vrent d'une végétation luxuriante, et c'est dans un décor où la grâce s'essaie à tempérer l'austérité, que l'on parvient au plateau d'Aléfroide, commencement de la Vallouise riante,
La combe qui s'était formée de la réunion du Glacier Noir et du Glacier Blanc, se rencontre ici avec la combe de Celse-Nière, qui vient du Col et du Glacier du Sélé et recueille les eaux descendant des flancs méridionaux du Pelvoux. Leurs apports réunis ont formé un plateau,
sédiment sans doute d'ancien lac, qui se recouvre d'un épais gazon parsemé de bosquets de mélèzes. Le contraste est charmant entre cette verdure et les roches noirâtres du Petit- Pelvoux qui la dominent. Un village de chalets et un petit hôtel animent cette oasis à laquelle il ne manque que d'être plus connue pour être envahie.
Maintenant, la vallée se resserre en une magnifique forêt de mélèzes au travers de laquelle le chemin décrit ses méandres, et le torrent du Gyr précipite ses cascades.
Cet enchantement paraît trop court, quand on arrive au bas de l'étage, au village des Clots, dans la Vallouise plantureuse, à la rencontre du vallon de l'Échauda.
Glacier de Jùinne Pierre et Muraille de la Barre des Escrins.
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La Meidje vue des Élançons
Un long berceau largement évasé, ouvert aux bienfaisants rayons du soleil, réunit, à une hauteur moyenne de 1200 mètres, les villages et les cultures de la Vallouise. A la suite des Clots on traverse Saint-Antoine, le Sarret, le Poêt, groupés en une commune sous le vocable du Pelvoux. Les maisons larges, bien bâties, avec de vastes auvents et des balcons orientés au midi, respirent un air d'aisance. Après Rière-Pont, on traverse le torrent qui devient la Gyronde, et on arrive au chef-lieu de la vallée, à la ville, Ville-Vallouise.
La campagne est riante, les prés sont verts, les eaux joyeuses; à mi-hauteur, la terrasse des Alberts offre ses charmes, et une belle forêt de sapins couronne l'arête de la montagne qui vient fermer en quelque sorte ce gentil paradis de Vallouise. Puis, la petite plaine s'infléchit vers les Vigneaux, elle se resserre, se transforme en gorge, et le charme s'évanouit, car ce n'est plus qu'un coteau rocailleux qui se déverse dans la rocailleuse Durance.
Les deux principaux versants du grand massif, ont ainsi des allures nettement différentes, la vallée de la Bérarde plus grandiose, celle de
Au refuge du Carrelet.
la Vallouise plus gracieuse; celle-ci est d'ailleurs la note exceptionnelle de cet ensemble des hautes régions, car les deux versants secondaires, le bassin de l'Alpe et le Val Gaudemar, participent à l'austérité de la vallée du Vénéon.
Cette austérité impressionnante pour le visiteur a pour les initiés, pour les véritables alpinistes un charme qui les entraîne à braver les plus grands dangers. A l'ascensionniste, il faut l'ivresse de gagner l'espace: les pics les plus ardus, les plus élevés sont ceux qui enflamment le plus de convoitises ; la glorieuse muraille de la Meidje, l'imposante Barre des Escrins, la couronne des pics innombrables des massifs du Pelvoux et des Escrins lui offrent l'attrait des escalades les plus difficiles, les plus célèbres.
Le Père Gaspard.
L'arrivée à Uriage.
Uriage-les-Bains. — Belledonne.
Uriage-les-Bains. — Ses alentours. — La source et le casino. — Les promenades : le Château, Préniol, la Cascade de l'Oursière, Chamrousse, Belledonne.
Un pays aussi montagneux, où s'étaient produits de tels soulèvements, ne pouvait manquer de voir surgir de nombreuses sources thermales.
A quelques pas de Grenoble, dans le premier repli des collines, la coquette station d'Uriage offre aux baigneurs et aux oisifs la santé et la distraction. Sans que les manuscrits conservés en aient gardé la moindre trace, ses eaux salines et sulfureuses étaient déjà connues des Romains, et les fouilles faites pour les aménagements de la source ont mis à jour
Farc d'Uriage.
des travaux importants, des piscines, un tepidarium, etc., ainsi que de nombreux ex-votos qui attestent l'ancienne fréquentation de ces thermes.
Détruits dans les violents conflits qui suivirent l'efEoTidrement de la puissance romaine, ils avaient disparu sans laisser de traces dans la mémoire des hommes, et le Moyen âge était venu dresser un de ses châteaux-forts au-dessus du marécage où croupissaient les eaux. La source, cependant, bien qu'obstruée n'était pas tarie, et l'observation aidant, quelques paysans malades venaient s'y baigner à même les eaux. Guy AUard l'avait mentionnée, et le docteur Nicolas la décrivit, en 1786. Ce fut vers le commencement du xix« siècle, que Madame la Marquise de Gautheron, héritière des Alleman et des Langon, y organisa quelques baignoires.
Son neveu et successeur, M. le comte Louis de Saint-Ferriol, fut le véritable créateur d'Uriage, auquel il consacra sa vie et sa fortune. Par ses soins, les marais furent drainés et asséchés, la source captée : il dessina le parc, conçut le projet de la station telle qu'elle se manifeste aujourd'hui, et édifia les premiers hôtels. Ses enfants ont continué et perfectionné son œuvre, le temps a sanctionné la valeur thérapeutique
Château d'Uria^e.