‹ Grenoble, capitale des Alpes FrançaisesChapitre 5 sur 6 · L.UC ut i.iijjrt-y · texte numérisé non relu

L.UC ut i.iijjrt-y

La Motte-les-Bains et la Mataisine

La Motte-les-Bains. — Le chemin de fer de la Mure. — Les Mines et le Bassin houiller. — La Mataisine, le Trièves, le Beaumont et le Dévoluy. — La Mure, Mens, Corps, la Salette.

La troisième station thermale du Dauphiné, par importance sinon par ancienneté, est l'établissement de la Motte-les-Bains.

Déjà mentionnées par le Dictionnaire du Dauphiné de Guy Allard, en 1684, les eaux jaillissent au fond d'une profonde coupure creusée par le Drac, à 330 m. environ d'altitude, presque au niveau du lit de ce torrent, contre les crues duquel des travaux ont dû les protéger. Remarquables non seulement par leur constitution et leur teneur saline, mais surtout

La Motte d' Aveillaus : la Pierre Percée.

par leur considérable température d'émergence (62°) ces eaux furent d'abord médiocrement utilisées. On allait les chercher dans dos barriques que l'on montait à dos de mulets pour les déverser dans les baignoires d'un petit établissement improvisé au hameau du Pérailler (550 mètres env-iron d'altitude).

Tout auprès, sur un mamelon érigé dans l'entonnoir de la Motted'Aveillans, un ancien château seigneurial, délabré et plus qu'à demi ruiné par l'incendie, pouvait encore offrir un abri; les baignoires y furent transportées, et le traitement s'y continua aussi primitif d'abord qu'auparavant. Cependant il faisait merveille sur les rhumatisants assez atteints pour s'y résigner. L'attention se porta sur ces sources : elles furent acquises par des propriétaires qui y firent de très grands travaux d'adduction, d'appropriation et d'embellissement. La station de la Motte-

Chentin de fer de la Mtire

Pont de Ponsonnas.

Jes-Bains, confoi"tablemeiit installée dans le château restauré et agrandi prit rang parmi les eaux thermales les plus connues et les plus éfi&caces.

Jadis il fallait affronter un parcours en voiture de trente kilomètres pour y parvenir. La construction de la ligne ferrée de Vejiies avait raccourci de moitié cette distance par l'ouverture de la gare de Saint- Georges de Gommiers. Les magnifiques travaux du chemin de fer de la Mure amènent maintenant le public à la gare de la Motte-les-Bains (706 m, d'alt.) plus élevée que le château (620 m,), auquel elle est reliée par une bonne route de trois kilomètres.

Les malades peuvent donc aisément accéder l'établissement de la Motte, où comme le faisait remarquer une brochure de propagande, l'effet salutaire du traitement ne risque pas d'être compromis par le surmenage des distractions intensives habituelles aux grandes stations thermales.

Toutefois il est extrêmement regrettable qu'un conflit d'intérêts de toute nature n'ait pas permis l'exécution d'un projet, déjà conçu

La Salette.

en 1844 et plusieurs fois repris depuis lors, qui eut amené à Grenoble ou dans sa banlieue les eaux des sources de la Motte et eût contribué à la fois à la prospérité de la ville et à celle de l'établissement.

Les eaux thermales viennent toujours à émergence dans des terrains profondément bouleversés par les actions géologiques. Ce vallon de la Motte recèle un puissant gisement d'anthracite, et l'on sait que l'anthracite est le résultat de l'enfouissement d'une exubérante végétation, soumise à des pressions plus considérables que celles qui ont façonné la houille. Le charbon minéral a été reconnu en bien d'autres endroits de la région alpine, mais nulle part il ne se présente avec une épaisseur de filons et une qualité comparables au gisement de la Motte. Aussi de nombreuses exploitations ont-elles été ouvertes

Basilique et Pèlerinage de la Salette.

à la Motte-d'Aveillans, à Notre-Dame-de-Vaux, au Peychagnard, etc.

Naguère l'extraction et la vente en étaient limitées par les difficultés du transport, car il fallait une cavalerie importante pour l'amener à Grenoble. L'intention de développer cette industrie locale fut un des motifs qui déterminèrent l'État à faire exécuter le chemin de fer de la Mure, aux dépenses duquel les concessionnaires des mines fournirent une sérieuse contribution.

Dans un terrain extrêmement accidenté, le tracé de cette ligne fut une merveille de l'art des ingénieurs. La partie qui fait le plus d'impression sur l'esprit est celle où la voie, au sortir de la gare de Notre- Dame-de-Commiers, se trouve suspendue comme en balcon au-dessus des abîmes du Drac, mais il faut encore plus admirer la hardiesse qui est venue jeter un pont entre les deux tunnels de la Glapisse ; les deux viaducs superposés de l'Oula attirent l'attention, mais la partie souterraine qui ne frappe les yeux de personne présente à deux reprises ces tunnels hélicoïdaux qui furent la grande admiration de la ligne du Saint-Gothard. C'est à coups de travaux d'art que cette voie fut conquise sur la nature

Vue Si'nérale de Cor-bs, et l'Obiou.

De Saint-Christophe à Valjouffrey : l'Aiguille des Arias.

et qu'elle est venue apporter à l'industrie du bassin houiller de la Motte le bénéfice des transports rapides et réguliers.

La voie ne pouvait s'arrêter à la Motte-d'Aveillans malgré toute l'importance que donnait à cette localité le puissant développement de ses mines. Elle est sortie du bassin de la Motte en perçant la montagne pour venir pousser son terminus provisoire jusqu'à la petite ville de la Mure (822 m.). Elle doit être continuée jusqu'à Gap, et les travaux, amorcés sur tout le parcours, seraient achevés sans l'interruption que la guerre mondiale ne pouvait manquer d'occasionner. Espérons qu'ils seront bientôt amenés à leur terme, et pourront vivifier les intéressantes régions alpines du Valjoufïrey, du Valgaudemar, du Beaumont et même du Dévoluy.

Le bassin du Drac présente au plus haut degré le phénomène que les nouvelles doctrines de la géologie appellent le surcreusement. A une époque relativement récente, le torrent et ses affluents parcouraient un immense plateau qui, à l'altitude moyenne de mille mètres, rejoignait

La Chapelle en Valgaudemar.

par une large plaine les reliefs latéraux du massif du Pelvoux à ceux du Dévoluy et du Vercors. Puis leur activité réveillée s'est mise à creuser ce plateau qui, composé de matériaux d'apport, n'opposait à leur action qu'une faible résistance, et c'est ainsi qu'ont été produits ces corridors profonds de trois à quatre cents mètres qui sont aujourd'hui les lits du Drac, de la Bonne, de l'Ébron, etc. Des entailles gigantesques aux pentes abruptes séparent des terrasses correspondantes qui sont les témoins de l'ancien état des choses, et ne communiquent plus entre elles que par de considérables détours.

Le sol ainsi fractionné était autrefois compris en un certain nombre de pays, dont les principaux furent la Mataisine sur la rive droite du Drac et de la Bonne, le Beaumont sur la rive gauche de la Bonne, et le Trièves sur la rive gauche du Drac.

La Mure est la capitale de la Mataisine. Petite ville agricole de 3500 habitants, la Mure qui fut jadis fortifiée et joua un rôle important à l'époque des guerres de religion, a perdu dans ses convulsions toutes

Glacier de la Lavey et Pic d'Olan.

les reliques de son passé. Dans un pays plat, sur la lèvre de l'abîme que s'est creusé la Bonne, elle est la clef de cette curieuse vallée du Valbonnais et du Valjouffrcy qui communique avec l'Oisans, et va se buter au pied de la grandiose muraille de l'Olan. Elle commande aussi l'accès de la vallée de Lavaldens, moins visitée qu'elle ne le mérite et qui pénètre au cœur du massif de Taillefer.

Le Trièves qui lui fait face s'étend sur les deuxrives de l'Ébron, et s'enfonce comme un coin entre les rochers du Dévoluy et la partie méridionale du Ver cors. ^aa^ ^'»— j*i. Fouillé, buriné par les cours d'eau qui le sillonnent, naguère de ^^communications

Le lac de Pétarel et l'Olan.

très difficiles, il ne présentait d'intérêt pour le touriste que dans sa partie supérieure, où le vallon de Tréminis entièrement boisé recèle de jolis paysages. L'antomobile, victorieuse des rampes et des pentes, a fait cesser cette défaveur, et Mens est devenue le point de croisement de nombreux itinéraires. Calviniste par excellence. Mens est le rempart de la religion réformée en Dauphiné, et le siège, au moins nominal du consistoire protestant. Très agricole, comme sa voisine la Mure, déchue comme elle de son ancienne importance, elle n'a plus guère qvie 1600 habitants, et elle ne sait pas tirer parti des eaux d'Oriol qui jaillissent dans son voisinage.

La longueur et les difficultés de son accès équivalaient presque à un isolement. Maintenant un service régulier d'autobus départemental la rattache à la gare de Clelles. Dans la belle saison une ligne d'autocars prend les touristes à la gare de la Mure, les amène par Ponsonrias au décor sauvage du Pont de Cognet, et remontant à St-Jean-d'Hérans sur la rive gauche du Drac vient les déverser sur la place de Mens. Un autre service passe par le Monestier-de-Clermont, vient par le Col du Fau traverser l'Ébron au pont de Brion, et rejoint à Mens le précédent. On les combine aisément pour faire un curieux circuit du Trièves, et les alpinistes ainsi amenés à pied-d' œuvre commencent à fréquenter le rude trajet que leur ouvre au départ de Mens la face septentrionale de l'Obiou, le géant du Dévoluy.

Église du Clôt en Valgaudemar.

Au fond le Sirac.

L'Obiou, face Nord.

Le Beaumont fait sur la rive gauche de la Bonne, suite à la terrasse de la Mataisine. Sa capitale, Corps, que traverse la route de Grenoble à Gap, dite de Lyon à Antibes, est le point de départ de l'ascension de la Salette. A 962 mètres d'altitud«, ce pauvre chef-lieu de canton, privé de commerce et d'industrie, s'était réveillé de sa torpeur pour satisfaire à l'immense quantité de croyants venus de tous les points de la chrétienté en pèlerinage à la Sainte Montagne, mais devant les difficultés d'accès les pèlerins se rejetèrent vers Lourdes qui attirait aussi vivement leur foi et où le chemin de fer les déposait sans fatigue.

Maintenant l'automobile exerce sa bienfaisante influence. Des autocars partent de la Mure, ou directement de Grenoble pour Corps ; un service correspondant conduit au monastère de la Salette (1770 mètres), et quand le chemin de fer de Grenoble à Gap, depuis si longtemps commencé, aura planté une gare à Corps, on peut espérer un renouveau d'affluence.

C'est aussi de Corps que part la route du Dévoluy. Ce pays reculé,

formant berceau encadré entre de hautes cimes calcaires, le Faraut, l'Aurouze, l'Obiou et le Grand-Ferrand, a toujours été considéré comme déshérité. Entièrement déboisé sur ses pentes, ruiné et raviné par les éléments, on lui donne pour étymologie le latin devolutun, roulé. De bonnes routes permettent maintenant d'y pénétrer par Pellafol, par le Col du Noyer, et par le col d'Agnières, et plus commodément amenés les voyageurs s'avisent de découvrir que les fonds de vallées y sont verdoyants et pittoresques, que la dénndation de ses pentes a quelque chose de grandiose, et que ses pics peuvent offrir d'intéressants paroramas.

Là comme ailleurs dans les Alpes, les facilités de parcours que donne l'automobile viennent revivifier des régions autrefois délaissées.

Une maison du Valgaudemar.

Un saut en ski.

Grenoble en Hiver.

Les sports d'hiver. — Raquettes et skis. — Luges et bobsleighs. — Le Monestier de Clermont et le Sappey. — Le Recoin et le Col de Porte. — Paysages de neige.

Naguère pour Grenoble la saison d'hiver était la saison du repos intérieur. La vie s'y concentrait dans les distractions et les travaux intellectuels : c'était la saison des concerts et des représentations théâtrales, dans les confortables logis de l'aristocratie ou de la bourgeoisie, celle des réceptions, des dîners et des bals. Mais cette animation ne se manifestait guère que la nuit et à couvert, et par les rues enneigées on se bornait aux déplacements inévitables, sans songer à aller au dehors, en plein air, s'exposer aux âpres morsures de la bise. La vogue de Saint-Egrève, fixée au lendemain de Pâques, était d'ordinaire le commencement des sorties.

Grenoble — Hâtel-de- Ville et Parterre à la française sous la neige, le soir.

Il en fut tout autrement dès que les sports d'hiver furent importés en Dauphiné. Les raquettes furent d'abord utilisées par l'armée et par les gardes forestiers; elles rendirent des services appréciables, et quelques intrépides reconnurent qu'elles permettaient encore la visite de la montagne, alors que la neige épaisse, et surtout fraîche, en interdisait l'accès aux piétons ordinaires. Mais l'exhibition et l'usage des skis, timidement présentés au début, provoquèrent bien vite un enthousiasme général.»

Le ski s'adaptait merveilleusement au régime hivernal du pays alpin, et bientôt acclimaté parmi les jeunes citadins, il ne tarda pas à se répandre dans la campagne. Tout le monde à présent fait du ski, et c'est un spectacle assez curieux que de voir, les dimanches et jours de fêtes, les guichets assiégés par cette foule aux épaules de laquelle s'entrechoquent les deux longues palettes. De ci de là, les participants d'un groupe se relaient pour porter la luge. On a adapté aux auto-cars un dispositif pour loger les skis, et par les beaux jours d'avisés entrepreneurs dispensent la clientèle du transport de ces objets encombrants, et leurs voitures emmènent au champ d'exercice tout le matériel des skieurs comme des lugeurs.

Grenoble — Jardin de l'Ile vette, l'hiver.

GRKNOBLE

St-Pierre de Chartreuse.

Le Monestier de Clermont fut le premier centre qui revendiqua sur ses plateaux mollement ondulés la préférence des skieurs. L'orientation au Nord de son vallon lui conserve en bonnes conditions la neige dont les chutes y sont fréquentes, et quand une couche de un mètre à un mètre et demi recouvre le sol, il n'est plus de champs, de fossés, à peine de haies : tout le berceau entre le Monestier et Saint-Paul devient une seule piste. Le vallon du Sappey s'étendant vers l'Emeindras, compris entre la

base de Chamechaude et le revers du Saint-Eymard affecte aussi la forme en berceau si favorable à ces exercices. Plus élevé que le Monestier, il conserve mieux sa neige, et sa proximité de Grenoble lui assure la clientèle des gens pressés. Mais l'humanité est toujours •y " "^'^^^ïi.-,, de plus en plus exigeante. Dans

ces champs d'exercices, les skieurs

'*' -^ Au col de la Rucher e.

Au fond, Chamechaude.

CAPITALK DES ALPRS FRANÇAISES

Skieurs à St-Picrre de Chartreuse — Au fond le Grand Som.

ne se trouvaient pas assez à leur aise. Réunis en Ski-Club ils firent entendre des doléances auxquelles les Sociétés alpines locales furent obligées de prêter l'oreille. On chercha des emplacements qui pussent pendant une longue période garantir aux amateurs la jouissance de leur plaisir préféré. Le Club Alpin pensa le premier résoudre le problème, et il fit construire au Recoin de Chamrousse, à 1600 mètres environ d'altitude, un grand refuge gardé qui, commandant tout le vaste plateau pastoral allongé entre les forêts et les rocailles supérieures devait favoriser de la façon la plus ||Mp»> effective les ébats des sportifs.

La Société des Touristes du Dauphiné porta ses préférences sur les prairies et clairières intercalées dans la grande forêt de Porte, et elle y installa sur le seuil du vrai Col, à 1325 mètres d'altitude un chalet-hôtel qu'elle rac-

La Dent de Crolles, l'hiver.

mt

La descente de Chamrousse par les Arcelles — Au fond le Taille fer.

corda par un tronçon de près de 500 mètres à la route de Grenoble à la Chartreuse. Ce chalet, situé à la partie supérieure d'un berceau qui se prolonge

jusqu'aux Cottaves et s'évase entre les pentesj boisées de la Pinéa et de Chamechaude, réserve à ses clients de la neige jusqu'à fin d'avril, Il doit une grande faveur à sa proximité de Grenoble et à la route qui le dessert ; depuis peu des autos

Maison forestière de Prémol.

Au Cré du Poulet: vue sur le Grand et le Petit Charnier.

chasse- neige ont été mises en service qui, déblayant la route du col de Porte, permettent aux voitures le libre accès des vallons de la Chartreuse ; les hôtels restant ouverts pendant la saison froide, des pistes ont été aménagées et S*- Pierre de Chartreuse sera bientôt en hiver un centre d'attraction aussi important qu'en été.

Une émulation féconde s'est établie entre les différentes stations.

Le Tt lèves .-Skieur u C/m hilianne.

L'alpinisme liivernal ne borne pas seulement ses efforts aux concours, entraînements, exercices de skis mais encore la montagne enneigée faitelle battre le cœur des touristes habitués à nos Alpes d'été.

Par les journées claires et limpides qui succèdent souvent aux orages, les paysages de neige exercent une attraction incomparable. Dans les forêts de sapins surtout les ramures blanches forment un tableau merveilleux, le soleil se joue aux cristaux dont elles sont chargées, et ceux qui vont s'ébattre aux prairies de Prémol ou de Porte en rapportent de bien vivaces impressions. L'enthousiasme est au comble quand on s'élève au-dessus de la forêt dans les grands pâturages comme ceux notamment qui s'étendent sur la croupe du Charmanson ou sur celle du Barioz.

Le désir du progrès, la soif du mieux, fait faire plus encore et des alpinistes intrépides ont poussé les randonnées de leurs skis jusqu'aux plus hauts sommets des Alpes. Les descriptions qu'ils en ont données vibrent d'une allégresse toute spéciale, et quand grâce à une endurance et à une audace exceptionnelles l'homme domine ainsi le monde des neiges il en éprouve une ivresse plus intense encore qu'en été. Il se répand en actions de grâces à l'adresse du ski libérateur.

En « bob » au Monestier de Clermont.

Armoiries du Dauphmé.

TABLE DES 3IATIÈRES

Pages Préface par M. Léon Ausciier, Président du Comité de Tourisme en montagne

du Touring-Club de France n

Page 1