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Ce sont surtout les maîtres de l'école vénitienne qui figurent à Grenoble avec un incomparable éclat. La Femme hémorrhoïsse de Paul Véronèse qui provient des anciennes collections des rois de France est le plus beau tableau que le Musée possède avec le Soint Grégoire de Rubens. Véronèse est encore représenté par un exquis petit tableau : le Christ apparaissant à la Madeleine. Ensuite c'est Tintoret avec la Sainte Famille an donateur, Bernardino Licinio avec la Vierge entourée de saints, Canaletti avec une Vue de la Sainte prise de la Piazzetta, le Padovinano avec une V^«h.ï qui évoque le souvenir du Titien.
hémorrhoïsse, de Paul Vârooèse.
Guardi avec une Vue de la Place Saint-Marc et le Bassan avec trois tableaux représentant les Saisons.
Les autres écoles d'Italie nous offrent le Christ montant au Calvaire de Solario, la Descente de croix de Paolo Farinato, le Crucifiement de Saint Pierre du Calabrais, une Nature morte du Maltais.
Le Musée qui ne possédait de l'école espagnole qu'un Portrait d'homme, d'auteur inconnu, et un Saint Barthélémy deRibera, est devenu un des plus importants Musées de PVance pour l'étude de cette école, grâce à un don splendide du général de Beylié : un Saint de Murillo et quatre toiles maltresses de Zurbaran : l'Annonciation, l'Adoration des bergers, l'Adoration des Mages et la Circoncision.
Le plus souvent les écoles d'Italie, de Flandre et de Hollande forment presque exclusivement le fond des Musées. Il est très rare qu'un Musée soit riche en œuvres des écoles françaises ; or sur ce point le Musée de Grenoble peut être classé immédiatement après les Musées de Paris. On admirera particulièrement deux Paysages de Claude Lorrain, surtout la Vue de Tivoli, tableaux qui proviennent de la collection d'un dauphinois, le Duc de Créqui, qui sans doute les avait acquis pendant son Ambassade à Rome. Nous citerons ensuite comme pièces principales, un Portrait de r Amiral Coligny, du xvi'' siècle, les Portraits d'Henri IV et du Connétable de Lesdiguières ; un Lesueur, VAnge apparaissant à Tobie (partie d'un plafond de l'Hôtel Fieubet à Paris) ; deux Desportes, une Nature morte et une Chasse au cerf\ deux grands panneaux de Lafosse, des Figures allégoriques tenant des armoiries ; une Scène mythologique de Mignard, destinée à servir de carton pour une tapisserie ; deux Portraits de Largillière, au nombre de ses meilleurs ; le VœtL de Saint Louis de Lpbrun; des Vouet, des La Hire, des Jouvenet, des Rigaud, des Coypel, des Van Loo, des Bourguignon et plus spécialement parmi les maîtres du xviiT siècle un tableau tout petit mais exquis de Watteau, un Portrait d'enfant de Drouais et une Scène de bain de Pater, d'une grande finesse de coloris et d'une conservation parfaite. J'appellerai tout spécialement l'attention sur un maître fort peu connu, qui a passé la plus grande partie de sa vie à peindre des cartons pour la manufacture des Gobelins, Colin de Vermont, dont YArmide est une merveille de composition facile et somptueuse, une œuvre presque moderne par la richesse et le scintillement du coloris.
L'école moderne est malheureusement très mal représentée à (irenoble. Les ressources dont dispose le Musée sont trop restreintes pour lui permettre de faire les acquisitions nécessaires. Nous citerons seulement parmi les maîtres de la grande école romantique, le Saint Georges de Delacroix, le Portrait d' Hersent par Ary SchefFer, des Fleurs et une Femme nue de Diaz. Dans les deux salles consacrées à l'école moderne on s'intéressera surtout aux maîtres dauphinois qui furent très nombreux au cours du xix"" siècle.
Pendant tout le xix"" siècle, les grands artistes de Paris n'ont cessé de visiter le Dauphiné. En 1830, la mode était parmi les peintres de s'installer à Sassenage, qui fut comme le Barbizon de cette époque. Un tableau de Giroux, au Musée du Luxembourg, qui représente une Vue du Fur on et de la Chaîne de Belledonne, est le souvenir de cet enthousiasme pour les sites du Dauphiné. Plus tard ce sont les plaines du Rhône qui attirèrent
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Corot et Daubigfny, à Crémieu et à iMorestel. Une des plus célèbres toiles de Daubigny, V Ecluse, a été faite à Optevoz.
Par suite il n'est pas surprenant que le Dauphiné ait eu à ce moment une brillante école d'artistes. Ernest Hébert en a été le maître le plus éminent. Le Musée possède un de ses premiers tableaux (1839) : Expilly
La Vierge au donateur,
visitant le Tasse dans sa prison. Dès sa jeunesse, c'est vers l'Italie qu'allait la pensée d'Hébert qui, après avoir été pensionnaire de l'Ecole de Rome, en fut longtemps le directeur. De son séjour comme élève à Rome date une puissante Etude de 11 11 et une copie de la Sibylle Dclphiqiie de Michel-Ange, D'époques plus récentes nous avons son propre Portrait, et trois ravissantes petites toiles : la Pasqua Maria, la Jeune fille devant une prison et le Premier dessin. Mais surtout on remarquera le projet pour la décoration en mosaïque de l'abside du Panthéon, représentant le Christ montrant à l'Ange de lu France les destinées
de sa patrie. En dehors du Musée, dans la petite église du village de la Tronche, qu'aucun touriste ne doit négliger d'aller voir, on conserve comme une précieuse relique la Vierge de la Délivrance, chef-d'œuvre de ce maître qui, par son exquise poésie et son sentiment aristocratique de la beauté, est un de ceux qui ont su le mieux incarner dans leur œuvre quelques-unes des plus rares et des plus belles qualités de l'esprit français. Aux côtés d'Hébert, il faut placer Achard, qui fut avec Cabal, Corot.
de Bernard! no Lïcinio.
Rousseau, un des créateurs et un des maîtres de l'école de paysage moderne. De la première manière d' Achard, sincère, précise, mais un peu sèche, le Musée de Grenoble possède la Vue du Mouckerotte, les Ruines de Beauvoir, les Environs de Grenoble. Plus tard Achard montre toute sa maîtrise dans le Casque de Néron, et toute sa délicatesse dans la Chaumière et la Prairie.
l-aure, dont le talent fut très apprécié à Paris, et à la cour des Tuileries, est représenté par des œuvres importantes, \es Premiers pas de l'amour, une A'^^rwit, et par deux petits tableaux, une £t'f et une Chloé.
Plus que Faure, Rahoult, qui ne quitta pas Grenoble, personnifie l'esprit dauphinois. Il a passé sa vie à reproduire dans des scènes vives
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et Spirituelles les types et les costumes du pays. Le livre, le Grcnobîo malhérou, qu'il a illustré en en faisant comme une revue de toutes les curiosités artistiques de Grenoble, est une œuvre qui dans son genVen'a pas été surpassée. Quatre toiles de lui, non pourtant de ses meilleures, le
L'Adoration des Birrgers, de Zurbatan.
représentent au Musée : la Porte close, Novembre, un Paysage et un Campement de Bohémiens. Plus importantes sont les figures allégoriques dont il a décoré le vestibule et la grande salle de la Bibliothèque.
Blanc Fontaine, qui fut le collaborateur de Rahoult dans cette décoration a, au Musée, l'Antiquaire et un Souvenir de la Grave.
Plus jeune qu'eux, Fantin-Latour a tenu une grande place dans
l'art français de la fin du xix' siècle. Comme Hébert, comme Berlioz, dont il s'est plu à illustrer les œuvres, il tenait sans doute des impressions reçues en Dauphiné cet amour subtil de la beauté, cet idéal de
?oriniit du Connétable de Lesdiguièies.
poésie, qui lui font une place à part dans l'école française. Le Musée de Grenoble possède de lui une de ses maîtresses œuvres, VHommagc à Berlio^, un petit tableau, la Tentation de saint Antoine, son Portrait, plusieurs dessins, et une importante collection de ses lithographies, donnée par sa veuve.
Ravier, dont la renommée est aujourd'hui si éclatante, a passé sa vie
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en Dauphiné, presque inconnu. Le Musée a plusieurs peintures, dessins et aquarelles de ce grand coloriste, que la postérité considérera, et que l'on considère déjà, comme un des artistes les plus puissants et les plus originaux de l'école française.
Autour de ces illustres maîtres, d'autres ont vécu, surtout des paysagistes, dont le plus remarquable fut l'abbé Guétal, qui, un des premiers.
s'intéressa à la représentation des aspects de la haute montagne. Son Lac de VEychaiida, qui lui valut une médaille, fut un des événements du Salon de Paris de 1886.
Pendant le XIX' siècle, les sculpteurs n'ont pas manqué au Dauphiné. Ce fut d'abord Sappey, dont l'œuvre est considérable. Il est l'auteur de la Fontaine, du Lion, et de la Fontaine de la place Grenette, dite le Château d'eau, où les enfants assis sur des dauphins sont la plus jolie chose qu'il ait faite. Plus près de nous deux sculpteurs ont été enlevés dans toute la jeunesse de leur talent, Rambaud, dont le Musée possède le
Le Christ montrant à l'Ange de la France les destinées de sa patrie, par E. Hébert.
beau Berlio^i mourant, et Ding, dont les principales œuvres sont à Grenoble : le Monument du Centenaire de la Révolution française sur la place Notre-Dame, la Pensée, sur la Tombe de la famille Jouvin, les Figures allégoriques de la porte du Grand-Hôtel, et, au Musée, deux œuvres' exquises : le Buste de Gratîanopolis et la Muse de Bcrlio^.
Dans des salles annexes au Musée de peinture, soit sur les murs, soit dans des meubles tournants, sont exposés les Dessins et les Aquarelles^ du moins les plus belles pièces, car il en est un très grand nombre d'autres dans les cartons. Les dessins exposés, qui appartiennent aux écoles les plus diverses, sont tous d'une grande beauté. Le fond de cette collection provient de la donation Mesnard.
En étudiant l'histoire de l'art dauphinois, nous avons eu l'occasion de citer plusieurs des plus importantes sculptures du Musée, notamment celles provenant du Palais de Justice et quelques œuvres antiques : une Stèle et une Tête de femme, appartenant à l'art grec du IV siècle avant Jésus-Christ, et un Buste de femme romaine. Il nous reste à signaler le Buste de Benoit XIV, d'une vie si intense, et d'une souplesse de modelé qui fait songer aux plus belles œuvres du Bernin, de Caffieri ou de Houdon, quelques statues en pierre ou en bois provenant des vieilles
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églises du Dauphiné, et comme œuvres modernes, la Phrviic de Pradier, don de M. Daiguenoire, une Venus d'Husson, le Tireur d'arc de (iardet, les Fleurs du Mal de Vidal Cornu, une série de Médailles Ai Chaplain et plusieurs statuettes en bronze de Meissonier.
Graiianopolis, par Heori Ding.
Quelques moulages de belles statues françaises du moyen âge, provenant du Trocadéro, ont été très heureusement disposés dans le vestibule et l'escalier qui conduit au premier étage.
Là se trouventla Collection de meubles de y\. Genin, la Collection d'ètojfes anciennes, donnée par la famille Blanchet de Rives, et surtout le très riche et très rare Musée d' Extrême-Orient, constitué et donné par le général de Beylié.
Au second étage, une petite salle contient les Gravures. On y remar-
quera les œuvres des graveurs dauphinois et notamment celles de ChampoUion et de Fantin-Latour.
Le distingué Conservateur du Musée, M. Bernard, a publié un catalogue comprenant vingt reproductions des plus beaux tableaux du Musée.
Revenant au rez- de -chaussée , nous entrerons dans la grande salle de la Bibliothèque où sout exposées des collections de diverses natures :
les médailles, les bustes des hommes célèbres du Dauphiné, les séries archéologiques, auxquelles appar- .
tiennent quelques belles pièces que nous avons reproduites : le Casque de Vci^croncc, la Véniix de bronze et les Vases Louis XVI. Dans les vitrines latérales sont exposés quelques-uns des plus beaux livres de la Bibliothèque,
La Bibliothèque de Grenoble a pour origine l'acquisition faite en 1771 de la bibliothèque deM^'deCaulet, évêque de Grenoble, éminent bibliophile, qui avait réuni quelquesunes des plus belles collections faites par les amateurs dauphinois, et notamment celle d'Expilly. Quelques années plus tard (1777), les Antonins, avant de se réunir à l'ordre de Malte, donnèrent à la ville de Grenoble toutes leurs collections : cabinet d'histoire naturelle, livres, tableaux, médailles et antiques. Puis, en 1803, on transporta à la bibliothèque les livres provenant des ordres religieux dissous, et notamment ceux de la Grande-Chartreuse
Parmi les livres les plus précieux de la Bibliothèque, nous citerons le
La Phrj-né, de Pradier.
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Catkolicon (fonds de la Chartreuse), imprimé en 1460 par J. Guttemberg à Mayence. Nous publions la magnifique reliure en cuir ciselé de ce 'précieux incunable. De la bibliothèque Expilly provient le Manuscrit des Poésies de Charles d'Orléans, écrit en 1465 par Nicolas Astezan, secrétaire du prince. La Bibliothèque possède un grand nombre d'incu-
Grande salle de la Bibliothèque de Grenoble.
nableset de belles Heures illustrées. Les manuscrits écrits à la Grande- Chartreuse étant une des raretés de la Bibliothèque, nous reproduisons une lettre initiale comme spécimen de cet art des manuscrits cartusiens. La Bibliothèque est administrée par M. Maignien, qui a rédigé une série de précieux catalogues, notamment celui des livres de la période révolutionnaire et celui du fonds dauphinois.
La seconde moitié du XIX' siècle a été une ère d'exceptionnelle pros-
périté pour la ville de Grenoble ; tout a concouru à favoriser son commerce et son industrie: l'annexion de la Savoie qui fait que Grenoble ne se heurte plus de si près à la frontière, les chemins de fer qui rayonnent dans toutes les vallées, une heureuse exploitation de toutes les richesses
du Catliolkan de la Bibliothèque de Grenoble.
naturelles et récemment la mise en valeur des innombrables torrents des Alpes pour la production de la force électrique. Au cours du siècle sa population a triplé ; elle approche aujourd'hui de quatre-vingt mille habitants; et toute une nouvelle ville, non sans beauté, s'est construite à côté et parfois sur l'emplacement même de l'ancienne. Un premier agrandissement de la ville a donné lieu à la création de la place de la Constitution, où sont les principaux monuments publics de la cité,