CHAPITRE PREMIER
COUP D ŒIL GÉNÉRAL SUR LA VILLE L'ÉPOQUE ROMAINE ET LES PREMIERS TEMPS CHRÉTIENS
s thormaleii . — Casque de V
La nature, autant et plus encore que les hommes, a fait de Grenoble une grande ville d'art. Dès son entrée dans la ville, le voyageur ne peut résister à l'enchantement du spectacle qui se déroule à ses yeux ; devant lui, la chaîne des Alpes qui porte à trois mille mètres dans les airs ses forêts, ses roches et ses glaciers ; sur la gauche, les pentes abruptes du Néron et l'enchevêtrement de ce massif qui, dans ses profondeurs, abrite le .Monastère de la Grande Chartreuse ; et, à droite, le Moucherotte, ce Righi
dauphinois, d'où le regard s'étend du Mont Blanc, aux plaines dorées de la Provence.
En pénétrant dans la ville, ces spectacles ne font que grandir et devenir plus variés. Quelle vue pourrait se comparer à celle que Ton a des quais de Tlsère, soit que Ton regarde les bois des Vouillants et ce Désert où Jean-Jacques Rousseau aimait à se promener et auquel il a laissé son nom, soit que Ton contemple dans son splendide développement ce massif de Belledonne que Lamartine a choisi pour y placer les scènes de son Jocdyiiy soit que Ton tourne son regard vers les jolis faubourgs de la Tronche et de Me^'lan, qui, au pied du Saint-Eynard, au milieu des verdures, égrènent leurs maisons blanches, et le soir, dans le miroir d'acier de risère, se reflètent dorés par les scintillants reflets du soleil couchant ! On comprend les paroles enthousiastes de Berlioz, qui écrit dans ses Mémoires : « Le village de Meylan et les hameaux qui l'entourent, la vallée de l'Isère qui se déroule à leurs pieds et les montagnes du Dauphiné qui viennent là se joindre aux basses Alpes, forment un des plus romantiques séjours que j'ai jamais admirés ».
Au voisinage de la Provence et de la Méditerranée le Dauphiné doit une lumière qu'on chercherait en vain dans les hautes régions de la vallée du Rhône, et une richesse de vie qui fait de la vallée du Grésivaudan la rivale des vallées de Toscane et de Lombardie. Le Dauphiné est une Suisse italienne.
Au milieu de ce cadre féerique la ville de Grenoble s'épanouit dans tout l'éclat de ses transformations nouvelles.
Grâce à la beauté de son climat, grâce aux eaux de ses montagnes, elle a pu, de ses boulevards et de ses places, faire autant de tapis de verdure. Depuis le vieux et admirable Jardin de Lesdiguières, aujourd'hui Jardin de ville, jusqu'au Parc de l'Ile verte, par la Place Victor-Hugo, le Square des Postes, la Place de la Constitution, le Jardin des Plantes, on peut traverser la ville au milieu de parterres de fleurs. Et de tous les côtés vers la campagne s'ouvrent de grandes avenues plantées d'arbres, dont Tune, le Cours Saint-André, avec ses contre-allées et ses quatre rangées d'arbres qui se prolongent pendant huit kilomètres, est justement considérée comme la plus belle route de France.
Grenoble, situé dans un pays qui à l'origine était peu fertile, est parvenu à tirer de la pauvreté de son sol sa première industrie. Les chèvres qui seules pouvaient vivre dans les maigres taillis des rochers, ont donné naissance à cette industrie de la ganterie, qui aujourd'hui encore est la plus florissante de la ville; industrie admirable, qui n'exige de l'ouvrier
aucun effort trop pénible ou malfaisant et lui assure des conditions de vie qu'il trouverait difficilement ailleurs plus heureuses.
Grenoble doit toutes ses richesses à ses montagnes : les pierres, les ciments et les marbres, pour construire et embellir les cités ; les fleurs et les fruits pour parfumer les liqueurs ; la pureté des eaux pour les industries chimiques de la papeterie, de la mégisserie, de la teinturerie ; et les chutes des torrents pour les forces hydrauliques. Aujourd'hui, dans le
de Urenoble et les montagnes de k Grande-Chartreuse, vues du pont de Claix.
siècle de l'électricité, la ville de Grenoble, placée au cœur des Alpes, dans le voisinage des plus puissants réservoirs d'énergie qu'il y ait en France, est devenue comme le centre de l'industrie électrique, et elle a devant elle des perspectives de prospérité dont il est difficile de prévoir le terme.
A l'origine, et pendant longtemps, la ville de Grenoble ne fut qu'une petite bourgade fortifiée. Située au milieu d'une plaine marécageuse, non encore assainie, sur une rivière non navigable, loin des grandes voies de commerce, entourée de montagnes et acculée à la frontière, elle ne pouvait devenir une grande cité. Sa seule raison d'être était la colline escarpée qui défendait le passage de l'Isère. Le jour où Jules César établit sa