I. Séjours de Charles VIH
brun. — 1494, séjour d'une sema d'itiilie.
n se rendant en pèlerinage à c la Reine. — 1495, séjourd'ui
LA RENAtSSANCK 35
est probable que les artistes italiens qui vinrent en France à cette époque passèrent à Grenoble et y séjournèrent. Dans tous les cas c'est l'influence italienne que nous allons trouver en^Dauphiné, aussi caractérisée que dans la vallée de la Loire, et c'est elle qui explique la présence à Grenoble d'un monument tel que le Palais de Justice.
Ce Palais comprend diverses constructions qui appartiennent à des époques différentes : les anciennes parties de la Cour d'appel datant de la dernière période de l'art gothique ; la chapelle, où apparaissent quelques formes de la Renaissance, et la façade principale qui est un magnifique spécimen de la Renaissance, à l'époque de Louis XIL
Les plus anciennes parties du Palais sont la porte d'entrée de la Cour d'appel et le passage auquel elle donne accès. Dans ce passage qui comprend trois travées voûtées avec des tiercerons, deux des culs-de-lampe qui reçoivent les arcs ogîfs de la voûte ont encore leurs sculptures.
Sur l'un, on voit un homme lutinant une femme, sculpture assez libre
Séjours de Louis XII. 1499, en septembre et octobre à l'aller et an retour de Milan. — 1502, séjour de cinq jours en allant â Gènes ; le Roi étant accompagné de la Reine qu'il laisse à Grenoble. — 1502, au retour de Gênes, — 1507, passage lors de la révolte do Gênes. Le Roi est accompagné de la Reine qui reste plusieurs mois à Grenoble. — 1511, passage .ivec la Reine et le duc d'.ingoulême.
Séjours de François I"'. Août 1515. — Juin 1516, avec la Reine. — Octobre 1537, avec le Dauphin.
Séjour de Henri II. Juillet 1548.
Force de la Cour d'appel (Palais <ie J
qui n'a vraisemblablement sa place ici que dans le but de figurer ua des délits que la justice est chaînée de réprimer.
Plus intéressante est la porte d'entrée avec sa forme en anse de panier que surmonte une accolade brisée décorée de riches fleurons. Les minces pilastres qui bordent cette porte s'élèvent jusqu'au premier étage, de manière à enserrer dans leurs contours deux fenêtres étroites et allongées, le tout formant un ensemble du plus heureux effet. Par le caractère
Détail delà façade (Pali
de l'architecture, arc en anse de panier, accolade, moulures des bases en pénétration, comme par le style des sculptures, cette partie du Palais appartient aux dernières années du xv' siècle.
On n'oubliera pas de remarquer le curieux symbolisme de la décoration de cette porte : ici des chiens et des lions furieux qui semblent vouloir se jeter sur les passants; là, dans le fleuron de la porte, des limaçons qui rampent, et ailleurs, sous l'abside de la chapelle, des chiens se disputant un os ; ce qui est résumer, en une brève et amère synthèse, sur la porte du Palais, tout ce qui se passe en son intérieur : la gent des avocats redoutable par le bruit de ses paroles, la sage lenteur de la Justice, et, enfin, comme résultat final de tous les efforts tentés en ce lieu
LA RENAISSANCE 37
solennel, un os pour les plaideurs. Toute cette décoration porte la marque de la vivacité d'esprit, de la verve mordante de nos sculpteurs du moyen âge, qui savaient faire vivre et parler les pierres.
A droite de cette porte se profile en saillie l'abside de l'ancienne chapelle du Palais : c'est malheureusement tout ce qui reste de ce joli monument. La chapelle, qui était encore intacte au commencement du siècle, a été détruite en partie pour faire place à la construction d'un escalier; elle avait primitivement une longueur de 8 mètres. A l'intérieur, dans la seule travée qui subsiste, on remarque une voûte avec liernes et tierce-
Détail de la façade (Palais de Justice).
rons, presque horizontale, telle qu'il convient pour supporter le plancher d'appartements supérieurs, et telle que se plaisaient à en construire les habiles architectes de la fin du XV siècle. Trois fenêtres, dont celle du milieu plus large que les deux autres, s'ouvrent dans l'abside à trois pans. Les quatre légers piliers qui entourent les fenêtres ont encore les consoles qui supportaient les statues et les pinacles qui les couronnaient, mais les statues anciennes n'existent plus; elles ont été remplacées par des œuvres modernes. Sur une des consoles on voit trois figures nues tenant des festons, sur une autre deux chiens se disputant un os, et sur les deux autres des armoiries. A l'extérieur, les arcs des fenêtres sont surmontés d'accolades décorées de fleurons, et les pilastres qui bordent ces fenêtres s'élèvent jusqu'au toit et se terminent par des gargouilles. Mais ce qui fait le grand intérêt de cette chapelle, ce sont les
38 GRENOBL1-:
parties de style Renaissance qui viennent s'ajouter à ces formes de pur style gothique ; c'est la partie inférieure de l'abside, sa terminaison par trois corniches horizontales, décorées de charmants motifs Renaissance : patmettes, oves, motifs de feuillages, au milieu desquels on remarque des dauphins affrontés et des oiseaux becquetant des fruits dans une corne d'abondance. C'est là une très curieuse pièce du style de transition, une des plus anciennes qui existent en France et qui doit appartenir aux toutes pre-
É-!'^^^ "^H mières années du xvi* siècle.
. ■'^^B A l'époque Louis XII, ou aux pre-
^^^^^^»*^^^^^^^^B mières années du règne de François I", ^^^m^HII^^^H appartient la façade principale du Pai^^^mm^^s^^-^mJ^^^M l^i^i q^' 6^^ ^^ important monument de la première Renaissance française, un de ceux où l'on voit le mieux conciliées les traditions de l'art français et les nouveautés italiennes. Le rez-de-chaussée, très massif, percé de fenêtres étroites et espacées, n'a comme'décoration que de petites colonnettes placées à intervalles réguliers entre les fenêtres. Cette partie de l'édifice, qui avait été défigurée par suite de remaniements successifs , a été remise dans son état primitif lors de la restauration récente du Palais.
Ce rez de-chaussée est surmonté d'un large bandeau, sorte de frise, dont la fine décoration sert de transition aux splendeurs ornementales du premier étage. La frise se compose d'une série d'arcs dont les archivoltes sont ornées de fleurons et d'animaux et qui ont de petits médaillons à leur centre et dans leur extrados. On remarquera que cette partie architecturale ne se relie pas d'une manière uniforme à l'étage supérieur : les arcs ne correspondent pas aux divisions du premier étage; et cela se conçoit puisque les fenêtres du premier étage sont de dimensions différentes.
iuste du X
LA RENAISSANC
Buste du xvi" siècle.
La conséquence de ce fait est que les consoles placées sous les colonnettes
qui séparent les fenêtres tombent irrégulièrement sur les arcs. Dans les
constructions récentes du Palais, l'architecte a cherché autant que possible à
copier les parties anciennes, mais, frappé
des inconvénients de cette irrégularité,
il a voulu y "remédier. Il a pensé que
cela lui était facile et qu'il pouvait et
devait faire cadrer régulièrement les arcs
avec les fenêtres, puisqu'il donnait à toutes les fenêtres les mêmes dimensions.
.Mais ce que l'édifice a gagné du côté de
la symétrie, il l'a perdu du côté de la
richesse décorative. En effet, l'architecte
ayant maintenu la hauteur de la frise dans
laquelle les arcs sont inscrits et ayant
augmenté la largeur de ces arcs, il en est
résulté qu'il n'a pu conserver la courbure
ancienne et qu'il a dû lui en substituer une plus allongée, plus aplatie,
qui paraît bien lourde par contraste avec la courbe si fine, si légère des anciens arcs. De plus, l'arc ayant été élargi, le petit médaillon qui en décore l'intérieur danse dans un espace trop grand. Mais voici qui est plus grave encore : en faisant retomber les consoles des colonnettes régulièrement entre les arcs, l'architecte a été amené à supprimer les médaillons et un certain nombre des fleurons qui, dans l'ancien Palais, décoraient cette partie ; et de là un appauvrissement général de toute la décoration. Telles sont les conséquences de l'adoption d'un système qui a pu paraître plus satisfaisant au point de vue de la logique, mais qui, somme toute, ne peut être considéré que comme
une déformation très malheureuse du style de l'ancien Palais.
La frise de l'ancien Palais n'est pas toute uniformément décorée avec
ces arcatures. Un motif plus brillant est placé au-dessus de la porte d'en-
Buste d
trée, dans la partie centrale de Tédifice ; il comprend un arc à peu près semblable aux autres, mais de forme un peu plus ample, de relief plus fort, décoré de moulures plus fines et plus nombreuses : au milieu, deux génies soutiennent des armoiries; ces petits génies, vêtus d'étoffes collantes, qui laissent les jambes et les bras nus, sont des figures extrêmement gracieuses, d'une fraîcheur de sentiment tout à fait séduisante. Les extrados de Tare sont décorés de deux dauphins, ciselée avec tous les caprices de la plus riche fantaisie ; enfin de petits animaux disposés sur Tare mettent une variété de plus dans cette somptueuse décoration. Toute cette partie a pour bordure deux pilastres dont les chapiteaux méritent d'être signalés. Dans l'un on distingue entre les volutes une médaille et dans l'autre un enfant nu. Tout nous dit que nous sommes là au début de la Renaissance, en présence des premiers essais faits par nos artistes pour reproduire les formes de l'art antique et surtout les formes de l'art italien du xv* siècle.
Le premier étage est la partie la plus importante delà façade, celle qui lui donne réellement tout son prix. Toute cette partie, sauf le panneau qui surmonte la porte d'entrée, est en fenêtres : les deux qui touchent le panneau central sont assez étroites; les autres sont très larges, séparées par des meneaux en deux divisions dans leur largeur et en trois dans leur hauteur. Ces fenêtres qui, par leur décoration, par la disposition de l'entablement et des corniches, appartiennent déjà à l'art de la Renaissance, sont encore tout à fait gothiques par leurs formes générales et par leurs profondes embrasures. L'effet d'ensemble est des plus brillants et l'on ne saurait trop louer la beauté de toutes les sculptures, la finesse des profils, la délicatesse et la variété des chapiteaux.
Le panneau central forme, au milieu du Palais, une masse pleine qui prend d'autant plus de valeur que les vides prédominent sur tout le reste de la façade. Il est décoré de trois niches, dont une seule, celle du milieu, a conservé sa statue. Un passage de Guy AUard, écrivain du xvir siècle, nous apprend comment les deux autres niches étaient décorées :
« La face ou frontispice du Palais, nous dit-il, dans son Dictionnaire du Dauphiné, est élégamment bâtie ; la Justice y est représentée en statue, tenant la balance d'une main, et elle a d'un côté Charlemagne et de l'autre Louis XI, taillés de leur hauteur, surmontés des armes en écartelure de France et de Dauphiné. » La statue de la Justice est une œuvre délicieuse qui, par son style et sa valeur, peut être rapprochée, soit des statues du Tombeau de François I", de Bretagne, soit de celles du Tom-
LA RENAISSANCE 41
beau des cardinaux d'Amboise. Comme les statues de Nantes et de Rouen, celle de Grenoble est un peu courte, de proportions un peu lourdes, mais elle est ciselée avec une extrême délicatesse et l'expression en est ravissante. On admirera les fines broderies dont le corsage est orné et le soin
Boiseries de 1'
avec lequel sont détaillés la chevelure et les ornements qui la tiennent attachée, La figure surtout, d'un type très spécial, captivera l'attention par son expression douce, rêveuse, d'une jeunesse charmante.
Une particularité de ce panneau central est à signaler : la porte d'entrée ne correspond pas à son milieu. Pour corriger ce défaut de symétrie, qui provient sans doute d'une nécessité de construction, voici ce que fait l'architecte : il place tout d'abord la niche centrale contenant la slatue
42 GRHNOBLE
de la Justice, non pas au milieu du panneau, mais franchement au-dessus de la porte d'entrée, puis il dispose les deux niches latérales de manière à dissimuler autant que possible cette dissymétrie. Enfin il redresse toutes les lignes et donne l'aplomb à toute cette partie en la surmontant d'un
Chambre de la Cour des Comptes (x^
sièdej.
fronton brisé dont le centre est au milieu du panneau, de telle sorte que toutes les lignes se balancent sî heureusement qu'il faut une grande attention pour découvrir cette irrégularité et pour discerner les moyens employés pour la dissimuler.
Ce premier étage du Palais appartient à l'art du début de la Renaissance, à l'époque où nos artistes, sans renoncer encore aux principes fondamentaux de l'art français, commençaient à adopter quelques modes
LA RENAISSANCE
italiennes. Les formes architecturales restent encore françaises, seule la décoration s'enguirlande à l'italienne.
La façade est terminée, dans sa partie supérieure, par un attique ayant pour seule décoration de grands carrés de pierre nue. Sur le toit s'ouvrent trois lucarnes. Cet attique et ces lucarnes contrastent par la lourdeur de leurs formes avec les parties inférieures de la façade, à laquelle ils sont postérieurs de près d'un siècle.
Au milieu de la façade s'ouvre un passage décoré de douze bustes dont les originaux sont aujourd'hui au Musée. Des inscriptions désignaient ces bustes comme étant les portraits des anciens dauphins, mais ces bustes, remarquables par la précision et la variété des traits et qui comptent parmi les œuvres les plus précieuses de l'ancien art dauphinois, sont dépourvus de toute ressemblance historique.
Faits au début du xvi* siècle, ils font vivre devant nous les gentilshommes dauphinois de cette époque, les contemporains du chevalier Bayard, Dans un des médaillons, dans celui qui représente deux figures de profil, il semble que l'on puisse reconnaître les traits du jeune duc d'Angoulème.
En même temps que l'on construisait le Palais, on décorait une de ses salles, l'ancienne Chambre des Comptes, de magnifiques boiseries, qui furent faites, ainsi que des documents nous l'apprennent, en 1520, par un sculpteur allemand, Paul Jude, Ces boiseries consistent en deux rangs d'armoires qui servaient aux conseillers pour enfermer leurs dossiers. Chaque armoire est ornée en son milieu d'un riche motif de feuillages découpés en plein relief, se détachant sur un fond bleu. Les panneaux, tous différents les uns des autres, sont des prodiges d'invention et de délicatesse de ciselure. Au milieu d'une des parois est un dais monumental, décoré sur son sommet d'une profusion de pinacles, et sur ses côtés de quatre figures de reitres allemands, vêtus de leurs cuirasses et tenant des hallebardes. — Dans la récente restauration du
Boiseries de l'ancienne Chambre de la Cour des Comptes (xvi'^ siècle].
Palais, les boiseries de cette chambre ont été déplacées et la reconstitution qui en a été faite ne donne plus qu'une très fausse idée de la salle primitive •
C'est seulement sous le gouvernement de Lesdiguières, dans les premières années du XVIT siècle, que l'on put terminer le Palais dont les
LA RENAISSANCE
travaux avaient été interrompus par les guerres de religion. J. Bruisset achevait la toiture en 1602 et inscrivait cette date sur une porte de style classique qui s'ouvre dans le passage du xvi" siècle.
Porte de la Chambre des délibérations (xvii" siècle),
Un demi-siècle plus tard, en 1668, sous le gouvernement de François de Créqui de Bonne, on fit au Palais de nouveaux travaux et l'on décora deux nouvelles salles d'importantes boiseries.
La Salle des Audiences solennelles fut ornée d'un plafond de vingt mètres de long, décoré en son milieu de puissantes moulures et de deux grandes figures de hérauts, d'un style superbe, qui soutiennent les armoi-
ries du Roi Soleil '. Ces boiseries se rattachent aux plus belles traditions de l'art français ; Guy AUard, dit que « cette salle est la plus belle et la plus vaste de celles de tous les Parlements de France ».'
La première Chambre de la Cour, aujourd'hui Chambre des délibérations, comprend, comme décoration, un plafond, trois portes et un soubassement faisant tout le tour de la pièce. Les portes, entourées d'une guirlande en feuilles de chêne, sont surmontées d'un charmant motif
Plafond de la Chambre des déiibératioDS (:
siècle).
d'enfants tenant des couronnes. Le plafond a été remanié i différentes reprises. De l'époque de Louis XIV, il subsiste deux groupes de Renommées d'un énergique relief et une ronde d'enfants encadrant un médaillon central. La statue de la Justice, qui décorait ce médaillon et qui a été enlevée récemment, était une œuvre faite au début du xix' siècle par le sculpteur dauphinois Sappey. Elle doit être replacée dans une des salles du Musée.
Les sculptures de ces deux salles ont été faites en 1668 par Daniel Gaillebaud, maître menuisier et sculpteur à Grenoble. Mais ce n'est pas à
' Dans celles du Dauphi
: rempkiL-ées par
LA RENAISSANCE 47
un modeste artiste de Grenoble que revient l'honneur d'avoir conçu l'ordonnance de ces magnifiques décorations. Nous savons par les livres de comptes que le dessin en a été fait par Jean Lepautre, le grand décorateur du règne de Louis XIV. M. Lechevallier-Chevignard, dans son volume, hs Styles français, a très nettement caractérisé sa manière en quelques lignes qui sont un véritable commentaire de nos plafonds. « L'antiquité romaine, dît-il, fut pour Lepautre, comme pour tous les littérateurs et les artistes de ce temps, la première éducatrice ; mais de ses leçons et de ses exemples, il sut former un art exclusivement français. Le champ de ses frises, encadré de vigoureuses moulures, est presque toujours garni de feuillages profondément striés à la façon des rinceaux antiques, ou bien de guîr-
Tomhe de Louis de la Trémoilte, par Martin Claustre (d'après le recueil de Gaignières).
landes de fleurs et de fruits soutenue-s de distance eu distance par une coquille, un mascaron, quelques bêtes fantastiques, chimère, sphinx ou griffon. Sur un fond mouvementé, il détache d'un modelé ferme, presque sans demi-teintes, des groupes de figures sûrement et largement dessinées au bout de la pointe ; ce sont des nymphes, des satyres, des œgypans, des amours. Beaucoup d'amours. Les œuvres de l'Albane, fort recherchées alors, leur procuraient une vogue qui n'était pas près de finir, et le sévère Poussin lui-même en avait fait plus d'une fois le thème unique de ses tableaux. Louis XIV, à soixante ans passés, s'il se plaisait peu aux magots de Téniers, réclamait impérativement la présence de ces petits amours aux formes rondelettes. Sur un rapport de Man&ard, à propos de la décoration des salles de la ménagerie de Versailles, on lit la noie suivante de la main du roi : a II me parait qu'il y a quelque chose à
chang'er, que les sujets sont trop sérieux, et qu'il faut qu'il y ait de la jeunesse mêlée dans ce que l'on fera. Il faut de la jeunesse répandue partout, »
Nos plafonds sont biea ii^ -ffue les souhaitait Louis XIV et, pour encadrer les armoiries du grand Roi, Lepautre a su heureusement prodiguer les figures jeunes et les rondes de petits amours.
Au moment où se construisait le Palais de Justice, la ville de Grenoble voyait naître un grand artiste, le sculpteur Martin Claustre. Quoique
de César Borgia, par Martin Claustre.
nous ne connaissions que quelques fragments de ses œuvres, nous pouvons cependant dire, d'après les documents, qu'il fut un des maitres les plus célèbres de cette époque. Le talent de Martin Claustre, qui a travaillé pour les grandes familles du royaume, lui vint de son éducation dans te milieu dauphinois et ses succès eurent pour origine les relations' qu'il noua avec les grands personnages que les guerres d'Italie amenaient en Dauphiné. Il commença par connaître Gabriel de la Chastre, un des seigneurs de la cour de Louis XII, et fit pour lui un grand tableau d'autel en 1515. Quelques années plus tard, il entra en relations avec la famille de La Trémoille qui lui commanda, en 151Q, trois tombeaux. Les tombeaux, malheureusement détruits, et que nous ne connaissons
LA RENAISSANCK
plus que par les dessins de Gaignières, sont très intéressants par leur architecture et par leurs ornements qui appartiennent déjà très nettement à la Renaissance : ils nous montrent que le dauphinois Martin Claustre fut un des précurseurs de ce style en France : et ce sont sans doute ses nouveautés qui furent la cause de son grand succès. Deux années plus tard, il reçut une commande encore plus flatteuse : le tombeau de Charlotte d'Albret, duchesse de Valentinois, veuve de César Borgia. Ce tombeau existe encore. Mutilé en 1793. il a été récemment reconstitué à sa place ancienne, dans l'église de la Mothe-Feuilly, près de Bourges. Le style de la Renaissance s'affirme de plus en plus, et des maîtres italiens n'eussent pas désavoué les élégants pilastres qui séparent les niches enfermant les figures des Vertus,
Enfin, en 1522, il fit la tombe de Gaspard de Coligny, père de l'amiral, et en 1523, celle de Guillaume de Montmorency. De ce tombeau, qui est entièrement détruit, nous ne connaissons plus que les figures des gisants d'après une gravure de V Histoire des Mo7itmorcncy par Jean du Chesne.
Dans toutes ces commandes, il était question de marbres du Dauphiné, de marbres noirs et blancs désignés le plus souvent sous le nom d'albâtre. On pourrait citer un grand nombre de monuments du XVI* siècle qui ont
e Je \'èg\\
ièdt).
été faits en marbres du Dauphiné ; je me contenterai de rappeler le tombeau des cardinaux d'Amboise, à la cathédrale de Rouen, et celui du^cardinal Louis de Bourbon à Saint-Denis.
On peut juger de ce que devaient être les œuvres de Martin Claustre d'après deux fragments du musée de Grenoble figurant les Armoiries de l'évêque Siboud AUeman que soutiennent de gracieuses figures d'anges.
A la'même époque, c'est-à-dire au premier quart du XVI" siècle appartient une jolie Vierge de l'église Saint-Louis.
MédailloQ d'Empereur [partie à'
siècle).
Le style de la Renaissance à son apogée est représenté à Grenoble par un grand médaillon A'Empereur, en bas-relief, où l'on admire comme dans les plus belles œuvres italiennes, la noblesse de l'expression et des formes, et un très élégant sentiment décoratif. Ce médaillon décorait autrefois une cheminée de l'hôtel de Pierre Bûcher, procureur général au Parlement de Grenoble. La cheminée fut vendue au milieu du XIX'' siècle : le médaillon central a été acquis par le Musée de Grenoble, les autres parties sont au château du Bourg à Biviers, près de Grenoble. L'hôtel du Procureur général Bûcher, de style François I", est encore assez bien conservé, et se voit dans une cour du n" 6 de la rue Brocherie.
LA RENAISSANCE
Grenoble possède encore quelques vieilles maisons datant du xvi" siècle ou même des dernières années du xv' siècle. Nous citerons la maison gothique du n" 10 de la rue Chenoise, la maison du jurisconsulte Marc, rue Barnave, qui porte la date de 14Q0 et que VioUet le Duc dit être la plus ancienne maison datée existant en France. Nous signalerons aussi un intéressant fragment de style Renaissance, reste de l'ancien Hôtel du Conseiller Rabot, au n° 15, de la rue Jean-Jacques-Rousseau, dont les jolies arcatures et la fenêtre en forme de tabernacle datent de la première moitié du XVI' siècle.
S'il fallait une preuve de l'influence exercée par l'art italien sur l'art dauphinois au début du xvr siècle, nous la trouverions dans la présence à Grenoble du milanais Muggiano, un des premiers artistes italiens qui furent appelés à la cour des Rois de France.
Il fut employé par les Cardinaux d'Amboise au château de Gaillon, où il fit les Bustes des douze Césars et trois statues représentant le Roi Louis XII et les deux Cardinaux d' Antboise. De ces trois
statues, une seule, celle de Louis XII subsiste mutilée, au Musée du Louvre ; il ne reste rien des Bustes des douze Césars, Or nous avons à Grenoble au Musée, provenant d'une maison de la ville, les bustes des douze Césars, dont huit sont des œuvres assez médiocres, mais dont quatre, vraiment très belles, portent la signature de Muggiano.
Dans cette revue des œuvres de la Renaissance il me sera exceptionnellement permis de faire une excursion dans le midi du Dauphiné, à
Hôtel Rabot.
Valence, où nous voyons se construire, à la même époque que le Palais de Justice de Grenoble, une demeure privée, aujourd'hui Hôtel Diiprc Latour, dont la porte d'entrée a été reproduite et étudiée par tous les historiens qui ont écrit sur l'art français du début du XVI" siècle. Nulle part à ce moment, vers 1522, date qui est inscrite sur une des portes de l'hôtel, on ne trouve une œuvre aussi profondément italienne. C'est comme un résumé de toutes les formules de Florence et du nord de l'Italie. De Florence viennent les motifs des enfants tenant des guirlandes.
Buste d'Auguste, par Mugg
i.parMuggia
la coquille ornée d'un bas-relief, la frise historiée, les bustes coupés à micorps; de Milan ou de Bologne, pays des décorations surchargées, les pilastres tout couverts d'ornements. C'est l'œuvre d'un italien, ou d'un français qui connaissait admirablement toutes les nouveautés italiennes.
A Valence, un second monument, daté de 1548, le Tombeau de la famille Mistral, représente l'art de la Renaissance à la deuxième période de son évolution , lorsque avec les San Gallo, l'art plus noble, mais plus froid, du xvi' siècle se substitue aux délicieuses fantaisies de la première Renaissance.
Au milieu du XVI' siècle les guerres de religion vont brusquement interrompre le grand mouvement artistique du Dauphiné. Tout, arts, lettres, civilisation, est emporté dans cette sauvagerie qui pendant plus d'un demi-siècle ravagea cette province.
De cette époque je ne connais qu'une œuvre d'art à Grenoble, et
LA RENAISSANCE
c'est une œuvre importée, un Autel que la Chartreuse de Pavie envoya à la Grande-Chartreuse, pour contribuer à réparer les maux faits au couvent en 1562 par les bandes du Baron des Adrets. Cet Autel que les
Pone de I'Hô[el Dupré-Laiour i Valence,
Chartreux ont donné à la cathédrale de Grenoble où il se trouve encore, est une pièce remarquable, non seulement par la richesse dés marbres et la fine ciselure des ornements en bronze doré, mais plus encore par le style de l'architecture. Le Tabernacle, qui surmonte l'Autel, en forme de petit temple rond, orné de niches et de statuettes en bronze doré, semble comme un souvenir de l'art de Bramante.
Mais à côté de cette œuvre italienne il n'y a aucune œuvre dauphinoise de même époque à Grenoble. Les artistes dauphinois, sans travail, sont obligés de s'expatrier et c'est à Paris que nous allons les retrouver.
Au XVI' siècle, la ville de Grenoble a donné le jour à une famille de sculpteurs qui, pendant plus d'un demi-siècle, depuis Henri II jusqu'à Henri IV, occupa une des premières places dans l'école française. De ces sculpteurs qui s'appelaient les Jacquet, et qui furent plus connus sous leur surnom de Grenoble, nous ne possédons malheureusement aucune œuvre en Dauphiné ; ils n'ont pas habité notre province et ont passé toute leur vie à la Cour. Trois artistes de cette famille nous sont connus : Antoine, Mathieu et Germain.
Antoine a travaillé de 1538 à 1550, à Fontainebleau où il fit d'impor-
Fragment d'une cheminée de Foniainebleau, par Jacquet.
tants travaux, collaborant notamment au tombeau d'Henri II. Il i en 1572. Nous ne connaissons aucune de ses œuvres; maisM.deMontaiglon a proposé de lui attribuer la Tombe du Cardinal Duprat, chancelier de François I", dont il subsiste quatre bas-reliefs à la cathédrale de Sens. Ce qui a donné lieu à cette supposition c'est une tradition ancienne qui dit que cette Tombe fut faite à Grenoble ; or au moment où le Cardinal mourut, Antoine Jacquet était le plus célèbre des artistes dauphinois. Le Musée de Grenoble possède des moulages de ces quatre bas-reliefs, qui, par l'habileté de la composition, par l'emploi de la perspective, par la finesse des détails, se rattachent nettement à l'école italienne.
Mathieu, fils du précédent, sculpteur ordinaire du Roi, dès 1590, et gardien des Antiques avec 200 livres de gage, fit, en 1602, quatre petites tables de marbre, enchâssées dans du bois, pour la chapelle de la Reine; il est l'auteur d'une pièce magnifique, la cheminée du château de Fontainebleau, avec un bas-relief équestre d'Henri IV. Cette cheminée n'est plus intacte aujourd'hui ; le bas-relief, représentant Henri IV à cheval, n'est plus à sa place primitive et les deux figures de femmes, qui étaient
LA RENAISSANCE
SS
aux côtés de ce grand médaillon, sont maintenant encastrées dans la cheminée moderne de la salle des gardes. Plusieurs petites sculptures ont pris place au Musée du Louvre : le Musée de Grenoble en a réuni les moulages dans la salle de sculpture consacrée aux artistes dauphinois. Ce sont des figures de Renommées et de petits Enfants tenant des armoiries ; sculptures délicieuses, où l'on ne trouve plus aucune trace d'archaïsme et qui n'ont encore rien de conventionnel. Les quatre motifs d'Enfants tenant des armoiries sont traités avec un grand brio, et des parties creuses habilement ménagées produisent de charmants effets d'ombre et de lumière; les deux figures de Renommées ont une élégance et une finesse que les sculpteurs français du xvil' siècle ne retrouveront plus.
Germain, fils de Mathieu, était aussi gardien des Antiques. Ce fut lui sans doute, dit M, Paul Vitry, qui, en 1610, concourut pour l'effigie du Roi et l'emporta sur Dupré et Bourdin. Germain avait des frères qui étaient aussi sculpteurs, entr'autres un nommé Pierre qui est très vraisemblablement l'auteur d'un dessin de la bibliothèque de la Sorbonne reproduisant un projet de Tombeau. On y lit la date de 1618 et la signature : P. Grenoble.
Fragment d'uoe cheminée de Fontainebleau, par Jacqi
in de l'Hôlel de Lesdiguières.