‹ Grétry; André-Ernest-Modeste; célèbre compositeur belgeChapitre 17 sur 17 · Prologue sur Vinauguration de la nouvelle salle de Liège, suivi de · texte numérisé non relu

Prologue sur Vinauguration de la nouvelle salle de Liège, suivi de

l'Apothéose de Grétry, terminée par des danses et des chants, par M

de Liège (Jean Georges Modave). Liège, Laiour, 1820, in-4".

Essai sur Grétry, par E De Gerlache. l""^ édition, 1821. (Voir plus loin la seconde édition.)

Hommage à Molière et à Grétry, vaudeville en 1 acte, représenté à Liège, le 13 octobre 1822.

Le même jour on représenta F Amant jaloux.

Plaidoyer pour les bourgmestres de la ville de Liège contre le sieur Flamand, par Hennequin. Cour royale de Paris. Audience solennelle, mai 1823. Paris, Pillet, 1823, in-8".

Les commissaires de la ville de Liège démasqués aux yeux de la France, ou réfutation succinte des faits énoncés dans les différents mémoires qu'ils ont i)ul)liés lors du procès relatif au cœur de Grétry.

Le Grétry des dames. Paris, L. Janet, 1823. Avec 7 jolies gravures et musique notée.

Mémoire pour les bourgmestres de la ville de Liège, royaume des Pays-lias, contre le sieur Flamand. Paris. Egron, 1823, in-4", signé Hennequin.

Grétry, opéra-comique en 1 acte, de Fulgence, Ladoux et Kamond, avec des airs choisis dans les meilleures œuvres de Grélry, joué le l""

juin 1824, sur le Ihéàtre du vaudeville à Paris. Paris, riiez Martinet, libraire, 1824, in-8''.

Acteurs : INIesd Pauline, Bras, MM. Guilleniin, Armand, Isambort, Philippe, Pitrot, Fonteney. Chef d'orchestre : M. Doche.

Voici la scène finale de rolle pièce :

Chœur.

Où peut-on être mieux

Qu'au sein de sa famille?

Tout est content, tout est joyeux, Vivons, aimons comme nos bons aïeux.

Le Baron.

Mon cher Grétry, c'est votre ouvrage; 0 mon fils ! ma fille....

Jamais Un dénouement ne me plut davantage, C'est pour moi le plus beau succès !....

Cause célèbre relative a la conservation du cœur de Grétry, ou précis historique des faits énoncés dans le procès intenté à son neveu Flamand- Grétru, par la ville de Liège, auquel sont jointes toutes les pièces justificatives, etc., par Flaniand-Grélry Paris, 1823, 1 vol in-4", fig

Grétry au Parnasse, tableau mythologique en action, précédé d'un prologue impromptu mêle de vaudevilles par Châtelain. Havre, 1825, in-8".

Mémoires de L. V. Flaniand-Grétry, suivi de l'histoire complète du procès relatif au cœur de Grétry. Paris, Delloye, 1826, in-8" en 2 parties.

Eloye académique de Grétry, par Lesueur-Destourets. Bruxelles, De Mat, 1826, in-8",

.1/7 lyiique, poème en quatre chants, par Alexis Lacot, 1826.

Programme des (êtes qui auront lieu les 7, S et d septembre 1828. Liège, in 4".

Aux amis des arts. Hommage aux mdnes de Grétry au moment de la restitution du cœur de ce grand homme à sa patrie, par FrémoUe. (i)

(i) Frémolle. se trouvant en 1701 ;i St. Doniingue, entendit chanter le quatuor de Lucile, quelques jours av;.ni le inas.-icre des blancs, par les enfants des rives du Niger. (Voir sa notice, page .">.)

Cet opuscule contient des réflexions historiques sur le compositeur, ainsi que le portrait de Grétry, fait à l'époque on il reçut de Napoléon la décoration de la Légion d'honneur.

Bruxelles, chez Versé, 1828, in-S".

Orphée et Grétry, idylle patriotique par M. D...., de Liège. Liège, chez Desoer, 4828, in-8".

L'auteur avait envoyé cette pièce au concours pour l'éloge de Grétry, ouvert par la Société d'Emulation en 182o.

Essai sur les félicités humaines ou Dictionnaire du bonheur, etc., par Mad. Perié-Candeille. Paris, Pillet, 1829.

Remise solennelle du cœur de Grétry à la ville de Liège. Notice historique du procès pour en obtenir la restitution, avec relation des fêtes qui ont eu lieu les 7, 8 et 9 septembre 1828, pour en célébrer le retour, suivies des procès-verbaux, pièces justiticalives, etc. Liège, chez P. J. Collardin, 1829, in-8°.

Vie de Grétry. Programme des fêtes qui auront lieu les 17 — 20 juillet 1842, in-8^

Vie, œuvres, éloge de Grétry, poëme en 408 vers, par J. J. Kersch. Liège, 1842, in-8°.

La statue de Grétry, par Etienne Henaux. Liège, J Desoer, 1842, in-8°. Imprimerie de J Ledoux.

Pièce de vers, dont nous extrayons :

Mais, Grétry, que font au génie Les douleurs semant le chemin?

Ce qu'aujourd'hui l'homme revie, Par lui sera fêté demain.

Qu'importe que la sotte envie Cherche à dénaturer ta vie ?

Tes chants étouffent ces clameurs.

Tout talent emporte son ombre :

Le jour fait place à la nuit sombre, Et le ver ronge aussi les fleurs !

André Grétry, pièce de vers, par Ernest Buschmann. Anvers, 1842, in-8°.

L inauguration de la statue de Grétry, sur la place de l'Université de Liège. Cantate par J. G. Moda\e Liège, Oudert, 1842, in-8°.

L'anniversaire de la naissance de Grétry, paroles de Modave, musique de M. Lefebvre. ln-i°.

Ville de Liège. Proi^ramme des fêtes en 1842. 1 feuillet in-folio. Grétry, par Van Hiilst. Liège, Oiulart, 1842. in-8" avec portrait. Grétry aux Liégeois, vers, par Charles Marcellis. Liège, Collardin, 1842, gr. in-S".

A toutes les gloires de l'ancien pays de Liège, par Polain. Inauguration de la statue de Grétry, le 18 juillet 1842 Liège, Oudart, in-8".

Hommage à Grétry, scène lyrique, paroles do Dessesand, musique de Cil. Hanssens jeune, exécutée le 17 juillet 1842 à Liège. Imprimé à Liège, chez S. Rosa, \n-S".

Essai sur Grétry, lu à la séance publique de la Société d'Emulation de Liège, le 25 avril 1821, par E. C. De Gerlache. Bru.xelles, Ilayez, 1844, 1 vol. in-8", 2« édition.

Zémire et Azor par Grétry, par Lardin. Déjà cité page o6. Lettres sur les Anglais, qui ont écrit en français, par Sylvain Van de Weyer. Londres, 1834, in-8".

Il s'agit ici de Thomas Haies, dit d'Hèle, le collaborateur de Grétry, et il est beaucoup question de celui-ci dans l'opuscule de Van de Weyer. Grétry à Versailles, opéra comique en 1 acte, paroles de C. Michaëls, musique de J Camauer. Liège, Charron, 1856, in-12''. Représenté à Huy en 1856, et à Liège en 1857. La scène se passe au château de Versailles vers 1780. Grétry, poëme par Adolphe Stappers. — Hommage à Grétry, cantate par Ad. Stappers, musique de J. B. Rongé. Liège, De Thier & Lovinfosse, 1860, 1 vol. in-8o.

Inauguration de la statue de Grétry, due au ciseau de G. Braekeleer, à la Société de la Grande Harmonie d'Anvers, le 19 août 1860. Vers par Lardin, in-8°.

Portrait de Grétry, vers parle même. Août 1841. 1 feuillet in^". Grétry, drama in vier bedrijven, de Sleeckx, couronné par le Gouvernement et représenté le 4 mars 1861, par la société : Het Kunstverbond. Poème, Gand, chez J. Van Doosselaere, 1862. André Grétry, comédie en 2 actes. Tournai, H. Casterman,l863,;in-8°. Pensées poétiques, etc., par M. de Reul, professeur. Liège, Desoer, 1866, in-12'', 3 volumes, i"" Eloge de Grétry, pour l'érection de sa statue. 2" Sur la musique de Grétry 3° Vive Grétry.

Quelques mots sur Grétry, à i)ropos de la notice que lui consacre la Biographie universelle des musiciens, brochure signée L. Regnard, ancien maire de Montmorency, et publiée dans le Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, t. IX, 1869, in-S" de 11 pages. Reproduite par le Guide musical, et tirée à part. Bruxelles, Sannes, in-S" de 8 pages.

AMotice biographique sur A. Grétry, par L. I). S. (Louis De Sagher capitaine). Bruxelles, 1869. Office de pubiicit('.

Quelques lettres de la correspondance de Grétry avec Vitzîhumb, notice par Gliarles Piot, correspondant de l'Académie royale deBruxelIes. Extrait du Bulletin de l' Académie royale de Bruxelles, 2"^^ série, t. XL, n'-^O et 10, 1875. Tirée à part. Bruxelles, Hayez, 1875, in-8° de 30 p.

Au célèbre Grétry, par Ph. Gravez. Chanson, in-8°.

La Jeunesse de Grétry, opéra comique en 2 actes, paroles de M...., (Emile Lhoest), musique de Félix Pardon. Bruxelles, Ad.Mertens, 1871, in-18°. Représenté pour la l""*^ fois à Bruxelles au théâtre de la Monnaie, le 10 avril 1871.

Les Enfants de Vharmonie au tombeau de Grétry, couplets chantés par M. G. dans une des soirées musicales qu'il a données à son passage à Liège à la Société d'Emulation.

Lettres adressées à Messieurs les membres de la commission, etc. (Déjà citées page 188.)

Considérations diverses sur Grétry, extraites de plusieurs auteurs.

Aucun musicien n'a soulevé la curiosité publique tant en France qu'à l'étranger. Tout les anciens auteurs et biographes ont consacré au maître Liégeois des jugements et des notices biographiques.

Dans son ouvrage : Histoire de la musique en France, Paris, E.Dentu, 1860, M. Charles Poisot signale quelques pièces de Grétry, et il est à regretter que l'auteur ait omis le rôle important qui revient à l'artiste Liégeois dans la musique dramatique au XVIIP''^ siècle.

Les biograpbies de Gerber, Schilling et Fétis donnent amplement matière à reconnaître la place marquée qu'occupa Grétry dans le monde musical pendant plus d'un demi siècle.

Remarquons que 3L Alphonse Royer, ancien directeur de l'Opéra à Paris, ne dit mot de la musique de Grétry dans son ouvrage, du reste fort mMiocrQ.: Histoire de l'Opéra, Paris, Bacheiin-Deflorenne, 1875.

Or, pendant les années 1773 à 1794, on représenta à l'Opéra :C^/;/ia/(? et Procris, Colinette à la Cour, V Embarras des richesses, la Rosière républicaine, la Caravane du Caire, Panurge, Amphitrion, Aspasie, Denis le Tyran, Anacréon chez Polycrate, le Casque et les Colombes, Delphis et Mopsa.

On ne pardonne génère cet oubli dans un ouvra?:c, qui doit rensoifi^ner la génération future quant à l'histoire de la musi;|ue dramatique, et on s'étonne à juste titre de l'omission dun compositeur de la valeur de Grélry.

Journal des Débats :

« Cet ouvrage (i, est le début de Grétry; il lui ou\rit la carrière brillante qu'il a remplie avec tant d honneur. Le jeune musicien, alors inconnu, avoit eu bien de la peine à trouver un poëme; per.-ionne ne vouloit risquer ses paroles contre les airs de Grétry L'auteur qui le premier consentit à courir cette chance, exigeoit pour caution que Philidor fit la moitié de la musique.

» Allons, courage, dit Philidor, je ne crains pas d'entrer avec vous en société de musique. — El moi. je le crains, répliqua Grélry; si la musique réussit, elle sera de vous; si elle tombe, j'en serai seul coupable. Enfin, les prolecteurs de Grétry lui procurèrent Marmontel, qui composa pour lui le Iliirou. Si l'ouvrage eût été malheureu.x, Gréiry étoit perdu pour l'art et pour la France; il réussit par le crédit de M;;rmontel, par le jeu des acteurs, par le mérite de la musique, par l'intérêt qu'inspire l'essai d'un jeune talent. G'esl à ce succès que nous devons cette foule d'excellentes compositions lyriques, qui ont nourri notre comédie chaniante.

» On a fait à la pièce tant de coupures, ou plutôt tant de blessure:., que rien n'y est plus motivé; par les entrées et les sorties, elle ressemble à un opéra bouffon italien.

» Parmi les morceaux conservés, on distingue le joli duo Ne vous rebutez pas, la Marche du second acte et dans quel canton est VUuronie. La Fausse Magie, qui précédoit le Huron, lui a fait un peu de tort; mais Grélry pourroît-il se plaindre d'avoir été surpassé par lui-même? »

Galerie historique des contemporains (Bruxelles, 1819) :

« Les opéras de Grétry ont fait le charme de tous les hommes heureusement organisés, et obtenu l'hommage des littérateurs, qui y reconnurent constamment l'accord si heureux et si rare de rex|)ression musicale avec celle des paroles. La Harpe rend à Grétry l'incontestable témoignage que nul compositeur n'a mieux que lui connu le génie de la langue française, et su dissimuler plus habilement ce que son mécanisme offre parfois de consonnances dures ou sourdes.

» Un aimable et naïl abandon, une bonhommie quelquefois malicieuse formait le fond du caractère de Grétry; sa conversation était attachante;

(i) Le Huron.

elle offrait un mélange de réflexions philosophiques et d'aperçus pleins de finesse.

» La liaison de J J. Rousseau fut rompue presqu'à sa naissance par rincroyable susceptibilité de l'auteur ù'Emile. »

Mémoires Récréatifs, etc.. parE. G Roberston : « Tout le momie sait que Grétry habita longtemps, à Montmorency, l'Ermitage, que le séjour de Jean-Jacques a rendu fameux. On y montre aux nombreux visiteurs quelques ustensiles qui ont servi à l'usage de ces deux grands hommes. C'est dans cet asile que le cœur de Grétry était conservé par ses héritiers, lors que la ville de Liège réclama rexécutiun du legs que ce musicien avait fait de la pUis noble partie de lui-même à sa ville natale. Celte demande donna lieu à un long procès : M. Flamand, propriétaiie de ILrmilage, ne négligea rien pour rester en possession d'une dépouille si précieuse. Liège obtint gain de cause, et le cœur de Grétry, si cher à ses concitoyens, y fut reçu avec toute la solennité convenable.

» Quelques journaux à cette occasion n'ont point épargné de durs reproches aux Liégeois. Au moment où s'accomplit, le 5 juillet, la remise de ce dépôt sacré, i\L Le Joyand, ancien ami de Grétry, dit-on, prononça un discours, dont voici les principaux traits :

« Vainement Grétry désira que sa dépouille mortelle restât dans cette solitude; vainement, la plus noble partie de cette dépouille y fut consacrée par la présence dune auguste Princesse ; vainement, cette admirable fille de nos rois daigna permettre qu'en mémoire de son apparition dans CCS lieux, son buste lût solennellement inauguré, pour nous assurer que les cendres du troubadour de Richard-Cœur-de-Uoiu n'y seraient jamais troublées;.... un marteau destructeur vient frapper le monument funèbre élevé par la piété filiale. Grétry en frémit dans sa tombe; mais voici ce qu'il déclare lui-même :

« J'abandonne les débris dune existence matérielle qui ne m'appartient plus; que ce fruit de la moi't devienne le paitage des hommes qui, m'ayant vu naî're parmi eux, ne m'ont jamais encouragé dans mon enfance. La France est ma vraie patrie; les seuls Français sont mes compatriotes; ce sont eux, ce sont leurs princes qui font éclore mon génie, qui m'ont comblé d'honneurs et de bienfaits (i) » Va, poussière insensible, va sans moi, dans une ville qui m'est

(i) La reine Marie- Antoinette avait daigné tenir sur les fonds de bapiémeuue des filles de Giétry.

devenue étrangère, satisfaire quelques hommes aninjés d'un slcrile orgueil ! »

» Quel rapport, ajoute l'autear de l'article où je trouve re fr.igmont, quel rapport, en elfct, e\isie-l-il ent"e la ville de Liège et C.n.'lry? II y naquit, il y fut bien puivre, biea hiitiu, et h peine sorii de renlan'-e, il quitta cette terre arrosée de ses larmes, pour aller en Italie. Il donna son |)remier ouvrage à Rome, le second h Genève, le troisième à Pari>, et il a vécu plus d un demi siècle hors de Liège, sans avoir jamais composé une note pour son ingrate patrie.

«J'avoue que les paroles aitrihuées àGré'ry me paraissent peu d'accord avec tout ce qu'il a dit de son p ;ys dans diverses rirconsîanccs

» Mais ce discours est-il réellemenl de lui, ou le fait-on tenir à ses mânes, suivant les règles de l'ancienne prosopopée? Celte dernière opinion semble plus vraisemblable

» Grétry. dit-on, fut battu à Liège! et par qui? par un mauvais maître de musique de chapelle.

» On parle de j^atrie ingrate et d'asile refusé . . Mais en quelle occasion Liège semontra-l elle ingrate, et d;»ns quel temps (îré'.ry eut-il besoin d'asile! Bien loin que Grétry ait fait éclater celte sorte danimosité contre sa patrie, et se soit cru en droit de lui adresser des reproches aussi graves, il n'a pas cessé au contraire de conserver les souvenirs les plus bienveillans pour le lieu de sa naissance S'il a quitté Liège au sortir de son enfance, ce n'est point comme une terre de douleur, mais comme le théâtre de ses premiers succès, auxquels ses compatriotes avaient vivement a|)plaudi Le tableau de ses adieux, retracé dans ses mémoires, est fort touchant, ,1e l'ai vu moi-même dans un voyage qu'il fit à Liège, accueilli avec enthousiasme; fêté aux sons dosa |)ropre musique, ce qui devait être pour lui rhoramnge le plus sensible et le plus délicat L'accusation lancée si légèrement contre Grétry, tombe à néant devant les faits historiques rapportés dans les mémoires même de Grétry. »

Journal des Débats de l'année 1823 et 1826 (i) :

« On se borne assez généralement à reprocher à ce musicien des fautes décomposition, pour considérer sa mélodie comme parfaite. Ses chants, conduits gauchement et quelque fois même modulés d'une

(0 C"e-t à t'occnsion (le ta publication par Frey, des partitions dp Grétry, que ce travail a été pul)lié. Ces articles signés de XXX, sont de Custil-Iiiaze, excellent écrivain, mais musicien médiocre.

manière intolérable, présentent de grands défauts sous le rapport de la mélodie. L'orchestre de Grétry ne présente le plus souvent que deux parties dont Tune double le chant su|)érieur.

» Les airs de (irétrv ne sont pas toujours écrits en mesure, ce qui fait syncoper l'harmonie de la manière la plus désagréable; leurs ritournelles marchent au hasard; elles sont composées ordinairement de triolets sur une basse en noires qui s'avance a pas comptés pour s'arrêter sur la cinquième ou la sixième, la septième ou la neuvième mesure, sans que Ion voie que Fauteur ait eut l'intention de s'arrêter pljs tôt ou plus tard.

» Et cependant, si l'on veut se donner la peine de chercher, on trouvera toujours la bonne phrase encadrée dans, les élémens informes. Supprimez la première mesure de l'allégro de l'ouverture de Piene-le- Grand, et le début deviendra régulier ; je pourrois citer deux cents exemples de cette espèce dans les œuvres de Grétry.

» Grétry ne se rendait pas toujours compte du nombre démesure régulière de chaque phrase musicale.

» Voilà ce que la critique peut reprocher avec raison à l'illustre auteur de Richard. Les opéras de l'époque ont été écrits pour des routiniers, ils ne conviennent donc point à des virtuoses.

» D'ailleurs chaque chose a son temps, et le système de destruction et de renouvellement qui régit la nature entière, doit aussi porter son influence fatale sur les opéras.

» Les opéras qu'on doit préférer de Grétry sont : Richard, V Amant jaloux, la Fausse Magie, Zémire et Azor, la Caravane, Barbe Bleue, Anacréou, le Tableau parlant, l'Epreuve villageoise, les Evénements imprévus.

» Les compositeurs qui consulteront les partitions anciennes, commenceront à se moquer de la pauvreté de l'orchestre deGrétry,ils finiront par admirer la franchise de sa méiodie, et la vérité et la force de son expi'cssion.

» Un préterd que Cailleau produisait beaucoup d'effet dans un air du Hiiron, premier opéra de Grétry : Ah ! ma femme ! qu'avezvous fait. Cet air est languissant, et d'une facture lâche et négligée.

» Le Tableau parlant offre de grands ra|)porls avec les opéras bouffons et avec les auteurs italiens de ce tems (1768).

» L'air de Colombine est plein de finesse, celui de Cassandre est bien dans le caractère du tuteur, mais non pas de la voix qui le chante Ce morceau gagneroit beaucoup s'il étoit transposé pour une basse. L'air de Pierrot est médiocre et mesquin. Le duo : Je brûlerai, est charmant;

il est d'une gnîté bouffonne et de très bon goût, le pinn en est régulier, les effets bien ealcules ; mais la modulatio » (| ni ramène le premier motif de i'andanle ne sauroil être plus gauche et plus mauvaise.

» Sylvain n'existe plus que par son duo, que Ion apjjeioii autrefois le beau duo, le duo par excellence. De la vérité d'expression, beaucoup de sentiment et de véhémence, telles sont les qualités de ce morceau, toujours entraînant quand il est bien dit.

» Il y a monotonie et même barbarie dans les modulations Comment Grétry s'est-il décidé à nous conduire en /^-mineur pour revenir ensuite à la tonique .s/-bémol? H a beau recourir h l'unisson, loreille ne se dessaisira de la tierce mineure que quand on lui aura fait entendre la note sensible.

» Il étoil si facile de tomber en so/-mineur et de s'ouvrir ainsi un retour naturel au ton primitif. Ce duo prouve à quel point son auteur ignorait la portée des voix.

» Zémire et Azov a conservé un grand nombre de morceaux L'air : 3'^ va pas me tromjwr, est en bonne silu uion Du moment qu'on aime, est un cantatile délicieux; sentiment, expression, charme vocal, tout s'y trouve L'accompagnement en est pitoyable Pl ne cesse de désoler le chanteur par la lidélité des unissons Ce violon solo suivant la voix à la double octave, ce violoncelle arpégeant en triolets, et frappani presque toujours à faux, sont des choses qui font encore mieux apprécier le talent du chanteur qui peut nous dérober tant d'hérésies musicales.

» Le duo : Je veux le voir, est excellent; la situation est décrite avec beaucoup de lidélité, et l'expression du discours s'unit parfaitement à celle de la musique

» La Fauvette n'est plus la reine du bocage; et son ramage ne charme plus les échos d'alenlour; triste exemple des vicissitudes musicales. Cet air à roulades a servi de modèle à tous ceux qui lui ont succédé; c'est toujours les mêmes a-a-a, é-é-é.

» Le trio : Ahl laissez-moi la pleurer, est une belle inspiration. L'idée de faire accompagner par des instrumens à vent est heureuse et lui donne une teinte magique. Le chant de ce trio est noble, gracieux et plein de sentiment.

» La musique de Grétry a soutenu la Fausse Mayie, comédie insipide que l'on siffla avec juste raison dans sa nouveauté.

» Jlarmontel connaissait le mécanisme du vers musical; mais il ignorait parfaitement celui du couplet.

» La Fausse Magie se releva de la chute que Marmontel lui avoit fait éprouver; Grétry prit une revanche si brillante, que l'auteur de

Zaïre la réiébra par un quatrain fort connu. Cet opéra est resté au répertoire et le public le voit encore avec plaisir quand il est bien exécuié. Comme un éclair est le meilleur air à roulades que Ton ait chanté à l'Opéra-Comique; ce n'est pas néanmoins un cbef-d'œuvre, les traits qui le composent ressemblent à loul ce que l'on a écrit dans ce genre avant el après la Fausse Mufjie. En examinant avec attention les airs de bravoure de notre ancienne école, on est tenté de croire qu'ils sont tous sortis du même moule. Comme un éclair est d'une harmonie très négligée; le début de cet air qui nous semble d'un si mauvais goût, étoit la phrase à la mode en 1775, on se la disputoit, chacun vouloit la produire à son tour.

» // vous souvient de cette fête, plaît encore malgré ses é-é é.

» Je ne parierai de Tair de Dorimon que pour faire remarquer l'entrée des basses en imitation que Grétry a placée au commencement de ce morceau; elle est trop plaisante. Le monologue de Dalin n'est pas sans mérite Le duo de la poule est du meilleur goût; il a le mouvement et la gaieté qui conviennent aux duos boutions; sa construction n'est pourtant pas régulière, l'harmonie syncope désagréablement, la mélodie i)orte à faux en plusieurs endroits et l'accompagnement du basson ne sauroit marcher avec celui des seconds violons sans offenser l'oreille.

» Quoi cest vous qu'il préfère, est admirable de déclamation et de vérité; ce duo ne vieillira jamais. Ses parties vocales pourroient être ajustées avec plus d'adresse dans les ensembles; mais les Français n'ont pas mieux fait encore : c'est le hef-d œuvre du genre. Les duos de ce caractère abondent en Italie; ils seront toujours rares chez nous à cause des difficultés de notre langue. Le duo des deux femmes du Malon, est fort joli, mais il languit; on le chaule beaucoup trop lenlement; des mots {litïiciles à |)rononcer entravent sa marche et changent en débit tranquille un duo que les Italiens enlèveront avec toute la chaleur et la pre.-itesse que l'on applaudit dans lena cara, etc.

» Le trio de la Fausse Magie est foible ; il est noté pour être chanté par Mad. Saint-CJair.q'ii se conforme toujours a'ix intentions de l'auteur. Le quatuor ne vaut guère mieux L'espè/e de finale des Bohémiens est au dessous de la critique; l'elfet d'orchestre qui accompagne l'opération magique dans la S'ène du miroir est excellent.

« Il nous reste un duo de Céplmle et Procris. Le début de l'air : De mes beaux jours, est élégant et noble. Le reste de ce morceau ne répond point à cet exorde.

» Le Jugement ileMidas renferme une critique de l'ancienne musique

française; il fiiudroit maintenant écrire un opc'ra pour critiquer à son tour le Jiujement de Miilns.

» Apollon Y cliante comme un écolier; sa cavatine sur Dapliné seroit charmanie si on unissait les ronlales el le jeu de rorchcstre.

» On ne sait plus porter l'épée au théâtre Feydeau; voilà ce qui s'oppose aujourd'liui au succès des Evénements imprérus, dans lequel on remarque un charmant duo de scène, et un sextuor bien di>ti ibué.

» Le grand duo comique de l'Embarras des richesses, entre Chrisante et Mirtil, le dialogue des deux sentinelles dans .h/m.y.s/» et Mc(dette, l'air de baryton de r Epreuve viilageaise, sont des morceaux d'un mérite reconnu Le crrand opéra de Panurge ne nous otfie qu'un pelit air : Chacun soupire. Tout le reste est médiocre ou mauvais, sans excepter la fameuse g:avotte dont la basse et les variations nous paroisseni m.iintenant si sino^ulières. L'ouverture de Panurye tient le premier rang parmi les symphonies de Grétry.

» L'Amant jaloux est un des meilleurs ouvrages de ce compositeur; l'air de Lopez et le quatuor sont admirables. Cet air : Plus de sœur plus de frère, est parfaitement conduit; l'orchestre parle pendant les réticences du malin vieillard, et s'unit à merveille à ses accens, soit qu'il menace ou qu'il ail recours à l'ironie.

» Le quatuor est un chef-d'œuvre de vérité. Grétry doit être mis en parallèle avec Mozart Examinez cet andanle: // ne sais plus que dire, et comparez le avec celui des ^oces de Figaro : Je le tarai, ce méchant page. Le rhylhme, la mesure, les mouvements, la disposition des groupes, les accords mêmes offrent une ressemblance surprenante.

» E Amant jaloux a paru en 1773; les ]\oces de Figaro ne furent représentées que huit ans après, en 1783.

» iMozart ne sauroit être soupçonné d'imitation et de plagiat; les partitions françaises ne passaient point en Allemagne à cette époque.

» Hélas! hélas! chante Alonze; je ferai remarque," que l'accord placé sur le second hélas est d'un résultat oésagréable ; c'est une sixte augmentée qui devrait se saucer sur la dominante, et qui, par une marche coniraiie aux lois de I harmonie, amène l'accord parlait sur la tonique

» Le duo : La gloire nous appelle, se dislingue par des détails charmants ; le motif exécuté par des Niclons est original et plein d'élégance, mais le compositeur n'en a pas tiré parti; son duo n'e.>t à proprement parler qu une ébauche. L'air de Jacinthe est froid et sans couleur; il est établi sur des arpèges de basson doublés à l'octave haute par le second violon. Ces ar; èges frappent le plus souvent à faux sous la mélodie, el

forment racconipai^nenient le plus pauvre et le plus désagréable. L'aip^ge donne d excellents résultais, quand il se multiple et fail masse d'harmonie sous un chant bien combiné.

» La Caravane est une assez mauvaise pièce, dont on aurait pu faire un excellent livret d'opéra. Grétry l'a rechauffée des sons d une mélodie quil sut rendre gracieuse malgré les tortures de la prose barbare de Worel.

» Le l"" chœur de la Caravane est mélodieux; il pourroit être disposé plus adroitement quant aux parties vocales, qui se doublent sans nécessité. Les plaintes des esclaves se mêlent aux chants d'allégresse des autres voyageurs et forment une de ces oppositions dont l'effet est toujours certain en musique.

» Qu espères-tu, téméraire français, est un air excellent; c'est bien le rhythme dur et brutal qui convient à un marchand d'esclaves. Le duo : Malgré la fortune cruelle, est foible. Le chœur : La victoire est à nous^ est d'une mélodie franche et brillante, on peut lui reprocher un peu d'uniformité dans les tours; cela vient de ce que l'auteur se trouvait obligé, par la nature même de ce morceau, de donner aux voix un chant propre à être joué en même temps par les cors.

> Le trio : Que me (lemaides tu, est admirable de conception, d'expression et de vérité. Le motif qui termine ce trio, est plein de douceur et d'élégance. Quoique le trio de la Caravane soit mêlé de chœurs, on ne peut néanmoins lui donner le nom de finale; la facture d'un finale demande plus de mouvement et surtout plus de variété.

» L'air du papillon n'est plus supportable aujourd'hui; c'est un résumé de tous les fredons proiigués jadis sur les mots volage, ramage, etc., qui seuls avaient le privilège d'exercer lagilité des rossignols de l'ancien temps.

» L'air du Pacha n'a rien de remarquable, si ce n'est une fausse modulation; le irio des trois hommes est médiocre; celte musique manq'ie déclat, de vie.

» L'air principal du ballet, dansé par tous les esclaves, est bien caractérisé. Vainement Almaide, est un joli rouleau français; on l'entend avec plai>ir, quand il est chanté d'une manière convenable.

» L'ail' de Floreslan est plein d'exp:ession et de force dramatique; c'est un air de sentiment Un père alarmé du sort de ce fils ne devrait pas èire accompai^né par des traits de fuses de violon, montant et descendant, foules les fois qu'il parle de naufrage C'est jouer inutilemi'nt sur les mots. Ce père gémissant sur un malheur imaginaire, ne doit point êiie peint par des plainies el des vagues de l'orchestre, ressem-

blant à des imitations de tempête. Il n'y a ni action, ni récit, ni mouvement, qui puisse moiiver celte imiialion pittoresque.

» L'ensemble de la Caravane est excellent, mais rintérèt musical est trop divisé. Sur six rôles on n'en trouve pas un qui soit réellement bon.

» Pierre- le-Gr and est un des opéras les plus faibles de Gréiry. Mad. Scio, qui quittait le théâtre Feydeau, choisit l'opéra Pierre-le Grand pour son débuta Favarl. Mad. (ionlhier, MM. Elleviou, Solié, Chénard, miles ]\ivelon et Quinebaux, remplissaient les autres rôles et l'exécution en fut excellente

» L'air de Callierine : Oui, mes amis, la bienfaisance, et les couplets de la [)etite fille, sont les seuls morceaux dignes d'être cités.

» Dans Guillaume Tell, la chanson de Roland est parfaite par le rhythme, le mouvement et l'expression. Ce chant guerrier est plein de sentiment, de richesse et d'héroïsme. Le cor sonne avec simplicité de rustiques appels.

» Richard e,>{ le chef-d'œuvre de Grétry. La vérité d'expression, la couleur locale, une imitation embellie de chants des ménestrels, présentent un accord bien précieux dans cet ouvrage, dont le succès fut prodigieux dans sa nouveauté et lors de ses reprises.

» Les couplets abondent, il est vrai, dans Piictiard, c'est un défaut sans doute; mais la plupart de ces petits airs sont pleins de grâce, d'originalité et surtout de sentiment. Dans le morceau : Je crains de lui parler la miil, la phrase serait meilleure comme harmonie, si elle se reposait sur la dominante, en arrivant sur cette note, par le r</-bémol. 0 Richard, ônion roi, est un air bien inspiré, dont la facture est étroite et mesquine. Il y a une sorte de monotonie, d'accords, un style haché, que l'onnevoudroit pas renconirordans un morceau d'une si belleinspiration.

> Si l'univers entier ni oublie, est le meilleur air de cet opéra, quoique ses formes aient un peu vieillies.

» L'entrée des cors, leur fanfare mystérieuse rappellent les exploits du héros delà Palestine. C'est un de ces nombreux traits despiit que Grétry a su répandre dans ses opéras en faisant parlera propos 1 orchestre.

» La romance composée par Richard et chantée par son fidèle serviteur, vient servir de nœud au drame. Elle est mélodieuse, élégante, expressive, et elle porte la physionomie dt>s complaintes des ;inciens troubadours. Une fièvre brûlante, est le chef-tl'œuvre du genre de la romance. L'harmonie, la mélodie s'accordent merveilleusement pour nous ramener au temps des croisa les, et ce petit air qui brille par ces avantages, possède encore une qualité que les airs français n'ont pas, la puissance du rhythme. Sa mélodie touchante charme tellement l'oreille,

qiip. l'on l'entendrait dix fois sans s'en fatiûjiier. La cadence est harmonieuse. »

Aperçu historUjne sur Je développement de la musique belge, par A. Gaussoin (Bel()iijue musicale. 18i5) :

« En apcordant à Grélry la gloire d'avoir le premier si ingénieusement indiqué le parti que Ton pouvait tirer dans l'ait d'une union intime et raisonnée enire l'expression des paroles et l'expression de la musique, riiisloire doit nécessairement le reconnaître cimime l'un des fondateurs de l'école française; et cette reconnaissance fournil une nouvelle preuve de rinduence que nos artistes exercèrent à I étranger sur l'art musical, lorsque les circonstances ne leur permirent pas de le faire servir à la gloire de leur patrie.

» Le jeune Grélry paraissait surtout particulièrement sensible au rliylhme musical, qui devait donner plus tard tant de cliarme aux mélodies de ses opéras.

» Sa constiiuiion délicate, sa faiblesse, son air cliétif, malingre, inspira dès sa naissuice les plus vives inqiiiétu les.

» S il lut moins en éiat que Méliul et Gherubini de maintenir la pensée dans les hautes régions de la poé'.ique musicale, s'il ne sut point comme ces illustres maîtres la revêtir de celte harmonie majestueuse, noble, qui relève le style et lui donne comme un cachet d'inspiration divine, on ne lui contestera point l'élégance, le chant, le rhythme, et avant tout cette vérité dans la diction et la déclamation musicales, qui devint pour l'école française le point de dépari de nouvelles découvertes dans le domaine de l'expression lyrique »

Histoire delà musique dramatique, etc., par G. Ghouquet :

« Tableau parlant Ouvrage; original et d'un comique excellent. Quelle verve et quelle distim tion dans celte amusante bouffonnerie ! Que de naturel et de charme dans ces mélodies aux rhyt limes animés et choisis ave^ art. Qiel moreau capital que ce duo vraiment scénique entre Pierrot et Golombine

» Les vigoureuses conceptions dramatiques ne lui convenaient point, parce qu'elles exigent des efforts soutenus, ainsi qu'une véiitable science de l'harmonie et de l'instrumeniaiion. Or ce savoir profond lui manquait totalement.

» Mais si l'orchestration est pauvre et si l'on croit nécessaire aujourd'hui d'en augmenter la sonorité, ses basses sont richement conçues et lorment avec la mélodie un ensemble tellement harmonieux qu'il devint parfois très difficile d'ajouter des parties complémentaires aux deux voix de la pariilion orijjinale. Chez Grélry l'intuition du génie sup;iléait au

savoir musicnl, et, par les moyens les plus simples, il arrivait à des effets saisissants.

» Ainsi quoique pauvre, rinstrumontation de Grélry n'est pourtant pas dépourvue à l'occasion d'une certaine couleur. F^auieur avait conscience, du reste, et de ses défauts et de ses éminentes qualités. »

Rossini à propos de Grétry {Guide inusical, 20 décembre I800) : Le duo des Deux Avares de Grétry.

« Nous étions en 1828. M"" Mars m'avait accordé l'insis^ne faveur de créer le rôle de la du( he^se, iVàns ma comédie en trois actes. /a Duchesse et le Page.

» Peu de jours après la pretnière représentation, M"^ Mars me fit l'honneur de minviter à dîner.

» Les t'onvives de M"*" Mars étaient le i^rand maestro Rossini, le marquis de Mornay, l'un des plus parfaits éch intillons de la gentilliommerie française, l'excellent et infortuné Nourrit, la charmante Tnc^lioni, Dabadie, Alexandre Duval, Moreau, Jouy, Armani, de la Comédie-Française, etc., et quelques honorables inconnus, sans me compter.

» Après le diner, on fil de la musique, et la conversation se tourna naturellement vers cet art enchanteur. On parla des compositeurs français du dernier siècle, de Philidor, de Rameau, de Monsii^ny, que Rossini louait dans beaucoup de parties, et enfin de Grétry, dont l'auteur d'Othello et du Barbier de Séville se déclara l'admirateur.

» Quelqu'un (Moreau, je crois) s'avisa de dire, biens moins sérieusement sans doute que pour exciter la verve de Rossini qu'au fait la musique n'était qu'une affaire de mode ; que ses beautés n'étaient que des beautés de convention ; et il donna pour exemple les œuvres de Grétry, si admirées de nos pères, et de nos jours tout à fait vieillies et passées de mode.

» — Vieillies ! passées de mo ie ! » s'écria Rossini avec cette verve et cet accent it.ilicns q-ii donnaient un charme si original cà tout ce qu'il disait; « — vieillie-^ ! passées de mole ! réi)éti t-il ; apprenez, monsieur, que, dans tous les temps..., et je citerai, pour exemple, ce Grétry même dont vous osez parler sans le connaître Les beautés de Grétry vivront toujours C'est le composiieur le plus français que vous ayez, quoiqu'il lût Liégeois. Certes, il faut l'avouer, Gretiy n'est pas complet; il est arrivé dans un temps où l'opéra-comique venait pour ainsi dire de naître ; avant lui ropéra-comique néiail qu'un vaudeville avec des airs nouveaux, il lut le premier à lui donner le siyle. Quel essor mélodique lui fit il prendre ! Quels ravissants développe-

ments dans la déduction des idées! Quelle adorable vérité dans l'expression, et quelle puissance dramatique ! Grétry est insutTisant dans la partie harmonique, c'est vrai ; mais il y a une observation h faire que je ne développerai pas ici... c'est que, du temps de Grétry, on chantait sur la scène, et que maintenant nous chantons dans rorcliestre. — Enfin, pour dire toute ma pensée, avec un petit rien on peut compléter ce grand compositeur, auquel on n'a rien à reprocher que des fautes d'orthographe. Oui ! ajouta Rossini avec un petit tapotage, on va lui donner ce qui lui manque. En voulez-vous la pnmve?

» Oui! oui! nous écriàmes-nous tous avec enthousiasme.

» — Je vais vous la donner sur l'heure. Nourrit et vous Dabadie, connaissez-vous ce petit diamant, le duo des Deux Avares l — Qm, maestro. - Le savez-vous ? — Sans doute. — Eh bien chantez-le. Je me mets au piano, et je vais vous faire un petit rien d'accompagnement, à ma façon. »

» Alors Rossini improvisa, sur ce chef-d'œuvre de mélodie comique, un accompagnement aussi riche que puissant, sans sortir un seul moment du caractère de simplicité et de vérité du célèbre duelto.

» Electrisé par l'entraînante improvisation. Nourrit et Dabadie chantèrent avec une verve et un entrain admirables.

» Le duelto finit aux applaudissements de toute la société, et même des critiques de Grétry. « — Eh bien, dit Rossini en se levant, vous voyez ! je li'ai fait que lui corrigei' ses tautes d'orthographe. »

En se retirant, chacun était heureux d'avoir assisté à une soirée si bien remplie

» Moi, j'en ai conservé le souvenir toujours présent... J'avais entendu l'idéal de la musique : Grétry orchestré par Rossini ! »

Antony Réiiaud.

Histoire de V instrumentation, etc., par H. Lavoix fils :

« De toutes ces écoles, la plus populaire est celle de Gré'ry, Monsigny, Ual.iyrac, Nicolo, école dont l'expression est si juste et si vraie, la mélodie un peu courte, mais si expressive et si vraie, les ensembles peu développés, mais d'une si admirable justesse scénique. Non seulement ils furent en musique les représentants de> Sedaine, des Marmontel, des Bernardin de Saint-Pierre, mais les qualités qui distinguèrent ces écrivains, ils les agrandirent encore, en même temps qu'ils savaient en éviter les défauts. Leur musique resta touchante et sinjple, pendant que les écrivains tombaient dans la sensiblerie et le maniérisme. Leurs étonnantes qualités scéniques rendirent leurs opéras chers au public et font encore leur succès, lorsqu'un directeur daigne se souvenir de nos

vieux maîtres ; mais ce n'est pas à eux qu'appartient la première place dans une étude de ce genre; aussi nous couleiitcrons-nous de passer rapidement en revue ces musiciens, pour ariiver à ceux auxquels l'instrumentation française doit ses plus belles pages.

» Grélry réduisait le quatuor à 3 parties et, comme on disait, même de son temps «on ferait passer un carrosse entre la basse et les deux parties supérieures ». Malgré cela, grâce à la justesse de son talent scénique, grâce au sentiment vrai de l'effet à produire, l'auteur de Richard Cœurde-Lion trouva des traits pleins de finesse et d'imprévu II y aurait un bien joli chapitre à faire sur l'instrumenlaiion des maîtres qui ne savaient pas écrire, mais ce n'est point ici le lieu de se livrer à ces sortes de fantaisies critiques. Loin de nous la pensée de professer un sot mépris pour des maîtres qui sont et seront toujours la gloire de notre école française ; mais nous éludions dans ce travail, ceux qui ont le plus contribué au progrès de l'orchestre et dans ce cas la place de Grétry ne peut être que de peu d'importance. Les combinaisons sonores, les puissants elfets d'orchestre convenaient peu au spirituel artiste ; je dois même dire que sa pensée musicale si fine, si juste, et quelque-fois un peu brève se serait peu accommodée de lourds ornements symphoniques; il n'a pris de l'instrumentation que ce qui lui était nécessaire, et pour lui l'orchestre était simplement le socle qui convenait à sa charmante statuette »

Grétry, par Johannes Weber (i) :

« Or, quand toute sa vie on ne s'est occupé que de la pratique de la composition musicale, il ne sufTit pas, pour résoudre les problèmes les plus difficiles de l'art, de passer dans sa vieillesse quelques années à raisonner « par instinct » avec un état de santé très valétudinaire, s::rtout quand de graves chagrins domestiques, tels que la mort successive des trois filles de Grétry, contribuent à vous ôter le calme et la sérénité de l'esprit.

» Son irritabilité maladive fut aussi la cause principale d'un fait qu'oa remarquera dans tout son ouvrage: c'est qu'il lui est presque impossible d'avoir une idée juste sans la gâter par des exagérations, dont on croirait seul capable l'homme le plus ignorant ou le plus inepte. Pour en trouver des preuves, il nous suffirait d'ouvrir le livre au hasard ; nous en choisirons une seule, non pas que ce soit la plus forte, mais parce que c'est une des plus curieuses.

» Son principe fondamental dans la composition vocale, c'était de

(i) Extrait du Guide musical de 1863.

suivre les inflexions de la dérlamalion des paroles. Mais ayant fait l'expérience qu ou peut écrire un air expressif sans paroles, et y ajouter ensuite une texte bien approprié, il prédit toute une révolution dans l'opéra, révolulion doni les symphonies d'Haydn lui avaient donné la première idée. « Cent lois, dit-il, j'ai suggéré à ces symphonies les paroles qu'elles semblent demanJer »

» Voici ce qu il propas;iil : On ne versifiera d'abord que le texte des récitatifs et l'on écrira en prose celui des morceaux de chant mesuré. Le musicien composera son ouvrage pour orchestre seul, en s'inspirant du sens général des paroles. La partition sym phonique terminée, elle sera exécutée; les morceaux qui nobiiendront pas les applaudissements de l'auditoire seront refaits On fera ensuite une seconde répétition ; après chaque morceau, le poète lira les paroles pour qu'on puisse juger si la musique y correspond. Puis seulement on s'occupera des vers et des parties vocales. Toutes les parties instrumentales serviront, tour à tour et selon le besoin à fournir le chant.

» Je laisse à Grétry le soin de vous expliquer les avantages de ce système nouveau. S'il ne l'a pas mis en pratique lui-même, c'est, dit-il, « parce qu'à tout compositeur, voué spécialement à la musique vocale, une symphonie coûte souvent plus de peine que la scène la plus difficile.» C'est aux compositeurs de musique instrumentale qu'il recommande sa proposition : « Je leur indique, dit il, le moyen de nous égaler et de nous surpasser peut-être dans l'art dramatique.

» Dans sa préoccupation continuelle de suivre la nature Grétry ne pouvait songer à chercher une autre théorie de l'art, que celle qui, en dépit de son peu de solidité, était généralement reçue.

» D'après lui, les beaux-arts ne sont qu'une imitation de la nature ; l'architecture même trouve les modèles de ses ai.gles, de ses colonnes, de ses architraves, de ses arcs-boutants dans le creux des montagnes. Ce n'est pas une imitation exacte, afin que Fart ne se confonde pas avec la nature; mais c'est « un mensonge charmant, qui présente la nature d'une manière agréable. La vérité dans les arts consiste surtout à flatter nos sens. Leur but est de plaire à l'homme, de le séduire, de le consoler dans ses misères. »

» La manière dont Grétry avait fait ses études musicales devait contribuer à augmenter ses erreurs, il changea plusieurs fois de maître, et chaque fois il dut recommencer sur de nouveaux Irais. Il se persuada que celait le meilleur mode d'instruction, au risque d'embrouiller l'élève, et il suivit le même système avec sa fille Lucile, auteur du Mariage (C Antonio. D'ailleurs, les traités d'harmonie s'égaraient alors

en calculs matliématiqiios et n'olTraient an compositeur que des iliéories arhiiraires, démenlies à chaque iiisi.nil |)ar la |)ratique.

» De là celte sini!,iilièi'e idée de beautés musicales obtenues par une licence, c'est à-dire par la violaiioii d'une règle, idée qu'on trouve encore aujourd'hui dans beaucoup de traités, quand le simple bon sens nous dit qu'une telle règle est nécessairement mal laite.

» Une dernière cause derreur, c'est que (irétry a poussé le sentiment de son propre talent jusqu'à un excès de vaidlé très peu déguisée Toute critique paraît lui avoir été ins'.ipporiablt; : « Quand verrons-nous, s'écrie t,il, des censeurs dignes de nous censurer? Quand le gouvernement confiera t-il à l'homme célèbre celte tâche honorable, comme récompense de ses travaux ? Que le premier de chaque genre, désigné depuis longtemps par la voix pnblique, en soit chargé. .» De la part de Gretry, une pareille proposition doit faire sourire le lecteur le plus morose.

» Ce sont surtout ses jngements surCluck et surla musique des différents pays qui portent l'einpi'eii te de cet amour-propre si chatouilleux. Grétry reconnaît |)Our son maître l'auteur de la Serva pndrona, et il aurait mauvaise grâce à le nier. Mais on comprend que. prétendant tout spécialement fonder l'expression musicale sur la déclamation, l'arrivée de Gluck, qui se basait sur le même principe, ait dû lui causer un sensible déplaisir.

» Il accorde à l'Italie l'originalité mélodique et « un contre-point sentimental, ami de l'expression » A l'Allemagne, il donne les combinaisons harmoniques, la musique instrumentale et la vérité déclamatoire; il ajoute que toute la force du génie allemand ne nous présente pas un pathétique aussi délectable que ceux de Sacchini; ce qui ne l'empêche pas de dire ailleurs que Sacchini n'a pas d'idées neuves, et que son chant est vague.

» Quant aux Français, il les traite d'êtres essentiellement frivoles, et comme ayantregude la nature le moins de dispositions pour la musique. Il n'en déclare pas moins que la France a donné naissance à l'art dramatico-musical et quelle produira un jour les meilleurs musiciens, c'està-dire ceux qui sauront se ser\ir la plus à propos de la mélodie comme de l'harmonie pour produire un tout parfait De pareilles contradictions sont familières à Grétry, et il n'y faut pas attacher trop d'importance.

» Sa consti.ulio!) physique, son manque d'instruction, ses occupations, la nature même de son talent, l'influence que dut'excercer sur lui l'état des sciences philosophiques et morales desonjtcmps: tout le rendait impropre à la lâche qu'il avait entreprise. Il voulut approfondir

les questions les pins ardues de Tart, et ses questions sont encore aujourd'hui loin d'être complètement résolues; quelques-unes ne le seront peut éire jamais.

» Malgré des aperçus isolés, qu'on peut trouver dans les écrits des meilleurs auteurs, la philosophie de l'art musical n'existe pas encore comme science. Les ouvrages français qui ont pris ce litre, ou quelque titre du même genre, ont tous une valeur restreinte L'Allemagne possède quelques livres intitulés : Esthétique musicale; mais il nous est impossible d'en faire beaucoup d'éloges; on y rencontre des absurdités sinon aussi nombreuses, du moins aussi fortes que dans les Mémoires de Grétry.

» Si Grétry avait suivi son principe, il n'aurait pas, en plusieurs endroits, répété une même phrase de chant avec des paroles d'un sens tout différent, ni encore fait un abus trop italien des syncopes. Il n'aurait pas non plus commis de fautes, telles que de faire dire à Zémire, sur les cordes les plus graves de la voix de soprano : Azov, ma voix en vain l'appelle, » ou de pratiquer un saut ascendant de douzième après le mot seul, dans la phrase : « L'écho des bois répond seul à mavoix.t)

» Grétry avait fait le trio du troisième acte deux fois,(r) lorsque Diderot vint le voir; celui-ci n'en fut pas content, et il se mit à déclamer : <i Ahl laissez-moi, laissez-moi la pleurer!» — «Je substituai, dit Grétry des sons au bruit déclamé des paroles, et le reste du morceau alla de suite. » Cette fois, Grétry avait oublié qu'il ne suffit pas de suivre la déclamation, et que la mélodie doit être empreinte du sentiment que dénotent les paroles, autrement elle ressemble à un dessin inintelligible sans légende explicative.

» La déclamation ne lui a fourni qu'une phrase très ordinaire de cor de chasse et une formule de basse dénuée d'expression. Ce morceau est très doux, mais il n'a rien de l'affliction d'un père inconsolable de la perte de sa (ille la plus chérie.

» Grétry raconte qu'à Londres, son opéra fut traduit en Italien, et qu'on y ajouta un rondeau qui n'était pas des auteurs. Le public, après l'avoir entendu, cria : « Plus de rondeau, il n'est pas de la pièce ! » Puis Grétry ajoute : « Lorsque les auteurs d'un ouvrage ont fait naître l'unité de la variété même, on a tort de croire qu'on puisse encore enrichir l'ensemble par de nouvelles beautés. Une beauté inutile est une beauté nuisible. »

(i) De Zétnire et Azor.

Etudes pliilo.wpitifjues et morales de la musique, elc , par J. B. Labat :

« L'autour (les //uuv confia à Grélry, la petite comédie lyrique du Huron, qui réussit parfaitement. Les mélodies ai,Téables, l'expression toujours naturelle, toujours vraie des sentiments qui s'y montraient, assurèrent le succès de cette partition. Ce fut assez pour donner à Grétry un accès facile auprès des littérateurs naguère si rébarbatifs à son égard. Dans la vie, un jour, une heure, un moment suffisent pour fixer la fortune etchanii^er entièrement la face des choses.

» La voie du succès était ouverte pour Grétry: il ne tarda pas à composer d'autres ouvraijes. Dans Lucile on remarqua le quatuor 0«Y peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ? que tout le monde connaît. Le Tableau parlant, produit presque en môme temps (1770), fit sensation et grandit sensiblement Grétry dans l'opinion publique. Le S!jlvain,\cf, Deux Avares et l'Amitié à répreuve, qui se suivirent de près, augmentèrent la réputation de leur auteur ; mais le succès obtenu ihm Zémire et Azor, fut encore plus éclatant. Grétry donna ensuite cours à ses idées mélodiques dans la Rosière ûe Salenci/, dans ma Barque légère et dans la Fause Magie.

» Au succès brillant obtenu dans l'opéra-comiquc, le compositeur liégeois eût bien voulu ajouter la palme distribuée sur la première scène lyrique française : il aborda le grand opéra. Céphale et Procris, qu'il offrit il ce nouvel auditoire en 1775, Andromaque en 1780, et enfin Aspasie el Denis-le-Tyran prouvèrent qu'il n'était point né pour la musique à larges proportions, pour le ton solennel qui convenait avant tout à la tragédie lyrique. Mais si sa noble émulation, si sa louable ambition ressentait quelque amertume de son peu de succès sur la scène où brillaient les œuvres de Gluck, il trouvait néanmoins une compensation dans l'accueil enthousiaste que faisait le public de rOpéra-Comique au Jugement de Midas, à ï Amant jaloux, aux Evénements i)ni:i'évus, à Aurassin et Nicolette, à V Epreuve villageoise, et enfin à lUchard-Cœur-de-Lion.

» Cependant, en homme persévérant, Grétry ne voulut point être entièrement déshérité des faveurs du parterre de TAcadémie-Hoyalc ; il comprit qu'il y avait entre la haute tragédie lyrique et l'opéra-comique proprement dit, un point intermédiaire. Le genre du demi-caractère n'était pas sans ofiVir quelque attrait pour le compositeur qui pouvait le bien traiter. Armé des trois partitions de la Caravane du Caire, de Panurge, et d'Anacréon chez Polgcrati', il vint de leclief frapper à la porte de l'Opéra, et cette fois il .s'y vit parfaitement accueilli. On sait que la Caravane et Panurge ont joui longtemps de la faveur du public.

» Mais les hommes sont le plus souvent entraînés malgré eux par les événements, par le souffle de l'idée qui remplit l'atmosphère qu'ils respirent. Grétry fut un peu surpris en entendant le ton mâle et vigoureux que prenait la lyre des Cherubini, des Lesueur, des Méhul, pour moduler les chants qui convenaient au moment de la révolution française. L'auteur de Richarcl-Cœur-de-Lion n'était pas homme à céder le terrain sans résister, à déclarer naïvement son impuissance. C'est dans ce moment surtout qu'il sentait profondément la lacune fâcheuse que laisse chez le compositeur l'absence des ressources scolastiques de la science. Ses rivaux usaient avec avantage des éléments qui donnaient leurs productions ce nerf, cette élévation, cette grandeur que la simple inspiration mélodique ne peut pas toujours atteindre. Néanmoins, Grétry crut devoir entrer dans la lice. Or, c'est à ses nouveaux efforts qu'on doit les opéras de Pierre-le-Grand, de Lisbeth, ùe Guillaume Tell et (["EHsca. Mais on sentait que son génie était sorti de sa sphère. L'auteur de tant d'œuvres gracieuses eut assez d'esprit pour apprécier sa situation artistique et pour s'appliquer la maxime du maître: Ne forçons point notre talent. Il sentit, en outre, que l'heure de la retraite avait sonné pour lui. Il songea donc à jouir désormais de ses triomphes passés. Grétry avait acquis à Montmorency l'ermitage de J.-J. Rousseau ; c'est là qu'il vint couler en paix les dernières années de sa vie : il mourut en 1813.

» Grétry a eu la gloire incontestable de développer prodigieusement le goût musical en France. Dans les arts, l'éducation d'un peuple ne se fait que peu à peu. Or, les Français s'étaient à cet égard laissé devancer d'un siècle par les Italiens ; mais, à partir du moment où les ouvrages de Grétry figurèrent au théâtre de l'Opéra-Comique (théâtre qu'on appela encore longtemps la Comédie-Italienne), les motifs si gracieux répandus dans ses partitions, les mélodies d'une expression si vraie, si touchante, dont elles abondaient, avaient rencontré la fibre populaire : tout le monde les répétait ; et grâce à cette heureuse influence, la nation entière se façonna à l'élégance de ses nouveaux chants. La France, qui n'avait pas encore eu d'école proprement dite, arriva bientôt, non seulement au niveau de la patrie des Scarlatti, des Léo et des Pergolèse, mais elle put de plus offrir à celle-ci des formes et des qualités qu'elle n'avait pas.

« Or, si Gluck, si Piccinni, et après eux Méhul, Cherubini, Lesueur, portèrent le développement des œuvres dramatiques à un degré beaucoup plus élevé, il n'en est pas moins vrai que Grétry leur aplanit le chemin t'I prépara le public à l'intelligence des pensées profondes que ces

auteurs devaient lui otfrir. Lu voix du |)eii|)lo, toujours just(3 (iiiand elle a à se prononcer sur les choses qui sidenlifient avec ses instincts, rendit un éclatant iiommai^e au mérite de Grélry Ou sait que Voltaire envia presque cette |)0[)iilarité. Ce sentiment populaire (data surtout lors des obsèques de cet aimable composilour : jamais une plus grande afiluencc ne s'était vue à une ciTémonie funèbre. Aussi cela amena-t-il le continuateur de Thistorien Fcllcr à écrire dans son Dictionnaire biographique cette l'énexion de mauvais goût : « On eût cru, dit-il, à l'aspect de ce deuil public, qu'on avait à déplorer la perle de quelque bienfaiteur de Ihumanité » Voilà pourtant ce que dictait le préjugé sur les cendres encore fumantes d'une de nos plus belles gloires musicales. »

Réflexions d'un artiste musicien sur quelques compositeurs célèbres (i): « Gluck, Grétry, sans être tout à fait contemporains d'âge, le furent cependant de gloire. Gluck faisait entendre en Allemagne, en Italie, son Hélène et Paris, son Alceste, sou Orphée, tandis que Grétry, par ses opéras de Zémire et Azor, du Iluron, de Cépliale et Procris, préparait les oreilles parisiennes à ne plus recevoir désormais d'impressions agréables en musique, que par des chants suivis et rhytmés et à leur faire sentir et goûter le mérite d'une déclamation toujours vraie, sans cesser d'être mélodieuse ; à exiger du compositeur une couleur locale, et de le contraindre, par ce fait, à conserver Vunité d'intérêt dans tout le cours de son œuvre, ainsi qu'on en impose la loi aux auteurs des paroles: Grétry remplit avec gloire cette honorable mission. Philosophe dans toutes ses conceptions, nul n'a mieux que lui peint les mœurs, les caractères ; chacun de ses ouvrages a un cachet particulier et qui lui est propre. Toujours vrai, spirituel, il est, à son gré, tendre gai, comique, bouffon, noble, naïf, touchant. Le chant tragique fut rarement traité par lui ; cependant nous avons des morceaux de sa composition très remarquables dans le genre pathétique : dans Raoul, dans le Sylvain, dans Zémire dans le Comte dWlbert, dans Cépliale dans Guillaume-Tell, on en rencontre d'un ordre supérieur et de l'expression la plus touchante ; mais le comique fut particulièrement son domaine ; en ce genre il n'eût point de devanciers et n'a eu que des imitateurs.

» Des critiques méticuleux ont tait grand bruit, des infractions aux règles de l'harmonie que l'on rencontre assez souvent dans les partitions de Grétry : d'abord nous leur dirons et prouverons, qu'on en trouve quelquefois aussi d'une semblable nature dans Mozart, dans Haydn,

(i) Article non sit,ni<^ extrait de la Belgique inusicate de l'année 184.").

etc., etc. Que le grand Molière, que le bon La Fontaine, ont aussi quelquefois péché contre les règles de la syntaxe ; et que l'admirable, l'inimitable Racine même, a dit :

Je l'aimais inconstant, qu'eussé-je fait fidèle !

» Le soleil aussi a des taches, cependant il n'en est pas moins le premier des astres. Ah ! que les mânes de ces hommes illustres se rassurent et dorment en paix dans le sein de leur gloire ! non, toutes ces incorrections, qu'une main indiscrète autant que profane pourrait d'un trait de plume faire disparaître en moins d'un quart d'heure, n'ont pu et ne pourront jamais obscurcir l'éclat de leur brillante et juste renommée. Ainsi qu'eux Grétry est immortel : il fut créateur : avant lui personne n'avait traité avec autant de supériorité : la Comédie /î/wywg, et personne, depuis lui, ne l'a traitée avec une aussi grande vérité scénique, sans jamais cesser d'être mélodieux : il porta cette qualité, si rare aujourd'hui, à un degré de perfection admirable.

» Ses détracteurs prétendent que son orchestre est trop simple, et souvent même qu'il est pauvre ; nous nions formellement cette assertion. Grétry mettait dans son orchestre tout ce qu'il fallait pour soutenir, pour faire valoir le chant, et rien de plus ; il était trop riche de mélodie, trop vrai, trop expressif, pour avoir besoin d'aucun auxiliaire pour la faire triompher ; en elle, par elle, toujours il a tout dit et n'a plus rien à dire ; d'ailleurs, on ne surcharge de broderies que les étolfes médiocres ; on n'emploie le faux brillant de l'éloquence que dans les discours qui manquent de logique ; et on n'enveloppe, on ne couvre une statue d'épaisses et riches draperies, que lorsque le nu en est défectueux. Et si parfois la nature du sujet contraint l'artiste à employer ce moyen, l'art lui impose aussi la loi d'indiquer et de toujours faire sentir les formes en musique, elles sont et doivent toujours être senties dans la partie chantante ; un orchestre qui les masque, les efface, malgré toutes les richesses scolasti.ques dont on croit le parer, est plutôt une preuve d'obscurité dans les idées, qu'il n'est celle du génie.

» Les accompagnements, chez nos grands maîtres, sont toujours à la mélodie ce que sont les gestes à la parole chez les grands orateurs ou les bons comédiens ; c'est à-dire que, toujours en harmonie et d'accord avec elle, il ne doivent que l'aider, la servir et non la maîtriser.

» La vraie science musicale n'est pas toute entière dans la multiplicité des moyens scolastiques; elle est au contraire dans la sobriété de leur emploi, dans la sagacité de leur choix, dans la conduite, la contextnre, dans la liaison des périodes ; dans l'enchaînement, le naturel

des modulations, dans la coïncidence des phrases et rallinilé des rhylilmes ; qualités sans lesquelles une œuvre musicale ne peut acquérir la première de toutes, ruiiité (('mtérét.Gr6[ry la posséda à un degré éminent ; Zémire, Richard, Sylvain, f Amant jaloux, le Tableau parlant, Midas, l'Ami de la maison, la Fausse Magie, les Evénements, etc., etc., sont des chefs-d'œuvre qui viennent à l'appui de notre assertion, et, sans vouloir passer pour devin, nous oserons cependant prophétiser que beaucoup d'entre eux charmeront encore les amateurs du beau, bien longtemps après que la poussière des bibliothèques aura rongé un grand nombre de productions musicales de nos modernes Amphions. »

Les Musiciens Belges, par Edouai'd Fétis :

« L'apparition de Pamirge dans l'île des Lanternes à l'Opéra fit encore bien plus de bruit et de scandale que celle de la Caravane. Passe encore pour la comédie lyrique ; mais le genre burlesque à l'Académie royale de musique ! C'était une hardiesse sans exemple. Cette fois encore le proverbe eut raison, et la fortune sourit aux audacieux. Morel, l'auteur du poëme, n'avait conservé du roman de Rabelais que Panurge el l'île des Lanternes; toute la fable était de son invention, et il n'y avait pas lieu de lui en taire compliment ; mais la musique était vive et piquante, et la nouveauté des costumes, aussi bien que la richesse de la mise en scène, attira tout Paris. Le poète ayant voulu suivre fidèlement, dans un divertissement du second acte, la description d'une fête chinoise donnée par le père du Halde, avait fait placer au fond du théâtre un énorme tambour que frappaient, à coups redoublés, deux Chinois montés sur une estrade.

» Grétry,qui aimait les innovations, eut l'idée de répéter l'ouverture à la fin de la pièce, en en faisant l'accompagnement d'un pas de quatre que dansaient dans la perfection les sieurs Gardel et Vestris, les demoiselles Langlois et Saulnier. Le divertissement final était ordinairement le signal du départ des spectateurs. Cette fois non-seulement on resta, mais encore on vint pour le pas de quatre, qui fut considéré comme une des merveilles chorégraphiques du siècle.

» La musique du Comte d'Albert est bien en rapport, pour le coloris, avec le drame auquel Sedaine avait donné l'intérêt scénique qui dislingue toutes ses productions. Grétry avait trouvé dans cet écrivain son collaborateur naturel, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Tous deux étaient artistes par instinct, tous deux tiraient bien plus leur mérite d'une organisation exceptionnelle, que de l'étude et de la science. Sedaine commettait parfois, dans la conduite dune action, des inconséquences qu'un auteur médiocre eût évitées ; mais il trouvait des

siiiiatioiis, et c"esl là surtout ce qu'il faut au compositeur. Grétry aurait eu des succès plus brillants encore que ceux qui ont marqué sa carrière, s'il avait eu le bonheur d'être secondé par un tel poëte ; mais il fut forcé souvent de sauver de méchantes pièces par le charme de sa musique. Que pouvait-il faire, par exemple, des Méprises par ressemblance du sieur Patrat ? Une agréable baplelle, rien de plus.

» Le Prisonnier anglais n'eut qu'une seule représentation ; encore ne fut elle pas achevée. Le parterre, ennuyé des platitudes delà pièce, fit baisser le rideau sans vouloir attendre le dénoùment. La partition de Grétry fut impuissante à la sauver du naufrage. Les mémoires du temps nous apprennent qu'il y eut, à cette occasion, un tumulte dont les annales de la Comédie-Italienne n'offraient pas d'exemple. Un spectateur dit, en voyant cette scène orageuse, que la nation préludait aux états généraux. Le Rival confident, joué peu de temps après, n'eut pas tout à fait le même sort ; mais il n'ajouta rien h la gloire de Grétry. Aïnphitryon, grand opéra composé sur un poème de Sedaine, lui offrait l'occasion de prendre une revanche. Il n'en profila point, ainsi que ses amis l'espéraient. Chose singulière de la part d'un musicien dont tous les efforts avaient tendu à perfectionner la déclamation, les récitatifs étaient la partie faible de cet opéra. On applaudit seulement à deux ou trois airs et à quelques morceaux d'ensemble dans lesquels on retrouvait l'esprit du compositeur.

» Sedaine emprunta à un conte bien connu de Perrault le sujet de Raoul Barbe-bleue. Avec son habileté ordinaire, il avait tourné les difllcultés que présentait une telle donnée, et il en avait fait un drame intéressant. La partition de Raoul Barbe-bleue releva Grétry dans l'opinion de ceux qui croyaient à une décadence de son talent. Il n'avait l)as encore été aussi dramatiq:je qu'il le fut dans de certaines situations de cette pièce. Son instrumentation fut plus travaillée et plus forte que précédemment. On admira comment, dans le dernier trio, où, conformément au conte. Barbe-bleue appelle Isaure pour lui faire partager le sort de ses autres femmes, il avait su imiter, par les mouvements de son orchestre, le galop des chevaux et jusqu'aux tourbillons de poussière.

» k Raoul Barbe-bleue succéda Aspasie, opéra en trois actes donné à l'Académie royale de musique. C'était un tout autre genre. Malheureusement, s'il faut en croire Grimm, et nous sommes obliffés de nous en rapporter au jugement des contemporains, attendu que la partition de cet ouvrage n'a pas été publiée, ni le |)oéte ni le compositeur ne saisiren le caractère que devait avoir une pièce dans laquelle il s'agissait de mettre sur la scène l'e plus beau siècle de la Grèce, est de faire parler les

personnages les plus célèbres de l'antiquité. Morel, l'auteur de la Caravane et de Pammje, échoua complètement dans cette tâche. Grétry, de son côté, manqua de noblesse. Il fit chanter, suivant le reproche qu'on lui en adressa, Alcibiade et Socrate comme s'ils eussent été des habitants de Vile des Lanternes. Les airs de ballet furent cités pour leur piquante originalité ; c'était, à la vérité, une des parties essentielles de la pièce. Il serait imprudent d'aflirmer que ce fût de la musique athénienne, de même qu'on n'aurait pu dire que les pas réglés par Gardel fussent de style grec ; mais il paraît que, toute couleur locale à part, c'était un charmant ensemble. Au lever du rideau, la scène était disposée de manière à donner une reproduction exacte et animée du magnifique tableau de Raphaël connu sous le nom de l'École (V Athènes. Le fond de la décoration, l'arrangement des groupes, les costumes, étaient d'une scrupuleuse fidélité. De toute la pièce, c'est ce qui produisit le plus d'etfet.

» Il n'est rien resté de Pierre le Grand, comédie en quatre actes d'un jeune auteur qui n'avait pas de réputation et dont le nom est demeuré obscur. Grétry se faisait illusion, lorsqu'il pensait que le mérite de sa musique pourrait faire réussir des poèmes dépourvus d'intérêt. La pièce était alors comptée pour beaucoup dans un opéra-comique ; la meilleure partition du monde n'aurait pas eu le pouvoir dérailler les sufl"rages du public à un mauvais drame.

» On peut fixer ici la fin de la première et de la plus brillante partie de la carrière de Grétry. Peu d'artistes étaient dans une position semblable à la sienne. Il tenait sans contestation et sans partage le sceptre de l'opéra-comique ; ses ouvrages étaient ceux qu'on choisissait de préférence pour les spectacles de la cour ; Louis XVI lui avait accordé une pension sur sa cassette et une autre sur la caisse de l'Opéra. Le prince évêque de Liège lui avait donné le titre de conseiller intime ; la plupart des Académies de musique de l'Europe s'étaient empressées de l'inscrire parmi leurs membres honoraires. Il lui était permis moins qu'à personne d'accuser la fortune, quand des circonstances- qu'il n'avait pas prévues vinrent le troubler dans la jouissance des avantages que lui procurait une renommée si bien établie. Nous ne parlerons ni de la perte de ses pensions, ni d'aucune des conséquences immédiates du mouvement révolutionnaire. Ainsi que tous les artistes, il souffrit du nouvel état de choses ; mais les événements politiques devaient l'atteindre plus péniblement encore par des voies indirectes.

» Profitant du moment où toutes choses se renouvelaient en France, Méhul et Cherubini avaient introduit sur la scène de l'Opéra-Comique un nouveau genre de musique. Leur harmonie était plus forte que celle de

(ji'éti y ; leur instrumentation était plus riche et plus puissante. L'ensemble de leurs compositions convenait mieux, enfin, à une nation chez laquelle se manitestait un si grand besoin d'émotions. Le Tableau parlant, Zémire et Azor, Richard Cœur-de-Lion, furent abandonnés pour des opéras qui avaient le mérite d'une forme plus nouvelle. Grétry, chez qui l'amour-propre n'était pas seulement un sentiment, mais une passion, souffrit cruellement de cet oubli du public. Ne pouvant pas se décider à céder la place à ces adversaires, il entreprit de lutter avec eux, persuadé qu'en donnant à sa musique les qualités qu'on applaudissait dans la leur, il l'emporterait aisément, attendu qu'on ne pouvait lui refuser la faculté d'inventer des mélodies pleines de charme. Les opéras qui appartiennent à cette période de la carrière de Grétry, et qui constituent ce qu'on peut appeler sa seconde manière, sont : Guillaume Tell, Basile ou à Trompeur trompeur et demi, les Deux Couvents, Joseph Barra, Callinus ou Amour et patrie, Lisbeth, le Barbier de village, Denys le Tyran maître d'école à Curinthe, Anacréon chez Polycrate, le Casque et les Colombes, Delphis et Mopsa. Dans les opéras qui viennent d'être cités, Grétry essaya de lutter contre ses rivaux, nonseulement en adoptant leur style, mais encore en traitant des sujets patriotiques. Il ne réussit qu'à demi ; aucune de ses nouvelles productions n'eut le mérite ni le succès de ses premiers ouvrages. Compositeur plein d'esprit et de sentiment délicat, il représentait, en musique, la France du XVIII'^ siècle. Il lui fut impossible de se mettre au niveau des idées nouvelles. En voulant changer de style à un âge où, après avoir beaucoup produit, un artiste s'est définitivement formulé, Grétry perdit toute sa liberté d'allure. Les partitions des opéras qu'il a fait re!)résenter de 1793 à 1803 offrent les traces des efforts stériles qu'il a faits pour entrer dans un nouvel ordre d'idées.

» Grétry se croyait pour jamais oublié d'un public ingrat, quand la faveur de la foule lui revint d'une manière bien inattendue. Elleviou, le célèbre artiste du théâtre Feydeau, était un comédien excellent ; il disait la musique avec infiniment d'esprit, mais il ne la chantait pas. Les opéras de la nouvelle école ne lui convenaient point, parce qu'ils demandaient plus de voix qu'il n'en avait II reprit le répertoire délaissé de Grétry, et procura aux ouvrages du maître liégeois une vogue au moins égale à celle qu'ils avaient eue dans l'origine. Grâce à ce retour de l'opinion, Grétry répara les brèches de sa fortune. Napoléon se chargea d'adoucir les derniers regrets qu'avait pu lui laisser l'ancien état de choses, en lui accordant une pension double de celle qu'il avait tenue de la munificence de Louis XVI, et en le faisant chevalier de la

F.egion d'honneur, lors de la création de cet ordre. Quand on fonda l'Institut, il devait être et fut, en effet, un des trois compositeurs désignés pour la section de musique de la classe des beaux-arts. Il fut aussi nommé inspecteur de l'enseignement au Conservatoire de musique, mais ne se souciant plus de fonctions actives, il donna sa démission après quelques mois d'exercice.

» L'heure de la retraite avait sonné pour Grétry. Il fit l'acquisition de l'Ermitage de J. J. Rousseau à Montmorency et s'y établit avec l'intention d'y passer le reste de ses jours. »

En résumé, le lecteur jugera combien Grétry a su captiver le public d'une grande partie de l'Europe, par son imagination vive et sage, par un goût exquis, par une justesse de perception, par une sensibilité vraie de l'àme, par une musique de caractère tantôt comique, tantôt noble et pathétique.

Parmi les admirateurs de son talent, nous nous imposons le devoir de mentionner Amar, critique attaché ùii Moniteur officiel ûeYrSince; La Harpe, écrivain distingué, membre de l'Académie de France; J. L. Geofroy, chroniqueur c\u' Journal de V Empire, homme de lettres; J. B. Suard, littérateur et membre de l'Académie de France; J. F. Marmontel, littérateur, librettiste et membre de l'Académie Française ; F. A. Gevaert, directeur du Conservatoire de Bruxelles, qui s'est chargé de la révision de plusieurs partitions de Grétry et Léonard Terry, ancien professeur de chant au Conservatoire de Liège.

FIDN".

Errata et additions.

Page 5. — Il est dit que François Grétry, père du compositeur, naquit vraisemblablement à Bolland.

Des renseignements, reçus pendant la publication de cet ouvrage constatent que ce musicien est né à Blegné, hameau de Trembleur (Liège), en 1714. Voici son acte de baptême :

" Le 31 mars 1114 fict baptisé François-Paschal, fils de Jean-Noël Grétry et Dieudonnée Campinado, son épouse. Parain Lambert Traisfontaines et Jeanne Defavre. »

Ce baptême eut lieu â Mortier (Liège), comme Blegné n'était alors que chapelle et ressortait de l'église paroissiale de Mortier.

Jean-Noël Grétry a eu cinq enfants nés à Blegné en 1712, 1714, 1715, 1719 et 1723.

Tous ces actes se trouvent à Mortier.

Il possédait une maison avec jardin potager à Blegné, contenant huit verges. Dans l'ancien cadastre se trouve un rapport fait par devant la cour et justice du ban de Trembleur des biens et héritages, résortant de la dite juridiction commencée au printemps 1716 et années suivantes, pour faire l'estimation des dits biens avec deux échevins, le greffier- Bourgmestre et trois estimateurs jurés.

Les parents de F. P. Grétry appartenaient à la classe ouvrière.

Page 5, 3'"® ligne. In' bonne Jowe. Un petit orchestre, et d'après le dictionnaire waUon de Lobet, une compagnie de musiciens. Page 63, 3"^® ligne. Extrait du Journal des Beaux-Arts de 1774. Lisez Meunier.

« Mad. Lebrun.

» Grétry en famille.

» Wahraft.

» Propizio.

» Convaincu de Vintérêt que vous portez. Il parait que la femme de Grétry, compositeur, par suite de maladie et de revers, avait un caractère si capricieux, que sa nièce Jenny ne pouvait sympathiser avec elle.

Page 375, 29"^® ligne. — Mozart se trouvait à Paris en 1778, et n'avait alors composé aucune grande œuvre dramatique.

En cette même année la Comédie-Italienne donna plusieurs opéras de Grétry, et Mozart eut donc occasion de les entendre.

S'il n'assista pas aux représentations^ au moins il peut avoir connu les partitions. Ses relations artistiques lui donnaient accès aux deux théâtres lyriques.

On sait que Mozart étudiait les partitions françaises même avec une certaine prédilection.

Dans les Noces de Figaro, le magnifique finale a beaucoup d'analogie avec celui de V Amant jaloux .

Mozart, il n'y a pas de doute, a copié Gréti'y. (Voir pour plus amples détails l'intéressant volume de M. Victor Wildersur Mozart.)

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Note,

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Note

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