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perdue pour le théâtre parce qu'on ne trouva point d'artiste capable de chanter le rôle principal.
M"'' Roland y avait également réuni tous les suffrages.
A une reprise de cet opéra on écrit :
« Quelle musique que celle de la Fausse Magie! comme tout cela est plein et nourri ; quelle mélodie! On ne se lasse point d'entendre le duo des vieillards; on l'a fait encore répéter. Il y a dans ce morceau une force et une vérité qui entraînent. Faites entendre au public de la musique ancienne bien rendue dans son véritable esprit et soyez sur qu'il en sentira la beauté. »
Poème, Paris, Constapel.
Vu le grand succès obtenu par les œuvres de Grétry, M. X. Moxhon, littérateur-amateur de Liège, lui proposa, en 1775, de composer un op('ra-comique pour la Comédie-Italienne.
Voici la réponse de (îrétry au jeune artiste, son compatriote :
'>• Je serais bien enchanté. Monsieur, de travailler un poème de mon compatriote; mais il faut avant, que je puisse me décider moi-même, que la Comédie Italienne assemblée en ait pris lecture; après laquelle les Comédiens acceptent ou refusent la pièce. .J'ai tout lieu de croire, Monsieur, que votre ouvrage fera plaisir et sera rfçii. Je n'épargnerai l'ien pour prévenir MM. les Comédiens en faveur de l'ouvrage et de l'auteur. Le titre d'homme d'esprit et de compatriote sont plus que suffisants pour me donner tout le zèle et toute l'activité qu'exige votre affaire.
" Je vous pris de donner votre paquet à M. Mars, premier commis ù la poste, et de l'adresser à M. Lacombe, mon beau-frère. J'aurai l'honneur de vous répondre par la mêaio voye.
" Je suis, etc. ♦»
Paris, le 12 mai 1770.
Céphale et Procris, tragédie de Marmontel, une des pièces de Grétry qui eut le moins de succès, représentée à Versailles le 30 décembre 1773, devant la cour, pour le mariage du comîe d'Artois, puis à Paris, à l'Ojjéra, le 2 mai 1775.
(irétry dii lui même que cet opéra, joué l'année du mariage du comte d'Artois, n'cul (pi'un ni' lijcro succès.
On y proposa des changements que le musicien décrit dans ses Mémoires, mïis Marmontel les refusa.
Ghick assista à deux répétitions h Versailles.
Déjà le 19 avril 1774 on avait représente à l'Opéra, Iphijgéme en Aiilide, de Gluck, et Grétry, sans se mêler au triste spectacle de la guerre
des Gluckistes et des Picciiinistes.fut très sensible à l'inlluenre qu'allait exercer à Paris ce maître, et à la nouvelle école de musique (hMnialique qu'inaugurait Gluck.
Aussi, dans ses £'A'.s'fl/.s-, il tâche de se justifier de l'échec de cctle pièce, par quelques lignes.
Cet opéra a été parfaitement exécuté par M"'^® Larrivée, Arnould, Duplan et M. Larrivée.
Les ballets, de la composition de Laval, GarJel et Veslris, sont d'une pantomime noble, ingénieuse et très agréable.
L'opéra n'obtint cependant pas de succès à cause de l'exécution incorrecte de certaines parties.
La musique a paru digne de la réputation rapide et brillante que Grétry s'est acquise. Les chants de l'Aurore et de sa cour son: pleins de grâce et de fraîcheur. Ceux de Céphale et Procris sont nobles et touchants; ceux de la jalousie et des démons étonnent dans un genre qui semblait être épuisé. Les duos dul''acte, le quatuor qui finit le second, tout l'acte de la jalousie, sont du plus grand caractère. Les chants ont le double mérite d'un dessin clair et simple, et d'un ensemble harmonieux. Quelques personnes semblaient douter si Grétry, qui excellait dans le chant, réussirait de même dans le récitatif et dans les airs de danse. Le problème est bien résolu Son récitalil est si vrai, si facile, si naturel, si analogue à l'accent de la langue, qu'il semble n'être que la parole embellie, anoblie, et plus sensible, encore que la simple déclamation.
Nous extrayons du Mercure de France :
« Le musicien, M. Grétry, dont tous les travaux sont des succès, a développé dans cet opéra les charme^' et les ressources de son génie. Il nous a paru que son récitatif s'appropriait sans elTort aux formes de noire langue, qu'il saisissait et rendait l'expression juste du sentiment ou delà passion, qu'il était commandé parla prosodie, qu'il ne gênait ni la voix ni le jeu de l'acteur, et qu'enfin il était une vraie déclamation musicale.
» Ses chants jamais vagues, sont toujours inspirés par le sentiment v[ indiqués par les paroles Ils les expliquent et les embellissent avec un choix et dans le mouvement le plus analogue et le plus juste. Comme tout ce que chante l'Aurore a de grâce, de fraîcheur et d'élégance! Que les chants de Céphale conviennent bien à un chasseur, à un amant lier et passionné! Que Procris est tendre, douce et sensible dans rex|)ression de son amour, de ses plaintes et de sa douleur! La jalousie ne s'est jamais fait entendre avec pins de force et d'énergie.
» Les chœurs de cet opéra sont du plus grand effet et de la plus riche composilion. Les airs de danse sont tous très saillants et d'une mélodie agréable, neuve et pittoresque. On ne s'attendait pas à la réussite de cette partie de la musique des danses, toute nouvelle pour M. Grétry; le succès n'en est pas même encore librement avoué par ceux qui ne font pointattention que le musicien qui a le génie de l'invention, qui saitcréer des motifs et les moduler, qui , en un mol, est le maître de ses chants, l'est nécessairement de son art et doit traiter toutes les parties surabondantes à l'expression avec autant de facilité que de supériorité. »
Lors de la représentation sur la scène de l'Opéra en 1775, la même revue fait l'éloge des récitatifs.
1775. 2 mai. Le h2d\ei âe Céphale etProcris a été exécuté aujourd'hui à l'Opéra, et malgré les changements qu'on annonçait dans les paroles et la musique, le grand nombre des amateurs n'a pas été satisfait. A l'égard de la dernière, on a trouvé le l'" acte passable, le 2'^ mauvais et le 3'"® meilleur. Mais en général on veut que le plus mauvais des opérascomiques du S'" Grétry, à la Comédie-Italienne, soit meilleur que cet essai au Théâtre-Lyrique.
Le succès en fut médiocre, parce que, sorti de l'ornière ordinaire, Grétry avait fait de la musique dramatique, celle qui parle au cœur et à laquelle le public et les auteurs de cette époque ne lomprenaient rien.
Voici la distribution des rôles lors de la représentation de cette pièce à la cour et à l'Opéra :
1773. Mesd. Sophie Arnould, [.arrivée, Rosalie (Levasseur), Beaumenil, Duplan, La Suze, Dubois, M. Larrivée.
En 1775, Rosalie Levasseur rei'plaça Sophie Arnould, M"*' 3Iallet prit le rôle de M"^ Levasseur, et M"'^ (.hàteauneuf celui de M"*^ La Suze.
Artistes de la danse : Mesd. Guimard, Dorival, Heinel, Peslin, Hidoux, MM. Vestris, Lefèvre, Gardel aîné et cadet,
Le 23 mai 1777, Céphale et Procris fut repris et eut cette fois ci vingtsix représentations. On y lit quelques changements.
Bien des artistes ont étudié la musique de Grétry, et plusieurs, peutêtre, sans intention préméditée, ont rencontré les mêmes idées cinquante ans plus tard.
Rossini, ce grand musicien, n'est même pas exempté de plagiat. Dans son Barbier de Séville, représenté le 6 mai 1824 à l'Odéon, se trouve un passage identiquement le même que celui du ballet de Grétry : Céphale el ProcriH. Le voici :
Céphale et Procris. 1773.
En nous ai- niant qu'avons nous fait. Le Barbier de Séville. 18i24.
E cen to trap-po le prima di- ce- de- re.
Nous pourrions donner d'autres exemples de ce içenre de pillacfe.
Quelques tentatives faites par Gréiry dans le i^rand genre lyrique lui démontrèrent rapidement que son talent se perdait dans les grands cadres dramatiques; ce sont Céphale et Procris, Aiidromaque, Aspasie, Deuijsle Tyran (Dictionnaire de Larousse.)
Larousse, comme beaucoup d'autres, n'a pas étudié à fond les partitions de Grétry, car dans plusieurs opéras, entre autres dans Céphale et Procris, il y a des accents dramatiques remarquables, des conceptions hardies, qui dénotent tout le contraire de ce qu'avance l'auteur du Dictionnaire universel.
Notons, que cette pièce a été jouée à Paris avant la première apparition des opéras de Gluck, le grand réformateur du drame lyrique et de l'orchestration. Un critique écrit :
« C'est un mérite déplus qu'il faut reconnaître à Grétry, d'unir le talent dans les trois genres de musique, l'opéra-comique, le genre boutle et celui du grand opéra.
» Céphale n'a pas eu plus de succès à sa reprise qu'il n'en avait eu dans sa nouveauté. Grétry a été mal conseillé de venir opposera des tragédies aussi intéressantes qu Iphygénie en Aulide, et Alceste de Gluck, une froide pastorale qui roule surune équivoque de mots et dans laquelle Procris croit que son mari appelle une rivale, Aura.
» Le poëme est froid, obscur et mal écrit. Il y a pourtant quelques beaux morceaux, surtout un duo du premier acte et quelques airs de dan.se; mais après Gluck, il faut que la musique dramatique soit plus nourrie et plus substantielle. {Correspondance littéraire, de La Harpe.)
Il ajoute dans une note : « Grétry dit lui-même dans ses intéressants Mémoires : Gluck a failli m'étouffer. »
La partition de cet opéra contient de belles choses, aussi il a été constamment applaudi, comme un nouveau chef d'œuvre de l'art, et une nouvelle preuve du génie riche et fécond de Grétry.
On a été singulièrement surpris de l'expression étonnante de l'orchestre, qui semble dans cet opéra avoir redoublé de zèle et d'attention, ainsi que du talent des artistes.
Plus tard, M"'^Chàteauvieux remplaça M"'^ Levasseur, ei M'"' Joiinille y succède à M"^ Beaumesnil.
M"^ Duplan a obtenu les témoignages éclatants de l'admiration dans le rôle de la Jalousie et fait éprouver aux spectateurs les divers sentiments qu'elle exprime.
Un historien français, M. F. Crozets, dit dans son ouvrage : Revue de la Musique dramatique en France : « Cet opéra assez médiocre, a eu peu de succès. »
En principe, cet opéra fut froidement reçu, mais les auteurs ont remanié la pièce, qui, comme on vient de lire, obtint l'approbation générale.
Les historiens, pour rester dans la vérité, devraient tenir compte de certaines circonstances.
M. Félix Clément n'en sait pas plus que M. Crozets.
Tous ces contrastes sont rendus par le musicien avec un art infini.
Le duo de la Jalousie et de Procris a un caractère sublime. Tout est chantant dans cet opéra. La musique des ballets est généralement applaudie. Celle de la Jalousie est de la plus belle composition. M"^ Duplan rend avec force et grandeur le récitatif obligé du S'"* acte : Fille cruelle de l'amour. Les derniers vers sont répétés par les démons, suivants de la Jalousie, qui forment un chœur terrible. {Journal des Beaux- Arts et des Sciences, juin 1773.)
Le Journal des Sciences et des Beaux-Arts, de Castilhon, écrit dans la livraison du 1'' juillet 1777 :
« On y va peu, et l'on en dit beaucoup de mal. Mais il nous semble qu'on le traite avec trop de sévérité. Combien d'opéras on a applaudis avec transport, qui ne valent p:;s, à tous égards, un seul acte de celui-ci. Depuis ce temps, il est vrai, le goût du public a changé. D'un excès il s'est jeté dans un autre. Les Français ne vouloient alors que de la gaieté, des fêles et i)eu d'intérêt.
» Si Ton eut écouté sans prévention l'opéra de Céphcde, on y eut trouvé non-seulement des choses agréables, des chants heureux, de la clarté, de la fraîcheur, mais aussi du sentiment et de la force dans les endroits qui en étoient susceptibles. Pour exemple du premier genre, on peut citer le début du [)remier acte : Naissantes fleurs cessez- d'éclore; celui du second : Evedlez-vous charmante aurore; l'air des Nymphes de Diane : Fière indifférence, que tout le monde a reteim, et presque
lous les airs de danse. Il y a du senliiuenl dans l'air : Mon cœur blessé d'un trait de jlmnme, dans le beau diio du l"" acte, etc.; de la force dans l'entrée de la jalousie; de l'un et de l'autre dans l'air dialogué : Ah! j'ai bien mérité l'injure. Ce dernier morceau surtout est d'un cliant neuf, expressif; le motif heureux, bien suivi, la situation théâtrale est parfaitement rendue par ce musicien : les morceaux d'ensemble sont en fçénéral pleins d'expression et de chaleur. C'est être bien diflicile, que de ne pas se contenter de tout cela.
» Ce qu'on peut reprocher à M.Grélry, ce sont deux airs dans l'ancien jçenre français : l'un de l'Aurore dans le second acte : Ne vois tu pas ce qui m'engage; l'autre de Procris dans le troisième acte : Témoin de ma naissante flamme. A quelques tournures de chants près qui sont de ce siècle-ci, ces deux morceaux ont presque l'air d'être de l'autre, il y a bien encore quelques petits défauts qu'une critique sévère pourroil ne pas pardonner; mais on peut assurer en général que le nombre des beautés est infinement supérieur; et tout ouvrage dont on en peut dire autant, mérite un autre succès que celui de Cépliale.
» il est vrai qu'il n'est pas aussi aisé de louer le poème que la musique. Le sujet manque de vraisemblance en Français, quoique très vraisemblable dans les Métamorphoses d'Ovide. Là, Cépliale raconte luimême que lorsqu'il étoit las de la chasse, il alloit chercher l'ombre et le repos dans de Iraîches vallées; et que pendant les chaleurs du jour, il appeloit le Zéphir.
» Quant aux changemens que le poète et le musicien ont faits à cette reprise, il y en a beaucoup d'heureux, et quelques uns qui ne le sont pas. Le plus mauvais est l'arrivée de la Jalousie au second acte : ces apparitions souterraines sont toujours ridicules quand elles ne sont pas effrayantes, et celle-ci n'elTraye personne. Il faut sans doute du merveilleux à l'Opéra. Mais l'emploi de ce moyen théâtral demande beaucoup de ménagemens. On commence surtout à se lasser de ces diabèlies éternelles, de ces torches enfumées, de ces furies cabriolantes, de ces démons rouges, noirs ou blafards, qui se tuent à varier leurs grimaces, leurs contorsions et leurs vilains serpents verts, pour sauve!', autant qu'il est en eux, l'uniformité de leurs danses inferiiales. »
Sophie Arnould, l'excentrique cantatrice de lOpéra, disait au sujet de celte pièce : « La musique est plus française que les paroles. «
On s'aperçoit dans les données des Mémoires de Crétry, combien il s'inquiétait de la musique allemande. L'on verra dans la suite de cet ouvrage, dit-il, «combien la musique du jour, la musique bruyante (celle
de Gluck), qu'on peut appeler rcvokilionnaire, esl loin de celle qui est propre au caractère du Français »
Remarquons que Grétry a commencé à travailler avant Gluck pour le grand opéra, et que Céphale et Procris fut donné à Versailles en 4773, à moins d'une année de distar.ce à celle ûlphigénie en Aiilide, de Gluck.
Le 12 juin 1776, en i)lein été, quand le beau monde déserte Paris, les Italiens représentèrent les Mariages Samuites, drame lyrique en 3 actes en vers, par Du Rosoy.
Poëme, Paris, chez Merlin.
C'est le poëme qui fut jadis unanimement refusé par les Italiens et remanié pour la scène par le poète.
Cet ouvrage ne réussit point; peut-être que le préjugé y contribua : les spectateurs ne voulurent |)as s'habituer à voir sous le casque, les acteurs qu'ils voyaient chaque jour dans des rôles comiques.
Cet opéra est plus lait pour l'Académie de musique que pour le théâtre italien, soutenu d'une musique excellente et d'un spectacle charmant, réchauffé par un rôle des plus brillants que l'on ait vus à ce théâtre et joué par AP''^ Colombe.
Les Mariages Samnites est le 10""" opéra de Grétry, ce compositeur fécond et le plus populaire de tous les musiciens.
Pendant plus de cinquante ans, cette musique expressive et naturelle lit les délices des habitués de l'Opéra, des Italiens et de la Cour.
La reine assistait à hne représentation de celle dernière pièce, et toute l'assemblée s'unit aux acteurs pour chanter le couple! :
Du monde entier tonnez la chaiiie C'est eoraiiiaiidi'r que vous servir; Quand on a la beauté jjour leinc; Tout est de\oii\ lout es! plaisii'.
M"'^ Colombe brilla au premier rang dans cette pièce; au couplet : Objet sacré de notre hommage régnez sur nous, etc., tout le théâtre s'émut avec trans|)ort; on cria bis, et lorsque le chœur reprit le même vers, les applaudissements redoublèrent avec fureur, et la voix publique semblait en ce moment payer un tribut dhomniage ei de reconnaissance à ce juge auguste et au talent de Grétry.
Jamais le Théâtre Ralien n'avait été témoin d'une démonstration aussi solennelle et aussi spontanée en faveur d'une souveraine et d'un compositeur.
Grétry y avait nalurellemcni sa plus grande i»art. •
La pièce à la suite subit des changements de la part des deux auteurs. Par contre, ce! opéra, joué à Bruxelles, (i) le 4 novembre 1776, y obtint un grand succès.
Les Mariages Samnites n'ont eu qu'un succès médiocre. Il y a de très jolis morceaux dans la musique, qui est de (Jrétry; mais la pièce qui est tirée des contes de Marmonlel, est une des plus plates choses dont le sieur de Rosoi fût capable.
On est fâché qu'un musicien tel que Grélry ait choisi un si mauvais poëte; on trouve cette union mal assortie. A l'égard de Grétry, il avait fait il y a longtemps la musique des Mariages Samnites sur des paroles d'un nommé Léger, qui avaient été refusées à l'Opéra. (Irétry a la prétention du grand opéra, de la tragédie lyrique; il ne l'avait pas soutenue dans Cépliale et Procris; il a voulu prendre une revanche dans les Samnites, mais cela ne lui a pas réussi. A quelques morceaux près du !'■ acte, tels qu'un duo des deux amis, et un chœur de jeunes filles samnites, qui est charmant, le reste est faible et commun. {Correspondances littéraii^es, de La Harpe, tome X.) (2)
La seconde représentation n'a pu avoir lieu que le samedi 29 juin, à cause de la maladie de Mad. Dugazon, une des principales actrices.
Grétry n'a jamais porté si haut l'art de la composition musicale, que dans cette nouvelle pièce, qui atteste la richesse inépuisable de son génie. Nous nous contenterons de citer l'air à la fois tendre et martial chanté par Agathis : Quand mon cœur vole à la victoire, elc , le quatuor, aux chants si délicieux; le chœur des Guerriers, la marche militaire, celle des filles samnites, dont le chant est si naif, si délicat.
Le récitatif obligé et l'air d'Ëliane, musique de la plus grande énergie et de l'effet le plus imposant; le duo enchanteur entre Eliane et Céphalide, le chant passionné entre Eliane, le magnifique duo des deux amis, les beaux airs de Céphalide, les couplets des filles samnites et ceux de la fin.
(1) M. Piot, publia, à Bruxelles, une brochure fort inléressanle sur cet ouvrage, au sujet des correspondances de Grétry avec Vitzhumb, compositeur à Bruxelles.
(2) Les critiques parfois si erronées de La Harpe et du fameux baron de Grimm, seront appréciées à leur juste valeur par ceux qui étudient les opéras de Grétry, et M. P'étis dit avec raison : •' Les jugements de Grimm ne sont pas toujours exempts de prévention etd'erreur."
Ces deux critiques, au fond des hommes très savants, mais ayant peu de connaissances musicales, ont exercé une certaine influence sur le mouvement musical en France au siècle dernier.
Ce drame était d'abord co-.uposé en prose. De Pezay l'a mis en vers. La pièce ne réussit point, mais on altrihiie l'insuccès à l'exécution médiocre II y a des morceaix dans celte partition diurnes de <irétry, mais la manière ridicule dont les artistes portaient le costume antique, produisit une mauvaise imprssion.
Si la musique, qui a toujours la plus grande part de succès de ces espèces d'ouvrages, |>ouvait seule le produire, celle que Grétry a employée dans les Maria/jes Samniti's assurerait à cette pièce tous les suffrages par sa variété, ses grâces et sa nouveauté; mais le sérieux et le vide du sujet semble avoir balancé les charmes de celte musii|ue, dont toute l'assemblée paraissait enchantée.
Le Mercure de France (décembre 1776; écrit :
« La superbe musique de celte pièce d'un caractère mâle et guerrier a été sentie comme un nouveau chef-d'œuvre du génie fécond de Grétry »
Malheurement, le |)oéme médiocre fit du tort à l'excellente musique c^e cette [)ièce, malgré les frais considérables des costumes.
Acteurs : MM. Julien, (i) Michu, {2, Narbonne, (h) Meunier, (1) Mesd. Trial (5) et Colombe, (e)
1776. 28 décembre. Reprise avec des changements des Marhigea Samuiles.
Ce spectacle nouveau a fait plus de sensation que dans son origine
Mad. Dugazon a détaillé la scène avec une intelligence, une vérité et une expression qui caractérisent une excellente actrice. M""^ Colombe (Marie-Thérèse Kombocoli Riggierii a été vue et entendue avec transport dans le beau rôle d'Eliane.
Julien, Micliu et Narbonne ont également recueilli les suffrages des nombreux spectateurs.
Grétry a abrégé le duo des deux amis par un récitatif (|ui partage le chant. Cette coupe heureuse a fait un plaisir inlini.
Les journaux du temps font féloge de la pièce et de^ arti.>tes.
(irétry dédia cette partition à son protecteur l'Evèque et prince de Liège, qui l'avait nommé son conseiller intime.
1777. Les filies junovucs, (•(uiiplinienl de clôture composé pour la Comédic-Iialiciinc, paroles d'Anseaume, également rei)résenlé à h» cour.
(i) Dont on connaît le •.niùt et le talent. — (2) Bon ai'teiir et a^rréalile chanteur. — (3) Excellent musiciei). — (4) Plein de fVu et (riiiteIli.L:enre. — 1.-,) lutciesse intinement par la beauté de .son ci pane, ]i.ir \;\ jusie et liril'ante l'Npres.sion de son chant — (1;) Etonne, enchante par la noijiesse de son jeu, jiar l'étendue de sa voix et par le frrand caractère de son chant.
En 1777, Grétry composa encore pour les représentations de la cour le divertissement : Ainour pour amour, pièce de I.aujnn, d'après une comédie de Lacliaussée. Il n'a pas ét(' représenté à Paris.
A la même éi)oque il composa la musique de Monms sur la terre, ])roloi^ue, représenté au château de la Roclie-(iuyon, paroles de Vetelet.
Le roi continua à proléi^er notre jeune 3Iaéslro, et en 1777 on représenta devant la cour Matroco, drame burlesque en 4 actes, en vers, de Laujon, joué <à Paris aux Italiens, le 28 février 1778.
Cette pièce n'obtint aucun succès et la |)artition a été détruite par l'incendie.
Grétry se sentit très peu disposé à mettre le poème de Laujon en musique.
L'ouverture se composait dairs connus et parlant qui expliquaient le sujet de la i)ièce.On a comjiris toute la ditliculté ponr former un ensemble d'anciens airs tous rivaux et d'une musique nouvelle, aussi dans une telle pièce composée de combats, de nains, de géants, etc., tout doit être boursoufflé et i!;igantesque puisque les personnages sont tels.
Cet ouvrage était original, dit Grétry, et il n'a pu diminuer en rien la réputation de Laujon.
Grétry composa cet oi)éra pour la cour par pure complaisance.
Cette pièce ne fit |)as grand bruit, et la presse lut bien indifférente.
Grétry dit dans ses Essais : « Le succès d'une production de ce genre sera toujours, selon moi, presque impossible. Je Ils cet opéra pour la cour et par complaisance: il fut joué à Paris contre mon gré et la flamme a dévoré cette production monstrueuse en expiation de l'atteinte que j'avais donnée au bon goût. »
Cela dit assez de la valeur de Matroco.
Il paraît que Grétry fut tellement sensible à cet échec, qu'il brûla toute la musique. Enfin malgré le secours de la richesse des décors, des costumes et de tous les accessoires possibles, cette pièce ne plut point.
Il y a dans la musique des choses charmantes, entre autres un duo sur la gazette, très neuf et très original : mais ce sont des beautés perdues, et l'on regrette le au temps que Grétry a daigné employer pour un ouvrage aussi peu digne de son talent.
Les rôles ont été parfaitement joués et chantés par les principaux artistes de ce tliéàtre.
Clairvala représenté Matroco avec une dignité comique. Mad. Triai et Billioni chantent des duos et des airs charmans qui ont été fortement applaudis.
Quelques retranchement indiqués par le public dans ce drame, en ont assuré le succès, et la seconde représentation aété grandement applaudie.
La reine, M. et Mad. le comte et la comtesse d'Artois ont honoré de leur présence ce spectacle, et en ont paru très satisfaits.
Forkel dit dans son Almanach :
« Gretry liât noch ein komisclies Nachspiel gemacht, mit dem Titel Matroco; man hat ihn von Seiten des Hofs clarum, iveil est bey den Ergotzlichkeiten des Hofs gebraucht werden sollte. Aus Gefàlligkeit gegen die Scliauspieler hat er es auch hernach in der Stadt Paris vorstellen lassen. Da die Charaktere dièses Stûcks sehr contrastiren,so dass sehr emphatische Stellen der irrenden Bitter, und gleicli darauf sehr gemeine Gassenlieder vorkommen, Dinge die fur einen Componisten sehr grosse Schwierigkeiten haben konnen, so muss man dièses Stûck geivissermassen mit einiger Nachsicht beurtheilen. »
1778. 28 avril, à l'Opéra : Les trois Ages de la musique, prologue de De Visme, directeur de l'Académie de musique. Cette pièce fui composée pour l'inauguration de la nouvelle administration de l'Opéra.
Sous ce nouveau directeur on a repris un grand nombre d'opéras de l'ancien répertoire, ce qui suggéra l'idée de cette pièce.
Le souvenir de la lutte acharnée des Gluckistes et des Piccinnistes n'était point effacé à Paris.
Grétry avait personnifié Lully, Rameau et Gluck, les trois réformateurs du drame lyrique.
Ce prologue ne réussit point.
Dans cette pièce le compositeur s'est attaché à faire comprendre aux auditeurs les différentes transformations subies par l'art musical en France aux époques de Lully, Rameau et Gluck, tout en les forçant, par ces contrastes, à se prononcer sur le plus ou moins de mérite de ces compositeurs. (AperçM historique, etc., déjà cité.)
Dans cette pièce de circonstance Rameau, Lully et Gluck étaientles héros.
La nouvelle administration de l'Opéra a donné pour l'ouverture de son théâtre une espèce de prologue intitulé : Les trois Ages de l'Opéra, dont l'objet est de représenter les différentes révolutions qu'a éprouvées la musique parmi nous. Le genre de Lully, celui de Rameau, celui de Gluck et de Piccinni, sont caractérisés par leurs différents attribus et par des morceaux tirés de leurs ouvrages. On continue de donner 1:.'? grands jours Armide e! Boland en concurrence et tous deux avec succès. (La Harpe.)
Les trois Ages de l'Opéra, prologue dramatique, joué le lundi 27 avril 1778, opéra qui avait pour objet de donner une idée des trois principales époques où la musique en France a éprouvé des changements considérables.
Ces trois tableaux ont occupé agréablement le public, au(iuel le choix qu'on avoil fait des morceaux de Lully, Hameau et (iluck, a paru faire plaisir. Il y a un rôle qui représente Lully escorté des personnages principaux de ses meilleurs opéras.
Il est habillé dun costume du siècle où il vivait, accompagné de Polymnie, et vient faire l'aveu public de la faiblesse de l'art musical de son temps
Un air de danse encbanteur annonce le présence de Rameau, que présente Terpsicore. Il se retire au fond de la scène et va embrasser Lully. Quelques mesures de la belle ouverture ûlphigénie se font entendre ; le génie de rO|)éra en est dans le plus grand ravissement, et il demande d'où part une harmonie si supérieure à tout ce qu'on avait entendu Melpomène répond, que c'est l'ouvrage d'un de ses favoris qui médite sans doute de nouveaux chefs-d'œuvre tragiques. La palme est ainsi accordée au célèbre Gluck, dont on parodie quelques morceaux comme on l'a fait à l'égard de Lully et de Rameau.
Ces trois grands musiciens étaient les héros de cette pièce. {Mercure de France)
Dans les trois Ages, de Grétry, le génie de l'Opéra ranime le zèle des artistes et invoque le secours des trois muses.
Polymnie présente au génie de l'Opéra Lully, qui vient sur une marche du triomphe de Thésée, entouré des personnages de ses principaux opéras. Il chante dans la manière de son récitatif :
Vous voyez un chanteur aatique Qui mérita quelque succès.
•J'ai fait connaître la musique Au peuple aimable des François ; Un art plus brillant me remplace :
Mais convenez de bonne foi Que beaucoup d'autres à ma place, N'en auraient pas fait plus que moi.
Terpsicore fait paraître ensuite son favori; c'est Rameau qui s'avance pareillement entouré des premier personnages d(> ses opéras. Le génie y chante :
Est-ce vous immortel Rameau
De la scène lyrique appui toujours durable?
Venez jouir d'un triomphe nouveau ;
Vos chœurs savans, pompeux, et votre danse aimable.
Quels que soient les progrès dont l'art sera capable.
Vous placeront toujours dans le rang le plus beau.
Les ballets représentent les différents âges de la danse. La composition, qui est de Niverre, est pittoresque et agréable. Les plus grands talents de la danse y paraissent dans tout leur éclat.
La musique nouvelle est de M. Grétry, qui a su plier, avec autant d'adresse que de franchise, son génie à tous les genres de musique qu'il célébrait, et en saisir avec tant de vérité les formes, qu'il est impossible de ne pas s'y méprendre.
Gaussoin s'exprime ainsi à l'occasion des opéras joués à l'Académie de musique, sur le second ouvrage de Grétry :
« Grétry, dont le génie s'identifiait si bien à l'esprit, au caractère français, et qui en outre avait le mieux contribué à diriger l'école vers ses véritables destinées n'obtinrent plus ces éclatants témoignages d'admiration qui stimulent et soutiennent l'artiste dans sa pénible carrière, lors de la révolution des Gluckistes et des Piccinnistes. A l'exception de quelques artistes étrangers qui surent comme Gluck et Piccinni faire goûter leurs œuvres, on citerait difficilement un compositeur français dont la réputation se serait consolidée autrement que par l'esprit et l'excellence de la déclamation lyrique que Grétry avait su porter à un si haut degré de perfection.
» Sans rival dans sa spécialité, dans le genre qu'il avait créé, il abandonna la route facile et belle qui s'ouvrait devant lui, pour tracer faiblement quelques pénibles sillons dans un champ qui n'était et ne pouvait être le sien. C'est alors qu'il commença à s'essayer dans un style qu'il croyait propre à contrebalancer les succès des ouvrages sérieux. Heureusement poui' (îrétry, ces tentatives furent souvent interrompues par des retours au genre facile et gracieux, auquel il devait toute sa célébrité. [Belgique musicale, 184o.)
27 juin, samedi, 1778. Le Jugement de Midas, comédie en 3 actes, mêlée d'ariettes, paroles d'Hèle. (i) Poënie, Paris, chez la veuve Duchesne.
(i) Thomas Haies, tiaiisformé en celui d'Hèle, na(iuit en Angleterre en 1742, et décéda ù Paris, le 27 déceinlae 1780. Il composa trois poëmes pour Grétry.
Grétry donna le poëme de celle pièce à l'examen de l'Intendant des plaisirs dramatiques de la cour. La pièce étant d'un anglais fut refusée à Versailles, mais le duc d'Orléans la fit exécuter dans un théâtre particulier par des amateurs.
Ce poëme fut achevé en 1776, et resta pendant deux ans en portefeuille chez Grétry.
La !■■'' représentation réussit, mais certains clercs de procureurs se croyant offensés par un passage, firent circuler un avis imprimé dont Grétry reçut un exemplaire conçu dans ces termes : « Messieurs les clercs de procureurs vous invitent à venir siffler demain la seconde représentation du Jugement de Midas, dans laquelle pièce ils sont insultés »
Les auteurs de cet écrit furent à leur poste le lendemain, sifflèrent à outrance, mais le public les désapprouva et ils perdirent leur procès. Cette soirée fut très orageuse.
La musique est charmante en plusieurs endroits et comparable à ce que son auteur a fait de mieux ; en d'autres elle est médiocre et ce qui est fâcheux, celte médiocrité se trouve précisément dans le principal rôle, qui devait être le meilleur de tous.
Il y avait peu de monde à la l""^ représentation de cette pièce, mais chacun sortit content, excepté les clercs de procureurs, sans doute.
«Cet opéra, dit Grétry, fut la satire la plus mordante contre l'ancienne musique, ou pour mieux dire, contre la manière traînante dont on la chantait. »
Cette pièce a eu un grand succès; elle avait déjà été essayée sur le théâtre particulier de Mad. Montesson. Il y a de la gaieté et de l'esprit dans le poëme, et c'est, pour le fond, le trait connu de l'ancienne mythologie, dont on a fait une allégorie satirique contre la musique française. La musique est, dit-on, plus savante que tout ce que Grétry a fait jusqu'ici ; mais en s'appliquant davantage à l'harmonie, il semble un peu avoir négligé la partie dans laquelle il est supérieur, la mélodie. Cependant l'opéra a beaucoup réussi et doit consoler Grétry, air.;i:il (j fil est possible, des chagrins et des contradictions qu'il éprouve depuis quelque temps. On n'est pas toujours heureux, et nul compositeur ne l'a été d'abord plus que Grétry.
Cet opéra se donnait encore au mois de décembre 1778. La pièce est d'une gaieté charmante; elle a eu le plus grand succès. La musique en est remplie d'agrémens et d'ingénieuses épigraumu's; elle porte l'empreinte du génie de l'auteur, qui embellit encore les productions sur lesquelles il travaille. O.i a surtout applaudi le rôle de
Marsvas, qui est tout en chant français et dans lequel Grétry s'est beaucoup engagé aux dépens de cet ancien genre.
A l'égard du chant d'Apollon, quoique la mélodie en soit très agréable, on le ne trouve pas aussi céleste qu'on le voudroit dans la bouche de ce Dieu de la musique. {Gazette littéraire de l'Europe.)
Cet opéra a été très favorablement accueilli.
La musique n'est point au-dessous du talent de Grétry. On a beaucoup applaudi de très beaux morceaux d'harmonie, des trios, des quatuors; mais peut-être desireroit-on dans le rôle d'Apollon un peu plus de ces chants si mélodieux auxquels Grétry nous a accoutumés. Au reste, le Jugement de Midas avoit été essayé sur un théâtre particulier, et le succès qu'il avoit eu annonçoit celui qu'il vient d'avoir sur le Théâtre Italien, et qui est égal aux plus grands succès qu'ait eus Grétry. [Mercure de France).
Le grand succès du Jugement de Midas ne doit pas être seulement attribué au mérite de l'ouvrage ; il y auroit de l'injustice à ne pas y faire entrer pour quelque chose le jeu des acteurs, Clairval, Nainville, Menier, Trial, Narbonne, Rosière, Mesd. Dugazon,Billioni etMoulinghem.
Cette pièce est du petit nombre des Comédies-Lyriques dont le succès ne se borne pas à de nombreuses représentations ; pour l'ordinaire, le musicien en a toute la gloire; et quelques ariettes détachées font tout ce qu'on daigne lire de ces malheureux drames, dont l'auteur est presque toujours inconnu, s'il n'est ridiculisé. Pour celte fois, M. Grétry se voit forcé de partager son triomphe, et les airs charmants du nouveau Midas ne font pas tout le mérite de ce petit opéra. Indépendamment de la musique, on en soutient la lecture avec intérêt, parce qu'il est raisonnablement conçu, adroitement intrigué, semé de bonnes plaisanteries. (Journal des Sciences et des Beaux-Arts, du 15 octobre 1778.)
Cette revue raconte tout au long le sujet de cette pièce.
Nous extrayons du Journal encyclopédique, qui en donne l'analyse :
« Tel est le canavas de cet ouvrage rempli de traits ingénieux, qui en font le succès, ainsi que la musique légère de M. Grétry. Cette musique est légère, vive et charmante.
» Nous conviendrons cependant que le morceau d'Apollon chante pour disputer le prix, ne paroît pas à tout le monde aussi transcendant qu'il devroit l'être dans la supposition que c'est le dieu même du chant qui se fait entendre; mais ce qu'on désire dans de pareilles situations est sans doute au-dessus du pouvoir humain. »
.Voltaire composa les quatre vers suivants à l'occasion des différents
succès obtenus par cette pièce au théâtre, et qui furent remis par la nièce (le Voltaire à Grétry :
La cour a dénigré tes chants Dont Paris dit des merveilles; Grétry, les oreilles des grands Sont souvent de grandes oreilles.
Il paraît qu'à la représentation de la cour, le public brillant bailla avec aflectation, blessé de certaines allusions, (i)
Le Jugement de Midas fut repris à rOpéra-Comique, le 26 sept. 18H.
Il rèi,aie dans cet ouvrasse une variété de tons qui, indépendamment du sujet très spirituellement traité, est d'un effet fort ai:çréable. Les scènes d'Apollon avec Lise et Cliloé sont charmantes. C'est une idée heureuse que celle du chant d'Apollon écrit dans le gienre italien, mis en opposition avec l'ancienne manière de l'opéra français et la sorte d'allure naïve et g^rossière de nos refrains populaires. (Moniteur universel, 8 mai 1812.)
Cette pièce a eu plusieurs reprises, eut un cfrand nombre de représentations, et selon le Mercure de France, l'opéra fut toujours très bien accueilli.
Il y a quelque temps on exécuta à un concert de l'école de musique à Anvers l'ouverture de cet opéra. La Fédération artistique écrivit à ce sujet :
0 L'ouverture du Jugement de Midas. Malgré ses formules surannées, la musique du compositeur elle est encore fraîche, simple et partant coquette.
» Cela s'écoute sans fatigue ; tout est dans l'inspiration mélodique et quand celle-ci nous tient, elle i;e nous lâche plus. Ressusciter de telles pages, c'est faire preuve d'un bon goût auquel nous nous plaisons «à rendre hommage ; c'est de plus donner aux élèves de notre école une excellente leçon d histoire musicale. Peter Benoit l'a compris, nous l'en félicitons. »
Forkel s'exprime ainsi en parlant des opéras de Grétry dans Sjii .'.lusikalischer Almanach déjà cité :
« Grétry hat noch den Vortheil oder vielmehr den Vorzug, sich niemais wiederlwlt, oder sonst jemand copirt zu haben. Seine zwei letzten
[\) Depuis quelijuc temp.s Grétry avait la coulunio de réunir à souper après une piemiére représentation de ses opéras, ses amis et ses intimes, que les plus grands personnages embellissaient de leur présence. Greuze, Jos.Vernet, Sedaine, La Harpe,
d. Lebrun, etc., étaient de la partie. :\'.mi que quelques artistes du tbéAtre.
Werke, das Urtheil des Midas (le Jugement de Midas) und der eifersiichti(jeLiebhaber {VAm^ni jaloux) sind so neu, als wenn sie seine ersten Arbeiten wareii, und seine ersten scheinen die letzten Bemûhungen eines in seiner Kuust voUkommen reif gewordenen Mannes zu sein. «
1778. 23 décembre. A la Comédie-Italienne : L' Amant jaloux ou les fausses apparences, en 3 actes, poème de M. d'Hèle.
Sur raftîche,cet opéra figure sous le simple titre : l'Amant jaloux.
C'est un des grands succès de Grètry. La pièce avait été représentée à Versailles devant la cour, le 20 novembre de la même année.
La partie lyrique a été versifiée par Levasseur, ancien capitaine des dragons.
Gretry dit dans ses Mémoires :
« LAmant jaloux tomba à la répétition générale que l'on en fit à Versailles, le jour même de la première représentation. L'on était si sûr de sa chute, qu'on ne fut occupé qu'à m'en consoler pendant le dîner du premier gentilhomme de la chambre, où j'étais : je le priai d'aller demander au roi la permission de commencer le spectacle par cette pièce, au lieu Rose et Colas, où Cailleau venait encore quelquefois recueillir de nombreux applaudissements après sa retraite.
» Le roi y consentit, et je fis changer les décorations a 5 heures.
» Le sort ûe l'Ainant jaloux changea : j'avoue que cette transition d'une chute parfaite à un plein succès, pendant un si court intervalle, fut pour d'Hèle et pour moi un moment délicieux. »
Les rôles sont bien remplis par Mesd. Dugazon (après elle Mad. Billioni), Trial, Colombe, MM. Clairval, Julien, Nainville.
L'Amant jaloux, donné avec beaucoup de succès, le mercredi 23 décembre 1778, a été interrompu par la maladie d'une des plus intéressantes actrices de la Comédie-Italienne, Mad. Dugazon (1 janvier 1779).
Dans son N° du 15 janvier le Mercure écrit : « Au moment où nous écrivons cet article, la seconde représentation de l'ouvrage de M. d'Hèle n'a point encore été donnée. »
Le critique ajoute qu'il ne peut parler exactement d'une production sans l'avoir entendue une seconde fois.
Cette seconde n'eut lieu que le 9 janvier (samedi).
Après avoir relaté le détail du poërae, le Journal des Sciences et des Beaux- Arts écrit :
« Son succès a été très grand. La musique a paru charmante dans plusieur.'^ morceaux et négligée dans d'autres. Les rôles ont été fort bien remplis par :.lll. Clairval, Julien et Nainville, et par Mesd. Trial, Colombe et Billioni. A la nremière le rôle de Jacinthe était joué par
Mad. Dugazoïi. Elle y a reçu des applaiidissemens, que ceux qu'on a donnés depuis à Mad. Billioni n'ont point fait oublier. »
Cet opéra fut repris dans l'été de 1779.
On lit dans le Mercure de France : (i)
« Sans doute une musique telle que celle de M. Grétry les a beaucoup embellis; mais qu'on le consulte lui-même, et il avouera que nul poète n'a su mieux servir le musicien et lui fournir un fonds plus heureux. Quelle féerie plus charmante que celle de Zémire et Azori L'idée du tableau magnilique n'est-elle pas une des plus théâtrales qu'on ait exécutées dans ce genre de fiction. L'Ami de la maison est plein de grâces et de finesse, et Lucile et Sylvain sont d'un intérêt qui fait verser des larmes. »
« Le succès prodigieux et constant de cette comédie-lyrique en atteste le mérite et la perfection. La musique en est vraiment dramatique et pittoresque, avec un chant toujours agréable, expressif et varié. Ce nouveau chef-d'œuvre du génie fécond qu'en a produit tant d'autres, plaît et revit dans les concerts de même que sur le théâtre ; preuve bien sensible que la bonne musique est comme les bons vers, dont tout le charme ne dépend point de l'illusion de la scène. »
Cet article est de La Harpe. (2)
Martine dit au sujet des finals dans son ouvrage précité :
« Je regarde le final de l'Amant jaloux comme le chef-d'œuvre du génie dont il réunit tous les mérites; les finals qui me paraissent mériter une distinction particulière sont ceux de la Fausse Magie, de l'Epreuve villageoise, de la Rosière de Salency, d'Aucassin et Nicolette, du Jugement de Midas, des Evénements imprévus. »
Nous mentionnons M'"' Renaud l'aînée comme une interprête sérieuse de la musique de Grétry dans la Fausse Magie (Lucette), dans l'Amant jaloux {Léonorc), dans le Tableau parlant (Colombine), et de Zémire, dans Zémire et Azor, dans l'Amitié à l'épreuve (Coraly), pièce déjà représentée en 1771, et qui est remise avec des changements. Ses deux sœurs plus jeunes se sont également distinguées dans les opéras de Grétry.
L'Amant jaloux est une des plus belles partitions de Grétry, aussi, elle fut souvent reprise.
(1) Le Mercure de France donne dans la livraison de décembre un air : Romance du Chevalier du Soleil, musique de Grétry.
(2) En 1779, la Harpe continua à faire la critique de la Comédie-Française; Suard celle de l'Opéra, et l'abbé Remy celle du concert spirituel.
M. Chamois fit les articles sur la Comédie-Italienne, qui désormais sera le seul chargé dans ce journal de tout ce qui concerne les théâtres.
En 1850 lopéra fui remis en scène avec arrangenieiil d'orchestration moderne par Désiré Batton, l"" grand prix de l'Institut de France, décédé à Paris, le i6 octobre 1855.
En 1778, Marmontel adressait une lettre à M. de la Harpe, sur l'opéra, laquelle fut insérée dans le Mercure de France du 15 septembre. Après avoir t'ait l'éloge de la musique de Gluck il dit :
« La musique de la Colonie, de Sacebini, celle de la Bonne fille, celle de l'Ami delà maison, de Zémire et Azor, de Sylvain, de V Amant jaloux, etc., ne ressemble en rien à la musique dramatique de M. Gluck. C'est purement de la musique italienne, adaptée à des paroles françaises; il y a dix ans que cette musique soutient et enrichit l'un des théâtres de Paris : on ne s'en lasse pas encore; comment expliquer ce phénomône? 11 n'est pas difficile de se l'expliquer quand on a étudié les jDuvres de Grétry. »
Un air très connu de l'opéra d'Halevy, la Juive, a bea;:coup de ressemblance avec une mélodie de l'Amant jaloux. Le voici :
L'amant jaloux. Sérénade. N"9''**.
, Florival. Moderato.
Tan- disque tout so!u-meil- le Dans l'ombre de la nuit. La Juive.
A mes tremblantes mains con- fi- a ton ber-ceau.
tZ-jr-'H^: 'r;r:zi-^^i:0::\jiziiiz^JÊ.z:]-:j^z:zyz:ji ;;- zjz:^::- zjizzi-1 i^-ir.zj::
Le 11 novembre 1779, les Eve lements imprévus, en 3 actes, poëmc de d'Hèle, (i) firent leur apparition au théâtre de la cour à Versailles.
Le 13 du morne mois, cet opéra fut joué à la Comédie-Italienne, et n'eut aucun succès.
(i) C'est le dernier opéra composé par Thomas d'Hèle, écuycr du comte de Giocester, fort jeune enrôlé dans l'armée frunçaise. Depuis ses succès à l'Opéra-Comique il s'était attaché k la célèbre Zanerini Biauchi, dite Argentine.qui débuta aux Italiens, le 21 juillet 1766, et quitta ce théâtre en 1"80, après la suppression de la troupe italienne. Cette actrice, retournant en Italie, d'Hèle en fut tellement contrarié, qu'il mourut de chagrin, âgé environ de 40 ans.
C'est au milieu de sa brillante carrière que cet homme d'esprit fut enlevé, Grétry regretta beaucoup la mort de son collaborateur d'Hèle, dont il fait réli)g;e dans ses Essai?.
L'attention publique éveillé^ar les œuvres de Gluck et de Piccinni, fut, croyons-nous, la cause principale de la chute des Evénements imprévus. Le poëme, tiré d'un ouvrage italien : Di peggio in peggio, est la dernière œuvre de d'Hèle, qui mourut quelques temps après.
On a joué samedi à la Comédie-Italienne : Evénements imprévus, comédie nouvelle en 3 actes, en prose. Cette première représentation a répondu à la haute opinion qu'on avoit des auteurs ; c'est M. d'Hèle, qui a composé les paroles et M. Grétry la musique : la pièce a eu le plus grand succès dans les deux genres. L'excellence du poëme a rendu le musicien encore supérieur à lui-même ; le théâtre avait besoin d'un pareil secours pour sortir de la langueur où il étoit depuis longtemps.
M. Grétry accoutumé à faire d'excellente musique, ne pouvoit que réussir avec un fond aussi bien disposé : sa veine est devenue plus abondante et plus variée et le musicien à chaque instant produit presque autant d'étonnement que le poète. Il a jugé à propos d'amener des finals à la fin de chaque acte, à la manière des Italiens; mais ce n'est pas en quoi M. Grétry a le mieux réussi; soit par sa faute, ou plutôt par le défaut d'habitude des chanteurs, il en a résulté une cacophonie peu agréable, embrouillée et discordante. (Bachaumont, Mémoires.)
Le jeudi 15 décembre 1803 (i) on reprit pour la rentrée de M. et Mad. Gavaudan l'opéra de Grétry : les Evénements imprévus.
On écrit à ce sujet dans le Journal des Débats :
» Grétry a exécuté avec succès, pour la comédie, ce que Gluck a tenté pour la tragédie : il a su marier si heureusement la mélodie avec le poème dramatique, qu'il en résulte de l'alliance des deux arts, un effet tel qu'aucun des deux séparément n'auroit pu le produire. Ses morceaux d'ensemble forment des situations d'un genre neuf; ses morceaux de chant peignent les caractères : il n'y a presque rien pour le chanteur, tout est pour l'acteur, tout est pour la scène. Des airs, tels que : l'autre jour sous l'ombrage, etc.; ah! dans le siècle oîi nous sommes, etc.; qu'il est cruel d'aimer, etc., ont le mérite rare quoique peu senti, d'exprimer les sentiments de la situation des personnages : il faut, pour les bien rendre, de l'âme et du goût, plus encore que de la voix; on les chante mal quand on ne les joue pas bien.
(i) Cette année on représentait les opéras suivants de Grétry : Z,a Caravane, la Fausse Magie, Zémire et Azor, Lisbeth, l'Epreuve villageoise, les deux Avares, VA7nant jaloux, la Rosière de Salency , Pierre le Grand. A la fin de l'année on annonçait la reprise à.'Anacréon chez Polycrate.
Mesd. Desbrosses, Pingenet cadette et aînée, Aglae Gavaudan, R. Gavaudan. Chevalier, Messie, Gonthier, MM. Lesage, Baptiste, Chenard, Saint-Aubin, Boucher, Prévost, Jausserand, Philippe, St-Léger, jouaient dans ces pièces àl'Opéra-Comique.
» Clairval, qui représentait le marquis dans cet opéra, faisoil encore beaucoup de plaisir à cinquante ans, avec une voix fatiguée et rauque, parce que l'agrément de son rôle consiste plus dans l'expression, le caractère et le jeu, que dans la belle qualité du son : le meilleur chanteur y seroit insupportable, s'il netoit pas acteur, s'il n'avoit ni grâce, ni aisance, ni noblesse.
» Le duo : J'aime mon maître tendrement, etc., celui des deux valets : Serviteur à M. Lafleur, etc., sont deux chefs-d'œuvre, l'un de (inesse et de sentiment, l'autre de comique. »
Artistes dans cette pièce : Mesd. Dugazon, Billioni, Colombe, Gonthier, MM. Michu, Clairval, Suin, Trial, René, Roziéres.
Mad. Dugazon s'y distinguait particulièrement.
Auber réorchestra la partition de l'Epreuve villageoise, et Eugène Prévost celle de la Fausse Magie.
Ferrari composa une nouvelle musique pour cet opéra, ainsi joué à Paris en 1791, au théâtre de M"^Montansier.
ISAlmanach général des spectacles, de 1792, juge ainsi cette pièce :
« Les Evénements imprévus, paroles de feu i\I. d'Hèle, musique de Ferrari. Rien ne fait plus d'honneur à Grétry que la musique de M. Ferrari. Celui-ci n'a pas senti une seule phrase de son auteur; il n'en a nullement saisi l'esprit. C'est un homme qu'on a dépouillé d'un habit d'or et de soie, fait à sa taille, pour le revêtir d'une redingotie de laine prise à la triperie. »
Ferrari, qui était venu à Paris en 1790, fut très sensible aux critiques de la presse française, et l'échec de cet opéra le décida à quitter Paris.
C'était encore une victoire pour notre artiste belge.
A. Grétry neveu raconte à ce sujet dans le volume : Grétry et famille :
« Ce ne fut qu'un triomph" de plus pour Grétry. La première représentation de ces nouveaux Eiénements imprévus, prouva que l'ancienne musique était, pour ainsi dire, consacrée. Les plus violents murmures se [irent entendre d'abord pendant et à la fin de chaque morceau ; et lorsque le duo : Serviteur à monsieur La Fleur, le motif qu'avait choisi M. Ferrari, auteur de cette musique, parut si complètement ridicule, que le public, pour punir les audacieux, fit cesser sur-le-champ la représentation. M. Mengozzi, compositeur gracieux et chanteur aimable, avait été choisi pour V Amant, jaloux; mais il vit le piège dangereux, et il se retira en homme d'esprit. »
L'Amanach des spectacles de 1792, écrit, quant à la nouvelle musique des pièces de Grétry, et que M"^ Montansier voulait monter à son nouveau théâtre :
« On (lit qu'ellea l'audace défaire faire une musique nouvelle hV Amant jaloux, aux Evénements imprévus et au Jugement de M'ulas; MM. Ferrari et Mengozzi, dit-on, ont osé se charger de ce travail. C'est un parti bien pris de ravira la Comédie Italienne trois chefs-d'œuvres... Mais, outre que dans ce i^^cnre, ces deux compositeurs sont à cent lieues du talent de Grétry, outre que rindii!;nation publique doit venger la mémoire de Dell; les Comédiens Italiens peuvent être bien tranquilles sur la prétendue concurrence que l'Acapareuse veut établir entr'elle et ses voisins; la supériorité de leurs talens doit les rassurer à jamais; l'ensemble avec lequel les Italiens jouent leurs bons ouvrages, ne se retrouvera nulle part; et l'on ira cent fois entendre les beaux morceaux de Grétry, quand on aura bâillé une ou deux fois aux savans, mais monotones accens de nos deux faiseurs ultramotaines. Ferrari n'a nullement le genre qui convient à la scène; et Mengozzi est aussi glacial dans sa musique que dans son jeu. »
Honneurs rendus à Grétry en 1780, par les Magistrats de sa ville natale.
Les Magistrats de la ville de Liège ont perpétué le souvenir d'un compatriote si cher et qui, par ses talents, a illustré au loin notre patrie, par ses œuvres musicales nombreuses.
Le lundi 24 janvier 1780, le conseil communal de Liège décida unanimement que son buste serait placé à l'avant-scène du théâtre vis-à-vis la loge du Prince-Evèque.
L'inauguration se fit avec grande pompe le samedi 23 sept, suivant.
Ce buste était en marbre blanc et exécuté par Evrard.
Le piédestal portait cette inscription : Grétry Leodius, sub consulato de Vivario et de Fossoul.
Ce piédestal fut détruit par un incendie du théâtre, le mardi l*" janvier 1805.
On venait de donner à Paris les Evénements imprévus, Aucassin et Nicolette, et Andromaque.
Grétry fut si sensible à cette marque honorable de la part des Magistrats, qu'il dédia une partition à la ville.
Le procès-verbal de la décision du conseil de la cité est rédigée ainsi :
« Le conseil de la cité, toujours attentif à encourager nos compatriotes qui se distinguent par leurs talens, et voulant rendre hommage
public et permanant au célèbre Grétry, qui a enriclii la scène française de tant de chefs-d'œuvre en musiiue, est d'avis que son buste soit placé sur l'avant-scène du théâtre de !a salle de spectacle, appartenant à la cité, afin que par ce monument, la mémoire de cet auteur célèbre, qui fait honneur à la nation liégeoise, se transmette à la postérité la plus reculée; ordonnons en conséquence défaire faire le buste en marbre blanc. »
Nous lisons dans le Journal de Littératttre de l'année 1780 : Encouragement pour les artistes.
« M. Grétry, dont les compositions musicales font, depuis nombre d'années, les plaisirs de la France, est natif de Liège.
» Son buste sculpté par M. Everard, d'après le modèle fait à Paris par 31. Pajou, a été placé le 23 septembre 1779 (1780) au théâtre de sa patrie, qui a cru devoir lui donner cette marque précieuse d'estime pour ses talents et de reconnaissance pour l'honneur qu'il fait à son pays Le buste est du plus beau marbre blanc d'Italie; le piédestal est en partie de marbre noir, avec l'inscription, etc. »
Le 28 janvier 1780, le buste de Grétry fut inauguré avec grande pompe au théâtre de Liège, et à cette occasion on représenta une comédie-lyrique en 1 acte, intitulée : Le second Apollon, dédiée aux citoyens de la ville de Liège.
Les paroles adaptées à des morceaux de Grétry, sont de M. Alexandre, comédien ordinaire de la principauté de Liège.
A cette époque, Grétry était conseiller intime du Prince-Evêque de Liège.
Le 22 septembre 1780, la ville de Liège accorde au sculpteur Everard, auteur du buste en marbre blanc de Grétry, placé au théâtre, une somme de quatre-vingts Louis.
Pajou, de Paris, en avait exécuté le moule en plâtre.
Les artistes du tWâtre se trouvant à Spa, la ville les fit venir à Liège pour représenter les opéras : Lucile ^i l'Amant jaloux, précédés d'un prologue en prose mêlé de chants relatifs au buste du célèbre maître.
Artistes dans cette pièce : Mesd. Vilmont, Alexandre, De Rozière, De Lille, James, Brunot, St-Albin, Durant, Paulin, MM. Montfort, De Rozières, Moreau, d'Alicourt, Goyer, St-Albin, Alexandre d'AlLcourt.
On apporta le buste de Grétry, que l'on cacha dans le groupe des Muses.
Après, It's Muses se retirent, et laissent aux yeux d'Apollon le buste. Apollon dit avec transport :
Muse?, je suis content, Grétry, je jure A ta pati-ie Un amour éternt;! ; Je t élève un autel Où je soumets la noire envie ; Dans ces climats heureux, L'aimable poésie Trouvera l'harmonie Toute au gré de ses vœux.
Celte solennité attira la foule au théâtre, et on couronna le buste du célèbre compositeur à l'apothéose final, qui produisit un i!;rand elfet sur les auditeurs.
Le buste fut jdacé en face de la loge, où le Prince-Evèque, entouré de ses chanoines du chapitre, venaient applaudir les opéras de leur concitoyen.
Nous extrayons de la Scénologie de Liège, i)ar Kouveroy, 1844 :
« Epoque certaine de l'inauguration du buste de Grétry au théâtre de Liège.
» Ici nous avons à éclaircir quelques doutes, à faire concorder quelques dates, car nous tenons à être fort précis sur les dates et sur les époques ; c'est pour beaucoup de lecteurs le premier mérite de ce léger travail.
» D'abord nous voyons, dans son ouvrage sur Grétry, M. Van Hulst citer une délibération du conseil de la cité de i^iège, du 24 janvier 1780, où il est décidé que le buste de Grétry sera placé sur l'avantscène du théâtre de la salle de spectacle appartenant à la cité, afin que par ce monument, la mémoire de cet auteur célèbre, qui fait honneur à la nation liégeoise, se transmette à la postérité la plus reculée, ordonnons en conséquence de faire faire le buste en marbre blanc.
» Le 31 du même mois, la même autorité vote une récompense au sieur Alexandre.
» Le terme de ces arrêtés et les dates sont otliciels
» Le drame lyrique d'Alexandre, imprimé chez Collette, et que j'ai sous les yeux en écrivant ces lignes, a été représenté le 28 janvier 1780.
» Je me suis demandé comment il avait pu se faire que le buste en marbre, ordonné le 24 janvier, pouvait déjà se trouver inauguré le 28,
à peine quatre jours après ! Il en fallait au moins huit pour faire le poënie, l'apprendre et le répéter convenablement.
» Cette scène lyrique d'Alexandre est intitulée, le second Apollon. Sous ce premier titre il est dit en parlant du buste : « Que M.Clairville, entrepreneur des spectacles de la principauté de Liège, a obtenu la permission de faire faire et de placer sur l'avant scène du théâtre de cette ville le même jour. »
Au lieu de l'éclaircir, ceci rendait la question beaucoup plus compliquée, car c'était bien là le drame lyrique qu'avaient rémunéré nos magistrats le 31 janvier, et il eut été ridicule de supposer que le buste était déjà fait lors de sa première délibération.
» D'autre part, j'avais une date que je croyais plus précise et dont je parlerai tout-à-l'heure, en demandant grâce aux personnes qui me liront de ce surcroît de détails, dont je ne me doutais guères.
» Ne pouvant me rendre compte de ce rapprochement inexplicable, ni m'arrèter de rien, je m'avisai de lire les assez méchants vers du drame lyrique du sieur Alexandre, et je crois y avoir trouvé le mot de l'énigme que je cherchais. 11 y est dit, page 7 : On apporte le buste de Grétry que l'on cache dans le groupe des muses. Puis : les muses se retirent et laissent aux yeux d'Apollon le buste de Grétry. Après quelques morceaux de chant (tous parodiés de ses opéras) les muses placent le buste de Grétry auprès de la loge de S. A. G. et où enchaîne Marsias auprès du buste de Grétry.
» Ceci prouve à l'évidence, selon moi, que ce buste n'était pas de marbre. Les chastes Sœurs, tout immortelles qu'elles sont, n'ont point la force d'Hercule, ni même celle des Arabes Marocains. L'on n'eiit pu ni apporter, ni placer aussi facilement un buste en marbre et son piédestal, car il eût été ridicule d'enchainer Marcias à côté d'un buste mis sur le sol, et si la base avait été placée à l'avance, Apollon, qui n'était pas dans le secret, et l'avait sous les yeux, n'eût pas manqué de demander ce qu'attendait ce piédestal?
» Mon avis est que le directeur de spectacle, espérant comme tous ses confrères, faire une ou deux bonnes recettes, avait obtenu la permission de rendre ce premier hommage au grand compositeur, alors dans toute sa gloire, et que c'est tout simplement un buste en plâtre (et il n'en manquait pas à Paris, Grétry jouissait alors d'une renommée égale si non supérieure à celle des premiers compositeurs de nos jours). C'était donc un buste en plâtre et un piédestal en toile peinte qui ont servi pour cette représentation.
» Le moment où la toile levée, montra le buste aux spectateurs, fat
celui des acclamations réitérées et des applaudissenienis les plus vifs. Cet hommage, le premier de ce cjenre dont la nation ait honoré un de ses artistes, est bien propre à exciter rémulation.
» Entre les deux pièces Fabre-D'Eglantine (celui qui fut le farouche conventionnel de 1793) lut un poëme de sa composition intitulé : Triomphe de Grétry, qui fut généralement goûté. »
4 octobre 1781. Il est question déplacer le buste de Grétry, fameux musicien sur le théâtre de Liège. Il a été commandé par 31. Pajou, mais il doit être exécuté en marbre.
Chacun l'a jugé de la plus grande vérité; l'artiste a fait passer dans sa tête toute la chaleur du sujet et les yeux pétillent de feu. Le sieur Grétry y semble tourmenté de cette lièvre brûlante dont il est atteint toutes les fois qu'il compose (Mémoires de Bachaumont.)
Grétry, voulant imprimer un autre caractère à sa musique, Sedaine lui composa le poëme (Wiucassin et ISicolette, drame en 3 actes, joué à Versailles devant la cour, le 30 décembre 1779, puis à Paris aux Italiens, le 3 janvier 1780.
Poëme, Paris, chez Brunet.
C'est la première pièce de Sedaine qu'il mit en musique.
Les comédiens italiens ne sont point riches de nouveautés; ils ont donné hier encore la 1'''' représentation (ÏAucassin et Nicolette, ouïes mœurs du bon vieux temps, comédie en i actes et en vers, mêlée d'ariettes.
Bachaumont écrit dans ses Mémoires :
« Les auteurs sont Sedaine et Grétry. Ces grands noms en opéracomique en ont imposé à la troupe, qui a fait beaucoup de dépenses pour les décorations, habillements et spectacle; mais il est à craindre que leurs frais ne soient en pure perte.
» En général, l'ouvrage est froid et triste; il y a des choses charmantes dans la musique; il faut avant d'en parler plus au long, voir quel edet produira la seconde représentation.
» Il a fallu les prières des comédiens et de Grétry, pour décider M. Sedaine en général fort récalcitrant à la critique, pour changer le poëme de la pièce Aucassin et Nicolette. Cette pièce a été réduite à trois actes.
» De nouveaux morceaux de musique rendent cette œuvre une des meilleures de Grétry; i's prouvent combien le compositeur est cala fois fécond et jaloux de mériter les suffrages des vrais amateurs Dans le
nombre des airs qu'on a conservés, celui du pâtre et le duo des gardes ont excité les plus vifs applaudisseniens. 11 en a été de même de la scène où Nicolette, au pied de la tour, serre la main de son amant, qui la lui présente à travers des barreaux. 3Iad. Dugazon rend parfaitement cette situation, ainsi que tout son rôle. Le sieur Clairval, dans celui d'Âucassin, ne fait pas moins de plaisir. »
Le 7 janvier 1784 on reprit Aucassiu et Mcolette, avec le plus grand succès, d'après les journaux du temps.
On remarque plusieurs morceaux dignes d'intérêt, entre autres : le premier air de Nicolette, le duo des sentinelles au second acte, et l'ariette du Pâtre. Grétry voulut opérer dans cette partition une fusion entre la musique ancienne et la musique moderne en mélangeant leurs couleurs respectives. [Merciu-e.) (i)
Grétry a mis dans cette partition l'antique et le moderne, ce qui donne, d'après Grétry, plus de saillant à la composition générale de l'ouvrage.
La répétition générale à Versailles devant la famille royale, fit l'effet d'une parodie.
C'est Grétry qui écrit dans ses Essais, qu'à la répétition à la cour on riait aux éclats dans les endroits que Sedaine et Grétry avions cru les plus louchants.
Martine dit dans son ouvrage précité :
« Grétry, qui sait si bien donner à chacune de ses productions la couleur qui lui couvient, a imprimé sur la musique (VAucassin et \icolette, le cachet du siècle où se passe l'action du poëme. C'est donc dans un vieux style que sont écrits les airs : Simple, naïve et joliette, Pucelle au cœur franc, ainsi que plusieurs passages répandus dans d'autres morceaux. Mais comme en adoptant une musique antique il devait plaire aux modernes, et qu'on ne sait gré à l'artiste d'avoir été vrai qu'autant qu'il amuse, il a joint le nouveau genre à l'ancien. Tous les morceaux de musique militaire, comme l'ouverture, la marche l'air d'Aucassin : Amis, qu'on m'apporte mes armes, sont brillans et d'un bel effet. C'est une idée heureuse d'avoir consacré l'ouverture à l'expression du bruit de guerre qui frappe les oreilles du spectateur au commencement de la pièce, et d'y avoir fait entendre, après quelques mesures, la voix du comte de Garins, qui veut engager son fils à prendre les armes. Le bel air d'Aucassin est coupé très heureusement par un morceau d'un caractère tendre, destiné à peinJre la joie qu'il va éprouve; en revoyant
(i) Le Mercure de Frafice donne beaucoup de détails sur les opéras de cette époque.
Nicolette. Son duo avec son père, qui ouvre la pièce, est heureusement contrasté ; le style des interlocuteurs y est bien caractérisé. Le bel air : // est vainqueur ! retrace toute l'allégresse qu'inspire au comte- de Garins la victoire de son fils. »
Artistes : Mad. Dugazon, MM. Clairval, Narbonne, Trial, Suin, Rosière, Philippe.
A la cour, la pièce fit l'effet d'une parodie, d'après la déclaration même deGrétry. Les auteurs ne perdirent pas courage; ils en retranchaient quelques passages, et repris le 7 janvier 1782, l'ouvrage fut favorablement accueilli.
Nous y admirons des morceaux très brillants et à la fois harmonieux.
C'est Andromaque, tragédie en 3 actes, de Racine et Pitra, qui suivit à l'Opéra, le 6 juin 1780.
Cette partition, écrite en trente jours, se rapproche d'une manière assez du genre de Gluck; on y trouve peu de chant, mais un grand nombre de chœurs et de récitatifs.
Grétry avait beaucoup de peine pour réussir dans la tragédie, où Gluck se montrait si distingué.
Aucun ouvrage n'a coûté moins de peine à l'auteur que la musique de cette pièce; « trente jours, dit Grétry dans ses Mémoires, ont suffi pour écrire la partition. » L'auteur, pour aller vite, composa le soir, ce qui était contre son habitude.
L'auteur du poème, Pitra, ne le quitta aucun instant, et l'opéra fui composé d'un seul jet. Grétry dit : « Il pèche peut être par trop de chaleur, même en musique, et je conseille à ceux qui en feront l'exécution de ne pas presser le mouvement. C'est, je crois, la première fois qu'on a eu l'idée d'adopter les mêmes instruments pour accompagner partout le récitatif d'un rôle qu'on veut distinguer. Lorsque Andromaque récite, elle est presque toujours accompagnée de trois flûtes traversières qui forment harmonie. Cette tragédie eut, à deux reprises, environ vingtcinq représentations, qui furent interrompues par l'incendie de la salle du Palais-Royal. »
Le Mercure de France écrit :
« Il y a loin du style de Sylvain et de Lucile à celui que demande un opéra-tragédie. Aiidromaque est le premier ouvrage en ce genre que Grétry ait tenté; et si l'on en juge par les beautés qui s'y font remarquer, on peut concevoir de grandes espérances sur les autres compositions de la même espèce dont ce musicien va s'occuper.
» Les chœurs sont en général d'un grand effet ; ils sont bien conçus, et quoiqu'un peu nombreux, n'ont rien de fatiguant, parcequ'ils sont
variés et écrits d'une style sonvenable à leur cituation. Les airs de ballets ont été goûtés et applaudis.
» Nous demandons à M. Grétry :
» 1" Pourquoi, en adressant ce vers à Pyrrhus : Ne vous souvient-il plus Seigneur ? le prononce à demi-voix et avec une expression qui convient à un reste de terreur? Cette expression est fausse; car outre qu'un héros, tel que le fils d'Agamemnon doit être incapable d'exprimer du trouble au souvenir d'un ennemi mort.
» 2° Pourquoi le morceau : Nos peuples affaiblis, e&l exécuté piano et le second fortissimo? Est-ce pour faire une opposition?
» 3° Enfin nous lui ferons remarquer que dans les fureurs d'Oreste il ne s'est pas assez occupé du ton nécessaire à la vérité et à l'illusion. »
jyjues i^evasseur et Laguerre chantèrent avec distinction le rôle d'Andromaque.Lainez était fort bien dans le rôle de Pirrhus, et Larrivée dans celui d'Oreste.
Nous y remarquons quelques beaux morceaux, remplis d'expression, d'images et de force.
Quant à la musique ù'Andromaque, certains critiques trouvent que Grétry a quitté son style et sa manière: qu'il a voulu se rapprocher alternativement et du chevalier Gluck et de M. Piccinni, et qu'inférieur à tous deux, il n'a ni l'énergie du premier, ni le chant gracieux du second.
Il fut remis en 4 actes et repris le 2S mai 1781.
1781. 22 février. A l'Opéra : La fête de Mirza, ballet en 4 actes, de Maximilien Gardel.
On prétend qu'on adapta à ce ballet de la musique de Grétry et de Gluck.
Gossec composa l'ouverture, et l'acte final est de Grétry.
Il n'eut qu'une seule représentation.
Cet acte reparut dans la pièce ^/ism (1799), mais qui ne réussit point.
La comédie en 3 actes et en vers : Colinette à la cour, de Lourdet de Santerre, fut jouée à l'Opéra, le l'" janvier 1782.
Grétry ne fait que citer cette pièce. Chose étrange.
Nous lisons dans la Gazette littéraire de l'Europe : '" Grétry est très louable pour le soin avec lequel il a lâché d'assortir la musique, presque toujours fraîche, variée, piquante, au sujet de cette comédie, et pour son attention à éviter une richesse d'accompagnement nécessairement ridicule, sitôt qu'elle est déplacée. Son chant a partout l'expression propre, quand il peint la naïveté des habitants de la *'ampagne, genre dans Icqnel ce compositeur excelle principalement. Peutêtre n'a-t-il pas saisi également bien le ton des autres personnages;
mais il faut convenir aussi que ce ton est quelque fois si étrange, qu'il n'est pas étonnant que le musicien se ressente des disparates dont le poète fourmille. Il y a entre le Prince et la Comtesse des morceaux de sentiment bien faits ; les chœurs au dernier acte ont été également applaudis; celui où les paysans invoquent le Ciel pour leur bon Seigneur, est de la simplicité la plus touchante, et en même temps la plus noble. »
Nous lisons dans l'ouvrage cité de Martine :
« Avant CoUnette à la cour, la comédie lyrique n'avait pas été traitée avec succès sur le théâtre de l'Académie impériale de musique ; c'est donc un genre nouveau dont Grétry l'a enrichi. Il fut alors, dit-il, regardé comme un novateur répréhensible, quoi-qu'il s'appuyât de l'exemple des comédiens français qui donnent alternativement la tragédie et la comédie. C'est le sort de toute nouveauté de trouver d'abord des contradicteurs. Les airs de Co//»eWe à /a cour sont en général simples, gais et faciles ; ils ont le caractère pastoral que demandait l'ouvrage. On peut citer pour exemples l'allégretto de l'ouverture, le quatuor: C'est deinain qu'on nous marie ; l'air de Julien : Jeunes filles, joyeux garçons, les rondes qui terminent le premier et le troisième acte, les chœurs: L'amour content, l'hymen joyeux, etc.; Chantons et buvons tous ensemble ; et la plupart des airs de danse. La marche qui accompagne le chœur ; Que ces bois ont d'attraits ! est très agréable ; le trio : Pouvons-nous sans Colinette, etc., a un caractère bien marqué dans la partie de Mathurine, L'expression du duo : Avec plaisir je renouvelle, etc. est sensible et intéressant ; le chœur de la dernière scène est d'un bel effet. Cependant, entre plusieurs morceaux où l'on reconnaît le génie du compositeur, il en est d'autres assez médiocres, et la musique de l'Epreuve villageoise qui devait avoir à-peu-près le même caractère, est généralement plus piquante. »
1782. Le l"" janvier, la Double Epreuve, ou Colinette à la cour, comédie en 3 actes, de Grétry. Même sujet que Ninette à la cour.
Beaucoup de fêles et de spectacles peut-être même beaucoup trop. De l'esprit, delà finesse, de la grâce et de l'expression dans la iiiiK^i i;: •,
Le rôle de Colinette, très bien rempli par Mad. Audinot, à laquelle il a fait une réputation. Ballets charmants, composés par M. Dauberval. {Journal des Sciences et des Beaux-Arts.)
Artistes : Mesd. Laguerre, Audinot, Gavaudan, Rosalie, MM. Lainez Chéron, Lays, Tirot, Moreau.
Cet opéra fut repris en juillet 1784, et voici le jugement du Journal de Paris :
« Cet opéra, joué en 1782, est le proitiler où on ait vu sur le théâtre
une action comique, animée par une musique spirituelle, vive et gaie, et embellie de toutes les richesses de la danse et du spectacle, propres à la scène lyrique. Toutes les beautés ont été vivement senties à cette reprise. Mad. Gavaudan a joué le rôle de Colinette avec finesse et avec gailé. Les autres rôles ont été très bien rendus par les acteurs qui en ont été chargés. M. Grétry y ajouta quelques airs de danse dont l'effet a paru très heureux. »
On reprend Colinette à In cour, en 3 actes, le 1'' février 18 15
Le public a vivement applaudi le trio, l'air de Malhurine : Qu'allaileUe faire à la cour? et jusqu'à la i-oiide que frérlonnoient nos pères. La comparaison (avec TamcT/a», opéra de Winter; rendoît la musique de Grétry plus piquante; on se sentoit à son aise, on respiroit; on eut dit une matinée fraîche du printemps qui succédoit à une journée pesante et surchargée de brouillards. Ce (irétry e.>;t un terrible voisin! 'Journal des Débats, du 3 février 18 lo'
Le ÏÎ6 novembre 1782, à l'Opéra : l' Embarras des richesses, comédie en 3 actes, d'Allainval et Lourdet deSanterre.
Cet opéra eut le même sort que Colinette ù la cour, qui ne réussit point. Un plaisant écrivit ce couplet au sujet de cette pièce:
On donne à. l'Opéra L'Embarras de ridiesses.
Mais il rapportera.
Je crois, peu d'espèce.".
Cet opéra-comique Ne réussira pas.
Quoique l'auteur lyrique Ait fait son embarras.
Embarras d'intérêts, Embarras de paroles.
Embarras de ballets, Embarras dans les rôles. Enfin de toute sorte.
On ne voit qu'embari'as.
Mais allez à la porte Vous n'en trouvez pas.
L'opéra a été jugé avec plus de sévérité qu'un ouvrage de ce genre ne semble en mé;itcr.
La musique de VEvr.hnrras des richesses est remplie de choses agréables;
elle est peut-être même plus soignée que celle de Colinette à la cour, (donnée le l"" janvier 1782), mais on y a trouvé plus de réminiscences et moins de variété. Voici un extrait du nouvel opéra, qui peut suppléer à tout ce que nous avons oublié d'en dire. {Correspondance (hGr\mm,{.\l.)
Le Journal de littérature des Sciences et des Arts annonce dans son tome sixième :
« On prépare un nouvel opéra en 3 actes dans un genre très neuf pour ce théâtre, dont la musique est de Grétry. H a pour titre, etc. (suit le titre). »
L'Opéra, après des répétitions multiples et assez orageuses, représenta La Caravane du Caire, en 3 actes, de Morel de Chédeville (Comte de Provence), le iS janvier 1784. (i)
Grétry écrit dans ses Méîuoires :
« Lorsque je portai la comédie lyrique sur la scène de l'Opéra, je fus aussi regardé comme un novateur repréliensihio. Cependant je voyois le public fatigué de la tragédie qui ne quittoit pas la scène J'entendois les nombreux partisans de la danse murmurer en la voyant réduite à jouer un rôle accessoire et souvent inutile dans la tragédie. Enfin ces trois ouvrages (Andromaque, Colinette à la cour et La Caravane) et surtout la Caravane, donnés en très peu de temps, fixèrentl'opinion publique sur la nécessité d'établir la comédie lyrique h ce spectacle. » (Opéra.) (2)
(i) Grétry dit le 30 octobre 1783, à la cour.
On annonçait pour le 10 raai 1784 la mise en vente de la partition de la Caravane, de Grétry, aux frais duquel l'oeuvre avait été gravée, et le maître fit connaître par la voie des journaux, qu'il ne pouvait se rappeler les noms de toutes les personnes qui lui commandaient des exemplaires.
(2) En 1784 on a représenté à Paris une parodie de la Caravane. Voici le programme : Grands danseurs du roi. 3 avril 1784. Parodie de la Caravane: Le marchand d'Esclaves.
C'est Jean-René Lecoupay de la Rosière, dit Rosière, comédien des Italiens, qui composa avec Radet cette parodie spirituelle en 2 actes. On voit descendre des nues un char monté d'un ballon, qui amène le père; alors le marchand d'esclaves chant<> le couplet suivant sur l'air : J'ai 2^erdu tnon âme -.
De telles venues Ne nous sont pas inconnues ; Car l'on voit de tems en tems Des pères et des dénoueraens Qui tombent des nues.
Le public nombreux qui prit grand plaisir à celte pièce, a fait répéter ce couplet. La fin a décidé le succès et on a demandé l'auteur. A la suite de ce bon accueil, M. Rosière, qui remplit le rôle d 1 innrchand, est venu chanter un couplet de remerciement.
Faisons suivre différents jugements sur cette pièce :
Cet opéra fit beaucoup de bruit. Le poème, la musique, le ballet, la mise en scène, les décors, tout contribua au succès.
Cet éclatant triomphe inspira une grande jalousie aux partisans de Piccinni ; ils organisèrent même quelques cabales qui n'eurent d'autres résultats que d'interdire l'entrée au spectacle de l'Opéra à l'un des cabaleurs (l'architecte M. Moulgue).
La parodie jouée aux Italiens conirihua même à sa renommée. (M;;^'/^" historique, etc., déjà cité.)
On a donné hier sur le Théâtre Lyrique (Grand Oi)érai, la l'"*' représentation de la Caravane. Paroles mauvaises et musique faible. Voilà qui a ét('' le résultat en bref du jugement des connoisseurs. Il y a du reste beaucoup de beaux habits, de riches décorations, un charmant spectacle et les yeux ont de quoi se satisfaire. {Mémoires deBachaumont.)
A l'occasion de la nouvelle publication de cet opéra dans la collection des œuvres de l'ancien répertoire de l'Opéra français, réduite pour chant et piano en 1880, par F. Gevaert, éditeur M. Michaëlis à Paris, M. Victor Wikler, dans une notice, qu'accompagne cette partition, écrit :
« Nous n'avons pas à nous occuper ici des comédies lyriques de Grétry, en général ; la seule qui nous intéresse ; la -Caravane, est, dans ce genre, un modèle accompli.
» La Caravane du Caire a été représentée, pour la première fols, devant la cour, à Fontainebleau, le 30 octobre 1783, et devant le public parisien, à l'Académie royale de musique, etc.
)> Le livret était de la façon de Morel de Chédeville, qui l'avait écrit, dil-oi), en collaboration avec lecomte de Provence, plustard LouisXVIIL
» Montée avec un grand luxe el remarquablement jouée par les demoiselles Maillard (Zélime) et Joinville (Alma'ide), les sieurs Lainez (Saint-Phar:, Lays (Husca), Chéron (Osman^, Larrivée (Florestan) et Kousseau (Tamorin), secondés par les demoiselles Oudinot et Buret, les sieurs FurvilJe et Moreau, /rt C.iray«7it! obtient dès le premier soir de son apparition devant le public parisien un succès éclatant.
» La jiopularité de la Caravane fut aussi durable qu'elle avait été rapide.
» Depuis le jcur de sa première représentation, au début de l'année 1783 jusqu'en 1791, la pièce ne quitta pas le répertoire A cette époque, elle disparut devant la tourmente révolutionnaire. Mais l'éclipse ne fut pas de longue durée.
» On la reprit en grande pompe le 16 germinal an VII (5 avril 4799), avec la plupart des artistes de la création. Lainez, qui s'était fait applau-
(lir par Saint-Pliar, élail remplacé par Laforèt, mais M"" Maillard, Cliéron, Kousseaii 01 ^»/// ^/î/rt//// étaient restés fidèles à la loi tune de l'ouvraiçe Quant à Lays, qui chantait le marchand d'esclaves, il était mieux en voix que jamais.
« deux qui fréquentent TOpéra, disait le Courrier des specldcles, et qui ont reirretté pendant loni'lemps de ne plus entendre le cil )yen Li\ ■•, trouvent que sa voix a encore i;aij;né. On a surtout admire la manière dont il chante le morceau :
'J'éméraire Français !
et cet autre :
J'ui des beautés pifiuantes...
» Le ti'io de la quatrième sjène du deuxième acte, chaa'.i' pirh's citoyens Lays, ('.héron et Rousseau, produit un etfet tel qu'on est en droit de ratlendre de trois artistes aussi distingués. La citoyenne Maillard qui donne dans cet ouvrage de nouvelles preuves de son talent, a surtout été très applaudie dans le monologue de la scène sixième du iroisiènit" acte.
» Pour cette reprise de la Caravane on avait donné aux hallcts une iuiportanci' exagérée, cav \e Courrier des spectacles, ?,e plaint de leur longueur et cite parmi les morceaux ajoutés : « Un trio dansé par le citoyen Vestris et les citoyennes Gardel qui est du citoyen Widerker, un pas de neuf qui s'exécute sur nne très belle symphonie concertante du citoyen Eler, enlin un air de Vogel, qui sert de fond au pas de deux, dansé aux troisième acte, par le citoyen Milon et la citoyenne Saulnier » Du reste une lettre de Gardel, adressée au rédacteur du Courrier du spectacles, confesse la faute en cherchant à l'excuser. Il est assez singulier toutefois que Grélry, encore en bonne position à l'Opéra, ail prêté la main à cet arrangement et ait laissé larder sa partition de morceaux dont il n'était pas fauteur.
» Quoi qu'il en soit, la nouvelle carrière de la Caravane ne fui pas moins heureuse que la première et l'ouvrage ne quitta plus le répertoire jusqu'au 23 septembre 1829. M. Théodore de Lajarte a constaté, d'après les registres de l'Opéra, qu'il obtint le chiftYe extraordinaire de cinq cent six représentations et produisit plus d'un million de recettes. C'est là, je crois, un fait sans analogue dans l'ancien réperloin». Ge succès sans précédent, celle longue popularité, nous auraient fait un devoir de recueillir la Caravane du Caire dans la collection des Cliefsd'd'urres classiques de l'Opéra français, si le mérite intrinsèque di' la
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partition de Grétry et l'originalité de sa forme n'y avaient d'avance marqué sa place »
Le musicien a parfaitement profité de la variété des situations; le chœur des esclaves, en opposition avec celui des voyageurs libres, contraste d'une manière très agréable. Le moment où le chef impose silence est plein de force et d'esprit; il fait le plus grand honneur au musicien.
Le trio entre le Pacha, le chef de son Sérail et le marchand, présente de grandes difficultés pour la musique ; M. Grétry s'en est tiré en maître habile, accoutumé depuis longtems au langage de la vérité. La musique de ce dialogue est pleine d'esprit et de l'expression la plus vraie.
Le succès a été aussi complet qu'il pouvait l'être à une première représentation, f Journal de Paris. j
Le dimanche, 18 janvier, eut lieu la seconde représentation.
Nous extrayons du Mercure de France :
« Quant à la musique nous nous contenterons de dire qu'on y trouve à chaque instant l'esprit, la grâce et la vérité piquante qui caractérisent les compositions de Grétry. La seconde et surtout la troisième représentation ont attiré une aftluence extraordinaire et ont eu encore plus de succès que la première.
» L'orchestre a été sans reproche, et on a admiré la précision qu'il a mis dans les intentions du compositeur. Cet opéra a été mis avec le plus grand soin. »
Artistes : Mesd. Joinville, Maillard, Audinot, Buret, MM. Chéron, Lays et Larrivée.
Les danses sont de Gardel, mailre des ballets à l'Opéra.
Le .Mercure donne en notation l'air de M"** Joinville : J'abjure la haine cruelle.
De son côté, le fameux baron Je Grimm s'exprime ainsi lors de la représentation de cet opéra à la cour à Fontainebleau, le 30 octobre 1783:
« La Caravane du Cair, opéra en trois actes, représenté, pour la première fois, sur le théâtre de la cour le 30 octobre, est le seul ouvrage après Didon, qui ait eu un succès décidé. Les paroles sont de M. Morel, auteur du poëme û'Alexandre dans ITnde, et la musique de notre charmant Grétry. Dans le premier acte une caravane attaquée par les Arabes est défendue par un offlcier qui s'y trouve captif avec sa tèmme; le danger lui a fait mettre les armes à la main et sa liberté lui a été promise à ce prix par les chefs de la caravane. Cet acte est d'un genre neuf et piquant, c'est un vrai tableau dans le genre de Le Prince Le second présente l'intérieur d'un sérail, la foire du bazar et la vente des
esclaves, il n'a pas eu le même succès. Le troisième est terminé |>:ir un dénouement plein d'intérêt et de mouvement. On a critiqué le plan du poème, on lui a reproché que l'intérêt de l'action était trop suspendu, presque nul au second acte ; le style en a paru en général plus que négligé, quelque-fois même d'un mauvais ton; mais tout l'enthousiasme qu'avait inspiré l'opéra de Didon n'a pas empêché qu'on ail trouvé dans la musique de celui-ci beaucoup de fraîcheur, de grâce et de sensibilité; elle ajoute encore à la réputation de l'auteur, à qui nous devons Tiiiiroduclion de ce genre d'opéra-comédie sur notre scène lyrique. La pompe et la magui licence du spectacle n'ont rien laissé à désirer ; il était digne du théâtre sur lequel on l'a représenté. »
Et plus lard, lorsque la Caravane lit son apparition sur la scène de lOpéra, Grimm ajoute encore :
« Cet ouvrage a complètement réussi. Les tableaux neufs et variés que présente le premier acte, les danses agréables que l'on exécute dans le bazar, l'intérêt du dénouement et la fête brillante qui le suit, ont valu à cet opéra un succès qui, au grand scandale des Piccinistes, égale au moins jusqu'à présent celui de Didon. La fable du poëme est absolument romanesque, sa conduite irrégulière absolument invraisembable ; mais la musique est presque toujours d'une grâce si originale et si piquante, d'un comique si vrai, si bien saisi, que l'on oublie même, en l'entendant, toutes les négligences de style dont fourmille cet opéra.
Cette pièce, qui donna un grand relief à la réputation de Grétry, eut un nombre considérable de représentations; aussi, le maître liégeois travailla avec une nouvelle ardeur, et lit représenter cette année: Théodore et Paulin, l'Epreuve villayeoise, et Richard-Cœur-de-Lion.
Cette dernière pièce, comme la plupart des opéras de Grétry, eut plusieurs reprises.
Le 28 avril 1783, aux Italiens : Tliaiie au nouveau théâtre, (i) prologue en 1 acte, de Sedaine.
Cette pièce ne réussit point et les journaux enfin n'en font guères mention. On le voit, à côté de grands succès, Grétry a subi plus d'une chute au théâtre, mais souvent le poëme médiocre en a été la cause.
Ce prologue a été composé pour l'ouverture du théâtre Favart.
4784. 18 mars, aux Italiens : Théodore et Paulin, en 3 actes, de Desforges, opéra donné sans succès.
11 fut remis au même théâtre le 54 juin de la même année, twi actes, sous le titre de l'Epreuve villageoise.
(i) Ou : La jeune Thalie.
Cette comédie, jouée à la cour, ne satisfit point la Reine et fut froidement reçue. Voici différents ju£:;ements sur cette pièce :
— 20 mars. Avant-hier a été jouée la comédie Théodore et Paulin ; le i»" acte n'a point déplu; mais le second et le .S"*® ont auîant ennuyé la ville que la cour; l'on a fait répéter une espèce de romance villageoise d'un ton niais et original : c'est ce qui a été le plus applaudi dans la musique même, qui ne peut être mauvaise de la part de M. Grétry. mais sans caractère, sans motifs et souvent triviale pour le défaut du fond.
Le sieur Grétry ayant, comme de raison, grand regret d'avoir perdu sa musique employée à la pièce de Théodore et Paulin, a déterminé l'auteur des paroles, le sieur Desforges, a conserver de son sujet ce qui avoit trouvé grâce devant le public et mérité même les applaudissements, c'est-à-dire, un épisode réservé en 2 actes, sous le litre de l'Epreuve villageoise. Cette niaiserie a eu hier le plus grand succès relativement à la musique pittoresque, naïve, riche, sans aucun luxe déplacé et étranger au genre. {Mémoires de Bachaumont.)
Le prologue par lequel on a fait l'inauguration de la nouvelle salle de la Comédie-Italienne, n'a pas été trop bien accueilli, quoique ce soit M. Sedaine qui en a fait les paroles et M. Grétry la musique.
Quoiqu'il y ait dans cette discussion quelques traits de critique heureux, l'ennui a gagné tous les spectateurs, et sans respect pour les deux Muses rivales, à peine un murmure général leur a-t il permis d'achever leur rôle. {Correspendance littéraire de Grimm, t. II )
Cet ouvrage a été représenté sans succès le 15 mars de cette année. Nous ne dirons rien de la musique de M Grétry. Une représentation tumultueuse ne suffit pas poui' donner une idée satisfaisante d'un ouvrage de musique, et lorsque, dans une telle circonstance, il s'agit de prononcer sur un homme du niér.te de M. Grétry, des censeurs prudens gardent le silence : Ne forte, ijuod plerisque accidit, a dit Quinlillion, comme s'il eut voulu parler de nos juges en musique, damnunt quod non intelligunt. [Mercure de France.)
On le voit, le public s'intéressait directement tant au poëme qu'à la musique.
Théodore et Paulin fut joué à la cour, le o mars 1784.
L'Epreuve villageoise, en 2 actes, de Desforges, suivit de près lu Caravane aux Italiens. Cet opéra fut représenté le 24 juin 1784.
« Ce petit ouvrage, dit Grétry dans ses Mémoires, doit son existence à la chute complète d'un plus grand ouvrage, Théodore et Paulin, en 3 actes et à double intrigue.
» Je proposai à l'auteur des paroles un plan qui excluait les person-
liages nobles ; il l'adopta, cl lil de Théudore cl Paul'ui inic pièce en 2 actes, sous le titre de l'Epreuve villageoise. »
(îrétry va introduit une fuiiue pour lerniiner le l'' a(lt\ composée anciennement, mais il engage dans sas }f émoi res (rem|)loyer rarement celte composition, dont le parterre ne sait aucun gré au unisicien, et qui pour les acteurs est ditlicile à retenir.
Le compositeur y fit quelques retranclieuietits pour en lacililer fexécution dans un spectacle de société. Larousse dit dans son Divlionmiire:
L'Epreuve vilhujeoise n'est qu'une mo>lificalion de TItéudore etPauUu et resta au répertoire de TOpéra-Comique.
Les couplets: Bon dieu, bon dieu, comme à celte fête, furent tellemenl populaire qu'on les entendit dans les rues de Paris et qu'on les avait arrangés pour les danses de l'Opéra.
C'est peut-être la première fois qu'un aird'oi)éra retentit dans les rues de Paris, aussi, Grétry dit dans ses Mémoires que ce genre de succès lui fit un sensible plaisir.
M"'" Adeline, actrice charmante, y acheva sa réputation.
Un critique dit :
a La pièce qu'on a jouée hier, sous le titre de l'Epreuve villaueoisejaisoit partie d'une autre pièce jouée il y a quelques mois sous le titre de Théodore et Paulin.
» Quant à la musique, ellea été souvent applaudie avec transport ; on a lait même répéter le charmant air de : Mon cher André, qui, n'ayant fait qu'a[)paroître un instant, avoit volé dans toutes les bouches. Enfin, Théodore et Paulin avoit peu réussi, la pièce qu'on en a tirée a été bien plus heureuse.
» On voit que c'est recueillir un assez bon débris du naufrage.
» Les deux principau.x rôles, Denise et André, ont été parfaitement joués parle sieur Trial et la D"^ Adeline.
» Le public a demandé les auteurs; Ml. Ueslorges et Grétry ont paru. {Journal de Paris.) »
La musique de ces scènes respire la fraîcheur, les grâces, loriginalilé, la vérité naïve et spirituelle qui caractérisent si heureusement la plupart des productions de r.rétry; mais tout ce que débitent les autres personnages ne lui a inspiré que des chants aussi froids que la morale ridicule et fastidieuse dont le poète a chargé leur rôle. M. Grétry a eu le bon esprit de retirer la pièce après la première représentation.
Plusieurs airs détachés ont été exécutés depuis dans différents concerts et y ont toujours été vivement applaudis. (Correspondance de (irimm.)
Voici une correspondance échangée au sujet de celte pièce, et qui nous a été communiquée par M. Er. Melotle, de Liège :
« A Monsieur Papillon de la Ferté, commissaire-général de la maison du Roi, Administrateur des Postes, etc.
» Monsieur,
» La permission que vous voulez bien m'accorder de faire paroitra cet ouvrage sous vos auspices, est pour moi le présage le plus flatteur. Un de nos plus habiles compositeurs a cru pouvoir v joindre sa musique, et vous vous intéressez au succès ; que de raisons vous donnent pour oser l'espérer !
» Quelque soit au reste, le sort de cette comédie, le mien sera toujours infiniment heureux, puisque votre indulgence m'a fourni l'occasion de vous oflrir authentiquement l'hommage de la vive reconnaissance que je vous dois depuis si longtemps, et à tant de titres.
" Je suis avec respect, etc.
« A Monsieur de Codancé.
" Desforges.
" Ce mercredi 23 juin 1784.
" Monsieur,
" Malgré l'indulgence qui dicta le jugement porté sav Théodore et Paulin dans le Journal de Paris, je sentis que l'ouvrage, trop sérieux peut-être, et conséquemment peu susceptible d'un vrai succès sur un théâtre consacré à la gaité, devoit subir une métamorphose ; je m'en occupai. M. Grétry me donna des idées qui fixèrent et éga^-èrent les miennes.
» L'Epreuve villageoise est le résultat de cette opération. Ce petit
ouvrage, que la musique de mon célèbre coopérateur sufliroit pour
rendre agréable, aura l'avantage de ramener le public à cette douce
gaité qu'il aime (avec raison). Il aura au moins immanquablement celui
de lui prouver que les efforts des artistes en tous genres n'ont pour but
que d'obtenir son suffrage, et que la docilité y donne peut-être quelqu?s
droits. Je suis avec la plus sincère reconnaissance, Monsieur, votre
très humble, etc.
» Desforges. »
En parlant des ouvrages de Gréliy, représeiité.s on 1784, le Menurc de France dit :
« Un mérite essentiel, propre à M. Grétry, et que peu de compositeurs partagent avec lui, est de s'attacher non seulement à rendre avec
vérité l'expression mais à rechercher des couleurs el des nuances propres à distinguer le caractère des personnages qu'il fait chanter. On trouve cette lidélité d'expression presque dans tous le cours de son ouvrage. »
Le 21 octobre 1784 (selon Grétry le 23 de ce mois) notre comi)atriole obtint un succès jusqu'ici sans exemple dans les annales des théâtres par l'opéra en 3 actes, Hichard Cœur-de-Lion, (i) de Sedaine, pièce qui fut le grand triomphe de la Comédie-Italienne.
Grétry dit dans ses Essais qu'il fit de plusieurs manières la belle romance : une fièvre brûlante, sans trouver ce qu'il cherchait, c'est-àdire le vieux style capable de plaire aux modernes, et il y travailla môme depuis onze heures du soir jusqu'au lendemain à quatre heures.
L'acteur Philippe chanta le rôle de Ricliard, mais le jour de la première représentation, cet artiste zélé el plein d'ardeur lut attaqué subitement d'une extinction de voix, ce qui ne l'empêcha [»as de chanter.
Clairval, dans lerôle de Blondel, y mit toute la perfection désirable.
Grétry écrit dans ses Mémoires :
« La musique de Richard, sans avoir la vigueur et le coloris d\iucus sin et Mcolette, en conserve des réminiscences. »
L'air :
Sa voix a pé- né- tré mon à- me.
s'y rencontre souvent sous des formes différentes. Cette mélodie peut s'égaler avec les plus distinguées du répertoire théîitral et par le cachet de sa grandeur et sa distinction elle ne fatigue aucunement.
Même à la représentation donnée en 1880 aux fêtes de Bruxelles, cet air a dû être bissé.
Grétry a mal saisi la prononciation car il le faudrait ainsi la notei' :
Sa voix a pé- né- tré mon à- me.
Grétry ajoute dans ses Mémoires :
« Il est inutile de parler du succès de cette pièce; il paroit que cent
(i) On reprit le l' juillet 1880, à Bruxelles, pendant les fêtes nationales : Richard Cœur-de-Lion, et on conserva l'œuvre dans toute son intégrité, avec l'orchestration originale du maître.
Le public accueillit avec une faveur marquée l'œuvre, bientôt centenaire. M. Ge' vaert, directeur du Conservatoire, avait présidé aux répétitions.
représentations, toujours extrêmement nombreuses, suflironl à peine à l'empressement du public »
Le p.ublic trouve un plaisir toujours nouveau à entendre les accents si vrais, si pathétiques et si naturellement dramatiques de Richard et de Blondel. Tout le mérite d«' Richard consiste dans Tobservance de ces principes esthétiques que certains compositeurs modernes perdent malheureusement trop souvent de vue, et dont l'influence sur la perfection d'une œuvre lyiique et dramatique est suflTisamment démontrée par l'usage heureux qu'en fit Grétry.
Ce que distingue l'artiste, dit M. de Gerlache, en parlant de Richard, c'est la fécondité de la pensée. Si l'on veut avoir une idée de la fécondité de Grétry, il faut voir de combien de manières différentes un seul sentiment, l'amour, se reproduit dans une seule pièce; Grétry, plus heureux dans le genre boutfe et demi-sérieux que dans la tragédie lyrique, obtint aussi un grand succès par l'opéra de Panurge.
Ce qui contribua beaucoup à la réussite de cet ouvrage, indépendamment des excellentes intentions comiques qu'on remarque dans la musique, ce furent les pas de danse et la magnificence des costumes chinois. Le divertissement dansé par Gardel, Vestris, 31"''^ Langlois et Saunier, enleva surtout les suffrages du public. {Aperçu historique, etc., déjà cité.)
La révolution f^ite par Gluck sur le théâtre de l'Opéra pour la tragédie lyrique, y fut aussi opérée par Grétry pour la comédie. Ses opéras de CoUnette à la cour, de la Caravane et de Paiumje, y introduisirent un genre nouveau dont il doit être regardé comme le créateur, et dans lequel on a fait après lui peu de tentatives heureuses, si ce n'est Lemoyne, dont les Prétendus peuvent soutenir la comparaison avec les ouvrages les plus agréables, (i)
Bachaumont écrit:
« Depuis plusieurs années on parloit d'un opéra comique à grande prétention, ayant pour titre : Richard Cœur-de-Lion. Cet ouvrage a été exécuté hier. C'est le pendant d\4ucassin et Nicolette.
» Les deux premiers actes ont été fort applaudis ; ils sont remplis d'intérêt ; le 3™^ est plus que médiocre. »
Les auteurs ont fait des changements à la pièce, et le Journal de Paris fait les remarques suivantes : « On a donné avant-hier, 22 décembre, la Ho""' ropn'stMitaiion do hichard, avec des changemens, c'est-à-dire avec un acte de plus. Le troisième avait essayé des critiques
(i) XoiisdoniKiiis souvent notre appréciation sur ((uchiues œuvres de Greu'v.
En songeant à raméliorer, il est venu à M. Sedaine une idée qui lui n paru nécessiter un acte de plus. Celte entreprise! étoit hazardeuse, par des raisons qui ont dû nécessairement se présenter à Timagination de M. Sedaine
» Nous ne ferons pas ici l'ouvrai^e d'une pièce que tout Paris à couru voir en foule. Au reste, les deux premiers actes ont été reçus comme à l'ordinaire avec le plus vif enthousiasme; et même dans les deux autres, on a applaudi de très beaux morceaux de musique que M. Grétry vient d'y ajouter, et qui portent tous le caractère du talent inépuisable de ce compositeur. »
Le Journal de Paris, très favorable à la pièce, s'exprime ainsi :
« Pour M. Grétry il faut que son talent soit dune bien riche fécondité. On croiroit que son imagination se ranime sans cesse, au lieu de s'épuiser et que loin de se répéter, il devienne tous les jours plus original. On a applaudi avec transport dans cet ouvrage, nombre d'airs charnians et d'un faire qui lui appartient. »
Cet opéra obtint grand succès à Londres, et voici ce que C. Michaelis, qui a traduit l'Histoire de la musique de Thomas Busby, écrit d'après cet auteur :
a Un dièse Zeiî fini/en die hervorraf/enden u)id originellen Talent A. Grétry' s an zu schm'"'cken und zu heleben.
» Dieser nahraft géniale Tonsetzer, den Sarchini liehte und bewunderte erfreute Paris mit fast dreissig Opern. (ii Zémire et Azor, imd Richard Cœur-de-Lion wurden im Englisvhe iibersetzt, und in London gespielt, ivo sie mit allen dem fieifall aufgenommen wurden, den die Neuheit ihres stils, und ilir (^eist u)id Pathos den Parisern ahgedrungen hatten.
» Die Talente dièses musikalisclie)i Génies wai-en hovhst achtungswûrdig und vielseitig. (2)
En 1785, Sedaine a df nouveau refondu les deux actes ajoutés à son Richard Cœur-de-Lion, et l'a remis en trois. Après la toile baissée (ceci eut lieu le 30 décembre 1785), on a demandé pendant très longtemps
(1) Erreur ! Plus de cinquante.
(2) La musique de Grétry était à cette époque très en vogue aux concerts à Paris. A celui donné le 28 avril de cette année, par M"'= Paradis. M. Auguste Chéron, artiste de l'Opéra, chanta avec succès une scène française, musique de Grétry.
Il est probable que ce morceau a itp compo.=(^ expressément pour Clu-ron, intimement lié avec Grétrv.
l'auteur, et à la fin le musicien s'est montré et il fut reçu avec enthousiasme. La pièce se trouvait ainsi dans l'état de perfection désiré.
Après avoir fait des changements au poème, Sedaine adressa cette lettre aux journaux :
« Le désir de contenter le public m'a fait seul remettre sur le métier le poëme de Richard, qui, sans doute, après 35 représentations auroit pu rester tel qu'il étoit : je ne me suis pas dissimulé qu'un S"** et un 4™* actes après le second, qui a pleinement réussi, étoit une tâche très difficile à remplir. Il est pi'obable que la représentation avec le siège aura lieu jeudi prochain.
» Ce seroit insulter les hommes de lettres que de les remercier d'avoir été honnêtes et décens dans leurs observations ; ainsi, Messieurs, je ne vous en remercie pas, mais j'en suis très reconnoissant. « Paris, 26 décembre 1785. "
N'oublions pas de citer Ph. Cauvy, dit Philippe, né en 17o4, comme l'un des artistes qui ont largement contribués à la bonne exécution de la musique de Grétry, dans Zémire et Azor, dans le Magnifique, (où il débuta en 1780), et finalement dans Richard Cœur-de-Lion, rôle de Richard, où il fut attaqué subitement d'une extinction de voix, qui donna au rôle du prisonnier un cachet particulier et convenable, aussi on l'applaudit avec enthousiasme.
M"^ Ad. de Savornin lui dédia une pièce de vers, au sujet du rôle de Richard, d'où nous extrayons :
Dans Richard ta voix afFoiblie
Nous promettoit d'abord un timide succès;
Une assurance noble à ton jeu rend la vie.
Et je revois, plus attendrie.
L'amant de Marguerite et le monarque anglois.
Cet acteur mourut à Paris vers 1818.
Au retour d'Elleviou, le célèbre ténor à l'Opéra-Comique en 1806, on reprit grand nombre d'opéras de Grétry, et le public fut transporté par les belles mélodies ainsi que par la fidèle interprétation de cet excellent chanteur.
On représentait le 9 juillet 1806, /îîc/jfl?Y/ et les Evénements imprévus.
Le Journal des Débats écrit à ce sujet :
« Ce spectacle avait attiré une assemblée nombreuse. Richard a un attrait auquel il est difiicile de résister et comment ne pas croire que le temps où on faisoil de pareilles pièces étoit le bon temps de l'Opéra-
Comique. Ce qui est du moins bien certain, c'est que les pièces qu'on fait aujourd'hui ne ressemblent guère à celle-là, ni pour les paroles, ni pour la musique. Comment se fait-il (ju'à une époque où la musique est, dit-on, si perfectionnée, on ne puisse plus faire de cette musique d'expression et de caractère, qu'on entend toujours avec un nouveau plaisir?
» Ce qui donne à Richard un grand avantage sur les autres chefsd'œuvre de Grétry, c'est qu'il est bien joué. Cet opéra-comique doit être cher à ce théâtre comme un monument de son salut; les acteurs doivent en conserver religieusement la mémoire. La représentation de Richard et le retour d'Elleviou ont relevé les ruines de cet agréable spectaclequi,sans un pareil secours, n'existeroit peut-être plus aujourd'hui »
Cet éloge est bien flatteur pour notre compatriote.
En parlant de l'opéra Pénélope, de Piccinni, ce journal ajoute :
« Grétry a trouvé le secret d'enchérir encore sur cette première manière, en donnant à sa musique plus d'esprit, de force et de variété, et en appliquant cette musique à des drames mieux intrigués et plus intéressans.
» Depuis Grétry, on s'est jeté dans les abus de la musique italienne et allemande; on n"a cherché qu'à étaler de la science; on a multiplié les morceaux d'ensemble; on a couru après les effets, et Ton a fait beaucoup de bruit sans effet. Aujourd'hui on est fatigué et blasé; il est difficile de revenir au simple, au naturel, au vrai. »
La Gazette nationale écrit dans son enthousiasme : « On ne pourra peut-être citer aucun opéra comique qui ait eu un succès aussi brillant, aussi soutenu, aussi général que Richard. Cent représentations, à l*aris, ont attiré la même affluence. Redemandé dans les provinces avec une sorte de fureur, il a été traduit et joué avec le même succès sur tous les théâtres de l'Europe.
» Grétry est l'enchanteur qui a donné la vie à tous les tableaux, une grâce infinie et de l'esprit à des paroles qui n'en ont guère, mais qui sont bien en situation.
» Il n'y a point d'exemples d'un concours, d'une affluence aussi considérable, mais la fureur et l'enthousiasme ont éclaté bien plus vivement au dehors qu'au dedans de la salle. »
Il faut croire qu'une manifestation eut lieu en laveur de Grétry après le spectacle.
Cet opéra a eu plusieurs reprises, et actuellement il est encore au répertoire de l'Opéra-Ccmique à Paris.
Voici l'air sublime de Richard, (i) une des plus belles inspirations connues :
iîi~É=î3=ÉiE^
U- ne fié- vre brù- lan- te Un jour rae ter- ras- sait;
Et
Ipai^Ëâiâ^iiÊiaii
de mon corps chas- sait, Mon à- me lan-guis-
:==i=ztq:-=F;^=^-^=~^=f-^=?n=g:^~Fg=j^=i
san- te, Ma-dame appro-che de mon lit. Et loin de
\=.t=zZ
moi la mort s'en- fuit.
Un re-ffard de ma bel-
iiliilii^iiliiïlïiii^ïiiiiiii
le, Fait dans mon ten- dre cœur, A la pei- ne cru-
el- le Suc- ce- der le bon- heur.
Cette mélodie se répète en duo entre Ricbard et Blondel dans un mouvement plus vif, et ce morceau produit partout un tel effet que le public le redemande généralement.
C'est Ad. Adam qui réorchestra cette partition.
Lors des représentations de Richard, (2) Grétry fut très indisposé, ce qui est constaté par ces quelques lignes tirées d'un journal du temps :
(ij L"air d'eutrée de Z,«ra, opéra de Maillart, est pour-aiusi-dire, calqué sur la célèbre romance, une fièvre brûlante. (Voir le Guide musical du 13 décembre 1866.)
(2) Une traduction en anglais de Richard Cœur-de-Lion a été représentée au théâtre de Drury Lane, à Londres, le 20 octobre 1786. La musique de Grétry eut un grand succès. Un journal de l'époque cite Mad. Romanziui (depuis Mad. Bland) comme ayant « produit grand effet et avoir mis grande naïveté »• dans lair si charmant : the me'i'ry dance \\e& couplets d'Antonio : la danse n'est pas ce que fuime). Le rôle de R,ichard était chanté par John Kemble, qui, maigre sa mauvaise voix, s'en tira passablement. (Comrauaiiiué par M. Félix Delhasse.)
« Il seroit à désirer que le célèbre compositeur ne fut pas retenu chez lui pour cause de maladie, et qu'il pût assister aux représentations; il est à présumer qu'il supprimeroit, dans plusieurs morceaux, des répétitions, qui affoiblissent trop l'intérêt. »
Enfin les journaux de l'époque font l'éloge du Bazar, une des plus agréables fêles qui se soient encore vues sur ce théâtre, dans lequel on applaudit M"® Audinot, qui s'accompagne avec la harpe, de l'ensemble qui règne dans l'orchestre, et du talent de Mesd. Maillard, Joinville, Buret, MM. Larrivée et Lainez.
On y applaudit également les artistes de la danse, Mesd. Gervais, Coulon, Frédéric, Dorlay, MM. Laurent, Favre et Gardel.
Panurge dans l'île des Lanternes, poëme en 3 actes et en vers, de Morel de Chédeville, (i) passa à l'Opéra le 15 janvier 1785. (2)
Panurge, dit Grétry, est le premier ouvrage entièrement comique, qui ait paru avec succès sur le théâtre de l'Opéra.
Il y a introduit la danse dans l'ouverture, ouverture qui indique les caractères nobles et comiques qui vont paraître sur la scène.
Cette idée nouvelle n'est venue à l'esprit de l'auteur que deux jours avant la première représentation.
Déjà l'affiche des Italiens du 19 janvier annonçait au public la première représentation pour le mardi 25 suivant.
Nous lisons dans le Journal de Paris :
« L'auteur de la musique est M. Grétry. On ne pourra reprocher à ce compositeur, devenu depuis longtems l'idole du public, de se ralentir en raison de ses succès; les applaudissemens qu'il reçoit ne sont pour lui que des encouragemens et ne lui servent qu'à contracter, pour ainsi dire avec le public, de nouveaux engagemens. Qu'il nous soit permis d'observer que, malgré sa santé la plus fragile, il s'est montré cette année quatre fois sur les deux théâtres lyriques, et qu'il a obtenu quatre succès. Jamais ce compositeur n'a prouvé plus d'esprit et plus d'intelligence de la scène que dans la pièce de PaMMrf/6', et jamais son incroyable variété n'a été mieux remarquée ; cette variété précieuse s'étend jusqu'aux airs de danse, qui tous ont plus ou moins un caractère particulier.
» Il seroit difficile d'obtenir plus d'ensemble, plus de facilité et de grâces dans le chant, qu'il n'en trouve dans ces quatre talents réunis. Les costumes sont riches et les décorations brillantes. »
(l) Charles Poisot dit de Morel et d\i Homte de Provence (Louis XVIII). (î) Selon d'aUtreB le 25 janvier
Artistes : Mesd. Huberti, Gavaudan, la jeune, Maillard, MM. Laïs, Cliéron et Rousseau.
J'étais fâché, dit Grétry, « de voir que la danse finale des opéras n'était presque jamais que le signal du départ et que les loges étaient vides. »
Il ajoute dans ses Mémoires : « Le récitatif de Panurge est, je crois, vrai sans être trivial. »
Laïs y établit sa brillante réputation.
Grétry s'est etforcé de rendre sa musique aussi bizarre que possible et a parfaitement réussi. C'était la seule façon de lui donner du caractère.
Nous extrayons des Mémoires de Bacliaumont :
« Pamirge, malgré la mauvaise opinion que l'on en avoit, assez généralement, a été représenté hier avec une grande affluence de spectateurs.
« La musique, au contraire, n'a pas été trouvée aussi excellente qu'on se rétoit imaginé; rien d'extrêmement piquant. On reproche au sieur Grétry un manque absolu de goût en travaillant sur un fond aussi puérille et aussi misérable. En un mot, tous les accessoires du luxe, propres à éblouir les yeux des sots, etc. »
Le 10 mars 1785, 16™^ représentation de Panurge à l'Opéra et 22"^^ de Richard, aux Italiens.
Journée glorieuse pour notre compatriote Le public se porte en foule à l'Opéra et à l'Opéra-Comique, pour admirer la belle musique de Grétry.
Il y a grand enthousiasme dans les deux théâtres.
Grétry assistait ordinairement dans une loge dérobée aux représentations de ses opéras.
On prétend que vers cette époque, un artiste obscur, M. Panseron, père d'Auguste Panseron, professeur au Conservatoire de Paris, fut chargé par Grétry d'orchestrer ses partitions.
Rien ne justifie cette déclaration fortuite, et Grétry est bien l'auteur de l'orchestration de ses opéras.
Il est vrai, que le travail d'orchestre ne prit pas, du temps de Grétry, un grand développement, tant sous le rapport des effets que sous celui des détails.
Voici plusieurs jugements sur cette pièce :
« Cet ouvrage est des mêmes auteurs que la Caravane, et c'est une nouvelle tentative pour étendre les limites du genre comique, sur le théâtre de l'Opéra. Jamais aucun ouvrage n'a attiré à ce théâtre une telle affluence que Panurge, et l'empressement du public, ainsi que les applaudissemens augmentent à chaque représentation. » (Mercure de France.) Le Tliéâtre (U'é Avis cherche de plus on plus à mériter son nom.
Jamais réunion plus précieuse de talents en tous genres ne frappa plus vivement tous les sens, et en attirant une prodigieuse affluence ne causa une satisfaction plus générale.
La musique du sieur Grétry a reçu déjà dans son temps les justes éloges qu'elle méritait; c'en est peut-être un de plus à lui donner pourtant, et de faire remarquer qu'elle n'a point vieilli malgré ce système un peu révolutionnaire en musique, qui paraît, depuis quelque temps, vouloir s'établir, les amateurs un peu gothiques de la douce mélopée, se sont trouvés fondés h croire qu'on pourrait produire des effets sans déchirer le tympan par des septièmes diminuées sur les cors, et par un charivari perpétuel de trombone : ils poussent même l'entêtement jusqu'à dire que des voix ne doivent point être des parties d'orchestre, et que le chant a sa place marquée sur le théâtre ; et c'est encore la musique de Panurge qui les enracine dans ce vieux préjugé.
Les ballets de Panurge, par la variété des pas, des dessins, et par le fini de l'exécution, font le plus grand honneur au talent et à l'esprit du sieur A. Gardel. (Décade.)
Mais ce qui a fait essentiellement le succès de Panurge, (i) car, malgré les huées et les murmures qu'il a essuyés le premier jour, ce sont les ballets et la singularité des costumes chinois. (Correspondance litléraire de Grimm, t. IIL)
M. Fétis dit de cette composition : « L'apparition de Panurge à l'Opéra fit encore bien plus de bruit et de scandale que celle de la Caravane. Passe encore pour la comédie lyrique ; mais le genre burlesque à l'Académie royale de musique! C'était une hardiesse sans exemple. Cette fois encore le proverbe eut raison et la fortune sourit aux audacieux. »
Cet opéra est plutôt bouffon. M. Fétis ajoute, dans sa Biographie des musiciens, que Grétry était plus apte à traiter le genre de demi-caractère et le genre bouffon, que celui de la tragédie.
M. Clément a lu la partition, et il ne trouve rien à citer. La tempête est rendue d'une taçon puérile, écrit-il, cependant, l'opéra a eu 24 représentations. La 24""* eût lieu le 12 juin 1785.
Saint-Huberti, la célèbre cantatrice, y fut très-applaudie. Un ballet en assura le succès. M"''^ Langlois et Saulnier s'y firent remarquer.
Le ballet (pas de quatre), dansé par Vestris et Gardel, produisit toujours beaucoup d'effet.
Il y a dans une des fêtes de cet opéra un tambour énorme sur lequel
(1) Dans le ballet du3«i«acte, Grétry a fait reprendre l'ouverture, que dansent M"*' Langlois. Saulnier. MM, Oftrdel p( Vestris. Cette non veaut'' a eu le plus cri-aml succès.
— néon frappe continuellement, et qui forme une espèce de basse continue. On a fait à ce propos le quatrain suivant :
Dans cet opéra, je vous prie, Qui frappe avec tant de faveur?
C'est le Dieu du goût, je parie.
Qui prend le tambour pour l'auteur.
On publia l'ouverture àePanurge pour le clavecin. Paris, aux adresses ordinaires. (1785, mars.) Voici une lettre de Grétry à ce sujet adressée aux journaux :
« Messieurs,
» Je dois des remerciemens à l'honnête musicien qui a bien voulu se charger d'arranger l'ouverture àe Panurge d'après mon manuscrit, et qui a eu la bonté de ne pas y changer une note essentielle.
« J'ignore la manière dont il s'est servi pour se procurer cette ouverture confiée au copiste de l'Opéra et à mon graveur, qui sont de très honnêtes gens; mais ce qui m'arrive me prouve seulement que l'art de s'emparer du bien d'autrui se perfectionne tous les jours. On trouvera jeudi prochain chez l'auteur, rue Poisonnière, et aux adresses ordinaires, rouyerture et quatre airs de danses de Panurge, arrangés aussi pour le clavecin ou forte-piano, avec accompagnement, au même prix
que l'ouverture seule annoncée par l'honnête M M. Hulmandel et
moi avons pris seulement la liberté de faire quelques changemens à celle de ce musicien, qu'il voudra bien nous pardonner sans doute.
V J'ai l'honneur d'être, etc.
» 22 mars 1785. » Grétry. «
^'ers adressés à Mad.Gavaudan Jouant le rôle de Diadème ^«ws Panurge.
Comme Panurge, entre deux belles,
Que n'ai-je à me déterminer !
Sans m'amuser à des Lanternes,
On me verroit à l'une d'elles,
Et un instant fixer mon choix.
Eh ! comment résister aux charmes de ta voix, Dont le brillant éclat et l'heureuse harmonie, A tous les tons divers se prêtent sans effort? 0 j'^uno Oavaudan, tu prends un double essor.
Par M. Baudrais.
1786. 16 novembre, aux Italiens: Les méprises par ressemblance^ en 3 actes, de Patrat.
Cette pièce fut d'abord jouée à Versailles, le 7 novembre 1786. (i)
Poëme, Paris, chez Gabriel Dufour, 1791.
Grimm après une revue sur le sujet, dit de la musique dans sa Correspondance, T. III :
« Quant à la musique, on y applaudit ce caractère spirituel qui distinguera toujours le talent de Grétry. »
En province on avait donné cet opéra sous le faux titre de : les deux Grenadiers.
Les directeurs, en province, étaient coutumiers de pareilles transformations quand ils n'allaient pas jusqu'aux mutilations et aux corrections.
Le Journal de Paris écrit :
« La musique a reçu les plus grands applaudissements. C'est toujours ce talent aussi varié qu'inépuisable qui a enrichi de tant de chefs-d'œuvre les deux théâtres lyriques.
» L'auteur a, dans ce nouvel ouvrage, pris tous les tons et exprimé avec autant de vérité que de grâce tous les sentiments.
» Les principaux rôles sont exécutés par Mesd. Adeline, Carline, MM. Trial, Meunier et Philippe. Ce dernier a mis dans celui de Robert lils beaucoup de sensibilité et de chaleur. »
Le comte d' Albert, ûrsime en 3 actes, de Sedaine, joué à Fontainebleau, le 13 novembre 1786, et à Paris à la Comédie-Italienne, le 8 février 1787, ne produit pas grand effet.
Quant à la musique, c'est peut-être l'ouvrage le plus faible de Grétry; le vaudeville du l'" acte, deux duos entre les filles du comte, sont les seuls morceaux où l'on puisse reconnaître le faire heureux de son talent. (Corresiwndance de Gïimm, i. 4.)
Le comte d'Albert, opéra-comique de Sedaine, a eu le plus grand succès au Théâtre-Italien. C'est une espèce de proverbe en pantomime; ce sont
(i) On donnait à cette époque des représentations à la cour, qui étaient de véritables fêtes. Les gens de la cour jouissaient de la primeur d'une quantité de pièces avec musique. Certaines personnes eurent l'honneur de présenter leurs opéras à la cour ; ainsi le 5 mars 1785, M. Framery, surintendant de la musique du comte d'Artois, eut l'honneur de présenter au roi et à la famille royale, la partition du Barbier deSéville, pièce dédiée à la reine, (qu'il a remise en français), musique de Paisiello, telle qu'elle a été représentée devant la cour au théâtre de Trianon et de Versailles.
La musique de Grétry fut pendant longtemps en faveur aux représentations royales.
Le 23 septembre 1813, M"e Jeuny Grétry, une des nièces du compositeur, a été admise à présenter à la duchesse d'Angoulème la collection des chefs-d'œuvre de son oncle. Madame a accueilli cet hommage avec bonté.
des tableaux arrangés pour la scène et pour le musicien ; mais l'ensemble produit de l'effet. Tout y est en action et en spectacle. (La Harpe, Correspondance littéraire, t. XII.)
Le même jour on représenta Le comte d'Albert et sa Suite.
On y remarque des situations d'un fort beau caractère dramatique admirablement rendues par la musique.
Autant de variété que de richesses dans la musique, autant de gaîté dans le 3™^ acte que de pathétique dans les précédents. Beaucoup d'originalité dans quelques morceaux, de l'esprit, de la fraîcheur, des situations dramatiques développées avec beaucoup d'art dans des accompagnements clairs, expressifs, et qui ajoutent à l'effet, assurent à M. Grétry pour cette composition, les éloges qu'il a mérités pour tant d'autres.
La prière : 0 mon Dieu, je vous implore, fut très applaudie, et la prièr.e sourde de l'orchestre seul, en contre-point d'église, produisit également un charmant effet.
La musique de cet opéra a été composée très rapidement, car on voulait cette pièce à Fontainebleau, où elle fut représentée le 13 novembre 1786, comme nous l'avons déjà dit.
Mad. Dugazon, par sa beauté et ses talents d'actrice et de cantatrice, y fit sensation.
Grétry écrit : « Cette femme admirable ne sait point la musique ; son chant n'est ni italien ni français, mais celui de la chose. »
On avait déjà annoncé cet opéra sur l'affiche depuis le 8 janvier 1787.
Voici l'annonce : « Aujourd'hui 8 février, la Veuve Anglaise, en 1 acte, et la 1''® représentation du Comte d'Albert, comédie nouvelle en 2 actes et ariettes, et la Suite en 1 acte, musique de Grétry.
Ces deux nouvelles pièces à ariettes, tirées d'un vieux sujet, ont eu un brillant succès, proportionné à l'affluence des spectateurs.
Nous y avons trouvé autant de richesse que de variété ; il a su être aussi gai dans cet acte que pathétique dans les premiers. Ce célèbre compositeur est moins embarrassé pour créer de nouvelles beautés, qu'on ne l'est pour le louer d'une manière nouvelle; il a moins de peine à varier sa musique que nous à vaiier nos éloges.
On y a remarqué un rôle de petite fille, joué par M"^ Carline.
« Les deux premières représentations ont eu le plus grand succès, » écrit le Journal de Paris.
La pièce fut très bien chantée par Mesd. Dugazon, Carline, MM. Trial, Philippe, etc.
Cet opéra fut repris le 8 octobre 1788, et on représentait en même temps la Suite. Voici le programme officiel :
8 octobre 1788. Comédie-Italienne. Le comte d'Albert, en 2 actes, et la Suite, en 1 acte. La 2'"® représentation du Rival confident.
1786. 30 octobre La nouvelle Amitié à répreuve, en 3 actes, même théâtre.
C'est l'opéra l'Amitié à l'épreuve, réduit en 2 actes de l'année 1771 et remis en 3 actes en 1786.
Le Journal de Paris s'exprime ainsi sur ce changement :
« Grétry a aussi retravaillé la musique qu'il avait faite pour cet ouvrage ; il y a semé des morceaux neufs qui ont eu un grand succès, principalement ceux qui ont été chantés par M"'^ Renaud, l'aîné. Trial jouait le rôle du nègre. »
L'affiche du 30 octobre 1786 annonce :
« l""® représentation de : La noîivelle Amitié à l'épreuve, en 3 actes, opéra remis au théâtre. »
Le 2 novembre on en donnait la 2"^^ représentation.
Le public fut cette fois-ci très-favorable à la nouvelle musique de Grétry.
Voici le titre primitif : L'Amitié à l'épreuve, comédie en 2 actes, mêlée d'ariettes, tirée des Contes moreaux de Marmontel ; dédiée à Madame la Dauphine; représentée, devant Sa Majesté,à Fontainebleau , le 13 novembre 1770, et à Paris, 24 janvier 1771.
Il y a une dédicace en vers des auteurs à M"® la Dauphine.
Le Prisonnier anglais, en 3 actes, de Desfontaines, donné aux Italiens en 1787, n'eut qu'une seule représentation, malgré la musique séduisante et agréable.
On a hué et sifflé et des scènes tumultueuses ont suivi la représentation.
Cet opéra a été repris en 1788 et en 1790, avec des changements, sous le titre de Clarice et Belton.
Le succès n'a pas été heureux. L'action manque de vérité ; elle est pathétique sans être touchante, parce qu'il n'y a que la vérité qui intéresse. Nous avons reconnu dans la musique plusieurs morceaux très bien faits, mais qu'on n'a pu sentir.
Le tapage qui a suivi cette première représentation a été si violent, que les Comédiens Italiens se sont enfin décidés par les ordres de leurs supérieurs, à faire asseoir le parterre.
Il y avait sans cesse des scènes bruyantes au parterre, où le public était débout et souvent impatient.
On lit dans la Correspondance de Grimm :
« Pitoyable drame de M. Desfontaines, qui n'était pas mieux traité aux Italiens que les Rivaux, malgré la musique de Grétry. »
La représentation du Prisonnier anglais n'a pas été heureuse ; si l'auteur du poëme prend le tems et le soin de revoir l'ouvrage, nous n'aurons pas la douleur de perdre la musique du célèbre compositeur qui s'en est occupé. (Journal du temps.)
On a remanié le canavas, et après un rude travail la pièce a été reprise le 18 janvier 1788.
Un critique écrit :
« On a remis avec le plus grand succès le Prisonnier anglais.
» Les morceaux de musique qu'a ajoutés M. Grétry, sont remarquables par leur nombre et leur beauté, qui a été vivement sentie. La plupart ont reçu les plus grands applaudissemens. »
La partition écrite du maître a été acquise en 1881, au prix de 105 francs, à la vente de J. Kafka, à Paris, pour la commission (i) chargée de la réimpression des œuvres de Grétry, sous les auspices du Gouvernement belge. Précieuse partition originale, avec un trio et autres, probablement ajoutés, et non écrit de la main de l'auteur.
1788. 18 février. Reprise du Prisonnier anglais, de Grétry.
Cette pièce refaite a gagné du côté du plan, mais elle a un peu perdu du côté de l'intérêt, et à moins d'originalité.
Le Prisonnier Anglais, en 3 actes, aux Italiens, fut encore remis en 1793 avec de grands changements.
On a remanié le tout, et la 2'^*' représentation eut lieu le 18 janvier 1788.
Le 26 juin 1788, à la Comédie-Italienne, le Rival confident, en 2 actes, de Forgeot, donné sans succès.
Cette bagatelle n'offre au fon 1 qu'un tissu d'invraisemblances, mais ce défaut est racheté, s'il peut l'être, par une foule de traits heureux et de plaisanteries assez gaies.
(i) Cette commission se compose de MM. Gevaert, président, Radoux, De Burbure, Samuel et Ed. Fétis. secrétaire. C'est grâce à la protection accordée aux Beaux-Arts par M. Rolin-Jaequemyns, Ministre de l'intérieur, qu'on doit cette publication nationale, qui formera une belle collection de partitions.
Cette publication précieuse est confiée à la maison Breitkopf et Hârtel à Leipsick, et formera une collection de trente-trois partitions avec réduction au piano. Le prix de souscription est de fr. 15 par volume. Chaque année paraîtront trois partitions, grand in-folio.
Ce projet soumis aux Chambres belges, par M. Rolin, fut accueilli favorablement, aussi, cette collection formera une des plus intéressantes publications connues.
La musique de celte petite coQiédie n'ajoute rien à la gloire de Grétry. (Correspondance littéritaire de Grimm, juillet, 1788.)
Cet opéra a été remis avec des changements le 6 octobre 1788. Voici l'opinion du Journal de Paris sur cette reprise : « Cet opéra qu'on a remis hier avec succès, avoit paru pour la première fois au mois de juin dernier. La pièce avoit réussi; les auteurs, plus sévères que le public, l'ont remis avec des changemens ; il y a trois ou quatre nouveaux morceaux de musique; leur zèle a été payé par de justes applaudissemens. »
Voici l'annonce officielle de cette reprise :
Aujourd'hui , 6 octobre, la i'" représentation de la reprise du Rival confident, comédie nouvelle en 2 actes, en prose mêlée d'ariettes.
On y remarque une ronde fort gaie : L'âge a su borner nos désirs, et une ariette fort originale : Ici, lorsque l'on est heureux.
La ronde de cette pièce se distingue par des qualités de premier ordre. (Voir Clément, Dictionnaire lyrique.)
Poëme, Paris, chez Prault.
Amphytrion, en 3 actes, de Molière et Sedaine, donné lelojuillet 1788.
Nous avons déjà dit, que l'artiste de la musique est M. Grétry; ce nom nous dispense de tout éloge. Nous hasarderons de lui observer que dans la 1'® scène de Sosie avec Amphytrion, la musique du rôle de Sosie tient plus de la cruauté que lui inspirent les menaces de son maître que de la véritable situation des parties d'esprit où il doit être ; mais elle n'en est pas moins agréable, et nous pensons que cet ouvrage est propre à soutenir la réputation de son auteur.
M. Chardini rend le rôle de Jupiter; Chéron celui d'Amphytrion; Mercure est rendu par Rousseau, et Sosie par Lays ; M"*' Billette est chargée du rôle d'Alcmène et M"" Gavaudan la cadette, de celui de Bromia, femme de Sosie.
Quoiqu'il en soit elle a été écoutée assez froidement.
Les ballets sont de la composition de M. Gardel. (Journal de Paris.)
Une des plus bizarres idées qui soient venues à Sedaine, c'est de refaire en opéra-comique V Amphytrion, un des chefs-d'œuvre de Molière, et de le faire jouer au Grand-Opéra.
La pièce a été mal reçue; mais l'administration de l'Opéra, dévouée à Grétry, a prodigué, pour soutenir sa musique, toutes les ressources des ballets, et cela suffit pour faire aller la pièce quelque temps. Cette musique est si mauvaise que le morceau qu'on y applaudit le plus, est un pont-neuf fort médiocre, mais assez gai, très inférieur aux barcaroles de Venise. Il n'y a pas d'apparence que cette rapsodie soit jamais reprise. (La Harpe, Correspondance littéraire, t. XIL)
La musique n'a point rempli ce que semblaient promettre et la nature du sujet, et les contrastes heureux qu'il présentoit au compositeur, et le caractère même du talent qui distingue plusieurs ouvrages de Grétry. Le récitatif est la partie la plus négligée de cet opéra. {Correspondance de Grimm, t. IIIL)
La musique de cette pièce ne parut point à la hauteur des autres partitions de Grétry. On y remarque un beau duo entre Mercure et de Bromia et un autre entre Sosie et sa femme. (Dictionnaire de Larousse.)
On raconte le fait suivant au sujet de l'opéra Amphytrion :
Le chanteur renommé Lais, désirant faire remettre cet opéra, vint trouver Grétry peu de temps avant sa mort. Il voulait ajouter un air au rôle de Sosie, et spontanément malgré les souffrances du célèbre maître, il composa sur des paroles, que lui fit son neveu A. Grétry, un air délicieux.
Ce dernier morceau de Grétry était le Chant du Cygne.
On a trouvé que M. Sedaine avait porté un peu trop loin les sacrifices exigés par le musicien, et que d'ailleurs le sujet n'était pas aussi propre qu'il l'avait cru à être mis en musique.
Il y a quelques morceaux au commencement, et au 3"'^ acte une scène, celle qui contient l'air : A Vénus disait Junon, \Ta\m(ir\{ faits pour la musique. Aussi ces endroits n'ont-ils pas manqué leur effet. Le public y a retrouvé le talent du compositeur.
Le reste n'a pas paru faire tant de plaisir.
Les récitatifs sont faibles et contrastent singulièrement avec les autres compositions de Grétry. 11 n'y avait dans tout l'opéra que quelques airs et morceaux d'ensemble qui furent applaudis.
Artistes : Mesd. Billette, Gavaudan, MM. Chardini, Chéron, Rousseau et Lays.
Ballets, pai' Gardel.
Artistes de la danse : Mesd. Pérignon, Coulon, Elsberg, Millers, Troche, MM. Gardel, Vestris, Nivelon, Lauveu et Laborie.
Raoul-Bai'be-bleue, en 3 actes, de Sedaine, qui suit de près le Rival confident et le comte d'Albert, fut donné le 2 mars 1789, à la Comédie- Italienne.
La musique a paru faire le plus grand plaisir; il y a des morceaux d'un pathétique déchirant, de grands airs, des morceaux d'ensemble, ainsi que de grandes beautés d'orchestre, qui ont excité les plus vifs applaudissements. (Journal de Paris.)
La musique indique plus de soin pour l'harmonie,' et une plus grande richesse d'instrumentation que dans les autres œuvres de Grétry. Le
dernier Irio entre Isaiire, Vergi et Barbe-Bleue, i)roduisil le plus i,Mand effet. Comme musique imitative on remarque dans cette partition un effet d'orchestre tendant à rappeler le galop cadencé des chevaux. (Aperçu historique déjà cité.)
Mad. Dugazon a exprimé tantôt avec feu, tantôt avec douceur, toutes les nuances de la sensibilité; M. Michu a mis beaucoup d'intelligence dans le rôle de Vergy, et M. Chénard, qui joue le rôle de Baoul, a inérité les éloges. {Journal de Paris.)
La musique de ce drame a paru en général plus savante et d'une harmonie moins uniforme dans ses accompagnemensque beaucoup d'autres compositions de Grétry; on a trouvé son orchestre plus varié et plus soigné en même temps; le duo entre Isaure et Vergi est d'un effet déchirant. {Correspondance de Grimm.)
En 1866, on représenta à Vienne un opéra de J. Offenbach, sous le titre de : Barbe-Bleue.
Selon le critique Adolphe Hirsch, Offenbach a beaucoup pillé dans l'opéra de Grétry, et la pièce n'obtint aucun succès.
Cet opéra fut donné sur le théâtre An der Wien.
Raoul-Barbe bleue releva Grétry dans l'opinion de ceux qui croyaient à une décadence de son talent. Il a imprimé à sa musique un caractère sombre et sauvage, qui prouve son goût et son génie. L'ouverture en est excellente; elle annonce le genre de la pièce et renferme des passages d'une expression très énergique. En général, cet ouvrage moins connu et moins cité que beaucoup d'autres, parce qu'il est moins chantant, satisfait le connaisseur, qui y découvre avec plaisir les beautés austères qu'il devait présenter.
1789, mardi 17 mars, à VO]^éra, Aspasie, en 3 actes, de Morel.
Le mérite de Grétry, auteur de la musique, est tellement connu, que nous nous dispenserons de tout éloge.
Plusieurs chœurs ont excité de grands applaudissemens et les airs de danse, qui sont très mélodieux, ont paru plaire généralement. {Journal de Paris.)
Tous ont des mouvemens intéressans; mais les trois rôles les plus étendus sont ceux d'Alcibiade, d'Aristorphane et d'Anacréon; tout trois sont joués avec beaucoup de goût dans le chant et d'intelligence dans la scène. MM. Lays et Chardini ont obtenu les plus grands applaudissemens. On applaudit avec transport la grâce, la noblesse et la variété des tableaux formés par les groupes exécutés dans le Lycée, pour la fête d'Apollon.
La pantomime exécutée par M"*' EIsberg, MM. Vestris etCuyon, dans
la fête de Bacchus, a été fort applaudie. On y voit dans la fête MM. Gardel, Vestris, Favre, Hiiard, Giiyon, Frédéric, Laborie, Mesd. Pérignon, Rose, Laiire, Coulon, Deligni, Troche et Diivaly.
Cette dernière, élève de Gardel, a dansé pour la première fois; elle a été très applaudie.
Artistes : Mesd. Maillard, Gavaudan, MM. Lays, Lainez, Cliéron, Cliardini et Le Brun.
Un critique écrit :
« Tout le monde s'accorde aussi à trouver fort ridicule l'opéra-comique de Barbe-bleue, que notre confrère Sedaine a été prendre dans la bibliothèque bleue, et tout le monde court le voir, et tout le monde a raison. Mad. Dugazon y. joue avec une grande supériorité.
» On joue au Grand-Opéra une yls/^tw/^, en 3 actes, de Morel et Grétry (17 mars 1789), qui ne vaut pas mieux que Barbe-bleue, et qui n'est pas moins suivie, quoiqu'on ne soit guère embarrassé qu'à décider lequel est le plus mauvais de la musique ou des paroles. La partie des décorationsest bien entendue, et Aspasie en particulier présente le plus beau spectacle possible. Une bacchanale dansée par tous les premiers sujets de l'Opéra, excite aussi l'admiration du public. La musique est de Grétry qui n'est plus rien. Les paroles sont sous le nom d'un M. Morel, non pas auteur, mais entrepreneur d'opéras. » (La Harpe.)
On le voit, La Harpe est assez mordant dans ses jugements.
Le jour de la première représentation Grétry adressa aux journaux celte lettre qu'on trouve dans le Journal de Paris :
« Messieurs,
" Un des premiers sujets de la danse à l'Opéra m'a demandé un air dans le genre et le caractère de celui des Sauvages de Rameau pour l'opéra à' Aspasie que l'on donne aujourd'hui ; cet air étoit sans doute plus aisé à imiter qu'à créer ; celui que j'ai fait, quoique différent par la mélodie ou le chant, en a souvent conservé le rhitme ou le mouvement, parceque c'est surtout sur le rhitme musical que le Danseur règle ses pas. Je n'ai pas voulu copier Rameau, mais j'ai voulu complaire à un artiste dont le rare talent est bien fait pour contribuer au succès d'un Opéra-Ballet. » G-rétrY. «
La partition, qui n'est pas gravée, n'est plus connue que par le duo resté longtemps célèbre : Donne-la moi, dans nos adieux. (Dictionnaire de Larousse.)
On n'a guère reconnu dans la musique de cet ouvrage le talent de M. Grétry. Parmi les airs de danse qui composent la partie essentielle
de l'opéra û'Aspasie, on en a distingué deux ou trois d'un caractère très neuf et très piquant, presque tous ont au moins de la grâce et de la fraîcheur. {Correspondance de Grimni, t. V.)
1790, mardi 13 janvier, à la Comédie-Italienne, Pierre le Grand, en 4 actes, de Bouilly.
Si quelque chose pouvait ajouter à la réputation et à la gloire de M. Grétry, ce serait sûrement cette nouvelle production ; il y a déployé toutes les ressources de son art et celles d'un génie aussi heureux que fécond. Le public a fait recommencer deux couplets; le premier, chœur au 3""^ acte, est un morceau chanté par M. Chénard, et dans lequel cet acteur, qui joue le rôle du Genevois Lefort, chante devant de bons paysans l'histoire duCzar, sans que ceux qui l'entourent se doutent qu'il est présent; le second, chanté par Mad. Dugazon à la fin de la pièce et qui contient un éloge très agréable de Louis XVL Les transports qu'a excités ce dernier couplet, prouvent, etc.
Nous avons d'ailleurs été entraînés par l'attrait que le musicien a répandu sur les différentes situations qu'il a peintes, par les contrastes heureux qu'il a su se ménager, par des chants délicieux et toujours analogues aux caractères des personnages, par des accompagnemens très ingénieux; enfin par des chœurs d'un très bon effet.
Quant à la manière dont cette pièce a été jouée, le public a manifesté, par les plus grands applaudissemens, la satisfaction que les acteurs lui ont fait éprouver. (Moniteur universel.)
La seconde représentation eut lieu le samedi 16 janvier 1790 et la 23'"® fut donnée le 28 novembre, (i)
Le génie du maître se retrouve principalement dans l'ouverture, q iii est d'un bel effet.
Grétry y a introduit un fort joli motif de danse russe, qu'il a ensuite ingénieusement employé dans une ariette.
L'air : Oui mes amis, etc., et le duo : Oui tes services, etc., sont des morceaux de grande valeur.
Selon Martine, c'est une des faibles productions de Grétry.
(i) Cette année la musique de Grétry est plus goûtée que jamais. Nous avons consulté les programmes officiels et voici les pièces jouées pendant cette année, au nombre de vingt-deux : Le Magnifique, la Fausse Magie, Aiicassin et Nicolette, Richard, les deux Avares, le Comte d'Albert et sa Suite, Zémire et Azov, les Evénements itnprévus, les Méprises par ressetnblance, le Tableau parlant, Raoul-Barbe-bleiie , l'Epreuve villageoise, la Rosière de Salcncy, l'Ami de la Maison, le Jugement de Midas, Panurge, la Caravane, le Rival confident, Luc i le et le Mariage d'Antonio, de Lucile Grétry.
A plusieurs soirées on représentait aux I aliens deux opéras de Grétry.
La musique nouvelle de Gluck et de Piccinni avait exercé une grande influence sur l'esprit et le talent du maître liégeois, et il travaillait avec une nouvelle ardeur.
En 1806, on reprit Pierre le Grand, avec M"^ Pelet, qui a introduit un beau duo, qui était nouveau pour tout le monde, et a été fort goûté et vivement applaudi.
On assure que Grétry, enchanté de cette résurrection d'un de ses petits-enfants, a sauté au cou de celle qui avait fait le miracle, et l'a solennellement embrassée dans le foyer en présence de toute la bande joyeuse, accompagnant ce transport des éloges les plus flatteurs.
Le couplet où l'on fait des vœux pour la prospérité de l'empereur de Russie, chanté avec bravoure par M"^ Pelet, excita dans l'assemblée le plus vif enthousiasme. {Journal des Débats.)
L'Art musi cal, ûe l'année 1866, donne d'intéressants détails sur Pierre le Grand
Grétry et les voleurs de ses partitions en 1791.
L'opéra en 3 actes : Raoul Barbe-bleue, musique de Grétry, fut joué à Paris le 2 mars 1789.
En 1790, on l'a représenté à Bordeaux, à Marseille et à Lille.
Avant que la partition ne fut publiée, celte musique lit les délices des habitués du spectacle de ces trois villes.
Il est à supposer que le bibliothécaire,le copiste ou tout autre employé de la Comédie-Italienne a pris copie de la partition, en y laissant de nombreuses fautes, car Grétry lui-môme, dans une lettre adressée au Journal de Paris, s'en plaint amèrement.
Voici cette lettre :
« Je prie les directeurs desdits spectacles de corriger à l'aide de la partition gravée, la partition manuscrite de Raoul Barbe-bleue, qui leur a été donnée par des mains infidèles ; c'est le seul dédommagement que je leur demande pour avoir joué mes pièces sans mon aveu. L'espoir qu'il existera bientôt des lois qui feront respecter la propriété des artistes, me font supporter avec patience cette dernière injustice. »> 1791. l*" janvier. « Grétry. »
On le voit, les ojiéras de Grétry furent tellement en vogue, que déjà avant la publication de la partition on trouvait le moyen, à l'insu de l'auteur, de les représenter.
— biT —
L'auteur publia seulement la partition de cet opéra en 179 J, rue Poissonnière.
On comprend aisément combien les directeurs des différents théâtres de France désiraient monter les opéras de Grétry si applaudis sur les premières scènes de Paris, et combien il était difllciie de se les procurer avant leur apparition.
En tout cas, c'est un acte bien audacieux que celui qui s'est pratiqué à l'éiçard de la partition de Raoïd-Barhe- Bleue.
Aucune loi n'existant sur la propriété d'ouvrages littéraires ou de compositions musicales, l'auteur était impuisant à poursuivre l'infidèle.
Aujourd'hui cette loi existe depuis nombre d'années, et elle garantit la contrefaçon de toute propriété.
A propos de propriété, une lettre, dont nous donnons la copie, fut adressée par Grétry à Beaumarchais. La voici :
« On répète Nina (i) aux bouffi ; il n'y a pas une scène dérangée ; on a traduit le poème en italien, on a fait d'autre musique et ils se croyent en droit de nous prendre ainsi nos poèmes ! Si vous les laissez faire bientôt à la 4'"^ et 6™^ représentations d'un ouvrage, soit comédie ou opéra, on prendra le sujet, on y plaquera de la musique italienne, un opéra-comique n'est pas un ouvrage de stile ni d'érudition. L'originalité du sujet, la conduite de l'ouvrage, des situations bien amenées, voilà ce qui en fait le mérite et prendre tout cela c'est tout prendre; la traduction n'y fait rien. On remet en musique mes ouvrages de d'Hele et d'Anseaume, qui sont morts. Cela est-il dans l'ordre! J'en parlai un jour à M. Lechapellier ; il me dit en propres termes ; « Cela ne doit pas être, « vous êtes mari et femme quand vous vous associez pour faii o un « ouvrage ; vous avez contribué à faire valoir les paroles comme le » poète a donné lieu à vous faire faire de la bonne musique en prépa- » rant la place où l'on doit chanter ; c'est l'ouvrage à tous deux ; il doit » être votre propriété jusque après la mort des deux auteurs. »• Hé bien, M.Chônier, lui, a prêché le contraire et il a cessé de s'en occuper. Il est encore tems, mon ami, de gagner notre cause. Ne trouveriezvous le moyen dédire à la suite de la liberté de^ presse, dont on va s'occuper.
M On ne pourra traduire dans une autre langue aucun ouvrage sans le consentement de Vauteur à moins que Voriginal n'ait été composé dans un pays étranger. Les ouvrages dramatiques mis en musique étant la propriété de deux auteurs, on ne pourra, après la mort d'un des
(i) Nina, ou la Folle par amour, de Dulayrac, jouée le 15 mai 178G.
deux, ni remettre les paroles sur d'autre musique, ni la musique stir d'autres paroles, sans le consentement du dernier existant.
" Tâchez de faire ce coup superbe, mon cher ami, je sais que la chose presse ; mais vous êtes si actif, si aimable, si pressant quand vous voulez quelque chose de juste, qu'on ne peut vous résister.
» Je vous embrasse de tout mon cœur.
» Paris, 18 août 1791. (i) « Grétry. »
En 1790, lorsque Méhul fit son premier pas à l'Opéra-Comique par Eiiphrosiue et Coradin, partition qui dénote un nouveau génie et qui obtint un très grand succès, Grélry en fut consterné, quoique celte musique manquât de grâce et de légèreté, deux qualités dominantes de la musique de l'artiste liégeois.
Déjà la musique de Gluck Tavait profondément ému en 1774, et avait excité son goût pour la musique dramatique.
En 1791, il redouble d'activité, malgré ses oO ans, et de cette année jusqu'à 1803, il compose : GnUlaume Tell, Basile, les deux Couvents, Joseph Barra, Lisbeth, Elisca, le Barbier de village, Denis le tyran, Anacréon chez Polycrate, la Bosière républicaine, le Casque et les Colombes, Delphis et Mopsa, etc.
Malheureusement l'artiste tombe souvent en voulant suivre ses contemporains, dans le genre banal, avec des formes outrées, des mélodies prétentieuses, des effets développés peu en harmonie avec sa nature et son talent ; aussi, la plupart de ses pièces sont tombées pour ne plus jamais se relever, à part Guillaume Tell et Lisbeth, qui ont obtenu la vogue en partie attribuée à la nouveauté du poème. Nous extrayons de la Biographie universelle de M. Fétis à ce sujet : « Au milieu des succès dont l'auteur de tant de productions voyait couronner ses travaux, un nouveau genre de musique, créé par Méhul et par Cherubini, s'était introduit sur la scène de l'Opéra-Comique. Cette musique, plus forte d'harmonie, plus riche d'instrumentation, et beaucoup plus énergique que celle de Grétry, devint tout à coup à, la mode au commencement de la révolution, et fit oublier pendant plusieurs années le Tableau parlant, l' Amant jaloux et la Fausse Magie. Il n'y a point d'auteur qui se résigne de bonne grâce à l'oubli du public: Grétry fut très-sensible à cette sorte de disgrâce, à laquelle il n'était pas préparé. Il n'aimait pas la musique nouvelle, mais il regrettait que des études plus fortes ne l'eussent point mis en état de lutter avec ses nouveaux
(I; LeHre communiquée pur M. Mélotte, amateur antiquaire distingué à Liège.
adversaires : toutefois, comme on ne se rend jamais justice sur ce qui touche l'amour-propre, il ne se considéra pas comme vaincu, et il voulut rentrer dans la carrière en imitant, autant qu'il le pouvait, un genre qu'il dédaignait au fond de l'âme. C'est à ces efforts pour y parvenir qu'on dut Pierre-le- Grand, Lisbeth, Guillaume Tell ei Élisca. Quoiqu'on retrouve dans ces ouvrages des traces de son ancienne manière, on aperçoit facilement le tourment qu'il se donne pour être autre que la nature ne l'avait fait. Les mélodies de ces productions n'ont plus l'abandon, le naturel ni la verve qui distinguaient les œuvres de la jeunesse de Grétry ; en un mot, il n'est plus qu'imitateur timide au lieu d'inventeur qu'il était. »
Larousse écrit dans son Dictionnaire :
« La révolution de 1789 avait imprimé au.\ esprits un cachet de sérieu.\ et d'énergie qui devait se refléter même sur l'art musical. Cherubini et Méhul introduisaient même dans l'opéra-comique le style sévère et les sonorités pompeuses do l'instrumentation.
» Grétry accepta désespérément la lutte, et écrivit Pierre-le-Grand (1790); Lisbetli (1797); Guillaume Tell (1791) el Elisca (1799), qui tombèrent. Il n'avait ni la science, ni la force suflisanles pour faire vibrer la corde d'airain des grandes passions dramatiques.
» Grétry ressentit vivement sa disgrâce passagère. Le désespoir faillit l'atteindre; mais bientôt une réaction se fit en sa ûtveur; les spectateurs de rOpéra-Comique demandèrent des tableaux plus riants, et Bichard, Zémire et Azor, le Tableau parlant, reparurent sur les afilches.
» La musique de Grétry brille surtout par le chant, le sentiment scénique et la vérité de l'expression ; mais une fois sa mélodie trouvée, et s'adaptant bien aux paroles, Grétry laissait de côté les ensembles et l'effet des masses chorales et instrumentales. »
xn.
Lettre de Grétry, communiquée par M. G. Becker, de Genève, au « Guide musical » de Bruxelles.
Nous extrayons de ce journal du 8 septembre 1878 : « Dans la courte biographie que M. Fétis a consacrée à André-Joseph Grétry, neveu, il a cru devoir accuser d'égoïsme l'illustre auteur de Richard cœur-de-Lion, de la Fausse Magie et de tant d'autres chefsd'œuvre. Sur quoi cette accusation a-t-elle été basée ? M. Félis a-t-il eu d'autres preuves que celle alléguée dans ladite biographie? Et cette
])reiive était-elle fondée, convaincante ? Déduire de la position précaire ô.u neveu — // était, dit-il, foute sa vie dans un état de malaise et de souffrance — le plus ou moins d'égoïsme de l'oncle, nous paraît passablement hasardé.
» Un contemporain du célèbre Grétry, J.-F. Reichardt, nous apprend (i) (;u'il supportait en vrai philosophe la perte de sa fortune. Et cet homme devait être égoïste ! Nous en doutons.
» Voici d'ailleurs une lettre qui donne une rude entorse à l'allégation de M. Fétis, On verra que si Grétry ne s'occupait pas trop de ses neveux — Dieu sait pour quelle raison — il s'intéressait du moins vivement à leurs pères :
« Monsieur,
•' Mon frère aine va perdre un bureau principal de tabac situé sur la place deIaComédie-Iiali<'rîne,ct qui luiraportait environ quatre mille iivi'os ; c'est son unique ressource, il est père de luiït enfans vivants, il est excellent-homme, et M. de la Voissiei- le reconnaît pour tel daignez Monsieur, le pourvoir d'une place de ce genre dans la nouvelle régie du taiiac, daignez le préférer à beaucoup d'autres mieux recommandés que lui, sans doute, mais, qui méritent moins de votre justice et de vos bontés, vous êtes amateur des arts. Monsieur, oserais-je espérer qu'un ai tiste qui, peut-être, a contribué quelquefois à vos délassements, trouve on vous une protection dont il a le plus grand besoin.
" Je suis avec respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
•' Paris, ce 23 mars 1791. » Grétry. »
Le samedi 9 avril i79i, à la Comédie-Italienne, Guillaume Tell, en -] actes, de Sedaine.
Nous extrayons de l'Ahnanadi des spectacles de 1792 : « Cette pièce, dont l'enthousiasme d'un parti a seul fait le succès, ne lait honneur ni au génie, ni au.\ principes de M. Sedaine. Mais, il a suivi l'impulsion du moment ; et, s'il est condamnable en cela, il l'est en si nombreuse compagnie, qu'il n'y a pas moyen de lui en vouloir. Si IMris/ocrafig était le parti dominant, M. Sedaine serait aristocrate; il n'en faut pas douter ; d'ailleurs, le succès excuse; tout On retrouve dans la musique, le talent créateur de JVI. Grétry. Au uni Cj.nposi.eur n a plus
(1) Voir ses lettres de Paris (1802-1803).
d'esprit et ne connaît mieux la magie du Théâtre. Nous répétons là une vérité rebattue depuis vingt ans. »
Voici d'autres jugements d'un critique du temps sur cette pièce :
« Des tal)leaux touciianls, des traits où le patriotisme et l'amour de la liberté respirent, ont fait réussir ce drame. La musique est digne en tout du sujet et la manière dont le poète l'a traité. M. Grélry, qui en est l'auteur, a toujours l'art de donner à son chant le caractère des situations des personnages qu'il doit peindre. Il a fait plus dans cet ouvrage; il y a le style particulier de la musique du pays où se passe l'action. Il a placé dans son ouverture le fameux Rnnz des Vaches.
» On a demandé les auteurs, et surtout l'acteur nouveau qui a rempli le rôle de Gésier. Sur le refus de M. Chénard, M. Philippe, Mad. Delorge et Ellcviou ont paru.
» Parmi les morceaux saillants de cette partition citons : le duo entre Marie et le jeune Tell : Ah ! nous serons bien heureux; la ronde champêtre : Noisette je ne veux point te cueillir; puis le final du l"" acte; l'air de Gésier : Qui jamais eut pensé, et le chœur suivant.
» Depuis long-tems on n'a rien vu de si beau que les costumes de cet opéra, monté avec le luxe le plus éclatant et les soins les plus recherchés.
» Celte magnificence, toujours soumise aux caprises du goût, fait honneur à l'administration trop persécutée de ce théâtre.
» M"*" Henri et Lays chantaient les principaux rôles. »
Le 24 mai 1824, il fut remis avec des changements importants dans le poëme.
H. Berton réorchestra la partition de Guillaume Tell, qui fut publiée par A. Petit, à Paris, sous ce titre :
Guillaume Tell, drame lyrique en 3 actes, du célèbre Grétry, remis à la scène avec des changements au poème par de Pellissier et à la musique par II. Berton.
Ce drame fut ainsi chanté h Paris à l'Opéra-Comique par Mesd. Boulanger, Rigaut, Charles, Bordes, MiM. Le Clerc, Huet, Valère, Lafeuillade, Vizentini, Henri et Belmie.
Manifestation au théâtre de (jîànd, en l'honneur de Grétry, l'an 1 794.
Les opéras de Grétry ont été i)cndant nombre d'années au répertoire du théâtre de cette ville.
On avait repris à Paris, récemment, l'opéra GidUamne Tell, avec des clianG;enients importants dans le poëme.
Cet opéra fut donné à Gand dans des conditions très favorables.
Il y avait grand enthousiasme et foule à celte solennité nationale, qui attira un public nombreux.
Des bravos unanimes accueillirent cette production, et le buste de l'immortel auteur fut apporté et couronné à la demande générale des spectateurs.
A ce moment solennel toute la salle se levait et acclama avec une frénésie extraordinaire le compositeur illustre.
L'orchestre, les acteurs, enfin tous avaient contribué à donner à cette représentation tout l'éclat dû à ce célèbre corn pat liute.
4792, en janvier, Cécile et Ermance, en 3 actes, poëmede Desprès, pièce qui a été froidement accueillie.
Cependant la musique, dit le Moniteur tuiiversel, « a offert plusieurs beautés, et on a lieu de crojre qu'à mesure qu'on l'entendra, on en découvrira encore davantage. » (27 janvier 1792.)
Cet ouvrage a été représenté généralement à la Comédie-Italienne sous le titre de : Les deux Couvents.
Grélry,à la fin de sa carrière, a eu souvent la main malheureuse quant aux poèmes qui lui ont été fournis.
Le 24 octobre 1792, Basile, ou à Trompeur, trompeur et demi, en 1 acte, joué à la Comédie-Italienne.
C 't ouvrage est tiré du roman de Don Quichotte.
Le Journal de Paris écrit :
« La musique a paru digne de Grétry; on y trouve plusieurs morceaux qui iai)pellent sa première originalité, et qui promettent que cette imagination si féconde n'est pas encore épuisée. »
Cet opéra ne doit pas avoir réussi, car nous n'avons rencontré qu'un seul programme où il est alliclié.
1792, 29 juin, au Vaudeville, Piron avec ses amis, en 1 acte, de J. M. Deschamps.
Poème, Paris, chez le libraire du Vaudeville. ^
11 y a un air de Grétry :
Qu'un jour ce temple nouveau, Devenu rival du caveau, etc.
et un autre de Guichard :
Avoir dans sa cave profonde Vin excellent, en qualité, etc.
1793, 23 décembre, Clarice et Beltou, opéra donné aux Italiens.
C'est le Prisonnier anglais, tombé jadis, et que les auteurs ont révisé avec des changements heureux,
A cause d'un tumulte confus occasionné par un changement de s[)ectacle, cet opéra n'a pu être apprécié à sa juste valeur. [Dictionnaire de Larousse.)
C'est M. Fétis père, qui dans ses Curiosités musicales désigne cet opéra comme étant de Grétry.
Nous avons fait des recherches constantes, et finalement le programme porte sans indication d'auteurs : Clarice et Belton.
Le 25 mars, la même pièce est donnée avec une autre de Grétry : Les Evénements imprévus .
31 mars. Le programme de TOpéra-Comique annonce : Aucassin et Nicolette, et Clarice et Belton.
10 avril, Clarice et Belton, avec le Déserteur, 16 » Clarice et Belton.
21 » Même pièce.
A cette époque on jouait encore l'opéra Guillaume Tell. Le comte d'Albert et sa suite, joué le o mars et le 19 du môme mois 1793, y figure encore avec le Tableau parlant.
1793. La blanche Haquenée.
Sous ce titre Gerber, dans son Lexicon, cite une pièce de Grétry, mais nous n'avons trouvé trace nulle part. Y a-t-il erreur?
1793, 26 février, salle Favart. Le Congrès des rois, opéra en 3 actes, pièce révolutionnaire.
On prétend queGrétry, Berton, MéhuI, Blasius, Devienne, Solie, Trial fils, Cherubini, Jadin et autres y ont travaillé.
Prosper Deshayes, probablement fils du célèbre maître de ballet, en est le principal auteur. Le poëme est de Desmaillots.
La pièce a été très mal accueillie et suspendue par ordre des Magistrats de Paris.
1793, 26 décembre, à l'Opéra, la Bosière républicaine, ou la Fête de la raison, de Sylvain Maréchal.
Cette partition qui n'a pas été gravée, n'obtint aucun succès.
Il y a un tableau représentant une église, où le chant est accompagné par l'orgue.
Interprêtes : Mesd. Maillard, Cliéron, Gavaudan, MM. Adrien (artiste belge), Chéron, Lays, Rousseau, Dufresne. (i)
1794. Le 5 juin, à l'Opéra-Comique, Joseph Barra, en 1 acte, de Lévrier de Champrion, joué à la Comédie-Italienne.
L'afilche du 3 juin 1794 annonce :
« En attendant la V^ représentation de Joseph Barra, fait historique en 1 acte, etc. »
La seconde représentation eut lieu le 7 juin suivant, devant une salle comble.
Les aliiches n'annoncent point une troisième, ce qui fait supposer que la pièce n'eut aucun succès.
On sait que J. Barra fut un personnage révolutionnaire; il était a l'âge de 12 ans tambour dans l'armée républicaine, et fut pris par les Vendéens qui lui ordonnèrent de crier: Vive Louis ZF//;irrépondit héroïquement: Vive la Bépublique. 11 mourut percé de coups et obtint l'honneur d'être enterré au Panthéon.
Faisons suivre différents jugements du temps sur Joseph Barra :
« Grétry s'est oublié. Un chœur neuf et agréable, voilà tout; c'est trop peu pour Grétry. » {La Décade.)
Le théâtre de l'Opéra-Comique célébrait le jeune héros français Joseph Barra vivant; et le jour même où la France eut à pleurer sa perte, le théâtre de la rue Feydeau a célébré son Apothéose; c'est-à-dire, l'inauguration de son buste et la fête que lui a décernée la commune où il a reçu le jour.
« L'auteur de la musique est M. Grétry; on y retrouve toute cette fraîcheur, cette gaîté, cette origin,;lité piquante qu'on admire depuis si longtemps dans cet inépuisable et ingénieux compositeur. On a surtout remarqué un air de Barra; un do l'ivrogne dans lequel il rejette son bras avec sa manche, de la manière la plus comique; et un quintette plein de chant. L'ouvrage a beaucoup réussi.
« La pièce provoqua beaucoup d'enthousiasme, mais on y reproche quelques longueurs. {2)
» C'était plutôt une pièce patiiulique avec paroles de Ph. de Lévrier, de la Bibliothèque.» (Gazette nationale )
(1) Nous avons souvent remarqué, que plusieurs revues et journaux s'abstiennent à rendre compte des ouvrages non réussis de Grétry.
(2) Sur la proposition de M. Lombard Lachaux, l'assemblée de la Convention nalio. nale meta la disposition du ministre de l'intérieur, une somme de cent mille livres,
1794. 23 août, à l'Opéra, Dénis le Ujran, maître d'école à Corinlhe, en i acte, de Sylvain Maréchal.
Cette pièce fut jouée dans la salle construite en face de la Bibliothèque de la rue Uichelieu, aux Irais de Marguerite Brunct, connuesous le nom de Mad. Montansier.
C'est une pièce historique relative à Louis XVI.
Grétrya eu tort de mettre cette pièce en musique, d'autant plus, que Louis XVI l'avait beaucouj) encouragé par la représentation de ses opéras à la cour.
C'était montrer peu de reconnaissance çnvers son ancien protecteur.
1794. 19 septembre, à l'Opéra-Comique, Caliias, on Nature et Pairie, en 1 acte, d'Hoffmann. C'est un drame héroïque. (Voir les Mémoires de Grétry.)
Grétry dit, « qu'il a tâché de donner à cette partition une couleur antique en employant de préférence des intervalles de quarte. »
C'est le célèbre EUeviou qui y déclamait avec beaucoup de verve les poésies.
Aucun nouvel opéra de lui n'ayant paru jusque là, quelques {lersonnes croyaient que ses nombreux ouvrages avaient épuisé son génie.
XYL
Piojet d'établissement d'une école de musique à Liège
en 1 796. Correspondances à ce sujet entre
Henri Hamal, compositeur à. Liège, et Grétry.
Pendant les années 1794 à 1797, Crétry a eu une époque où le repos lui était nécessaire. Des crachements de sang, qui l'avaient forcé d'abandonner la place d'un des inspecteurs du Conservatoire de musique, le décès de sa mère, les soucis de cette famille tant éprouvée par la mort de son frère aîné, ses inquiétudes pour élever cette nombreuse famille, leur j)rocurer un avenir, tout cela avait profondément ébranlé sa constitution si compromise déjà.
Henri Hamal, un des bons musiciens de Liège, conçut le projet de doter sa ville natale d'une école de musique, pour former des musiciens d'orchestre, des chanteurs, etc.
pour être distribuée aux vingt spectacles de Paris, à titre d'indemnité des représentations qu'ils ont données pour le peuple.
L'Opéra reçut une somme de 8,500 livres et l'Opéra-Comique une de 7,000 livres.
Pendant le l'' trimestre, on représente dans plusieurs théâtres des pièces do circonstance et en faveur de la république. Il est probable que. le public était admis gratuitement aux représentations de J. Barra.
Le mailre eut l'heureuse idée de s'adresser à Grëlry pour la réussite de ce projet, et voici la lettre qu'il adressa au compositeur liégeois à Paris :
» Au citoyen André Grétry.
» Mon cher ami, « Je vous envoie un mémoire avec un plan d'une école de musique que j'ai présenté au jury d'instruction qui l'a fait passer au département pour être envoyé au ministre de l'intérieur, je profite de l'occasion pour vous le faire passer, je ne doute aucunement que vous ne ferez tous vos efforts auprès de vos amis membres de l'institut national pour le faire approuver; c'est à la sollicitation des malheureux artistes que j'ai tracé l'idée d'une école primaire de musique qui put s'accorder avec nos moyens qui sont presque nuls. Elle serait sous l'inspection du jur}' central d'instruction et de l'administration du département. Les élèves les pins capables pourraient ensuite aller se perfectionner au Conservatoire de Paris, qui est censé être l'école principale de la république. L'établissement que je me suis proposé do faire à Liège, pourrait beaucoup mieux valoir que les conservatoires de Naples, qui sont dans le plus mauvais état et que j'ai vu de près pendant un an. Il est si doux, mon ami, d'obliger de malheureux musiciens que je connais depuis trente ans! J'ai résolu de sacrifier le peu d'années qui me resient à les aider; c'est à vous à me seconder et qu'il est réservé de soutenir, à Paris, la gloire de la musique de Liège que vous avez tant illustrée, et à moi de faire mettre en pratique les excellons conseils que vous donnez dans votre ouvrage que je ne cesse de lire. Au reste, si je ne réussis pas dans mon projet, je n'aurai rien à me repfocher; j'aurai toujours la satisfaction de me dire que j'ai fait tout nim possible pour obliger mes concitoyens. Mais vous et moi ne verrions pas sans peine tomber l'art musical dans notre commune patrie où il y a eu tant de succès jusqu'à présent. « Liège, 9 janvier 1797. « H. Hamal,
« membre du jury d'instruction. "
Faisons suivre la réponse de Grétry :
" Au citoyen Henri Hamal, à Liège,
" L'administration centrale du département de l'Ourthe, mon cher concitoyen, m'avait déjà envoyé votre mémoire; je ne puis que vous louer du rôle qui vous anime, comme artiste, né dans le même pays que vous, mon ami, vous verrez dans la lettre que j'écris à Bassenge
par le mêrae courrier, où en sont vos affaires, et vous verrez que je n'avais pas attendu votre louable sollicitude pour m'intéresser au sort des artistes liégeois.
w Recevez mes salutations fraternelles.
" Paris, 28 janvier 1797. » Grétry. »
Ce n'est que le 23 avril 1827 et après bien des obstacles que le projet Hamal-Grétry reçut sa réalisation et qu'on fonda le Conservatoire de musique de Liège.
Grétry était à cette époque en correspondance suivie avec Reynier, Hamal, Bassenge, Henkart et autres.
Grétry, membre de llnsLitut. (i)
Grétry est nommé Membre de l'Institut de France en 1796.
A sa mort, en 1813, Monsigny a été nommé unanimement membre de la 4'"^ classe de l'Institut à la place laissée vacante par Grétry.
Parmi les solicitants on citait Boieldieu, Catel, Berton et Cherubini,
En sa qualité de Membre de l'Institut, (irétry fut appelé à donner son jugement sur plusieurs ouvrages sérieux concernant la musique et les instruments.
A cette époque il contribua suffisamment par ses talents au livre suivant en société de Gossec, MéhuI, Sarette et Cherubini.
Instruction publique. Conservatoire de musique. Eclaircissements sur
(i) En cette même année on représenta à Liège ; La Fée Urgèle, musique de Grétry et autres compositeurs. Voici l'affiche du jour : Mercredi 14 septembre 1796 ^28 fructidor an 4).
Les Artistes Dramatiques donneront aujourd'hui 14 septembre, au bénéfice du citoyen Delys et son épouse, abonnement suspendu, une première représentation de la Fée Urgèle, ou ce qui plait aux Dames, opéra-féerie en vers et en quatre actes, nouvellement rerais^u théâtre, avec des augmentations, musique des citoyens Cherubini, Duni, Philidor et Grétry. orné de tout son spectacle, d'un ballet de Provenceanx, dans lequel le citoyen Brout, danseur des italiens, exécutera plusieurs pas seul, et de deux. De plus, une décoration neuve, laite par le citoyen Durieux, membre des artistes dramatiques. Ce spectacle sera précédé des Deux Jocrisses, ou le Négociant de fraîche Date, nouvel opéra-comique en prose et en un acte.
Ou prendra aux premières loges deux escaliers, aux secondes un escalier, au parterre cinq sous et le militaire une livre en assignats, comme à l'ordinaire. L'on j)ayeraen numéraire les prix ci dessus, ou au cours du jour en monnaie républicaine.
M. Mélotte, amateur à Liège, possède la pièce ci-dessus qui est assez curieuse, v-t où le nom de Grétry egt çjté. Elle a rapport au théâtre de Liège.
le Conservatuire de musique adressés à la commission des dépenses du conseil des Cinq-cents, par les inspecteurs de la commission chargés de l'organisation de cet établissement. In-8". Paris, imprimerie de la République, (i)
Déjà en 4780, Vignon édita ;>. Paris l'ouvrage : Table raisonnée des Principes de musique et de l'Harmonie, etc., qui fut a.nprouvé par Pliilidor, Grétry et Rigel.
Lisbeth, en 3 actes, de Favières, fut représentée au théâtre Favart, le 40 janvier 4797, et celte pièce, à cause du mé/Jiocre iibrelto, ne fut pas trop bien reçue, malgré quelques jolies bluettes.
On lit dans l'ouvrage précité de Blartine :
« On trouve plus de chant dans Lisbeth que dans Pierre-le-Grand. Les couplets de Nannette sont agréables, aussi bien que l'air : Je connais la bonne jeunesse, dont le caractère peint l'aimable bonhomie de Gesner. Les accompagnemens de la linale du premier acte sont remarquables par la couleur locale. Il y a une expression sensible dans l'air : Pauvre innocent ! il semble me sourire ; de l'énergie et de la chaleur dans la partie chantée par Simon à la fin du trio : Je vous entends cette fille coupable, etc. Quelques morceaux de l'ouvrage laissent à désirer, et particulièrement celui de Gesner : Que le réveil de la nature émeut doucement le cœur ! hs \)aTo\e?, promettent la plus belle musique, et l'attente n'est pas remplie. Un musicien a de grands écueils à éviter en traitant de semblables sujets dont l'exécution est presque toujours inférieure à ce qu'on en espérait. »
La musique de cet ouvrage est de (îrétry; on y retrouve toute la fraîcheur de sa jeunesse, avec la force de l'expérience. C'est une excellente réponse à ceux qui croiraient que les nombreux ouvrages de cet homme célèbre ont épuisé son génie. C'est le plaidoyer de Sophocle. Honneur à ce musicien-poète. La pièce est fort bien jouée en général. Mad. Saint- Aubin, surtout, a été fort applaudie.
Cette pièce, dont on a demandé les auteurs, qui n'ont point paru, a obtenu le plus grand succès.
A la seconde représentation une couronne fut jetée des loges, avec une pièce devers. On appela les auteurs, (irétry parut, amené presque de force par Mad. Saint-Aubin, qui, aidée de M'^- Carline, plaça sur sa
(i) Voir le catalogue Je la riche Bibliothèque musicale de M. Fétis père.
tète cette couronne bien due à ses talens et à cette suite de triompiies qui le rendront immorlel. {Moniteur universel.)
On a donné à l'Opéra-Comique avec beaucoup de succès, un ouvrage intéressant, intitulé Lisbeth, de Grétry.
Quant à la musique, le nom de Grétry impose pi'esque silence à l'observation. On y retrouve toujours d'ailleurs sa manière spirituelle et gracieuse ; mais quelque soit pourtant mon respect pour ce compositeur admirable, je dois lui faire un reproche sur une faute d'autant plus grave que son exemple peut entraîner, et servir d'excuse à ceux qui voudraient l'imiter; faute d'autant plus dangereuse qu'elle est applaudie et qu'elle accélère la corruption du goût. C'est d'avoir sacridé la vérité de l'expression du rôle de Gesner, au désir de faire chanter Solié dans la manière actuelle. Gesner, le peintre de la nature, roucoulant un chant maniéré, me paraît dans cet ouvrage un contre-sens aussi formel de la part du musicien, que si un peintre s'avisait de me représenter le bon-homme Lafontaine sous le costume d'un de nos incroyables. Grétry n'est pas lait pour céder ainsi aux sottises de son siècle.
La pièce est parfaitement bien jouée ; et des décorations d'un bon effet annoncent de la part des comédiens un soin qu'on leur reprochait avec raison de négliger. Les citoyens Chénard, Michu, Solié et la citoyenne St-Aubin reçoivent dans celte pièce des applaudissements très justement mérités.
On dit qu'à la seconde représentation le succès a été encore plus prononcé, qu'on a demandé les auteurs et qu'une couronne jetée sur le théâtre et destinée à Grétry, a été posée par les acteurs sur la tête du citoyen Favières : cette couronne a paru un peu légèrement donnée. (La Décade.) L. G.
Flaniand-Grélry, neveu du compositeur, composa :
Hymne à l'occasion de l'ouverture du temple eipiatoire érigé à la mémoire des augustes victimes, musique du célèbre Grétry (cnlr'acte de Lisbeth), in-8^ 1824.
Les paroles et la musique sont gravées pour le piano et lithographiées in-8°.
Anacréon chez Polycrate, en 3 actes, de î. H. Guy, suit de près l'œuvre précédente, et Anacréon fut représenté à l'Opéra, le 17 janvier 1797, à une distance de sept jours.
Grétry y avait introduit une danse pour clarinette solo, exécutée par Lefèvre et dansée par M'"' Chameroy.
Ce morceau fut applaudi universellement.
La musique du célèbre Grétry est bien ce qu'elle doit être, à quelques
réminiscences près, Iraiclie et mélodieuse; le musicien s'est encore plus identifié avec Anacréon que le poète môme ; mais on accuse avec quelque raison ses airs; de ballets d'un peu de monotonie. Lays chante le rôle d'Anacréon avec beaucoup de charme; sa physionomie laisse peut-être quelque chose à désirer dans un rôle de genre; mais sa voix et sa manière de chanter y suppléent suffisamment.
Le citoyen Henri développe dans le rôle d'Anais des grâces et de la sensibilité; le rôle de Polycrate est saisi avec esprit et noblesse par Adrien (artiste belge).
Les ballets nous reproduisent à la fois et les talons précieux qu'on aime tant à voir à ce théâtre, et des tableaux tout-à-fait ingénieux.
Le public a parfaitement accueilli l'ouvrage, tel qu'il est, et a prouvé aux acteurs qu'il était satisfait de cette première nouveauté qui doit nécessairement en voir succéder quelques autres. {La Décade.) L. C.
Encore un nouvel ouvrage de Grétry, encore un nouveau succès. Après deux ou trois ans de repos, la verve de ce compositeur inépuisable s'est ranimée avec plus de vigueur que jamais. Anacréon, qu'il vient de mettre en musique pour ce théâtre, peut-être mis au nombre de ses meilleurs ouvrages.
Nous avons déjà dit que la musique est digne du meilleur temps de Grétry; on retrouve presque partout la manière vraie, sensible, aimable et originale de ce compositeur célèbre. Les deux auteurs demandés ont paru. (Moniteur universel.)
La Caravane, Panurgeei. Anacréon chez Polycrate, tiennent l'affiche pendant le l"" semestre de 1797.
Le 22 mai, on donna la seconde représentation d'Anacréon, mais la Caravane et Pamirge l'emportent sur le dernier opéra.
Lors de sa reprise, au bénélice d'Adrien, le 16 avril 1807, le chroniqueur du. /o«r//fl7 (les Débats écrit :
« Il ne faut pas être étonné que Grétry ait été tromi)é par le poète. IMein de naturel et de talent dans sa musique, il a lui-même, en littérature et en philosoi)hie, un i)eu d'exaltation.
» Il a donc mis dans sa musique une majesté, une pompi', une lenteur bien éloignées du caractère d'Anacréon; il a fait un grand opéra. Le charmant auteur de la Caravane est sorti de son genre : le tyran luimême est trop empesé; un enfant fait à sa (ille n'est pas une alfaire d'une si grande importance ; sa tille mère est trop tragique; les chœurs sont trop bruyants. Le compositeur a fait de grands pas pour s'éloigner de la vérité; il a fait la même faute que Gluck, qui a traité Echo de Narcisse dans le même style qulphigénie et Alceste. Anacréon devoit
être un opéra gracieux dans le i!:enre de la délicieuse Caravane; il falloit y prodiguer tout ce que la mélodie a de plus enchanteur. Grétry en a fait, à quelques morceaux près, une composition grave et sévère, une superbe déclamalion tragique, sans volupté, sans grâce; et malgré les grandes beautés musicales répandues dans cet opéra, c'est un ouvrage froid et d'un effet médiocre.
» Mais la voix de Lays et celle de Mad.Branclui font oublier ce qu'il y a de faux et d'exagéré dans l'exijression. «
Pendant l'année 1807, les i)ièces suivantes de (irétry ont été jouées :
Le Iluron, Richard, Zéinire et Azor, Pierre-le-Grand, les Evénements ■imprévus, la Caravane, FAmant jaIou.r, Panurge, la Piosiére deSalency, Aucassin et Nieolette, (i) Lucile. {2} Lisheth,ii] la Fausse Magie, Silvain, Anacréon chez Polycrate, (4) l'Ami de la maison, {0) le Jugement de Midas. (0)
Richard cœur-de-Lion,et la Caravane ont eu le plus grand nombre de représentations.
L'afiicbe de l'Opéra du 15 mars 1824, annonce la première reprise iVAnàcréon chez Pohjcrate.
Le 6 mai 1797, au théâtre Feydeau, le Barbier de village, en 1 acte, paroles d'André Grétry, neveu du compositeur.
On a gravé des airs détachés de cette pièce, qui échoua.
Malgré l'état de faiblesse et les soucis d'une nombreuse famille, délaissée par son frère aîné, Grétry se remit au travail, et composa l'opéra en 3 actes, de Favières, Elisca, ou V Amnnr maternel , ïQ\svésenté au même théâtre le l'' janvier 1799. {-)
(1) L'opéra Josep/i, de Méhul, donné le mardi 17 février 1807, fit oublier quelques partitions de Grétry.
(2) Donné le 25 février avec début de M"'' Michu cadette, dan.s le rôle de Lucile. On donna souvent cette pièce.
(3) Pour début de M"e Michu (4 mars).
(4) Le 16 avril, an bénéfice de M. Adrien. (.1) Repris le samedi 27 juin.
(6) Repris le 22 août. — Le Joumaldes Débats écrit : " Le Jugement de Midas esl aujourd'hui sans effet; c'est une satire contre l'ancienne musique française et contre les vaudevilles. Lorsque la pièce fut représentée en 1778. il restoit peut-être encore quelques amateurs de l'ancien opéra français ; aujourd'hui on n'entend plus à l'Opéra que la musique de Gluck, de Piccinni, de Sacchini, de Grétry lui-même. "
En citant les vers de Voltaire le journal ajoute : " Pour entendre avec plaisir la plupart de ses facéties, il falloit en effet que les grands eussent de très grandes oreilles. «
(7) Elisca, on 5 actes, fut donné â Bruxelles, le 17 mars 1817, sous le titre : Elisca ou l'A7nour maternel. Cet opéra y réussit complètement.
Cette musique a été applaudie avec transport et sans distinction du bon et du médiocre. On a fait répéter deux couplets chantés par des nègres. Le compositeur a fort bien marqué la différence qui doit se trouver entre le chant des sauvages et celui des Français. Un chœur sert d'ouverture à la pièce; et l'on a exécuté entre le l"" et le S2'' acte, une marche de sauvages. On a demandé h grands cris l'auteur de la musique. Il avait assisté à la représentation et les applaudisseraens qui lui rappelaient ses anciens succès l'avaient ému si vivement qu'il s'était évanoui deux fois : c'est du moins le motif employé pour excuser le relus qu'il a fait de paraître en public. {Journal encyclopédique.)
Cet opéra obtint peu de succès, mais à la reprise, le 5 mai 1812, la musique a été applaudie avec transport.
Jouée à Bruxelles le 17 mars 1817, cette pièce, par sa touche fraîche, gracieuse et originale, y obtint beaucoup de succès. Grétry employa le tamtam dans cet opéra.
Un anonyme écrit à ce sujet dans l'ouvrage : Le Rideau levé. Paris, chez Maradan, 1818 :
« Et qu'étaient-ce, tout compte fait, que les partitions si péniblement
élaborées, les combinaisons ou plutôt ce chaos prétendu harmonique,
où il a])pela jusqu'au tam-tam à son secours, comme dans son Elisca. »
Le tamtam, fort en usage chez les Orientaux, bien employé dans
des scènes funèbres ou dramatiques, produit un effet saisissant.
Le Moniteur universel donne ce jugement favorable sur celte pièce :
« Ce théâtre vient de tresser une couronne nouvelle à l'immortel
Grétry; le public d'une voix unanime la décernait à cet artiste par ses
applaudisscmens. C'est le 12 du mois, que pour la quarante-sixième fois,
Grétry a reçu la palme due à son talent. Il y a un duo de nègres, petit
chef-d'œuvre de naturel et de naïveté qu'on fait répéter chaque fois ;
puis la marche des victimes vers le bûcher, morceau supérieur dans
lequel on ne sait qu'admirer de plus, ou de la beauté du prélude, ou de
la pureté du chant, ou de la force des oppositions formées par le cri
d'allégresse des barbares.
L'Oracle, journal bruxellois, s'exprime ainsi dans son n" du 19 mars 1817 ;
» Cette pièce, si vivement désirée par les amateurs, a rempli agréablement leur attente. On a reconnu dans la musique, d'un genre tout- à-fait neuf, la touche fraîche, gracieuse et originale, qui caractérise les belles productions de notre célèbre compatriote Grétry. On doit dire, à la louange des acteurs, qu'ils ont exécuté leur rôle avec une chaleur et une intelligence qui leur ont méritéde vifs applaudissements. <•
Grétry â la fin de sa carrière ajouta six morceaux à la partition d'Elisca, nécessités par les changements que son neveu avait faits au'^ioëttic. Le public, à une reprise de cet ojièra, avait remarqué que la musique n'avait rien perdu de sa fraîcheur.
Voici l'opinion du critique de la Décade:
« On regrette que ce sujet ait été manqué par le sieur Favières, que rimniortel Grétry, dans ce cinquante-unième fruit de sa verve musicale, a déployé un talent neuf encore. L'ouverture est d'un cITet admirable; les airs sensibles et variés, le coloris toujours approprié au sujet. Aussi le public l'a-t-il appelé avec enthousiasme, pour le couronner. Grétry s'est rendu au vœu général et a reçu la couronne avec cette noble sensibilité qui l'en rendait encore plus digne. »
On remarque dans l'ouverture une belle facture, un air d'un caractère mystérieux, accompagné par un cor, Viens Ziméo, la prière dElisca, tu m'accorderas ton secours, le fameux duo entre Jago elZambri, dis à moi sans mystère, puis une marche avec chœur, l'air et la cavatine : o mes amis, quelle belle victoire.
Tous ces morceaux prouvent que Grétry n'avait point perdu de sa brillante imagination. Il fut appelé sur la scène après la i""*^ représentation et on lui plaça sur sa tète une couronne de lauriers.
Grand succès obtenu par Elisca, donné en 1799, et repris en 1812.
Grétry, âgé de 71 ans, toujours souffrant, a été invité à se rendre à cette représentation, qui attira un nombre considérable de spectateurs. L'opéra, très bien interprété par Mesd.Michu, Florigny, MM.Gavaudan, Batiste, Paul, Darancourt, Roland, Gauthier et Allaire, fut très applaudi.
Cette pièce, de Favières, sans beaucoup d'esprit, a^ait grandement besoin de la musique de Grétry. La musique a été acclamée avec transport et sans distinction du bon et du médiocre, car il y a certainement des morceaux faibles dans cette partition.
Ce jour on a fait répéter deux couplets chantés par deux anges Le compositeur a fort bien compris la différence du caractère de la musique.
On a demandé à grands cris l'auteur de la musique, mais on n'a fait aucune mention de l'auteur des paroles.
Grétry assistait à la représentation et se montre vivement ému des applaudissements qui lui rappelaient ses anciens succès.
Le vieillard fut ravi de l'accueil fait à sa musique et à sa personne eu 1812, et s'est réjoui de cette vénération.
Grétry et son séjour a TErinilage.
Le Guide musiccil, très bien renseigné, grâce aux minutieuses recherches de M. Félix Delhassc, publie le récit suivant sur rermilage situé à Montmorency:
« Depuis la mort de Jean-Jacques Rousseau, la piopriété de l'Ennitaije, à Montmorency, passa en différentes mains, et quand, en 1797, cette charmante retraite fut mise en vente, ce fut Grétry qui s'en rendit acquéreur.
» Voulant quitter la vie active et goûter à la campagne un repos qui lui était bien dû, l'auteur de Richard considéra comme une bonne fortune de pouvoir s'établir a:j milieu d'un site pittoresque, dans la demeure que poétisait l'ombre de Rousseau. Voici comment il parle lui-même du marché qu'il venait de faire : « J'ai acquis, pour la somme de 10,000 fr., VEmitage de Jean Jacques Rousseau à Emile, ci-devant Montmorency, que je n'abandonnerai de ma vie, si je n'y suis forcé par le besoin, et où je me crois plutôt le secrétaire des précieuses reliques que j'y ai trouvées que le propriétaire véritable, » Montmorency avait changé, ainsi qu'on le voit, un nom qui rappelait à la France une des grandes illustrations de son histoire, pour celui de l'un des écrits du philosophe de Genève. Les reliques dont parle Grétry étaient le bois de lit de Jean-Jacques, une table en bois de noyer sur laquelle il composa une partie de son Héloise ; deux chiffonnières et un petit corps de bibliothèque ; un baromètre, quatre globes en verre qui lui servaient à mettre de la lumière quand il travaillait au jardin ; deux gravures représentant ; l'une, de Retour de soldat, d'après un peintre anglais : l'autre, les Vierges sages et les Vierges folles.
» En se retirant à VEmitage, Grétry avait eu l'intention de prendre congé du public ; mais quel est l'artiste qui a eu le courage de tenir rigoureusement une telle résolution lorsqu'il pouvait ou croyait pouvoir ajouter une pierre à l'édifice de sa renommée ? Il reprit la plume à l'Ermitage pour écrire les partition iVElisca, du Casque et les Colombes et de Delpliis et Mopsa. Ce fut alors aussi qu'égaré par une de ces erreurs assez communes chez les artistes, il essaya de sortir de la sphère habituelle de ses travaux pour se faire littérateur et moraliste. Il est permis de penser que ce projet lui fut suggéré par l'aspect même des lieux qu'il habitait et où régnait un certain parfum de philosophie. Là où Jean-Jacques Rousseau avait vécu, pensé, écrit, il n'aura pas cru pouvoir se dispenser d'esquisser à son tour un système d'organisation sociale. C'est ce qu'il fit dans le long et indigeste ouvrage intitulé : La vérité ou ce que nous fûmes, ce que nous sommes, ce que Jious devrions être. Quant aux Réflexions d'un solitaire, dont il assurait avoir rédigé six volumes à l'Ermitage, et qui devaient contenir le développement complet de ses idées sur son art et sur bien d'autres
choses, elles n'ont pas été publiées. Les volumes annoncés existaient-ils ailleurs quedansson imagination ?
» Quoi qu'il en soil,Grétry vivait heureux et tranquille à l'Ermitage, lorsqu'un événement tragique vint le frapper de stupeur. Un meunier, son voisin, fut trouvé mort, assassiné dans son lit. Dès lors Grélry ne se croit plus en sûreté à V Ermitage; ses bosquets odorants, ses parterres fleuris, les souvenirs de Jean-Jacques, de M"'^ de d'Houtetot, rien ne le relient. Il accourt à Paris, poursuivi par la crainte des poignards, et jure qu'il ne remettra plus les pieds à Montmorenci. Près de deux ans se passent, en effet, sans qu'il y retourne; oaais, peu à peu, les impressions qui l'en avaient éloigné s'effacent; il y va d'abord faire quelques visites, puis, comme ses médecins lui conseillaient l'air de la campagne, il va s'y fixer de nouveau. «Je suis convaincu que ma dernière heure approche, avait-il dit, et je désire mourir à VErmitage auprès de Jean-Jacques. » Peu de jours auprès, Berlon, son collègue et son ami, va lui faire une visite Grélry lui parle du De profundis qu'il a composé pour être exécuté le jour de ses funérailles. C'est Berton qu'il charge, avec Persuis, de présider h la partie musicale de la cérémonie. Et voyez comme il faut que l'amour-propre de l'artiste se signale en tout : Grétry songe à l'effet du morceau ; il a toujours remarqué, dit-il, que les contre-basses avaient un son très-sourd dans les églises. Pour éviter cet inconvénient, il prie qu'on les place sur une estrade élevée — « Tu devrais, ajoute-t-il, passer la nuit à l'Ermitage. » Comme Berton s'en excusait en promettant de revenir quelques jours après, Grétry dit en soupirant qu'il serait trop tard. Le jour suivant, en effet, il rendit le dernier soupir (24 septembre 1813). »
Gerber dit dans son Lexicon : « Um dièse Zeit schien er die Schwachheiten des Alters selbst immer mehr zu fiihlen. Er ûberliess also die Verwanltung seiner Âemter andern,kaufte sich 1799 die Einsiedeley des J. J. Rovsseau bey Montmorenci, mit allen den von selbigem hinterlassenen Meiibeln zu seinem Gebrauche, und schlief noch 1802 in Rousseau's Bette. »
1799 Exécution de la Ronde sur la plantation d'un arbre de la
liberté, devant le palais du Directoire donnant sur la rue de Tournon. On avait placé une estrade sur laquelle le Directoire prit place avec ses ministres. Le Conservatoire de musique exécuta un Hymne à la liberté., paroles du sieur Mahérault, tinisique de Grélry
Voici les paroles du 1'' couplet :
Unissez vos cœurs et vos bras,
Enfants, citoyens, magistrats ;
Plantons l'arbre, l'honneur de ce rivage !
Que ton emblème, ô liberté,
Soit le signal de la gaîté ;
La tristesse en ce jour n'est que pour l'esclavage ;
Les jeux, les chants sont un hommage
Pour les succès
Deè Français.
1801. (i) T'novembre, h l'Opéra (Théâtre des Arts à cette époque), Le Cn:<':ue et les Colombes, en 1 acte, de Guillard et Collin d'Harle\ille.
C'est une pièce tout-à-fait de circonstance, composée en vue des préliriiin lires de la paix entre l'Angleterre et la France.
Elle n'eut que trois représentations.
Vwe romance : Le volage dieu des combats, eut quelque succès.
Les Colombes font leur nid dans le casque de iMars.
■VM)^2. (18 IVuclidor), au théâtre des jeunes élèves. L'amour au village, o])éra-vaudcville en 1 acte, de H. E. U. R et SI. H.
On adapta aux paroles des airs connus de Grétry, Boieldieu, Méhul, J. J. Rousseau. Raimond composa quelques airs nouveaux.
Artistes :M"''M'oyez, Mitoneau aînt', Monlano, MM Buisson, Minaïuet cl î.iariin.
Poème, Paris, Allut et Payes, 1804.
! iO;j. io janvier, à rO|)éra, Delphis etMopsa, en 2 actes, de J. H. Guy.
(^est le dernier opéra du fécond compnsiicur avec une musique aux f(!r. ;ii\s et au rhylhme de l'autre siècle.
\j' premier acte a très bien réussi, un succès complet attendait
(i) En cette année radministration de l'Opéra rorut la partition de Zclniar, ou VAsyle, parolfs d'André Grétry neveu.
Andrc-.liisepli Grélrv, fds d.; InTe de Grétry, né à Boulogne-sur mer, eu 1774, et aveugh- ili- iui^;sance. Ce lut m\ littérateur ordinaire, et il est mort dans la misère il Paris, le l'.i avril lSi?(J.
On lit ;ui miJ;'I ;le cette pièce dans Grctri/ en famille :
" La seeontie partition est celle de Zchvar, ou VAsijîe, opéra en deux actes, dont j'ai lait les ])aroles, et reçu, il y a plus de douze ans, au grand opéra. On nous avait souvent flatte de l'espoir de reniendro exécuter; mais les administrations successives de ce |w niier thc ".'re de riùu'0|iH ont éprouvé tant de déchirements, que.... Kt puis.... cl puis.... festii ta lente, >•
l'ouvrage sans doiiie, si le second acte eût paru digne des mêmes éloges.
La pièce n'obtint qu'un succès d'estime, comme l'on dit aujourd'hui, et le public n'a pas demandé les auteurs comme on en avait l'habitude.
F^es ouvrages deMéhiil, Cherubini et de quelques compositeurs italien!^ avaient transformé la musique d'opéra. Le public suit ordinairement par ses goûts et ses tendances, la nouveauté, les progrès dans l'art.
La musique avait pris des proportions plus élevées, avec une orchestrationplus nourrie, plus riche en effets, et jouant un rôle i)lus important dans la musique théâtrale, des élans plus dramatiques avec des effets plus bruyants.
La composition de /)<'//>///.f et Mopsa T^anil pâle à côté de celle des novateurs.
Grétry, qui était âgé de 62 ans, confia l'instrumentation de cet opéra, un de ces plus faibles, à Momigny, né à Piiilippeville en 1766, éditeurcompositeur à Paris.
1804. 26 ventôse, au théâtre de la Société Olympique, Vue Matinée (le deux Corneilles, en 1 acte et en prose, par André Grétry, neveu du célèbre compositeur.
L'auteur des paroles adapta à ce poëme plusieurs airs des opéras Anacréon, Lisbeth, etc., de Grétry.
4807. 49 novembre. On représenta ce jour à Anvers, au profit de M.Malevigne, comédien, une pièce flamande, pastichée sur la musique de différents auteurs, parmi lesquels figure Grétry.
Voici le programme officiel :
« Reus Autigonus, Zang helden dicht in 3 bedrijven overgezet, volgens de gescbiedenis der stigting van Antwerpen, door M. . . . inwoonder dezer stad Het muziekgeschikt door MM. Berton, drétry, Dalayrac, enz. enz. Dit stuk zal voorgegaen zijn van het stuk : Dat er (jeen is, over-een-komede tweespraek en vermengd met straetliedekens, noyt in dezestad vertoond.De woorden zyn van MM. Duval, Ronel en Servières. »
Opéras de Grétry non représentés et publications différentes.