‹ Grétry; André-Ernest-Modeste; célèbre compositeur belgeChapitre 8 sur 17 · Les Maures d'Espagne, en 3 actes · texte numérisé non relu

Les Maures d'Espagne, en 3 actes

8. Zehnar ou l'Asile, en 1 acte, paroles de Grétry neveu, qui fut reçu à l'Opéra en 1801. (Partition manuscrite à Paris, à la bibliothèque des archives.)

9. Séraphine, ou absente et présente, en 3 actes, opéra déjà composé vers 1792.

Grétry disait à Flamand-Grétry, (2) qu'il croyait cette musique, qui est du genre espagnol, plus forte et plus piquante quecelle deV Amant jaloux.

Vers 1785, Grétry mit en musique le 1'' acte d'OEdipe à Colone, opéra en 3 actes, de Guilhird, poëme qui passa dans les mains de Sacchini, et joué le l"" février 1787 sous le nom de cet auteur.

Interrogé sur le sort de cette pièce par son neveu, A Grétry, le compositeur répondit: Oui, j'en étais assez content, mais je V ai jetée au feu.

Marmontel avait composé en 1772-1773, les Statuts, opéra féerie, sur lequel Grétry voulait travailler, et dont les comédiens n'ont pas voulu se charger, car il n'était pas fait pour le théâtre.

La Harpe écrit dans sa Correspondance littéraire: «Gependanl comme cette pièce des Statuts, tirée des contes des Mille et une iXuits, offre des situations agréables et un très beau spectacle (j'en ai entendu la lecture), on croit que si Grétry vient la faire jouer à Fontainebleau, i^} elle y aura du succès.

Gerber signale une pièce dans non Lexicon, intitulée; Le Ménage, grand opéra qu'on attendait à l'Académie de musique en 1803. Tel est l'ensemble des pièces de théâtre de Gréiry. Le lecteur jugera de l'activité, de la persévérance incroyable de notre

(i) Les motifs de Zitnéo el Z l„nn-, sont dans la partition d'Elisca.

(2) Flaiiiaiiil- Grétry, né à Fére en Tardenois, le 23 novembre 1764, de parents peu fortunés, piihlia en 1S20 : l/Erniitarjc de Jean-Jacques Rousseau et de Grétry, poëme en huit chants avec figures et notes historiques. l'n volume in-8°.

Flamand, qui devint l'homme de confiance de Grétry, époiisa le 13 janvier 1796, Marie Grétry, fille du frère du compositeur, qui avait un certain talent de pianiste Le père de Marie mourut peu de temps après le mariage (l<i sa fille. Flamand ..océda en 1*^43.

(3) Elle était donc lailc \:. musique des Statuts.

compatriote, malgré ses soiittrances corporelles et les insuccès de plusieurs de ses pièces.

Il avait un ardent désir de suivre l'impulsion nouvelle que l'on donnait à la musique dramatique depuis l'époque de Cluck et de MéhuI, mais son tempérament musical, d'après les critiques du temps, ne s'accordait nullement avec la nouvelle école lyrique.

Ajoutez encore ses ouvrages de littérature musicale, de philoso|)lii(', ainsi que les nombreuses œuvres musicales restées en manuscrit, et le lecteur aura une idée exacte des travaux considérables de cette vaste conception.

Chose à constater, les œuvres instrumentales telles que symphonies, sonates, sont pour ainsi dire inconnues même en Belgique.

Signalons encore les œuvres suivantes :

Dans le Recueil de romances, publié en 1774 à Paris, nous trouvons page 339 du second volume :

Nouvelle romance de M. de St. Lambert, musique de Grétry.

Dans le Journal de guitare, publié à Paris par P. Porro, au siècle dernier, on a inséré : Chansonnette de Société, par M. Grétry.

Ce morceau en r/o-majeur et en 2/4, n'a aucune valeur musicale.

La voix de V amour, romance, (i) musique de Grétry. Paris, chezPleyel.

Ce morceau a du naturel et de la vérité, écrit un critique.

En 1805, Momigny, musicien belge et éditeur de musique à Paris, publia :

Trois romances nouvelles avec piano, paroles et musique de Grétry, cbantées par l'auteur dans plusieurs concerts de Paris, et dédiée à M"«Stouf. Op. F.

Cette œuvre est d'André-Joseph Grétry, fils du frère du compositeur.

1806. 19 mars. Le Journal des Débats annonce la publication de :

Trois romances avec piano, paroles et musique de Grétry. Paris, chez H. J. Godefroy.

1809. Pleyel publie une romance de Grétry, intitulée : Le charme de s'entendre.

Elle est remplie de grâce, denaturel et d'une grande vérité d'expression.

(1) Un sait ijue Grétrv (André-Joseph), neveu (hi compositeur, est l'auteur (1(> quelques romances. Nous ignorons à qui appartient celle-ci.

Les arrangements sur les opéras de Grétrj'-.

La manie de l'arrangement pour différents instruments existait déjà du temps de Grétry.

Ces arrangements sont d'une prodigalité extraordinaire pour clavecin, flûte, harpe, guitare, violon, violoncelle, etc.

Parmi les arrangeurs et faiseurs de ce genre de musique, les Beyer et Cramer de l'époque, furent un certain Benaut, artiste de talent et compositeur, musicien que nous avons fait connaître dans notre ouvrage : Des Gloires de l'Opéra, puis Musard, flûtiste à Paris.

Une foule d'extraits de romances, airs, duos, etc., ont été publiés dans des journaux périodiques de musique à Paris, en Belgique et en Hollande.

On peut évaluer à plusieurs milliers les arrangements pour différents instruments sur les opéras de Grétry.

Ce moyen de publication à très bon marché, a beaucoup aidé à rendre la musique populaire dans les salons et dans les concerts.

Voici les noms des artistes qui ont fait la plupart des arrangements des œuvres de Grétry : Deleplanque, Leroi, CoiK-;ineau, Petrini, Pouteau, Vidal, Burkhoffer, César, Davieux, Charpentier, Cartier, etc.

Quand nous parcourons les catalogues de 1770 à 1804, on est étonné de la quantité d'arrangements pour tous les instruments de la musique de Grétry.

Pour donner une idée du nombre des arrangements faits des œuvres de Grétry, nous donnons ci-dessous les titres de quelques-unes de ces publications :

Marche du Huron, avec variations pour le violon, par Cardon, violoniste de la maison du roi. Paris, 1771.

Ouverture de l'Amitié à l'épreuve, pour clavecin avec violon et violoncelle ad libitum, par Benaut.

Airs de Zémire et Azor, arr. pour flûte, violon et basse, par Musard, maître de flûte. Paris, au bureau du Journal de musique. 6 livres.

Ouverture de l'opéra l'Amitié à l'épreuve. Enrc-majeur à gr. orchestre. Id. de la double épreuve, en soMnajeur à grand orchestre. Jd. d'Anacréon chez Polycrate, en /-^'-majeur.

Air de Richard Cœur-de-Lion, avec accompagnement de harpe, par Burkhoffer. Paris, Imbault, 1784.

— loi —

Ouverture (le l'Epreuve villageoise, arr. pour le eluvevin, [yav Ml'/iïlm'. .1//- de Richard, varié jjar Coiiperin, piTe. Paris, Leduc. 178i. On annonce en 1787 (février), une coiloclioii de n)usi(|ii(' dedréliy arrant,^ée pour dillerents instruments par M. Ojrbelin, professeur di' musique, seul chargé par Grétry d'arranger la musique de sesop('r.is, du Mariage d'Autonio, ceux ajoutés à l'Amitié à l'épreuve, rouverlu:(.' et les airs des Méprises par ressemblance.

Ces ouvrages, avant d'être gravés, seront revus parM.Grélry, et cluuiue exemplaire sera signé de M. Corhelin.

Nous trouvons à ce sujet dans le Jour)ial de Paris : « M. Corhelin, i)i'ofesseur de musique, seul chargé; i)ar M. Crélry d'arranger pour dilliMens instrumens la musi(iue de ses opéras, publieia incessamment les airs et l'ouverture du Mariage d'Antonio, ceux ajoutés à l'Amilié à l'Epreuve, les airs et l'ouverture des Méprises par ressemblance, avec açc()mi)agnemenl de harpe et de violon ad libitum, etc.

" (Miaque ouvrage, avant d'être gravé, sera revu par M. Grétry, et chaque exemplaire sera signé de M Corhelin, (|ui lera parvenir pai- tout le royaume la dite collection. »

Grétry arrangeait lui-môme ses œuvres (piand il en avait le temps et le loisir. Voici un arrangement à lui :

178S. Ouverture et quatre airs de danse de Panurge, arr. pour le clavecin et violon, par Grétry. Paris, chez l'auteur, rue Poissonnière. Le Mercure de France lait l'observation suivante : « Nous avons souvent l'occasion de i)arler contre les arrangemens de nnisique, laits sans la [)articipation de l'Auteur, véritable brigandage, dont les artistes, et souvent môme le public, sont également (lup(\s. M. Grétry vient aussi de s'en plaindre publiquement. Il est à désirer (pi'à force de réclamations, il s'établisse un nouvel ordre qui mette en sùieé la propriété des auteurs. »

L. Van P.eethoven, à un concert dnuiu' par Weigl, en mars 1798, ayant entendu chanter le bel air : ('ne (ièvre brùUoite, il é'crivit sur cette mélodie des variations en ///-majeur pour le piano qui furent publiées en novembre de la même ann(''e

D'autres variations sur le même thème, aussi en ///-majeur, ont été attiibuées au célèbre Mozart, mais on sait aujounriiui qu'elles n'étaient p is de lui.

Air de la (jiravane, arr. pour clavecin et violon, par Pouteau, orga niste et maître de clavecin. I>aiis, chez Bouvin. 1784.

Ouverture de l'Embarras des richesses, arr. pour le clavecin avec accompagnement de violon, par M. César. Paris, chez Boyer. 178i .

M"* Gérard publia au siècle dernier :

Ouverture pour flûtes de Silvain, le Tableau parlant, l'Ami de la maison. — Ouvertures pour clavecin ou harpe de : Le Magnifique, Zémire et Azor, les deux Avares, Lucile, la Fausse Magie, la Rosière de Salency, le Jugement de Midas.

Recueil d'airs de l'Epreuve villageoise, avec accompagnement de harpe, par Cousineau fils. Paris, Cousineau. 1784. Op. III.

Ouverture de Paniirge, pour deux violons, par Davieux, musicienéditeur.

Ouverture de Richard, arr. pour le clavecin, par M"^ Caroline Variet. Paris, Boyer.

Ouverture d'Aspasie, arr. pour le piano, par César. Paris, César.

Ouverture de Pierrele-Grand, arr. pour le clavecin, par Paris,

chez l'auteur.

Dans le Recueil d'ariettes, publié à Paris sans date, on trouve les airs de plusieurs opéras de Grétry, tels que : Les deux Avares, l'Ami de la maison, Silvain, le Huron, Lucile, Zémire et Azor, le Tableau parlant.

Air de la Caravane, arr. par Deleplanque. N" 8. 1784.

Air de l'Epreuve villageoise, avec accompagnement de clavecin, par de la Manière. 1784.

Feuilles de Terpsicliore. N°l. Airde Richard, pour clavecin avec variations, par Charpentier. 1784.

Air de Richard, par J. B. Cartier, varié pour le violon seul. 1784. OEuvre 3. Paris, Imbault.

Feuilles de Terpsichore. Air de Richard, par Baur.

Air de Richard, linrBnrkhoiïer Op. 22. 1784.

Deux sonates pour le clavecin cvec accompagnement de la flûte traversière, de violon et de la basse, tiroes de l'Amitié à l'Epreuve, parGrétry. Op. 1. Offenbach, chez J. André. (Pas en partition.)

Il y a ici une erreur dans la biographie de M. Fétis, qui prend cette œuvrepour des sonatesoriginales, tandisquece n'est qu'un arrangement.

A la reprise de Richard en 1806 il y eut grand nombre d'arrangements sur cette pièce.

Xavier Desargus, professeur, publia chez Mad. Duhan : &"''' Put-pourri pour la harpe, avec violon, sur des airs de Richard. Op. X.

Fantaisie avec 6 variations sur la romance de Richard, dédiée à son ami Grétry, composée par D. Steibelt. Paris, chez Mad. Duhan. 1807.

I>es oeuvres instrumeritciles de Grétry.

Nous avons donné la nomenclature avec différentes appréciations des pièces de théâtre de Grétry, voici maintenant ses œuvres instrumentales composées dans sa jeunesse.

Dans nos recherches sur ces ouvrages nous n'avons rencontré aucun exemplaire de ces œuvres.

Nous avons parcouru minutieusement les programmes des concerts donnés à Paris au siècle dernier par la Société des Amateurs, les Concerts spirituels, les concerts du Cirque, du Palais Royal, les théâtres et les concerts particuliers, et aucun ne mentionne les symphonies de Grétry, tandis que les programmes fourmillent des symphonies d'Haydn, de Pleyel, de Gossec, de Stamitz et autres compositeurs de l'époque.

Grétry composa ses symphonies lors de la création pour-ainsi-dire de ce genre de musique, et nous avons vu qu'elles furent exécutées avec succès à Liège, d'abord, puis à Rome.

Il est réellement étonnant que Grétry, qui aimait à se produire à Paris, n'ait pas songé à retoucher ses symphonies à petit orchestre et aies faire. exécuter en public, lui qui était si populaire et qui exerçait une si grande influence sur le mouvement musical à Paris.

D'autant plus, qu'aux Concerts des Amateurs et aux Concerts Spirituels, on avait un excellent orchestre et des directeurs de talent.

Mais Gossec, également musicien belge, tenait le sceptre de ces réunions musicales, et nous croyons qu'entre les deux compatriotes il n'y eut jamais une liaison fort intime, et que Gossec voulut seul régner avec ses symphonies, qu'on exécutait beaucoup à ces concerts.

II est vrai, que Grétry a eu le talent de se servir adroitement de ses œuvres instrumentales dans ses pièces de théâtre pour différents opéras, et par là même, cette partie de ses œuvres disparut.

Ouant aux morceaux détachés de ses pièces, les principaux artistes lyriques les interprétaient de préférence à tous les autres.

Voici maintenant ses œuvres de musique instrumentale citées par les biographes :

Six symphonies pour orchestre. Liège, 1758.

Six sonates pour le clavecin, (i) Paris, 1768.

(i) Grétry, quoi qu'on en dise, doit, avoir éiuJie cet instrument, si en vogue à celle époque.

Nous avons eiR'ore coiisullé les cataloi-ues du leni|>s,et nulle part nous ne trouvons trace de toutes ces œuvres, dont plusieurs, prctend-on, sont éditées.

Est-il bien certain que ces o;ivraires aient élé puijiiés?

Nos recherches sont restées sans fniit quant aux symplioiiies, quatuors et les 6 sonates pour cUivt'ciii, i)ubliées selon M. Félis à Paris en 1768.

Dans ses Mémoiics Grétry n'en lait aucune mention, et nous sommes dn l'nvis de M. X. Van Ele\vyck,qui écrit dans son remarquable ouvrai^e: l.es clan'cinistes flamands : « En définitive, nous sommes tentés de croire que les sonates de (îrétry n'existent point »

Vue œuvi'c très rare de Cn'try se trouv(> au Conservatoire de Paris En voici le tiire :

Sei Qiiartetti per tine v'mHui, (iHd l' Ixisso, canij'osta a Hv)na, opéra III, à Paris, chez le sieur Borrellv. 1769.

(Kuvies vocales religieuses.

Les compositions relii^iciises de Gréiry, restées toutes en manuscrit, sont très rares, à i)art le psaume : Confitehor tibi Domine, qui se chante en Kclixique dans plusieurs é^ilises.

Dans sa jeunesse, et étant encore à Eiè;;e, il comitosa sous la direction de son i)rolesseur ^lorenii, alors maître de chapelle de Saint-Paul, une messe à 4 voix.

Gerber en |)arle ainsi dans son JA'xicon à la l)ioi;'rapliie consa<'rée au maître :

« .SV) (irheitete er doch ron Stniid an eine Messe nus, rdieniab si seinem Lehrer znr Darclisirlil, uml nls dieser ::)rar eini(je Feluer in dcr llamuniie, (d>er l;einen ini Ausdrnele ijejunden halte, wurde sie durcli Vorsrlinb des llernn luni llarlez- nielit nnr ("dfentlieh in der Kiirlie auf- (jef'uhrt, sondern er eiiiielt auvh vom Kapittel eiu Cesvheid;. »

(>etle messe solennelle l'ut chantée à Liè.^e.

Confitebor tibi Domine, à 4 voix et petit orchestre. I7(v2.

M. Tei'ry, de Lié;j,(', possi'dait (''i;alem('nt le manuscrit du Con/iteboi\ de (irétry, œuvre (jue le compositeur envoya pendant son séjour à lîome |)Our le concours ouvert d'une |)lace de maître de chapelle de sa ville natale, fonction qu'il sollicita sur les instances de son père, mais qu'il

n'a pas reuiplie, vu soji désir de se produire à Paris el de conliduci' ses études à Kome.

Le Confitebor est une œuvre de lont^ue haleine, divisée en espèce de petit oratorio, avec une fugue à la breva.

Ce n'est pas une composition de i^rande valeur musicale car le i^enre de musique d'église est bien celui dans lequel Grétry a le moins réussi; le senlimcut austère et le caractère édifiant de la musique proprement dite religieuse, n'était nullement en iiarmonie avec la nature du talent du célèbre maître. On peut le comparer à Kossini, sous ce rapport, qui adapta de la musique dramatique théâtrale aux sujets religieux et mystiques, sans se rendre compte des mystères de la loi et du style qui convient à la maison de Dieu.

Pour preuve, son fameux Stabut Mater, œuvre éminemment dramatique, qui a été bannie des églises d'Anvers, à cause de ses formes peu en harmonie avec le style religieux.

Six motets à ^ et à S voix. Home. 1768.

De Profundis, (i) messe ou fragment de Requiem, composée, spécialement pour son enterrement.

M. .1. Mees écrit à ce sujet dans la publication des Mémoires de (Irélry : « On ignore ce qu'est devenu le manuscrit de ce De Profundis, dont (irétry j)arlait encore deux jours avant sa mort à son ami Berton, S'il a été soustrait, !e temps le rendra sans doute à la curiosité publique.»

Un mystère profond s'attache à cette œuvre restée inconnue.

Le Journal des Débats, de 1813, s'exprimait ainsi lors du décès du célèbre maître :

« L'Opéra-Comique et même l'Opéra est aujourd'hui dans le deuil: toutes les muses qui président i)articulièrement au chant et à la musique, répandent des larmes, et, dans l'excès de la douleur, brisent leurs instruments.

» On chante aujourd'hui, !28 septembre 1813, un De Drofundis dans une église de Paris pour celui qui a fait retentir les théâtres des chants les plus vrais, les plus expressifs et les plus ingénieux.

» Le Dieu de l'opéra comique, ou plutôt de la comédie lyrique, a terminé sa carrière ; il est allé rejoindre Orphée, Amphion et Linus, laissant ici-bas, avec la collection de ses chefs-d'œuvre, jusqu'à un De Profundis qu'il avait eu la précaution de composer lui-même pour ses funérailles, de peur ([u'iin musicien ne s'avisât de souiller [lar des chants peu naturels la cérémonie de son enterrement.

i}l Voir pour le De ProfntaUs les Estais de Gretn, t. 1, pag. 78 et 79.

» Une députalion de l'Institut a été chercher à Montmorency la dépouille mortelle de M. Grétr\ . L'institut en corps, le Conservatoire de musique, et tous les auteurs dr.iraaliques, assisteront demain aux funérailles de cet illustre compositeur. On assure qu'on exécutera un De Profundis qu'il avait composé lui-même, et sur lequel les mots suivants sont écrits de sa main : « De Profundis pour être exécuté à mon enterrement ; commencé en 1775 et fini en 1813. » Il a laissé une Messe des Morts qui sera chantée dans quelque temps pur tous les premiers artistes de la capitale. »

Les œuvres niaiiuscrites de GréLiy.

Dans la question du concours ouvert par l'Académie de Belgique, concernant la vie et les œuvres deGrétry, on demande également une analyse des manuscrits de Grétry.

Nous avons demandé des renseignements piincipalement dans sa ville natale, mais il n'existe d'après 3I.M. Hadoux, directeur du Conservatoire royal, et L. Terry, professeur à cet établissement, 'ii aucune trace des œuvres manuscrites de Grétry à Liège.

Il y a une œuvre à la Hililiollièque du Conservatoire de Paris : Confitcbor libi Domine, à 4 voix et orchestre, et les deux partitions déjà signalées, page 148.

La musique de Giétry à lélrangei'.

La musique de notre compatriote n'a jias élé moins appréciée dans les autres |)arties de l'Europe qu'en France et en Belgique. Plusieurs de ses partitions ont été traduites en diverses langues et même en flamand.

La plupart des opéras-comiques de Grétry ont été traduits et joués en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Flandre, en Hollande, en Suède, en Bussie, etc. Le maître liégeois a trouvé en dehors de la France les .succès et la gloire qui, jusque-là, semblaient exclusivement réservés à ceux des musiciens italiens ou allemands que Paris avait attirés dans son orbite; à dater de (irétry. on i)eut le dire, l'opéra français cessa de demeurer circonscrit en deçà des frontières de la mère-patrie.

Une lettre que nous allons reproduire constate le brillant accueil fait

(1) Décédé le 25 juillet 1882.

en Italie aux opéras-comiques de Grétrv; elle est d'Etienne Floquet, i\) qui voyageait dans ce pays pour y perfectionner ses études musicales.

Louable et trop rare exemple de déférence de la part d'un jeune artiste à l'égard d'un maître.

« Florence, le 13 septembre 1776.

» Monsieur Grétry,

» Je profite, Monsieur, d'un moment heureux et très-agréable, pour avoir l'honneur de vous écrire, et pour vous faire mon compliment sur le succès que vos opéras ont en Italie. Il vient de passer à Florence une troupe de comédiens français qui ont joué Lucile, les Deux Avares^ Zémire et Azov, etc., avec un succès étonnsnit. Zém ire et Azor, surtout, a fait fanatisme, quoique représenté sans décorations et par des chanteurs médiocres. On vous mot ici au-dessus de tous les maîtres qui ont travaillé dans ce genre. M. le marquis de Ligniville, parent du Grand- Duc, et grand contrepuntiste , m'a dit, étant à dîner chez lui; qu'un seul morceau de Zémire et Azor achèterait tous les opéras-comiques italiens qui ont été faits depuis trente ans. On a trouvé tous vos motifs charmants, et vos airs remplis de grâce, d'expression et du plus beau pathétique, selon la situation. Le quatuor de Lucile a été recommencé trois fois, avec des applaudissements étonnants. Je vous rends. Monsieur, les choses telles qu'elles se sont passées. Vous devez des remerciments al signor Rutini, maître de chapelle de cette cour, et homme de beaucoup de mérite, qui a fait toutes vos répétitions avec la même exactitude que si les ouvrages lui eussent appartenu ; et les jours de la représentation, il s'est mis lui-même au clavecin pour faire nller l'orchestre. On traduit Zémire et Azor on italien, et je crois que sous peu de temps on verra cet opéra sur tous les théâtres de l'Italie. Mon intention serait que vous fissiez mettre cette lettre dans les papiers publics, (2) afin que notre chère nation soit convaincue que nous avons de la belle musique en France, et qu'il est assez inutile qu'on se tue à faire traduire des opéras italiens, tandis que l'Italie elle-même traduit nos ouvrages. Jouissez de vos succès. On parle de vous sans cesse dans ce pa^'s, et l'Italie vous réclame comme un de ses enfants. Je suis

(1) Etienne-Joseph Floquet, né à Aix en Provence, le 25 novembre 1750, mort à Paris, le 10 mai 1785, musicien resté presque inconnu et pourtant digne d'un meilleur sort, car suivant M. Arthur Pougin, qui lui a consacré une étude spéciale (Rente et Gazette musicale, juin 180.3). Floquet a concouru au progrès de l'art musical en France.

(a) Elle a été insérée dans 1? Mercure 'Ji" France, novembre 1776.

presque à la fin de mon voyage, que j'ai tâché de faire avec tout le fruit possible. Puissé-je, comme vous, Monsieur, continuer de plaire à ma nation, et mériter le suffrage de l'Europe entière, qui applaudit îi vos pi'od actions.

" .l'ai l'iionneur d'être, avec la plus parfaite considération, etc.

» Floquet. "

L'archevêque-électeur de Cologne avait au siècle dernier une chapelle de musique et un théâtre allemand.

M. Thayer, dans son ouvrage : LudwUj Van Beetfwven's Leben, fait l'historique de la musique de l'archevêque, et constate qu'en 1771 on représentait à Bonn, Silvain, où Louis Van Beethoven, maître de la chapelle, remplit le rôle de Dotmon fils (Silvain), et Jean Van Beethoven, probahlement son fils, y avait également un rôle.

L'archevêque, qui aimait particulièrement la musique de Grétry, lit représenter ensuite sur son théâtre l'Amant jaloux, l'Ami de la maison, l'Amitié à Véprmve, Lncile, les Mariages Sainnites, Xémire et Azor Qt les Evénements imprévus.

Plusieurs partitions de Grétry furent éditées en Allemagne.

Les mémoires de Kelly, publiés en 1881 dans l'Art musical, renseignent ceci quant à l'opéra de Richard et à d'autres pièces de Grétry :

« Le soir même de notre arrivée à Londres, (i)Stephen Storace et moi, fîmes une visite à M. Linley que nous trouvâmes chez lui, ainsi que ses charmantes et distinguées filles, M"""* Shéridan est Tible. M'"^ Shéridan me demanda si j'avais entendu à Paris Richard cœur-de-Lion. Lui ayant répondu que je l'avais entendu il y avait quelques jours, elle me pria d'aller l'entendre le soir à Drury-Lanc, désirant avoir mon opinion sur le mérite réciproque de ces deux représentations, la française et l'anglaise.

» La traduction de l'opéra en anglais avait été faite par le général Burgoyne, et M. Shéridan s'était chargé de le monter sur la scène anglaise.

» Storace, moi et un autre jeune homme, nous allâmes au théâtre ; mais la pièce était déjà à moitié jouée. Il faut remarquer que j'étais complètement ignorant relativement au personnel artistique de Drury- Lane.

» En entrant dans noire loge, Richard commençait justement à

(l) Page 55 nous avons donné quelques renseipnemf'nts sui la mueique île Grétry f'i l.nn(lre«, rnncernnnt Zrnrhx' rt Asor.

chanter la romance dans la prison, accompagnée par deux cors d'harmonie français, placés derrière les coulisses ; je fus étonhé d'entendre cet accompagnement, tout à fait contraire aux intentions du compositeur et qui en même temps détruisait l'eftet de la mélodie ; ma surprise ne fut pas moindre en entendant la voix du royal prisonnier qui excita en moi toute autie chose que de l'enthousiasme. Me retournant vers Storaceje lui disj:

» — Si Sa Majesté qui chante en ce moment est le premier ténor de votre théâtre, je vous avoue que je n'éprouve nulle crainte de rivaliser avec lui pour ohtenir la faveur de public.

» Mon ami se mit à rire et me dit que ce ténor qui chantait dans ce moment était M. .lohn Kemhle, le fameux tragédien, chantant par complaisance pour l'administration, parce qu'aucun chanteur de Drurv-Lane n'aurait pu se charger de jouer le rôle de Kichard.

» Ma nK'prise de prendre M Kemhle pour le premier ténor était excusable, puisque quelques jours avant j'avais vu à Paris remplir ce rôle par M. Philippe, le premier ténor de l'Opéra-Coniique. »

Les opéras de (irétry ont eu un succès sans exemple à Bruxelles, à Gand, à Liège, à Anvers, à Amsterdam et dans d'autres villes.

Vitzthumb, directeur et chef-d'orchestre du théâtre de la Monnaie à Bruxelles, correspondit avec Grétry, atin de l'engager à venir à Bruxelles, cela ressort de la lettre adressée le 2o février 1775 par Vitzthumb au célèl)re maître.

Par lettre du 18 juillet 1776, (irétry annonce à Vitzthumb l'envoi de la partition : Les Mariages samuites, avec q^ielques changements, et il termine sa missive par l'annonce de son départ pour Liège vers le 15 août et son arrivée probable à Bruxelles le 17 du même mois.

Voici au sujet de ce voyage quelques détails, que nous extrayons d'un excellent travail communiqué par M.Piot, archiviste-adjoint du royaume, dans une séance de l'Académie royale de Belgique, classe des Beau.x- Arts, en 1875 :

« il fut combh- de prévenances par Vitzthumb et assista, i)araît-iL à une représentation tlu'àtrale, pendant laquelle on exécuta une de ses œuvres. Tout à cou|), au milieu de l'exécution, il entendit des sons étranges, des phrases musicales à lui inconnues, des corrections enfin. Jamais coup de foudre n'avait retcnii plus sinistre à ses oreilles. Une main téméraire, une plume sacrib-ge avaient introduit des changements à la partition.

» Vivement irrité de ce piocéde, V.vvWy écrivit de Bruxelles &\ août 1776) une lettre qui respire le dépit le plus cruel, un froissement excès-

sif de l'amour-propre. Après avoir chaleureusement remercié son hôte, Grélry ajoute :

" Que ne puis-je vous en dire autant de ma musique, Monsieur, mais elle est loin d'être aussi satisfaite de vos prétendues corrections.

" .... Ne comptez plus sur mon retour à Bruxelles, Monsieur... Vous m'avez banni à jamais du théâtre de Bruxelles. »

En effet, Grétry, le plus susceptible des hommes, ne revint plus à Bruxelles; son voyage en Brabant n'est pas mentionné dans ses Mémoires et le nom de Vitzlhumb n'y est pas prononcé.

C'est le 4 novembre 1776 qu'on représenta à Bruxelles les Mariages samnites, en 3 actes.

Grand succès qui se traduisit par une des plus fortes receltes de l'année, fl. 1,146.

Le Guide musical du 2 décembre 1873, communique les correspondances suivantes :

« Le départ de Grétry pour Bruxelles était à Paris un événement dont ses amis et ses connaissances s'entretenaient beaucoup. Un liégeois, nommé G. Moreau, qui s'i::titule : « Ordinaire de l'Académie royale de musique à Paris, » se préoccupait singulièrement de celte excursion. Il écrivit à Vitzthumb cette lettre, dont nous avons observé rigoureusement l'orthographe, très peu académique :

- Monsieur,

>< Vous serez peut-être très-étonner qu'après plusieurs années, je pense à vous écrire. Soyez persuadés que vous n'avez pas été hord de mon souvenir. La sirconstance est qu'ayant appris de M. Grétry qu'il passeroit parBruxelle en allant k Liège et (jui auroit le plaisir de voir représenter la nouvelle pièce intitulé les Mariage Samnite, j'ai communiquer à ce sujet à M. Derozoir (De Rozoi) auteur des paroles de ce drame. Il m'a parut brûler du désir de voir votre spectacle. Je lui ai conseiller de vous faire le sacrifice de son Richard trois, tragédie qui eut déjà été donné ici si nos comédiens nétoient pas aussi lent à lire les ouvrages que paresseux à les aprendre. Cette tragédie jouit ici de la plus haute réputation, vu que lorsque son auteur fit un voyage à Toulouse, il y fit représenter sa pièce. Le corps de ville, le magistrat, l'université lui donnèrent une couronne de lauriers en p^oin théâtre.

" Enfin j'ajoutai do moi-même que vous étiés assé mon ami pour que vous vous intéressiez pour cela, et qu'il en fit !:ommage au prince Charl«, que je croyoit assurément assez génè.-eux pour le dédommager

de son voyage. Il m'a aussi prié de vous offrit', ci il étoit nécessaire à quelque chose pour contribuer à la splendeur d'un spectacle si célèbre en Europe comme le sont les Mariage Samnite. Il profiterois du même temps pour faire entendre son Richard trois. Enfin, mon cher ami, sil m'est encore permit de me service de ces termes, je vous prie de faire pour cela tous ce qu'il dépendra de vous. Vous obligerez infiniment celui qui a l'honneur d'être avec respect

» Votre très humble et très obéissant serviteur, » G. MoREAU, ordinaire de l'Académie royale de musique, rue du Sepulchre, •' Paris, ce 30 juillet 1776. «

» Vitzthumb lui écrivit quelques jours plus tard (3 août 1776). D'après sa réponse : il serait enchanté de voir De Rozoi réussir dans son projet; mais il n'osait pas lui promettre du succès pour deux motifs. Le prince Charles de Lorraine passe ordinairement l'été à la campas^ne; le public aime mieux le comique et la musique. Il conseilla donc à De Hozoi de ne pas risquer sa tragédie dans un pays où ce genre de spectacle n'est pas goûté. Si tôt ou tard la pièce venait à enrichir le répertoire de Bruxelles, il n'épargnera ni temps, ni dépenses pour la faire représenter avec toute la pompe et l'appareil nécessaires.

» Moreau admettait ces raisons. Mais ayant appris de De Rozoi, qu'il était décidé de rejoindre Grétry à Bruxelles, au moment de la représentation des Mariages Sa^nnites, il proposa à Vitzthumb une idée. Grétry était, d'après Moreau, occupé à composer une œuvre musicale, que nous n'avons trouvée nulle part mentionnée, pas même dans ses Mémoires. C'était Pygmalion, dont le îibretto était dû à la plume de De Rozoi. Grétry semble y avoir renoncé. Le 16 décembre 1780, cette pièce est représentée à Paris sous le nom de Rozoi, musique de Bonesi. Voici comment Moreau s'exprime dans une lettre rédigée par lui, au sujet de la musique à laquelle travaillait le compositeur liégeois :

« Monsieur,

» Grétry est occupé, dit-il, de mettre en musique le Pygmalion ^ de M. de Rozoi, acte annoncé ici comme un tableau délicieux. Le costume blanc des Mariages Samnites sufïiroit pour les habits ; et il n'y a, dit-on, qu'un seul acteur. M. Grétry, qui est mon compatriote, m'a dit que cet ouvrage l'occupait beaucoup ; qu'il en portoit la musique à Liège, pour ne pas le perdre de vue pendant son séjour en cette ville.

» Il m'a paru, Monsieur, que ce seroit pour vous un coup de parti décisif, si tenant les deuï. auteurs, ■ .>is profitioz de ce niom'nt pour

donner, à la ville de Bruxelles, les prémices d'un acte, qui doit être un chef-d'œuvre, vu le sujet et la musique, que M. Grétrj est capable d'y adapter.

» Le souvenir de votre ancienne amitié pour moi, mérite bien que dès que mon cœur dicte une idée, qui me paroîi heureuse, je la saisisse aussitôt. Si M. Grétry (st parti pour Liège avant que vous receviez ma lettre, écrivez lui. Ce sera le moyen qu'il se hâte de rassembler ou de finir ces morceaux. Lui-même ou vous, Monsieur, écrivez à M. deRozoi d'envoyer toujours le poëme, ce serait un accord charmant. Et je serai enchanté que mon cher compatriote doive un nouveau triomphe à mon

zèle pour lui er ce qu'on en dis ici. Je vous réponds d'un succès

aussi brillant qu'avantageux.

" J'ai l'honneur, etc. G. Moreau.

» Paris, ce 16 août 1776. »

Grétry arriva, en effet, quelques jours plus tard à Bruxelles, et assista à une représentation théâtrale. Le directeur, un chef-d'orchestre ou toute autre personne s'était permis à l'insu de Grétry, de profaner sa musique, de la dénaturer d'une manière inexplicable.

Vivement contrai'ié, Grétry, au moment de quitter Bruxelles, adressa la lettre suivante àVitzthumb, dont nous avons déjà donné un fragment:

« Oserai-je vous prier. Monsieur, en cas que l'on vous adresse encore quelques lettres pour moi, de me les envoyer à l'Hôtel-de l'Agneau- sur- Meuse, à Liège. M. de Viltaneuse et moi, Monsieur, nous vous prions d'agréer nos remerciements de toutes les honnêtetés dont nous avons été comblés par vous pendant notre séjour à Bruxelles. Que ne puis-je vous en dire autant de la part de ma musique, Monsieur. Mais elle esl bien loin d'être aussi satisfaite de vos prétendues corrections que nous le sommes M. de Viltaneuse et moi de toutes vos honnêtetés Ne comptez plus sur mon retour à Bruxelles, Monsieur. Je viendrois vous gêner dans vos opérations. Vous m'avez banni à jamais du théâtre de Bruxelles. Mais l'honnête Monsieur Vitzthumb conservera toujours sur mon cœur les droits que l'homme de probité obtient si naturellement des âmes reconnaissantes. Je suis. Monsieur, avec la plus grande et la plus parfaite estime, votre très humble et obéissant serviteur, (i)

» Bruxelles, ce 21 aoust 1776. »

(i) Malgré l'absence de l'adresse et la distinction que l'auteur semble établir entre Monsieur, et M. Vitzthumb, nous croyons qu'elle lui est écrite. Loncle de Grétry et d'autres perso-vies encore avaient adressé leurs lettres à Vitzthumb pour les remettre k Grétry pondant son se; mr \ Bruxelles. (Note de M. Piot.)

Les opéras de Grétry ont été autant acclamés à Bruxelles qu'à Paris.

M. Piot, un de nos archivistes les plus distingués, a communiqué à l'Académie royale de Belg;ique, en 1875, un travail sur la Méthode à chanter à l'Opéra de Paris et de Bruxelles, dont il a publié des tirés à part, et Quelques lettres de la correspondance de Grétry avec Vitzthumh. Bruxelles, chez F. Hayez, 1875.

Déjà en 1774, les opéras de Grétry commencent à se populariser à Bruxelles.

Lucile, le Tableau parlant, Sylvain, les deux Avares, l'Afnitié à l'épreuve, la Rosière de Salency, Zémire et Azor, l'Ami de la maison, le Magnifique, étaient au répertoire.

Le 12 mai 177S, la Fausse Magie (i) obtint un tel succès, qu'on n'en avait pas eu d'exemples.

Grétry, très sensible aux triomphes et au succès extraordinaire de ses opéras, entre ensuite en correspondance avec Vitzthumb, compositeurvioloniste, alors directeur du spectacle de Bruxelles, et dont il a été déjà fait mention.

Jacques Neyts, (2) artiste lyrique, qui avait organisé une troupe d'opéras, de comédies et de vaudevilles, en 1771, est le premier directeur qui traduisit en flamand quelques opéras de Grétry.

Il alla de ville en ville, en Belgique et en Hollande, répandre le goût de la musique théâtrale, pour faire connaître aux habitants des provinces flamandes la musique française.

Déjà en 1758, Neyts vint donner à Anvers des représentations. Les archives de l'hôpital mentionnent :

1758. Mars. Reçu de 13 représentations de comédie flamande données par J. Neyts. F/. 53,11.

En 1772, Neyts donnait des représentations au théâtre d'Amsterdam, et pendant qu'on jouait le 11 mai de cette année les opéras : De kwalyk bewaerde Dogter en Den Déserteur, ce théâtre devint la proie des flammes.

Il avait traduit pour la scène flamande les opéras :

Ajinette et Liibin, ùe La Borde. LucHe, l'Amant jaloux, Sylvain, le Tableau parlant, Zémire et Azor, les deux Avares, de Grétry. Le Déserteur, de Monsigny. Le Milicien, le Devin du village, la Bohémienne, le Maître de musique, le Soldat magicien. Rose et Colas, et bien d'autres.

Tous ces opéras furent représentés dans plusieurs localités parsa troupe.

(1) Grétry reçut 326 florins pour sa partition à Bruxelles.

(2) Neyts, dont le véritable nom est Cary, naquit à Bruges, le 14 juin l'27, et décéda à Boulogne-sur-mer, le 8 juillet 17'Jl. Son frère François, chef-d'orchestce ile la tpoupfl, fit les arrangements de tons ft s ^l'^ras.

Le 2 septembre 1788, Zémire et Azor obtint un succès d'enthousiasme, et antérieurement on n'avait jamais vu à Amsterdam de pièces de ce genre.

On était enchanté de cette musique si facile à saisir, si mélodieuse et si vraie en rapport avec le poëme. Ce spectacle attrayant attira une loule de monde.

Les populations flamandes des villes de province, qui ne connaissaient point la musique de Grétry, ne furent pas moins sensibles que l'était le peuple français, aux mélodies charmantes de ce maître.

C'est donc à J. Neyts que revient l'honneur d'avoir traduit et propagé dans le pays flamand les œuvres de notre compatriote liégeois.

Son frère François, qui fui chef-d'orchestre de cette troupe, prit une grande part à la bonne exécution de ces comédies avec musique.

Ces deux musiciens méritent certainement une mention particulière quant au développement de la musique d'opéra dans les Pays-Bas.

Parmi les artistes de talent de cette troupe citons principalement M'"" Isabelle Stasinou, née à Bruges, vers 1730, d'une famille d'artisans, laquelle avait un talent particulier pour 'l'ariette et possédait en même temps une fort jolie voix.

Nous sommes heureux de rendre hommage à tous ces artistes oubliés.

Voici les pièces de Grétry représentées en 1788 à Amsterdam en français : VEpreuve villageoise, Zémire et Azor, le Comte d'Albert, Sylvain, Richard, la Fausse Magie, l'Ami de la maison.

Malgré leur succès, principalement en Allemagne, les historiens traitant de la musique d'opéra, n'ont qu'imparfaitement connu la musique de Grétry et la glorieuse carrière de l'artiste.

Prenons au hasard l'ouvrage de G. Fink, publié en 1838 : Wesen und Geschichte der Oper.

C'est une lacune dans cet excellent livre, que de ne pas citer les opéras de Grétry et leur popularité! En parlant de la musique française il écrit:

« Ein redit eigentliclier Francose, einAbbild des dramatischen pariser Geschmackes, des schnell wechselnden, war d'Alayrac, der sich besonders nach Grétry bildede. »

Gerber, Schilling, A. Levvald et autres, sont plus circonspects dans leurs appréciations, et voici les jugements de ces historiens sur la musique de Grétry :

« Bichard Lowenherz ist noch in den letzten jahren in Berlin nnd anderwdrl-. uicht nhne Vergnïujen gehort worden. »

« Auf deutsrhei. T'.ritcrn irerden nun folgende in der Vebersetznng

mit Gretrij's Mmik aufyefuhrt : l'Epreuve viUmjeoUe, Ricluud cœur-dc- JJon, Amphytrion, Electre. » (Gerberj Lexicon.)

« Wie keiner semer Vorganger auf diesem Gebiete hatte sich Grétrg die gesangreiclie und characteristische Mélodie angeeignet, nnch seiuem eigenen Gestàndniss, von den Italienern, und indem er damit zugleick jene scharf accentuierte Déclamation, die wir als wesentliclistes Erfoiderniss der komischen Oper erkannten, verbindet, gewimit dièse joie lebendige, pikante Ausdrucksweise, welche mitten aus der Situation hervortreibt, und mit welcher er allerdings seine gesammte Cliaracteristik und die komische Wirkung fast ausschliesslicli bestreitet. Die Harmonie ist ihm selten melir als blosse Grundlage, einzelne Faite ausgenommen, wo er durch Anwendung élues leichten kûnstlicheren Contrapuncts die komische uud romantische Wirkung zu erbôhen strebt, wie in dem neuerdings wieder zu Ehren kommenden Chor der Waclio. Nicht minder diirftig ist das Instrumentale behandelt, und Grétrij nimmt den Anschein, als ob dies mit Bewusstsein geschehen set. » [Allgemeine Geschichte der Musik, par A. Reissmann.)

« Unter diesen Miinnern ist nàchst Gossec, der schon zu Bameau\s Zeilen tliàtig war, namentlich der in Italien gebildete Belgier Grétrg zu nennen, dessen 7nusikalisches Talent durch einen Fall auf den Kopf erwachte, den er von einem Kirchboden herab tliat,der also buchstàhlich auf den Kopf ge fall en war, nur mit der entgegengesetzten Wirkung als 7nangemeinhin aunimmt. Grétry trat il69 mit einem von Marmontel gedichteten Werke Huron auf. Die kleine, ziveiactige Oper machte grosses Gluck, so dass rasch auf einander, bis zum Jahre 1199, iiber 40 tdhnliche Werke, unter denenBie Karawane, Richard Lowenlierz, Zemiro und Azor die bekanntesten sind, folgen konnten. Glûklich in der Erfindung heiterer und rûhrend-ergreifender Melodien, haben dieselben eine weite Verbreitung gefunden und sich bis herab auf die neuere Zeit im Munde des Volkes erhalten. » (Geschichte der Musik, par F. Brendel.)

« Unter diesen wurden die zwei letztern lus Englische ûbersetzt, und in London gespielt, uw sie mit al dem Beifall aufgenommen ivurden, den die Neuheit ihres Stiels, und ihr Geist und Pathos den Parisern abgedrungen hatten .

» Sacchini sprach stets von Grétry\^ Génie hôchst rûhmlich, und aiisserte, dass er, ohgleich ein Deutscher, doch von Xatur das Feuer und die Lieblichkeit der Italiànischen Schule besitze, und aile ihre zierliche Anmitth erlangt habe.

« Die Talente dièses inusikalischen Génies waren hôchst achtungswilrdig und vielseitig ; und seine Ansichten der bûrgerlichen Gcsell-

schafl, der Moral und der Wissenschaft libéral. Sein Essay sur la Musique ist grûndlich und lehrreich ; imd seine Schrift de la Vérité etc. beweist einen hellen Kopf. » {Allgemeine Geschichte der Musik, par C. Micliaelis )

« Als Tendenz seines Schaffens erkannte U7id 7iannte er Richtigkeit und Wahrheit der Déclamation (er meinte, dass Pergolese's Cantilene eine reine Zeichnung sey, die der Déclamation folge), horchte sie den Schauspielern ab, beobachtete sie in der Sprache des gemeinen Lebens, hielt daneben eine hôchst màssige Begleitnng fur geniigend und wollte ihr nicht eher einen stàrkern Eintritt gestatten, als, nachdem die Textstelle schon einmal gehôrt sey. Der malenden Begleitung sagte er ab, von einer tieferen BedeutU7ig derselben ahnte er wohl nichts. Ob er dièses System, ivie die Memoiren andeuten, schon im Vaterlande und in Italien umfasst, oder erst in Frankreich ausgebildet hat, wo er bald inné wurde, dass das Publicum die àtgsten Misstône hinnahm, aber bei der kleinsten falschen Betonimg in allgemeinen Tumiilt ausbrach, das kann uns gleich seyn. Sein Naturell und Italiens Einflûsse zogen ihn zu frischeren Melodien, und jenes Princip beivahrte ihn nur vor den welschen Ausschweifungen, die man in Paris nicht mehr mochle; treffend hatte er aus seiner frùhesten Kindheit von sich angemerkt : « que j'étais prudent, même dans mes étourderies. » {Encyclopàdte der gesammten musikalischen Wissenschaften, par G. Schilling.)

Nous sommes heureux de constater comment la musique de Grétry a été appréciée à l'étranger.

De son côté, le musicographe Ch. Burney, qui fit en 1770 un voyage artistique en France, en Italie, dans les Pays-Bas, etc , fait l'éloge de la musique de Grétry.

Il eut occasion de voir représenter le samedi 23 juin 1770, le Uiiron, joué à la Comédie-Italienne, et il y trouva de choses charmantes et spirituelles, tout à fait dans le buon gusto de l'Italie.

Chose étrange et regrettable, D"" Jules Alsleben, dans son Ywvn: Abriss der Geschichte der Musik, (Berlin, 1862, chez T. Trautvvein), ne fait que citer le nom de Grétry, tandis qu'il parle longuement de la musique de Gluck.

Joseph Sliitter,dans son Allgemeine Geschichte der Musik, ne consacre que dix lignes à notre artiste si populaire.

Forkel écrit dans son Musikalischer Ahnanach fur Deutschland (1782), qu'on traduisait ses pièces en italien, en suédois, en russe et en anglais, et il ajoute que Grétry réussit tant dans les chœurs que dans la musique de danse.

Physionomie et caractère de Grétry.

Gréiry avait une figure longue, expressive, l'œil serein, le regard attentif et un ensemble de tendresse très sympathique et qui frappa.

Sa figure portait l'intelligence et la distinction; ses yeux étaient langoureux en même temps qu'étincellants.

Il avait le teint blême, maladif, reflétant parfois la souffrance et la fatigue, suite de son état de faible santé.

L'artiste qui dès l'âge de 27 ans fut en contact avec des gens de la cour et du grand monde, avait acquis une grande distinction dans son langage et dans ses manières. En même temps, il montrait dans sa conversation beaucoup d'esprit et de douceur, et s'exprimait principalement bien en italien. Grétry fut en même temps d'une afi'abilité peu commune et sa bonhomie lui attirail constamment la sympathie générale.

Des circonstances de sa vie si troublée le rendirent parfois un peu brusque, mais il ne tardait pas à revenir à sa douceur naturelle.

Bienveillant, dévoué à sa famille et ses amis, encourageant pour ses élèves et son entourage, Grétry s'est fait estimer jusqu'à sa mort.

Mais à côté de tant de qualités, l'artiste fut présomptueux, tant soit peu envieux de ses rivaux, et montra trop peu de respect pour ses contemporains.

De plus, Grétry était compatissant et charitable, il donnait beaucoup aux malheureux. Dans ses promenades journalières dans Paris, il s'arrêtait volontiers pour faire des aumônes.

Voici une lettre qui donne encore une preuve de la générosité de Grétry.

Flamand, le tapissier, lié plus tard avec Grétry, se trouvait en 1808, dans une position très précaire. Grétry lui écrivit ses quelques lignes :

" L'Ermitage, 15 août 1808.

« J'apprends, mon ami, que votre coquin vous a mis dans l'embarras; si un millier d'écus et ce que vous pouvez toucher pour moi, peuvent vous tirer de cet embarras, vous pouvez disposer de moi.

» Jo vous embrasse. « Grétry. »

Ce P'iamand-Grétry avait reçu depuis longtemps de Grétry le pouvoir de recevoir pour lui partout où. il était dû.

Selon M. Pujoulx, u) liiléraleur, qui a inihnemeiit connu Giétrv, le compositeur avait dans son caractère une légère teinte de mélancolie.

Il est certain que la mort de ses trois filles accabla fortement le père, et que cette perle influa d'uie manière directe sur son caractère et son moral.

Enfin sa carrière si brillan.e de Grétry pendant un terme de plus de cinquante ans, ne fut pas à l'abri de revers et de tribulations.

Grétry affectionnait p arti^ulièrement ceux qui renlouraient, et la perte d'un membre de sa famille ou d'un ami l'accablait sensiblement. La mort de son père, au commencement de son succès du Hiiron, l'état maladif de sa femme et de lui-même, furent autant de causes qui exercèrent à cette époque désastreuse pour le compositeur, une grande influence sur son caractère.

En 4774, lors de rapparition de l'opéra : Ipkygénie en Aulide, Grétry fut le premier à reconnaître le talent dramatique de Gluck. Tout en flattant sa musique, le succès les œuvres du réformateur le rendit parfois morose.

Cette heureuse réforme le l'harmonie, des récitatifs et des élans dramatiques nouveaux, frappèrent vivement l'esprit de l'artiste liégeois.

Dans ses goûts privés Grétry est resté ce qu'il était depuis sa naissance.

Son appartement était modeste et meublé à l'ar.tique; il n'avait pour instrument qu'une espèce de clavecin de petite dimension, qui avait appartenu à J. J. Rousseau, sur lequel celui-ci avait composé son Devin du village. (2)

Ce clavecin, dans la vente des meubles de Grétry, en 1813, devint propriété du compositeur Nicolo Iso:iard.

Ses appartements de rErmitaL;i% comme nous l'avons dit, se distinguaient par la simplicité et le goût artistique.

Grétry n'avait pas, comme la plupart des musiciens, une bibliothèque musicale, aussi l'artiste n'eut il guère le temps de s'occuper de cette ressource si utile et si importante pour tout homme qui cultive les arts.

Ce qui prouve combien Grétry fut attaché à sa famille et combien son caractère était compatissant, c'est qu'après la mort de ses trois filles, il adopta la veuve illégitime et les sept enfants de son frère aîné, Jean-

(1) Jean-Baptiste Pujoulx, né à Saint-Macaire en \16i, mort à Paris, le 17 avril 1821, publia en septembre 1813 trois articles sur Grétry, dans le Journal de Paris, quelques jours après la mort du compositeur.

(j) Le bureau sur lequel Grétry a travaillé près d'un demi siècle, est en possession de M. Gevaert, qui l'a reçu étant à Paris d'un ami. II est d'une grande simplicité.

Joseph Grélry, qui vinrent habiter Paris. 11 prodigua à celte nombreuse famille, dénuée de toute ressource, tous les soins d'un véritable père.

Voici encore une preuve de la bonté du caractère de Grétry.

Flamand, qui demanda la main de la nièce de Grétry, se présenta chez celui-ci, afin de Tentretenir de son mariage. Flamand, dans ses Mémoires, écrit à ce sujet :

« Quel gracieux et touchant accueil je reçus de cet homme aussi célèbre qu'affectueux ! Avec quelle complaisance, quelle sensibilité, il daigna écouter le long récit de mes cruels chagrins. Il voulut bien apprécier mon union avec sa nièce qu'il chérissait et en être le témoin. »

Dans ses vieux jours, malade et épuisé par ses travaux, l'artiste ne s'occupait que de littérature musicale, que d'ouvrages philosophiques et historiques. Son habitation de l'Ermitage sans luxe et sans abondance de meubles, était fréquentée par un petit cercle d'amis dévoués et par une famille nombreuse.

Le travail d'esprit fut alors une nécessité pour soutenir son moral, car une vie oisive ne s'accordait nullement avec son tempérament.

Auguste Lewald, (i) dans son livre : Geschichte der Musik, apprécie en ces ternies le caractère de Grétry :

a Grétry besass viel Geist, er war sanft und (jut. Ohne eben bescheiden zu seyn,hat er doch die Eigenliebe Anderer niegeb'ànkt,iuid kannte den Neid nicht. Man hat ihm den Vorwiirfgemachl, dass er mir stets seine Musik horen wollte, und selbst die Werke anderer Komponisten nicht einmal kannte. Dies warjedoch mehr dieFolge seines Grundsatzes, sich den Kopf nicht mit den Melodien Anderer anzufûllen, um seine Originalitàt zu bewahren. »

Extrayons de XHistoire de la musique, de Mad. de Bawr, quant au caractère de Grétry :

« Il est presque inutile de dire que Grétry avait beaucoup d'esprit. Il était d'un caractère doux, et son excellent cœur s'est toujours montré dans la conduite qu'il a tenue avec sa nombreuse famille et avec ses amis. Sans être modeste, il n'a jamais blessé ni même inquiété l'amourpropre de personne, car rien ne lui était plus étranger que l'envie ; et l'orgueil, quand il tourne ainsi, devient un bon défaut. On lui a reproché de ne pas aimer à entendre d'autre musique que la sienne, et même de ne point connaître celle des autres compositeurs. Ce tort était peut-être la suite du système qu'il s'était fait dans sa jeunesse : « J'ai toujours

(i) Lewald dit par erreur que Grétry- mourut fort jeune en 1809, et qu'il finit sa carrière par Anacréon et Elisca.

pensé, » disait-il souvent, « qu'il est au moins inutile pour un compositeur d'avoir la tète remplie de traits de chants connus : cela peut lui revenir quand il travaille, et sans qu'il s'en doute. » Cependant, il rendait toujours une entière justice à Gluck, et surtout à Saccliini. La veille même de sa mort il a parlé de Méhul et de M.Boieldieu dans les termes les plus flatteurs, ce qui prouve qu'il avait entendu leurs opéras. »

Les trois Pilles de Grétry.

Malgré nos nombreuses recherches nous n'avons pu découvrir les actes de décès des trois filles de Grétry. Elles sont toutes trois mortes à la fleur de l'âge, à Paris, ce qui affligea profondément l'artiste sensible.

Nous trouvons à leur sujet les détails suivants dans le Diapason, (IS'« 24 et 25 de l'année 1851) :

« Si les artistes ne sont pas plus sensibles que les autres hommes au bonheur de se voir renaître en une jeune postérité, il est une espérance, une joie qui leur appartient par privilège et à laquelle ils s'abandonnent toujours sur la foi des apparences, malgré tant d'exemples de déception, celle de la transmission héréditaire du talent qui leur a valu leur renommée, leur fortune. L'ambition commune à tous les pères, c'est de retrouver l'empreinte de leurs traits dans leurs enfants ; l'ambition des artistes va plus loin, et en cela le vulgaire, ami du merveilleux, les encourage ; ils aiment à retrouver dans les êtres qui leur doivent la vie quelque étincelle du feu qui les anime encore ; ils en épient curieusement les premiers symptômes ; ils les surprennent avec enthousiasme, avec délices, car leurs enfjints sont les seuls rivaux par lesquels ils ne redoutent pas d'être surpassés.

» Grétry fut un de ceux qui goiîtèrent le plus vivement cette enivrante félicité de père et d'artiste, mais à quel prix, grand Dieu ! De quelle amère douleur ne paya-:-il pas le doux frémissement d'orgueil do:!t il n'avait pu se défendre ! Comme il s'accuse lui-même de s'être laissé séduire à l'épanouissement de ces tendres fleurs qu'un souflle mortel devait sitôt glacer ! Comme il s'en prend à son génie du péché originel que ses frêles rejetons apportaient en venant au monde ! Comme il s'en veut de n'avoir pas été un homme simple, laborieux, frugal, obscur enfin, doué de toutes les qualités nécessaires pour procréer des enfants robustes et vivaces !

» Jenny, Lucile, Antoinette ! ainsi se nommaient les trois charmantes

filles de l'illustre compositeur. Elles étaient nées, comme ses chefsd'œuvre, à peu de distance lune de l'autre. Jennj-, la plus âgée des trois, avait la figure d'une vierge ; elle en avait aussi la douceur, la candeur : « Voilà, disait Grétry en la désignant, voilà mon bâton de » vieillesse, voilà celle qui, semblable à Antigone, conduira son père » au soleil pour ranimer sa vieille existence. » Jenny se serait volontiers contentée du plaisir d'exister, d'aimer et d'être aimée, mais on lui répétait sans cesse que cela ne suftlsaii pas, qu'en général toutes les belles personnes étaient ignorantes, et qu'il serait glorieux pour elle de faire exception à la règle. On lui donnait des maîtres qui contrariaient ses innocentes inclinations, on lui imposait des devoirs qui la fatiguaient au point de ternir l'éclat de ses yeux, de plisser son front, de décolorer ses joues. Ce qu'elle savait le mieux et ce que personne ne lui avait enseigné, c'était l'art du chant. Elle écoutait son père lorsqu'il était en train décomposer, et que, cherchant l'accent de la nature, l'expression vraie, le mot propre, il redisait vingt fois la même phrase. Elle n'eut Jamais d'autres leçons et chantait d'une voix angélique ; à seize ans, la jeune vierge s'endormit pour ne plus se réveiller, et ce jour-là même elle se croyait plus que jamais rappefée à la vie ; inviîée à un bal que donnait mademoiselle Panckoucke, elle avait prié son père d'écrire qu'elle ne manquerait pas au bal prochain !

» Lucile, la seconde fille de Grétry, avait comme il le dit lui même, autant d'énergie, d'activité que l'aînée en avait peu. « C'était la tuer, » dit-il encore, que de l'empêcher d'agir ; sa tète était toujours préoc- » cupée et ses traits en mouvement. Si on lui reprochait quelque faute » quelle n'eût pas commise, la rébellion paraissait sur son visage ; » mais si, lorsqu'elle était en faute, on lui présentait la vérité dans des » termes simples et laconiques, sa réponse était toujours la soumission » accompagnée de larmes. Son caractère extrême (en tout semblable au » mien) s'indignait contre l'injustice, qu'elle avait en horreur, et toujours » la vérité, qu'elle avait au fond du cœur, tempérait son caractère » irascible. J'étais son refuge ordinaire dans toutes les situations de la » vie. En venant à moi, je lisais jusqu'au fond de son âme ; je n'avais » que deux choses à dire : Tu as de l'humeur, parce que tu as raison ; » tu pleures, parce que tu te repens. »

» L'instinct musical s'était relevé de bonne heure chez la jeune fille ; encore enfant, elle composait des chants heureux. Sedaine écrivit pour elle un petit opéra. Le Mariage d'Antonio, faisant suite à son Richard Cœur-de-Lion. Lucile le mit en musique, et la pièce fut jouée avec succès le 9 juillet 1786. Le matin même de ce jour, Grétry avait adressé

au Journal de Paris une lettre en ternie de prélace ou d'avis au public, dans laquelle il réclamait l'indalgence pour sa fille, âgée de treize ans ; et en même temps il indiquait franchement la part qu'il avait prise au travail de la jeune musicienne : « Comme je ne veux point, dissait-il, » altérer la candeur de son âge en excitant en elle une présomption » mensongère, je dois dire qu'ayant elle-même composé tous les chants » avec leur basse et un léger accompagnement de harpe, j'ai écrit la » partition qu'elle n'était pas en état de faire. Les morceaux d'ensemble » ont été rectifiés par moi, cette composition exigeant une connaissance » du liiéàtre que je serais bien fâché qu'elle eût acquise. »

» Si vous voulez un échantillon de la manière dont Lucile procédait en cherchant ses inspirations, c'est encore Grétry qui va vous le donner. Vous n'avez pas oublié ce qu'il vous a dit de son caractère impétueux : « Elle était encore la même, ajoute-t-il, lorsqu'elle composait: elle « pinçait sa harpe avec colère, elle s'impatientait de ne rien trouver. Je » criais de loin : — Tant mieux ! c'est une preuve que tu ne veux rien » faire de médiocre. — Lorsqu'elle avait trouvé ce qu'elle cherchait (et » que l'on cherche quelquefois si longtempsi, elle accourait vers moi : » — Tiens, disait-elle, je l'ai lait ce morceaux diabolique ! — Tout est » diabolique dans les arts, disais-je, quand on sent la vérité, et qu'on » veut la rendre ; l'air le plus léger est aussi diftîcile que le plus grand » morceau. — Elle tremblait pendant que j'examinais ce qu'elle venait » de faire. Je me gardais bien de lui dire tout de suite qu'il y avait des » défauts essentiels ; il ne faut pas éteindre le feu sacré, mais le lende- » main... — J'ai rêvé, disai.s-je, à ce morceau d'hier ; il faudrait i)eut- » être changer ou y ajouter cela... qu'en penses-tu ? Essayons au p.ano » les deux manières. — Oui, répondait-elle, tu as raison ; que tu es » heureux, toi ! tu trouves tout de suite ce qui convient. — 11 est vrai, » disais-je ; mais il y a trente ans que je cherche. »

» Lucile composa encore la musique d'une autre petite pièce, Louis et Tninette ; mais celle-là fut arrosée de larmes que le seul amour de l'art ne faisait pas couler. Si jamais père, si jamais artiste eut lieu de s'enorgueillir de son enfant, ce lut Grétry, lorsqu'il contemplait sa chère Lucile. Comment se fit il donc qu'il se trompa si cruellement, en croyant assurer son bonheur par un riche mariage? C'est que Grétry avait une femme, et qu'à travers ses bonnes qualités cette femme nourrissait la vanité, l'ambition, la soif de l'or, que sa passion pour le jeu tendait à irriter sans cesse. Le fils d'un banquier opulent, M. Marin, demanda la main de Lucile, et sa demande fut accueillie aussitôt que formée. Grétry s'était persuadé que son gendre futur voulait épouser sa lille, d'abord

parce qu'il l'aimait, ot ensuite parce qu'il y avait dans cette alliance quelque cliose qui llattait son amour-i)ropre, tandis qu'en réalité le jeune homme ne se mariait que pour échapper à la domination i)aternelle. Élevé comme un esclave, il traita sa (emme comme un tyran. Il • l'abreuva d'ennuis, de chagrins ; au bout de deux ans d'hymen, l'infortunée Lucile, blessée au cœur, sentit le terme de ses maux s'approcher; mais avant de mourir, elle eut le temps de faire sa confession tout entière ; elle s'occupa surtout du destin de sa jeune sœur, Antoinette, et voulut emporter dans la tombe la certitude qu'un malheur du même genre que le sien lui serait épargné.

« Antoinette était belle comme ses sœurs, aimable et séduisante comme elles. M. Bouilly, qui était alors le collaborateur de Grétry pour les paroles de l'opéra de Pierre le Grand, était devenu épris de la fille de l'illustre compositeur ; de son côté, le jeune auteur avait fait impression sur la jeune personne. Lucile ne fut pas la dernière à s'en apercevoir, mais Antoinette avait la reine de France pour marraine, et il s'agissait de décider nne mère ambitieuse à négliger de hautes prétentions pour n'écouter que la voix du cœur. Lucile se chargea de cette tâche difficile: elle appela sa famille au chevet de son lit, et elle exigea la promesse qu'Antoinette serait mariée selon son inclination. Elle dit à sa mère : « Vous avez cru que l'opulence suffirait à mon bonheur : oh ! combien » vous vous êtes abusée ! Depuis deux ans je n'ai fait que gémir, et mon » mal était d'autant plus douloureux que je sentais qu'il était inutile de » me plaindre. Je voudrais préserver ma chère Antoinette du tourment » cruel, insupportable, auquel est condamnée une jeune femme négligée, » et qui a trop d'honneur pour s'en \enger... Promettez-moi de ne pas » faire de ma sœur une seconde victime... Elle aime... elle est aimée... » son choix eût été le mien... promettez-moi de le sanctionner ! — » C'est le plus cher de mes vœux ! s'écria Grétry : le soir même de la » première représentation de P/er/'f le Grand, je vis un gendre dans » mon jeune collaborateur. » Madame Grétry, les yeux baissés, gardait un morne silence. Enfin, elle consentit, vaincue, entraînée par l'ascendant de sa fille mourante. Entourée des heureux qu'elle avait faits, la malade se ranima quelques instants encore, mais sa dernière heure ne devait pas se faire attendre : elle expira pendant la nuit en pensant à sa sœur aînée, qu'elle allait rejoindre, et en s'écriant d'une voix aflaiblie: « Ah ! ma pauvre Jenny ! »

» Désormais, Antoinette restait seule pour soutenir le père et l'artiste, frappé à la fdis du même coup. Grétry n'eut pas la force de garder l'appartement qu'il habitr.it dans la rue Poissonnière ; il en loua un

autre sur le boulevard Italien ; celui-ci ne devant être libre qu'au bout de six mois, il fallut songer à un voyage, et d'abord il fut question de visiter la Touraine, pays du gendre futur ; mais des intérêts de famille appelaient madame Grétry à Lyon, sa ville natale. Sedaine venait de lire à la comédie italienne son Guillaume Tell, et en avait remis le manuscrit à Grétry, qui, pour mieux s'inspirer, conçut Tidée d'aller jusqu'à Genève et de visiter la Suisse. Avant de partir, il présenta son gendre à la reine, et Marie-Antoinette offrit au jeune homme à titre de cadeau de noces, la place de secrétaire de ses commandements. Le fiancé, la fiancée échangèrent des anneaux. Prête à monter en voiture, Antoinette coupa une mèche de ses beaux cheveux blonds, et les donnant à l'époux de son choix, elle lui dit : « Ils vous rappelleront que vous m'appartenez. »

» Un événement fatal marqua le retour de ce voyage : la Saône enflée avait inondé ses bords. En quittant Lyon pendant la nuit, et s'imaginant qu'elle marchait sur un sable jaune, Antoinette tomba dans les flots ; Grétry ne la sauva qu'au péril de ses jours, et comme par miracle. « Ami, j'ai cru que je ne vous reverrais plus, » dit Antoinette à son fiancé. Bientôt le mal, dont quelques symptômes s'étaient manifestés pendant le voyage, se déclara plus fortement à Paris. « Sa voix si douce » à mon oreille (c'est le fiancé lui-même qui s'exprime ainsi) me parut » voilée ; sa respiration me semblait courte, haletante. J'en attribuai » d'abord la cause à la vive émotion que nous éprouvions l'un et l'autre. » Toutefois ses grands yeux bleus, que couronnaient les plus beaux » sourcils châtains, étaient moins brillants ; et son teint, d'une fraîcheur » incomparable, me paraissait empreint d'une pâleur que je crus l'eff'et » de la fatigue du voyage. Ce qui m'inquiétait le plus, c'est qu'on » remarquait dans cette angélique créature une gaieté forcée que » démentait sa figure, et l'intention de cacher une secrète souff"rance. » » Bientôt il n'y eut plus moyen de rien cacher, du moins aux regards pénétrants d'un fiancé, d'un père ; mais Antoinette se flattait encore de tromper le second, en imposant au premier un héroïque silence. Lorsque Grétry commença Guillaume Tell, Antoinette lui avait dit : « Ta mu- » sique a toujours l'odeur du poëme ; celle-ci sentira le serpolet. » Guillaume Tell fut la dernière préoccupation de la fille de l'artiste : elle demandait avec inquiétude si l'ouverture était faite ; elle voulut absolument l'entendre, et Grétry fut obligé de céder à ce désir impérieux. Il transporta son épinette auprès de la chaise longue sur laquelle sa fille était étendue : il exécuta l'ouverture qu'il venait d'achever, et la mourante eut l'air de revenir à la vie. Hélas ! toute espérance était

évanouie : depuis longtemps le malheureux père n'en conservait plus. Il n'avait pas été dupe du goût qu'elle atTectait pour la toilette, pour le bal Dans ses derniers jours, elle était en proie à une sorte de délire : elle revoyait ses sœurs, leur parlait, leur confiait ses senliments, ses plus secrètes pensées ; elle allait avec elles au bal, à la promenade, au spectacle. Calme et sereine, elle prit la main de son père, de sa mère, et avec un doux sourire : « Je vois bien, dit-elle, qu'il faut prendre » mon parti : je ne crains point la mort ; mais vous deux, qu'allez-vous » devenir ? »

Lucile Grétry épousa Marini, dit Marin, littérateur, homme étourdi et dissipateur, qui rendit très malheureuse la jeune et intéressante artiste.

Elle décéda sans enfants en 1794, âgée d'environ vingt-deux ans.

La mort de ses filles causa au père de vifs regrets, dont il laissa un témoignage bien touchant dans ses Mémoires.

On prétend que le germe de la maladie de poitrine, dont Grétry souffrait dans ses vieux jours, a été attribué à la perte de ses enfants.

L'Art musical de 1866 résumé en ces lignes ce que nous venons de dire :

« Grétry, dont l'âme aimante était isolée, depuis la mort de ses trois filles et desa femme, paraissait atteintdepuis quelque temps d'une grande mélancolie Au retour du printemps il alla à sa maison de l'Ermitage, près Montmorency. 11 avait acheté cette maison pour s'y nourrir de l'immortalité de J. J Rousseau, qui longtemps en avait fait sa demeure. Rien d'intéressant comme les tendres soins que Grétry prenait lui-même de ce beau rosier planté de la main de Jean Jacques et qui lui inspira la romance délicieuse : Je Val planté, je l'ai vu naître. »

La Gazette de France écrit dans son N° du 27 septembre 1813 :

« La perte cruelle qu'il avait fait de ses trois filles, mortes toutes trois à l'âge de 17 ans, (?) avait beaucoup attristé son caractère, naturellement mélancolique; mais il lui restait sa femme qui l'adorait, et dont la tendresse et la gaîté habituelle répandaient un grand charme sur sa vie; il la perdit aussi il y a 6 ans à peu près ; et depuis cette époque on ne l'a jamais vu rire. 11 disait souvent, lorsqu'on lui parlait de ses succès: Celle pour qui j'en désirais autrefois n'existe plus ; tout cela m'est égal. »

Grétry possédait les portraits de ses trois filles à l'Ermitage. Toutes les fois qu'il les montrait à des amis il disait : « Voilà trois ingrates qui m'ont quitté. »

Grétry harmoniste.

Plusieurs auteurs ont soutenu que Grétry avait négligé ses études d'harmonie ou la science des accords, et que le compositeur faisait des infractions contre les lois des principes de cet art.

Nous allons donner sur cette matière le jugement de deux critiques, emprunté à la Biographie universelle ancienne et moderne, Paris, 1817, chez L Michaud, et au Diapason, du 19 décembre 1850 :

« Mais si l'opinion du public n'a jamais varié sur le mérite de Grétry comme compositeur de musique dramatique, tous les musiciens ne partagent pas cette opinion ; plusieurs lui contestent la science, c'est-à-dire la connaissance profonde des accords et des effets d'harmonie, etc.; il avait du chant, disent-ils, mais il ne parlait pas la langue musicale avec correction. Les ouvrages de Grétry offrent une foule de morceaux écrits avec beaucoup de correction ; ce qui prouve, quoiqu'on en dise, que ce compositeur connaissait bien les règles de l'art, mais ne les croyait pas assez essentielles pour qu'il dût s'y soumettre constamment et leur sacrifier des chants heureux. En effet, il répondait aux personnes qui lui reprochaient des fautes contre les règles : « Je sais que j'en fais quelquefois ; mais je veux les faire. »

» Grétry, régardant la meilleure déclamation comme le seul guide que dût suivre le compositeur dramatique, la vérité d'expression était tout pour lui : il ne pouvait se faire à l'idée de séparer un instant la musique des paroles. »

L'auteur y ajoute : « Enfin dans ses dernières années, Grétry, quoiqu'il eût renoncé à la musique, fit des corrections et des additions assez considérables à ses opéras des Mariages samnites et (ÏElisca. »

» Grétry, lui, n'employait l'anticipation avec affectation que pour rappeler l'ancien chant français dans le Jugement de Mida^. L'appogiature ne faisait par le fond, mais seulement la broderie de ses airs de bravoure ; la suspension ne se mouillait sous sa plume que pour rappeler les chants religieux, comme dans le Comte d'Albert; et sa pédale essentiellement agreste, colorait les chœurs de Lisbeth et de Guillaume Tell. Grétry faisait donc une musique spéciale, on ne saurait trop le répéter, pour un poème spécial. On a reproché à p!as de vingt compositeurs (lo rossiniser. Jamais, que nous le sachions, on n'a dit d'un émule

de Grôlry : // (prliisf! Cola tient à Fahsonco de formulfs loiiles t'aitos dans les ouvrasses de firétry.

» Lisez fiic/iard Cœnr-de-lJon ; analysez la elianson de Roland : Moi je penne comme Gréijoire, on la fameuse ronianec : Vue fièvre bridante, et osez dire que Gretry n'rlait pas harmoniste! Changez de partition, lisez le déhut de la tempête, eliantt' par IMerrot dans le Tableau parlant, el osez soutenir que l'harmonie de ce magnilique déhut n'est pas la peinture la plus vraie du calme de la mer !

» Oui, Grétry, composileur scèniquc avant fout, fut harmoniste dans toute l'acception du mol. — Il possédait l'art des contrastes; et, chose digne d'admiration ! il sût être varié, sans puiser à la boite des modulations.

» L'ouverture de la (laravane, écrite d'un bout à l'autre dans le seul Ion de )r-majeur, est un de ces tours de force que pas un compositeur n'a encore osé tenter depuis Grétry.

» Les critiques qui accusent sans cesse Grétry, de manquer de force dans son instrumenlalion. ne font pas assez la part de l'époque où ce compositeur fit ses premiers pas sur la scène de l'Opéra Comique en

» Quant la jdupart des compositeurs entassent accord sur accord pour être ternes et secs, Grétry, par le fait seul de la position de la bonne note, ainsi qu'il l'exprime dans ses Essais sur la musique, Grétry, disons-nous, donne une couleur délicieuse, vraie et saisissante au plus simple mot de son poëmc. Témoin la ravissante phrase chantée par Denise, dans le finale de l'Epreuve villageoise, lorsque, parlant de l'éclat des cours, elle dit:

J'ai vu le lever du soleil ;

('a doit être à pou pro':^ pareil !

Sur le mot soleil, (irétry a placé un accord parfait majeur (la tierce exécutée à la di.KÏème par la voi.x), qui semble illuminer la mélodie d'un éclat tout resplendissant.

» N'oublions pas que ce fut Grétry qui, le premiei", introluisit deux, clarinettes dans l'orchestre de l'Opéra-Comique Signalons aussi son finale des Événements imprévus, comme le morceau le plus développé de tous ceux de la même époque, comme enfin le précurseur des beaux finales dont Mozart devait plus tard doter le monde musical.

» On peut reprocher sans doute à Grétry des fautes de style scolaire, des quintes de mite, des modulalims souvent mal enimancliées ; unis ces négligences apparenti'.^ ont presque 'toujours uiif^ rai' in d'expressinn

chez Gréiry ; et d'ailleurs, de nos jours, dans son Guillaume Tell, le cygne de Pesaro a pris sans façon de semblables licences, et personne, les pédants exceptés, ne lui en fait un crime.

» Répétons en terminant celle élude, que le cercle étroit qui nous est accordé a dû de beaucoup restreindre, que rimmorlel auteur de Richard fut un harmoniste très-profond, parce que la science dans ses instincts devient consiammenl un moyen d'expression et non pas l'exhibition d'un savoir stérile.

» Que de compositeurs harmonistes voudraient qu'on pût un jour leur donner le surnom de mélodistes ! »

Quand on considère les instruments de cette époque, (flûte, hautbois, basson et cor), qui en général ne soutenaient le chant que par de simples notes, à cause du peu d'étendue des instruments et de la difficulté de jouer dans des tons diésés et bémolisés, on est vraiment étonné des ressources qu'on mettait au jour à cette époque.

De son côté le Journal des Débats (23 août 182 1) écrit :

« Gréiry. musicien spirituel et fécond, gracieux et pathétique, d'un mérite extraordinaire pour 1 invention du chant, a trop négligé Iharniohie; il est permis de croire qu'il n'en avait pas fait une étude approlondie. »

A. Adam, qui réorchestra Richard, puis Zémire et Azor, dit dans son ouvrage : Souvenirs d'un musicien :

« Gréiry était un grand musicien qui avait mal appris, mais qui devinait beaucoup. Il était né harmoniste ; sa modulation, quoique mal agencée, est imprévue et souvent piquante ; ses accompagnements sont maigres et gauches, mais sont remplis d'intentions et d'effets quelquefois réalisés. On sent que le génie l'emporte et que c'est parce que la science lui fait défaut, qu'il ne peut accomplir tout ce qui vient h sa pensée. »

Grétry pendant la République.

Il résulte de nos reclierches que Grétry était partisan des réformes politiques sans alItT pourtant jusqu'à vouloir la lépublique, et c'est pendant cette période tourmentée que son collègue et compatriote Fr.-J. Gosscc, lui composa plusieurs œuvres de circonstance dans le goût du jour.

Déjà en 1701, l'opéra de Grétry, GiiiUanme Tell est rempli de chants patriotiques et d'arnsion à l'amour de la liberté.

Le 26 décembre 1793, l'Opéra représenta : La Rosière républicaine ou la Fête delà raison, en 1 aote de Sylvain iMaréchal.

Grétry mil en musique Joseph Barra, fait iiislorique en 1 acte, joué AU théâtre de lOpéra-Comiqne, rue Fcydeau. le 5 juin 1794.

On sai; que i Barra lut un des héros de la révolution.

Ce petit acte doit avoir eu un sucrés de circonstance, car on l'a représenté plusieurs l'ois, ce qui est extraordinaire |)Our une pièce d'actualité.

En 1799, Grélry composa un Hymne pour la plantation d'un arbre de la liberté, au palais du Directoire donnant sur la rue de Tournon Les paroles sont du citoyen Mahérault, et ce morceau fut chanté par les élèves du Conservatoire, (i)

Le Moniteur universel en donne les paroles.

Gossec, (né à Veri,mies en 1734), était le compositeur favori delà Convention nationale.

Grélry écrivain.

Grétry, dont les facultés d'invention commençaient à diminuer, el doué d'une activité d'esprit sans exemple, voulut également, comme Rameau, Rousseau, Berlioz el autres, illustrer son nom par des ouvrages didactiques; sous ce rapport son talent littéraire n'a pas eu l'importance de ses compositions musicales.

Vers 1784, il commença ses Essais sur la musique, dont le premier volume parut seul en 1789.

« Nous croyons, » dit M. Gaussoin, (2) « que les nombreux préceptes d'esthétique qu'il renferme sont ceux dont les compositeurs ont fait le plus fréquent usage L'école française toute entière en est la preuve.

» Grétry, quoiqu'il fasse presque constamment mention de ses propres ouvrages, montre aussi dans ses Essais quelque abnégation d'amourpropre, en reconnaissant l'utilité des connaissances qui lui manquaient.

« Cependant, dit-il, cette fleur si belle (la mélodie) a besoin d'une tige pour la soutenir. »

il faut croire qu'on attacha une grande importance à cet ouvrage, car à la suite d'une pétition adressée par iMéhul, Cherubini, Dalayrac, Devienne, Lesucur, Gossec, Langlé, Lemoyne et Champein à la Conven-

(1) Page 145, nous en donnons un ronpht.

(2) Belgique rnnsiralr, annf'e 1845.

lion nationale, et sur le rapport favorable lait par le ciioven Joseph Lakanal, (i) membre de celle assemblée, on décida la publication des EsAY/Zs de Grétry, ce qui prouve saraboiidamment rutililé et le mérite de l'œuvre.

La réimpression à charge de l'Etat fut ordonnée p:ir un arrêté du Comité de l'Instruction publique du 28 vendémiaire de l'an 1797.

Le Journal des Débats en 1813 consacra quatre articles développés au sujet de celte publication.

Le même ouvrage fut publié en 3 volumes, pour lesquels le gouvernement lui accorda la réimpression gratuite à l'imprimerie nationale.

M. Fétis prétend à tort, dans la Biographie universelle des musiciens, que (irélry n'a point éci'it les trois volumes qui portent son nom, et qu'un certain professeur au collège de Plessis, M. Legrand, leur donna la forme.

M. J. B. Rongé, compositeur h Liège, possède une partie d'un manuscrit, écrite de la main de Grétry, dont nous parlerons plus loin.

Une troisième édition en fui publiée en 1812 à Paris, chez Verdière.

Elle est très rare. C'est une réimpression de l'élilion de l'année 1799, et le même imprimeur en est l'auteur typographique.

La pétition adressée par les différents compositeurs de Paris au Comité d'instruction publique dans le mois de fructidor de l'an deux, se trouve dans les Mémoires de Grétry.

1794. 1 vendémiaire. Convention nationale. Lakanal fit ce discours:

« Citoyens, un artiste-musicien, dont les divers travaux ont enrichi la scène, Grétry, vient de terminer un ouvrage sur les rapports de l'art musical avec l'instruction publique.

» La musique, vous le savez, eut chez les anciens une grande influence sur les mœurs publiques; elle fut toujours l'art favori des cœurs sensibles. J'ai lu l'ouvrage de Grétry avec d'autant moins d'indulgence que je suis son ami, car c'est à l'amitié surtout qu'il appartient d'êlre sévère. Je ne doute pas que cet ouvrage intéressant ne concoure à la grande amélioration sociale, objet de tous vos travaux. Je demande donc l'envoi de cet important écrit au comité d'instruction publique qui le fera imprimer, si, comme moi, il le juge essentiellement utile, et qui comprendra s'il y a lieu, le nom de l'auteur dans la liste des citoyens qui ont droit à la munificence nationale par les services qu'ils ont rendus aux arts utiles et à la société. »

Cette proposition fut décrétée.

(i) Né en 1762, à Seneb, u.urt en 1845.

Gi'étry avait probahlemenl envoyé son manusf^rit à l'assemblée nationale ou à M. Lakanal.

L'ouvrai^^o fut public en 1799, à Paris, à rimprimerie de la République. 3 volumes en format in-8".

Au premier volume il y a un Avant-propos.

Cet ouvrage a été commencé bien longtemps avant 1789, puis qu'il voulait laisser ce livre à ses enfants, qui sont morts à un âge peu avancé.

Le compositeur y raconte sa vie, donne un Jugement, et l'historique de ses opéras, (i)

Le seccn'l volume traite de l'amour, de la jalousie, des mœurs étrangères, des religions, etc.

Le troisième volume contient des dissertations sur une foule de choses concernant les institutions politiques, de la liberté, de l'instruction publique relativement à la musique, de la musique grecque, de la musique chez les Romains, les Italiens, les Allemands, les Français, etc.

A la fin du 3'"*" volume Grétry s'exprime ainsi :

« Jeunes gens, je sens s'approcher le terme de ma carrière : ce livre est un dépôt que je vous laisse ; puissiez-voiis profiter de mes erreurs, autant que des principes certains que je vous ai tant de fois recommandés. Croyez-moi, vous avez encore de nombreuses palmes à cueillir : partagez-les. Tel qu'un père entouré de sa Joyeuse famille, je jouis d'avance du succès de mes enfans; cette idée fait mon bonheur, elle me repose, elle a pour moi doubles charmes.

» En terminant ici le catalogue de mes pièces, je pas.se sous silence les, Méprises par re.ssemblance, le Prisonnier anglais, le Rival confident, Amphytrion, Barbe bleue et Aspasie, parce que plusieurs de ces pièces n'ont point été gravées » (2)

Chose étrange, il ne parle point de l'analyse de: le Vendemmiatrice,{s) Isabelle et Gertrude, Pierre le Grand, Guillaume Tell, Denis le tyran, la Rosière républicaine, Barra, Caillas, Diogène et Alexandre (non donné), Electre, tragédie (non donnée), Lisbeth, Anacréon, les trois âges de la inusique, la jeune Tlialie, Momus sur la terre, les Filles pourvues.

A côté d'idées fort utiles et très pratiques, Grétry n'a pas toujours approfondi le sujet qu'il traitait.

(1) D. Ctitirles Spazier fit une traduction de cet ouvrage sous le titre : Grétry's Versuche ûber die Musih. Leipsick, cliez Breytkopf et Hârtel. 1800.

Gerber signale une édition de l'année 1797, Paris et Basel, chez Jac. Decker, sur papier velin. In-S".

(2) Raoul, Barbe bleue, a été gravé.

(s) Cette pièce se composait .seulement de petites ariettes,

Néanmoins cel ouvrage mérite d'être lu par ceux qui s'intéressent à l'art musical, et surtout à la vie de Grétry.

M. H. Mees en publia une nouvelle édition, en 1829, à Bruxelles, chez Aug. Wahlen, avec portrait. Trois volumes, petit 8".

On en a tiré un grand nombre d'exemplaires et cet ouvrage se vend à un prix très moilique aujourd'hui.

Comme nous le disions, on trouve dans le Journal des Débats, du 20 octobre 1813, une critique sur les Mémoires, ou Essais sur la musique. (Trois vol. in-S". Paris, chez H. Verdière. Prix : 12 fr)

On lit dans cet examen :

« Grétry, dont la Fra::ce déplore la perte récente, a obtenu sans doute une gloire éclatante pendant sa vie; mais qu'on ne croie pas que cette gloire n'ait pas été contestée. Si Grétry a, moins qu'un autre, souffert des atteintes de l'envie, c'est que le ciel l'avait doué d'un caractère doux, d'un excellent esprit, d'une vraie philosophie qui lui apprenoit à supporter, à dédaigner peut-èlre les petites passions qui s'agitoient pour abaisser sa renommée. Qui ne sait que, depuis un petit nombre d'années, les sava)is regardent en piiié ceux qui voient dans Grétry un modèle de composition musicale? Qui ne sait qu'en lui accordant quelque esprit et quelque heureuse intention, ces savans gémissent ou du moins ont l'air de gémir de ce qu'un homme aussi ingénieux ait été dépourvu de science. Or, si la plupart de ceux qui tiennent aujourdhui le premier rang dans l'empire de Polymnie, portent un pareil jugement sur l'auteur àe.l' Amant jaloux et de l'Ami de la 7naisou, oserions-nous, ignorans que nous sommes, essayer de prouver qie le jugement est aussi injuste qu'absurde? Non, nous saurons nous 'éfendre d'une telle prétention.

» Grétry n'est pas écrivain de premier ordre. Le ciel n'accorde pas au même degré tous les dons h un même individu; cependant on est frappé très souvent du ton de simplicité, de candeur, de bonhomie qui règne dans ses récits, et le naturel a une grâce que rien ne remplace. »

Dans le 3'"" article, l'auteur R finit :

« Si Grétry n'étoit pas savant, convenez, Messieurs, les savans, qu'il étoit passablement malin. » (Journal des Débats, 3 novembre 1813.)

Dans le 4'"® article du même critique (9 novembre), on lit:

« Si ces principes en religion et en morale sont de la plus grande pureté, il n'en est pas ainsi de ses principes sociaux et politiques; il a adopté avec un enthousiasme souvent très ridicule des idées exagérées de liberté et d'égalité; ses Mémoires contiennent sur tout cela un bon nombre de rêveries auxquelles nous nous abstiendrons d'ajouter aucune

épilliaphe désobligeante : il les eut démenties sans doute, s'il eut vécu plus longtemps, et si sa santé lui eut permis de se livrer à une révision de son ouvrage Jetons un voile sur ses erreurs, et ne voyons que les vertus et les talens qui consacrent sa mémoire honorable. »

Dans le IN° 32 de la Gazette nationale, de 1790, on trouve un compterendu sur le !'■ volume des Mémoires, (i)

Dans le N° 331 du même journal se trouve, sous le titre: Littérature, une longue revue sur ce volume Nous en extrayons :

« Le style est clair, simple, naïf, spirituel sans être dénué quelquefois de profondeur. On doit dos éloges à Fimpression de ces Essais et de la reconnaissance au Gouvernement qui l'a ordonnée. »

Castil Blaze a publié, dans le Journal des Débats de 1826, plusieurs feuilletons sur ces Mémoires. En voici un extrait :

« Le théâtre de l'Opéra-Comique regardait avec raison Grétry comme son plus illustre et son plus ferme soutien. Ses pièces jouissaient d'une faveur extraordinaire. Les poèmes, les couplets, les pièces de théâtre, les journaux reproduisoient, sous mille formes diflérentes, les éloges de ce compositeur. Grétry éloit l'Orphée français, le modèle présenté à tous les débutants, le rival redoutable opposé a toutes les réputations naissantes Grétry ne nous entretient que de sa musique. Il n'avoit point de bibliothèque musicale, et ne se rendoit au spectacle que quand on représentoit ses pièces.

» Les idées philosophiques, les subtilités morales de Grétry, la peinture des caractères et des travers dont il veut à toute force que la musique se charge et qui sont toul-à-fait hors de son domaine, lurent désapprouvées par les musiciens qui connaissoient les ressources de leur art, et les a itres lecteurs abandonnèrent le livre dès qu'ils en eurent terminé le premier volume. En effet, comment imaginer de bonne foi qu'il puisse exister une nuisique spéciale et des accords plus particulièrement applicables aux récits du distrait, de l'optimiste et du pessimiste, du soupçonneux, de l'envieux, du pédant, de Vhomme rusé, de l'homme d'ordre, etc., etc ? C'est vouloir engager le jeune musicien ta fïiire l'examen de conscience de tous ses personnages avec une vérité minutieuse, pour saisir et tâcher d'exprimer des nuances fugitives qui lui échapperont à lui-même, qui rendent son style étroit et mesquin, et dont l'expression ne sera pas sentie par le public.

» Ses Essais sur la musique ont pour but principal de prouver l'inutilité de la science; il n'est plus nécessaire de combattre cette opinion,

(i) Grétry habitait à cette époque, No ;,40. Boulevard des Italiens.

Mozai'l el ses émules ont depuis longtemps démonlré le contraire. Grétry. désespérant de convertir les musiciens, se tourna du côté des gens de lettres doi;t il partiigeoit les erreurs sur la musique; il lit cause commune avec eux Au lieu de s'attacher aux grands moyens que la connoissance de la haute composition peut seule donner, il s'égara, se perdit dans les abstractions et les minuties.

» Tout ce que Grétry a écrit sur la variété de la science musicale, toutes ces tendresses pour les paroles de leur déclamation lui avoient été inspirés par les gens de lettres.

» Le livre de Gréliy intéressera toujours par sa paitie biographique, mais il est à peu près nul sous le rapport de Fart musical. Franc, loyal, lier, d'une bonté prévenante, toujours occupé de morale et de philosophie, indépendant, son noble caractère ne s'est pas plus démenti que son génie. L'habitude de la souveraineté musicale, ces éloges répétés pendant quarante ans, et justifiés par tant de succès, durent faire croire à Grétry que la musiiiue existoit toute entière en lui seul On lui pardonnera cette erreur. »

Il raconte ensuite lanecdute suivante :

« Un jour Grétry se promenait avec un sociétaire du théâtre Favart sur le Boulevard italien, lorsqu'une vieille dame, qui passoit, appela : Az-or! C'était son chien. Grétry la salua ; en s'approchant de cette dame, il vit qu'elle portoit un autre petit chien sous son br.is. « Sans trop être indiscret, lui dit-il, jjourroit on, Madame, vojs demander quel est le nom de ce joli petit animal? — Zcmhe. — Ah! j'en suis enchanté. Tu vois, mon ami, que tout le mon le ne m'a juis oublié. »

Le second ouvrage : la Véri:t\ ou ce que nous fûmes, ce que nous sommes, ce que nous devrions dre, 3 vol. in-8". Paris, 1801, est plus philosophique.

Gréiry dit dans cet ouvrage :

« Ma musique n'est pas aussi énergique que celle de (lluck; mais je la crois la plus vraie de toutes les compositions dramatiques : elle dit juste les j)aroles suivant leur iéclamation locale.

» Je n'ai pas exalté les tètes par un superlatif tragique; mais j'ai révélé ra(cent de la vérité que j'ai enfoncé itius avant dans le cœur des hommes. »

M. Pujoulx écrit à ce sujet : « Cette opinion est peu modeste; mais elle est vraie et sentie.

» Ce livre prouve queGrétry n'avait nullement le don de la prescience, et était très étranger aux principes d'une saine politique. » H'

i; Hiographic universelle ancienne et tnodcrue.

— ISo -

Sun iroisiènie ouvrage est une Méthode pour apprendre à préluder eu peu de temps arec toutes les ressources de l'liar)uouie. Paris, 1802, à riniprimerie de la République, in-S" de 95 i)aiifes, ouvrage inckliocre, qui dénote le peu de connaissances de l'auteur sur la matière.

Gerber dit dans la seconde édition de son Lexicon :

« Dies Werk verràth seine çirosse L'ubehanutschaft in der Literatur, indem er dar'in von den Stainnudkorden, als von einer Lehre handelt, aufdie vo)i ihm noch nieniand (jefallen seij. »

Ce livre est i)asé sur les deux accords, l'accord paifait et celui ûe septième sur toutes les notes. Ces deux accords étaient les seuls fondamentaux, ili(;s voit en tout, par-tout, et ne peut sortir des règles qu'ils prescrivent et en émanent.

Dans l'avant-propos, Grétry dit qu'en moins de trois mois, une de ses nièces, âgée de 15 ans, sacbant peu lire la musique, a conçu et pratiqué le système de riiarmonie de m;inière à étonner même les compositeurs.

C'est MéhuI qui a engagé Grétry à publier cet opuscule.

il y a dans ce petit ouvrage beaucoup d'exemples en not;ition musicale, mais il ne répond aucunement au but que l'auteur s est proposé, car si l'élève doit apprendre à préluder sur le contetm incomplet de cette brocburede 95 pages, il aura bien peu d'idée de l'e isomble des accords et surtout de l'art de moduler, qui torme la principale base du talent de préluder ou d'improviser.

Cet opuscule est imprimé [)ar les soins de M. P. D. Duboy-Laverne, directeur de l'Imprimerie de la République française.

Le quatrième ouvrage est intitulé: Bé flexions d'un Solitaire, en 6 volumes, livre philosophique, qui n'a jamais vu le jour, et qui n'a pas même été trouvé à sa mort.

Il est probable qu'un membre de la famille et peut-être Louis-Victor Flamand Grétry, (i) a fait disjtaraître ce manuscrit, qui ne pouvait rien ajouter à la gloire ni à la réputation de Grétry.

En 1809, Grétry s'occupait activement de cet ouvrage. C'était, paraîtil, un résumé général des arts et de la musique en particulier. Il est fâcheux qu'un ouvrage d'une telle importance soit perdu.

Grétry enrichit de notes l'ouvrage de De la Borde : Essai sur la musique ancienne et moderne. Paris, chez Pierre, 1780, 4 vol in-8'\

L'ouvrage de La Borde se trouve aujourd'hui à la riche Bibliothèque musicale de feu M. Fétis, acquise par le (Gouvernement.

Faisons suivre quelques détails, quant aux notes de Grétry.

Il) Marie à \iiie iiirco île ("treli'\.

Grétry. qui savait à quoi s'e:i tenir sur la capacité musicale de La Borde, et qui n'ignorait pas qie, si la partie d'éruîlition de VEssai appartenait à l'abbé Rosier et à d'autres savants, les jugements prononcés sur les artistes et sur l'art étaient au moins de l'auteur putatif de l'ouvrage, l'ut blt^ssé de plusieurs de ses sentences, en le lisant lorsqu'il fut livré au public. et jeta sur les marges de son exemplaire des réflexions dont il employa plusieurs dans ses Essdish lui sur la musique, ainsi que le remarque une note manuscrite de Boieldieu.

Ces notes rendent cet exemplaire extrêmement précieux Boieldieu l'acheta h la vente du célèbre liégeois, et en fit cadeau plus tard à Pixerécourt, intrépide collectionneur de toute sorte de curiosités littéraires, qui en augmenta la valeur en y annexant quantité de pièces autographes.

Avant le titre du premier volume et l'intéressant mémoire remis par La Borde à" Champein, puis en face de l'avant-propos, on voit un beau portrait de Grétry, gravé par L.-J Cathalin.

Le premier volume contient bon nombre de notes dont la plupart sont dignes d'être recueillies. En voici quelques-unes que je prends au hasard:

Page 14. « Un jour que je célébrais une fête avec mes amis, je fis cesser un excellent orchestre qui avait tellement captivé l'attention des convives, qu'aucun ne mangeait plus ; et je leur dis : « Vous croiriez peut-être, mes amis, que je vous donne de la musique par économie. »

« La joie et la tristesse sont aisées à caractériser par la musique ; du reste, elle a toutes les inflexions de la parole, mille manière de dire oui, non ; je vous aime, je vous déteste. Un amateur, M. Chabanon, a voulu prouver le contraire, et il m'a prouvé seulement que ses sensations sont très-limitées. 0 Jean-Jacques ! que tu sentais diifércmment que M. de Chabanon ! »

Page 2:2. « Rameau n'a jamais déclamé juste dans sa musique. Lully a eu pins de mélodie que Rameau, mais sans vérité de déclamation. Je ne parle point du récitatif qui n'influe pas sur une scène bien écrite. — C'est un ignorant. — Pergolèse a déclamé. Mon instinct m'a toujours porté à déclamer, sans abandonner le charme de la mélodie: cette réunion est dilficile, c'est un talent donné par la nature. »

Page 27. « Remarquez avec quelle complaisance M. de La Borde nie et voudrait nier les efléts que la musique produit : Cet homme assurément n'aime pas la musique, pourrait lui être appliqué En eff'et, il ne l'aime plus ; il en fait beaucoup cep'^ndant, mais elle n'a servi qu'à le dégoûter lui seul de cet art charmant. Il restera de lui quelques chansons assez bonnes. Mais je doutt^ qu'on entende jamais parler de vingt on

trente opéras comiques ou sérieux sortis très-rapidement de la plume de cet auteur. »

Paiïe 40 « J'ai demeuré près (le neuf années à Home. J'ai entendu improviser plus de cent fois, et j'ai toujours payé par beaucoup d'ennui le plaisir de quelques saillies. Je crois être arrivé à Rome l'an 1739. »

Page 49. « Tous mes ouvrages sont joués toute l'année; jamais aucun musicien n'a eu autant d'ouvrages restés au théâtre et joués aussi souvent que les miens ; par conséquent, mes honoraires sont au prorata du nombre des représentations. Cepenlant le plus qu'ils m'aient rapporté n'a pas évalu (éijalé) la moitié du revenu d'un coméiiien, c'est-à-dire dix-huit mille francs. »

Page 43. « L'Opéra commence à être en état d'exécuter de la musique au lieu du plain-chanl auquel il était habitué. »

Page 123 « Etant à la Rocheguyon, chez Mad. la duchesse d'Anville, M. le duc de Chabot, frère du vicomte, me dit : « Allez voir dans que! état vous avez mis mon frère » Je cours à sa chambre, je le trouve sur son lit fondant en larmes et saisi d'un tremblement universel. Je venais de lui chanter le monologue de M"^ St. Yves, au deuxième acte dans le Huron.y>

Le deuxième volume, où il est traité des troubadours et des trouvères, n'a inspiré aucune note h l'auteur de la délicieuse ballade de Blondel, à celui qui a trouvé le chant des troubadours. Il ne contient non plus aucun autographe.

Le troisième volume est mieux nanti. Indépendamment de quelques notes manuscrites de Grétry, il renferme di.x-sept autographes entre autres une lettre de Philidor, de la musique copiée par J. J. Rousseau et une lettre de d'Alembert à Sedaine.

Le quatrième volume, dénué de notes de Grétry, contient vingt-deux autographes, une épigrammede Collé, des lettres de Ducis. de Frynçois de Neufchàteau, de la Harpe, de Laujon, du savant P. de Leyre, de Monval, de Palissot, de Sedaine, de Thomas, de Vadé, avec une quittance signée de Quinault, le 27 dec. 1676.

Indépendamment des pièces intercalées dans les volumes, on a réuni dans un portefeuille trente-huit autographes.

Tel qu'il estcet exemplaire est d'une importance réelle En l'acquérant, la Bibliothèque Nationale a recouvré des traces de l'intelligence si sensée et si pure de Grétry, et l'accessoire dont Pixerécourt a entouré ce compositeur, modèle ravissant de charme et de naturel, ne peut projeter sur lui l'ombre la plus légère. Loin de là, il le montre dans son vrai domaine, l'art et le théâtre.

C'est principalement au premier volume queGréîry a mis des notes de son cru et des observations sur certaines parties de l'ouvrage de M. La Borde.

Dans un paragraphe à la première page, Grétry écrit :

« Les notes qno j'ai ajouî J-es à cet ouvrage de Laborde, sont des réflexions i-apides qno je fis en lisant l'ouvrage lorsqu'il fut livré au public. >•

Travail immense, qui demanda bien du temps, une étude consciencieuse et laborieuse.

M. J. B Rongé, compositeur-amateur, a eu le bonheur de mettre la main sur le manuscrit d'un fragment littéraire deGrélry, et dans une brochure(i) publiée en 1882, il prouve clairement que Grétry est l'auteur de ses ouvrages de littérature, nonobstant lidée contraire avancée par certains historiens.

Nous extrayons de cet excellent travail :

« Comme tous les manuscrits, le mien n'étant pas signé, je me permets, Messieurs, de vous faire pirt de> rennrque-» qu'il m'a suggérées, afin que son authenticité ne puisse être mise en doute.

» Ce document, que j'ai eu la chance inespérée de découvrir chez un archéologue appartenant à l'une des plus anciennes familles liégeoises, comprend quatorze [)ages de 0'"i9 sur 0"'23. On y trouve de nombreuses corrections dans le texte, ainsi que dans les marges, où sont consignées des observations et des réflexions, le tout d'une seule écriture. A l'inspection du manuscrit, vous constaterez. Messieurs, que celte écriture est identiquement la même que celle des lettres de Grétry que j'ai l'honneur de mettre également sous vos yeux et que je tiens de M. Terry, l'un des admirateurs les plus sincères de notre immortel compatriote.

» Pour un œil exercé, il ne peut y avoir de doute.

» S'il en était autrement, nous nous permettrions de faire remarquer que Grétry, dans ses épîtres, n'emploie pas ordinairement de lettres majuscules au commencement de ses phrases ; ses ront la forme de i\ les queues de ses 77 sont doubles, ses s et surtout ses doubles ss ressemblent à deux //. ses,/ nous ap|)araissent surmontés d'un point comme ses /, ses .; ont une forme spéciale facile à l'econnaitre ; partout l'écriture est grande, lisible, les lettres bien formées et ordinairement liées entre elles dans chaque mot.

(1) Lettre adressée à M. les membres de la Commissioti instituée par le Gouvernement belge pour la publication des œuvres de Grétry , à propos d'un ma}iuscrit inédit de ce célèbre com.positeur. Liège, chez Léon deïhier.

M. Rongé flocéda ;i I>i('g<' eu 1S82.

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