‹ Grétry; André-Ernest-Modeste; célèbre compositeur belgeChapitre 9 sur 17 · IS · texte numérisé non relu

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» Je VOUS ferai observer, Messieurs, que ces purlicularilés se reuiarquent égaleiDenl dans noire manuscrit.

» Voilà pour le côté matériel, mécanique, si je puis m'exprimer ainsi.

» Quant à la partie intellectuelle, Tanaloifie du manuscrit avec les ouvrages littéraires de Grétry, et notamment avec celui iniiiulé : De la Vérité, est flagrante. Notre compositeur a Thahitude de diviser ses ouvrages en volumes, chacun de ceux-ci formant un certain nombre de chapitres Or, notre manuscrit porte en tète de la marge de la l""^ page : Chapitre 30, 3" volume 11 est intitulé : le malheur de l'homme est de n'avoir que des demi-passions. »

Grétry philosophe.

La force de l'esprit humain, aifirment les philosophes de nos jours, est la plus active de toutes les forces connues. Quand elle semble fatiguée sur une matière dont elle est assouvie, elle se dirige vers d'autres objets. Même pendant le repos, pendant le sommeil, elle ne reste pas inactive. Il est vrai que toutes ses opérations ne nous sont pas encore connues.

Le compositeur délicieux Grétry nous en est un exemple frappant.

Nous avons prouxé qu il sacrifia ses forces les plus vivaces à son art, son bonheur. Il s'occupait aussi de sa famille, de ses amis, et n'oubliait même pas ses envieux, ses ennemis C'est prouvé.

Mais ce qui peut étonner, c'est que, dans son âge avancé, il déclare «que la musique l'intéresse moins qu'autrefois. » En était-il fatigué? non! — Il était Grétry et ne pouvait pas être, ni devenir Méhul. Voilà le secret de son découragement.

Mais il veut, il doit travailler : il essaie de se (aire philosophe et écrit : « De la vérité, ce que nous sommes, ce que nous devrions être » ; avec la devise : « Toutes nos forces sont dans la vérité, toutes nos faiblesses dans le mensonge. » (i)

Dans toutes ses compositions musicales, le grand artiste a fait le possible pour justifier cette devise. Il cherche, même dans les sentiments les plus intimes, le naturel, la vérité. Aussi sa musique est comprise. Elle fait ressentir les sensations, les sentiments dont les phrases musicales sont les signes extérieurs.

(0 Iniprimp chez; Ch. Pou^ens ■> Parus. Au IX (t80l).

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Un ne pourrait pas dire de son livrequ'ilest philosophique; car on y rencontre des opinions vraiment étranges Nous en citerons quelques unes. « Si Diderot et Condilhic, dit Grétry, n'eussent été qu't.n, nous aurions eu l'homme qu'on ne verra peut être jamais. — Il ny a point d'unité dans l'homme. »

« Ce n'est pas avec leur âme que les érudits rectifient les idées exaltées, c'est avec leur raison : ils font taire leur imagination, ou pour mieux dire, chez eux la raison n'est forte que parce que leur imagination ne dit rien »

Il sépare ainsi la raison de l'âme et remplace l'âme par l'imagination. Nous ne croyons pas que l'auteur soit là dans la vérité; mais dans la confusion la plus complète.

Son opinion sur Diderot et Condillac, nous semble aussi erronnée; car certes ces philosophes n'étaient pas parfaits; mais si l'on pouvait créer d'eux un homme parfait, la perfection humaine, tant désirée par tous les hommes de bien, serait devenue possible.

« iMes écrits, dit-il plus loin, sont le résultat de plus de quarante ans de réflexions; vu la faible.sse de ma poitrine, j'ai toute ma vie concentré les idées qu'il m'était difficile de communiquer. »

Cette confession prouve encore que l'auteur désire faire le bien et qu'il croit que ses idées sont bonnes Et disons le bien vite, son livre contient des idées utiles et pratiques.

Il considère l'ignorance comme un malheur d'une nation. «La France, dit-il, trop ignorante n'a pu hériter des vertus, ni même des vices des Romains, ses conquérants. — Quelques moines encore cultivaient les sciences dans le fond de leurs retraites; mais l'esprit général de ces savants anachorètes était celui de leur ordre : ils ne cherchaient point à éclairer les hommes, au contraire, ils les voulaient ignorants pour conserver leur empire. »

Ses idées sur l'éducation de la jeunesse sont excellentes. « L'éducation, dit-il, doit être vraie. Jamais l'écart de la vérité ne sera nécessaire à l'enfant, à moins qu'il ne devienne fripon. — En vain un proverbe dirait qu'on ne peut tirer d'un instrument de musique que les sons propres à sa nature : on rectifie l'instrument pour rendre ses sons meilleurs. »

Ces idées là indiquent la foi sincère de Grétry dans le progrès du genre humain par le développement de ses facultés intellectuelles et morales; par la culture de la science et des arts.

« Les droits de l'homme, coniinue-t-il, doivent ètro expliqués aux enfants dans les écoles primaires, an moins nue fois par décade. L'insti-

tuteur doit leur apprendre que tous les hommes ont les mêmes droits politiques, que les emplois, les i)laces les plus émineiites ap|)arlieFinent à tous, et que la seule nullité des talents ou Timmoralitc peuvent les en éloigner. »

Ces nobles idées ont été et sont encore relies de tous les hommes vertueux, de tous ceux qui désirent le bonheur de leurs sembables

Et comme conséquence de ces principes humanitaires, l'auteur ajoute: « Puisque tous les citoyens attachés à diirerents cultes envoient leurs enfants aux écoles primaires, aucun culte en particulier ne doit y être recommandé, ni célébré. »

Ni les idées de Grétry sur le spiritualisme, ni son appréciation sur les principes de J. J. Rousseau, ne furent partagées par les philosophes de son temps, ni par ceux qui sont venus après lui. Aussi Grétry se contredit souvent dans ses ouvrages. Dans ses réflexions sur la recherche de la vérité, il préconise, que l'habitude de mentir est une maladie; que celui qui trompe les autres, se trompe soi-même; que les vérités morales se déduisent des sciences exactes par analogies; que les plus grandes passions des hommes sont des sources de mensonges; que l'instruction publique fondée entièrement sur la vérité, est le moyen de rendre les hommes vrais Mais que l'enfant élevé dans le mensonge à la maison, à la rue, à l'école, ne peut jamais déraciner les conséquences funestes de celte éducation

Il déconseille aux éducat'-urs d'émousser la sensibilité de la jeunesse, et engage le Gouvernement à surveiller l'instruction publique, à conserver les principes qui peuvent consolider Fesprit républicain.

En tout, il veut la vérité; il veut les Sentiments généreux, l'amour du prochain : il condamne tout ce qui y est contraire.

De l'éducaiion de l'enfant, Grétry passe aux artistes, aux savants et aux gens de lettres. Il traite du théâtre ancien et du théâtre moderne, et veut partout et en tout — même dans les vices — la vérité; il abhorre partout et en tout le mensonge. Il critique les réputations résultées de l'ignorance et admire les mérites véritables.

« Un peuple à sa naissance, dit-il, doit être stuplde, grossier, mais sincère. Après avoir acquis quelques connaissances sociales, il devient égoïste, cruel et maladroit. — Il a quelques idées, quelques volontés sans moyens d'exécution, et sa franchise commence à dégénérer en dissimulation. De même que le villageois, voisin des grandes villes, est astucieux et perfide, riiomme sauvage qui approche de la civilisation a les mômes di "auts. — Les voyageurs ont dû trouver l'homme bon dans le pur état de la nature; cruel, sanguinaire, menteur,... là où l'éducation l'a corrompu. »

L'auteur lâche de prouver ses opinions par des exemples pris cliez les hommes soi-disant civilisés. — Il est fort douteux que le grand Grétry ait jamais examiné sérieusement comment, d'après quelles lois immuables, l'homme acquiert toutes ses bonnes et toutes ses mauvaises qualités. Il est vrai, que mali^ré Helveiius, Roi^er Bacon, Condillac et tant d'autres ces lois n'étaient pas encore connues et Grctiy n'avait pas eu le temps pour approfondir ce que déjà la méthode expérimentale avait découvert : Sa musique occupait toutes ses forces.

Mais laissons lui la parole :

« Presque tous les anciens législateurs et les philosophes moralistes ont senti et atfirmé que la musique influence directement les mœurs; que c'est véritablement leur porter atteinte, que de changer la musique d'un peuple; que l'harmonie est la seule science qui ait un charme assez puissant pour diriger la sensibilité, et, par suite, la pensée et la volonté de l'homme vers toutes les sciences où la sensibilité est nécessaire; qu'elle le conduit, malgré lui, h l'aménité, à l'amour de son semblable, afin qu'elle seul peut le rendre tel qu'il doit être pour pouvoir vivre avec d'autres hommes dans la même société. »

« Partout, continue-t-il, où l'on a voulu civiliser les hommes, les instituteurs des nations ont commencé à parler au cœur des sauvages avant de s'adresser à leur raison. Dans !e Paraguay, les jésuites, qui entendaient si bien l'art de la séduction, s'asseyaient tranquillement sur l'herbe pour y exécuter quelques airs de flùie; ils n'invitaient pas les nations à s'approcher d'eux; mais attirés par la douceur des sons, tels que les oiseaux de nos cages encore mal apprivoisés, chaque jour ils faisaient un pas de plus et finissaient par se mêler dans le groupe mélodieux pour voir de plus près, et souffler grossièrement dans l'instrument enchanteur qui les avait attirés. »

Plus loin il prétend hardiment : « Que les hommes sont partout différents; que la différence entre eux provient des climats, des langages, des nourritures.... et que par conséquent, ils doivent être sensibles à différents genres de musique. » Il ajoute : « Les peuples adoptent toujours la musique qui leur est propre, et que leur climat inspire, h moins qu'on ne les provoque à en adopter une autre. »

Par ses opinions qui ne sont pas toujours d'une logique rigoureuse, Grétry prouve qu'il ne faut pas être grand philosophe pour être grand musicien.

« La vérité, les vertus, dit-il encore, ne sDnt pas plus innées chez les peuples naturels qu'ailleurs; elles doivent Inirr!.- inspirées par ue.^ institutions douces, sentimentales. »

Il passe à l'examen : l'amour à différents âges, la modération, le caractère, les moralisies, la m )rt, l'immorlalil'' (1*> l'âme, la moralité en i^énéral, le mensoni-e en pai'liculier, etc. — .Mallicii;'eiisL-m;MU ses idées, bonnes, justes en général, ne sont pas coordonnées et de là confusion et contradiction involontaire.

r.rétrv condamne l'athéisme et abhorre les athées, sans s'apercevoir pourtant que souvent lui même n'est pas loin de le devenir sans le savoir, sans le vouloir et surtout sans le désirer.

La vérité morale i)our lui, « c'est celle de l'instinct dans les forêts, et celle de convention dans les soci<''tés. » — D'où elle émane, il ne le dit pas.

Il accepte deux idées éternelles : « Dieu et le temps. »

« La vie, dil-il, n'est qu'une unité, si longue qu'elle soit, elle n'est que la K'péiition d'un même instant varii-e dans ses formes, et b; même quant au fond. »

Comme nous l'avons déjà dit : cet ouvrage contient bien des idées bonnes, généieuses, utiles; mais il ne nous étonne pas, qu'aucune criticpu' sérieuse n'en ait été faite.Grétry y avoulu censurerle [dus grand nombre d'abus et d'erreurs de la soi-disant civilisation, tout en voulant préconiser tout le bien que cette même civilisation procure : travail excessivement aride et qui exige une puissanc(^ philosoi)bique supérieure à celle de notre auteur favori.

l*armi bon nombre de saines idées, notre vénéré compositeur jette parfois des sentences par trop sévères et irréfléchies. Ainsi il prétend que : « dominer, subjuguer, écraser son semblable pour régner seul c'est l'histoire de l'homme. »

Cela ne prouve cependant pas une haine contre l'être humain ; mais il est fort probable que ce grand musicien ait souffert beaucoup de ceux qu"il devait appeler et aimer comme ses semb'ab'es.

î.o.-i 1-Jôves m.' irq liants de Gjôtry.

Crétry, dans ses moments de loisir, a formé quelques élèves, parmi lesquels nous citerons François-Joseph Darcis, né à l*aris, en 1759, et tué en Russie vers 1786, dans un duel.

Le 18 juillet 1774, le théâtre italien représenta : La peur de rien, en 1 acte, par M. N....

Le |!oéme, publii' en 1775, chez Valade, à Paris, donne le iitiv suivant : La fausse l\'ai\ comédie e;i 1 acte, mêlée d'ariettes, par M. N....

l.;\ musique est do M. Darcis, élève de M. Grélry, âgé de 44 ans et demi. Il y a une dédicace de la part de Darcis à sa mère.

Cette pièce fut jouée par Mesd. Trial, Moulinghem, MM. Suin, Meunier, Julien, Trial et Desbrosses.

Nous empruntons au Journal encyclopédique :

« La musique, qui est de M. Darcy, jeune élève de Grétry, soutient les espérances que lait concevoir un compositeur de 15 ans, et qu'un de nos plus célèbres musiciens a jugé digne de ses leçons. L'ouverture en îvst liarnionieuse et piquante : une polonaise qui en fait partie a paru intéresser vivement le public. »

Voici l'opinion du Mercure de France :

« Cette pièce n'a eu qu'un faible succès. La musique est d'un très jeune homme, qui a montré du talent.

))Les auteurs ont mis dans la pièce beaucoup d'intelligence etde vérité.

» Le style n'est pas encore fait comme il pourra l'être avec l'âge par l'expérience. Grétry et d'autres habiles musiciens ont accoutumé le public à entendre à ce théâtre une musique tour-à-tour pittoresque, éloquente, expressive et passionnée, qui sait imiter avec précision et se montrer la lidèle interprète des sentiments et des passions.

» On veut aujourd'hui sentir partout dans les compositions musicales, cette vérité embellie qui est le secret du génie et le charme de l'art imitateur. »

C'est grâce à la protection de Grétry que l'opéra de Darcis a été joué.

Le Journal encyclopédique en donne tous les détails.

Martin-Joseph Adrien, compatriote de Grétry, né à Liège, le 26 mai 1767, fut aussi un des bons élèves de Grétry pour l'art du chant.

Oii l'engagea à l'Académie de musique pour les rôles de basse.

Eii 1804 l'administration de l'Opéra le nomma chef du chant, et en mars 1822, à la mort de Laîné, il devint professeur de déclamation lyrique au Conservatoire. Il décéda le 19 novembre de la même année.

Le 1 février 1824 on donna à l'Opéra une représentation au bénéfice de sa veuve, composée du Rossignol et la Suite d'un bal masqué.

Adrien, dans la société comme dans l'intérieur de son administration, jouissait d'une considération méritée comme élève de Grétry, et ce fut au souvenir de ce célèbre compositeur qu'il dut l'avantage d'achever à Paris ses études musicales et l'auteur de Zémire et Azor et iVAnacréoti ne lui épargna ni les leçons de son art, ni les moyens d'en tirer profil légitime. (Journal des Débats.)

Selon Grimm, Grétry donna des leçons de chant à Voltaire. Extrayons de sa rorr'^s[»(jiidance, 1. 111 :

« Grétry, à son retour de Rome, à l'âge de vingt-deux ans, avait passé nue année à Genève, occupé à lui donner des leçons de chant.

» Voltaire, en envoyant son poëme de l'Iùlucatioii d'un prince {h\l pour Grétry), exigea qu'il tiit son nom aux comédiens. » (i)

(iiétry eut pour élève en 1771, la reine Marie-Antoinette, et il lui enseigna Far; du chant.

On raconte l'anecdote suivante à ce sujet dans C.rclrif eu famille, peiit ouvrage de A Grétry, pul)li(i à Paris en 1814, chez Ghamerol :

« Grétry, se rendant, le lendemain de la première représentation de Zemire et Azor, chez la reine Marie-Antoinetle, dont il était, à cette époque, le maître de chant, ne fut pas peu surpris, en traversant une galerie, de voir un garde-du-corps lui porter les armes, honneur qu'on ne taisait qu'aux princes et aux ministres. Monsieur le ehevaliev, lui dit-il, vous vous trompez : je suis Grétri/. Le garde-du-corps lui répondit, avec la brusque vivacité diin factionnaire : J'étais hier à Zêmire et Azor. Le garde-du-corps, à coup sûr, aimait la musique. »

Parmi les élèves favoris de Grétry citons encore :

P>erton, celui qui n-orchestra la partition de Guillaume Tell.

Une autre élève de Gn'-try est M'"" Wayet, auteur d'un opt-ra-comlipic présenté à la Comédie Italienne, mais refusé.

Dans une lettre adressée à Grétry par cette artiste, dont M. Rongé possède une copie, elle se plaint amèrement de la déception qu'elle éprouve de ce refus, qui la rend à jamais malheureuse.

Parmi les musiciens que Grétry estimait particulièrement, citons Nicolas Dalayrac, qui fut reçu par lui comme ami, et prolita des conseils du maître liégeois.

Lucile Grétry, d) son entant, qu'il idolâtrait, commença fort jeune la musique et promettait beaucoup pour l'avenir.

Malheureusement la mort est venue briser une carrière qui s'ouvrait sous les plus brillants auspices, car elle décéda à Paris en 1794, à la fleur de l'âge.

Le chagrin que Grétry en ressentit, eut des suites fâcheuses, pour sa santé, déjà ébranlée.

On représenta detix opéras de celle gracieuse artiste, à la Comédie- Italienne.

1" Le Mariaije d'Antonio, (i) en 1 acte, poème de Mad. de Beauvoir, le 29 juillet 1786. Très bien accueilli.

(1) A IVi^e de 20 ans.

(2) On sait fiuVlle épousa Maviii, giiiul aiii;iieur de musique c; liiteraieur, maiiî «tourdi et dissipateur.

2" En 1787, on représenta Toinette et Louis, en 1 acte, qui eut moins de succès.

La jeune artiste n'avait que 13 à 14 ans quand elle composa ces œuvres.

Nous sommes en mesure de donner quelques renseignements sur les opéras de Lucile Grétry :

I/opéra de M'^^ Lucile Grétry : Le Mariage iV Antonio, a obtenu à Paris, à la Comédie Italienne, un très grand succès. Il a été joué le 29 juillet 1786.

Son chant est facile et pur, il a de la grâce et de la finesse : on doit surtout y remarquer une manière de phraser qui annonce autant d'intelligence que de goût.

Les accompagnemens ont tout l'éclat qu'ils doivent avoir pour soutenir le chant ; mais jamais ils ne lui peuvent nuire : ils sont au contraire ménagés avec tant d'art, qu'ils sont plus brillants sans altérer la pureté. On a demandé les auteurs.

La 19*" représentation du J/rtr/fl^e fr.l»fo»/o, eut lieu le 6 décembre avec les Méprises par ressemblance.

En 1787 on reprend le Mariage d'Antonio, et on le joue chaque fois avec grand succès.

Une certaine partie du public accusait Grétry d"ètre l'auteur de la musique. A celte occasion il répondit par la lettre suivante, adressée aux journaux de Paris :

'. Je dois dire qu'ayant elle-même composé tous les chants avec leur basse et un léger accompagnement de harpe, j'ai écrit la partition qu'elle n'était pas en état de faire. Les morceaux d'ensemble ont été rectifiés par moi ; cette composition exigeant une connaissance du théâtre que je serais bien fâché quelle eût acquise.

» Si ces chants sont quelque fois déclamés avec vérité, cela provient sans doute de la manière dont je l'instruis.

•• Lorsqu'elle m'apporte un morceau que je juge n'être pas saisi musicalement dans le sens des paroles je ne lui dis pas : Votre chant est mauvais ; mais voici ce que vous avez exprimé. Alors je chante son air sur des i)arolos que j'y ci'ois analogues, et je donne une vérité d'expression à ce (|ui n'était que vague ou à contre-sens.

Antonio chante à la fin un couplet de vaudeville, qui a été très-vivement a[)plaudi, et dont nous n'avons retenu que les deux derniers vers :

(i) Cetto pniM.ioji fut '^v.wc'p.

Il est des tieurs de toutes les saisons, Il est des talents de tout âge.

M"^ Lucile Grétry, née en 1773, n'avait alors que 13 ans.

Le jeudi 22 mars 1787, (i) on représenta le second opéra de Lucile Grélrv, intitulé : Toinette et Louis, en 2 actes.

Un journal s'exprime ainsi sur cette nouvelle pièce :

« La musique a fait beaucoup de plaisir, elle annonce le talent de M'^'= Grétry avec plus d'avantage encore que celle du Mariaga d'Antonio. Le public a témoigné sa satisfaction en faisant répéter ce couplet, qu'on peut regarder comme un boroscope, dont le célèbre instituteur de iVr'^ Grétry ne peut bâter l'accomplissement ;

Jeunes rosiers, jeunes talens.

Ont besoin du secours du maître Un petit auteur de treize ans Est un rosier qui vient de naître, Il n'oftre qu'un bouton nouveau, Si vous voulez des fleurs écloses.

Daignez étayer l'arbrisseau, Quelques jours vous aurez des roses. »

il y a au commencement deux ou trois scènes assez gaies, très Itii'ii rendues par Mesd. Saint-Aubin, Rosalie et ....

La musique a été très goûtée et elle annonce le talent de M"" Grétry avec plus davantage encore que celle du Mariage d'Antonio.

Il est à regretter que 3IM. Clément et Larousse donnent si pou de renseignements sur les opéras de Grétry et de sa fille.

Nous extrayons du Journal de Paris :

« 1787, jeudi 22 mars. 1^'^ représentation de Toinette et Louis, divertissement nouveau en 2 actes, mêlé d'ariettes.

» Il y a dans cette pièce des traits d'esprit et de gaieté, mais trop souvent un style à prétention, qui ne convient ni à l'état ni au caractère des personnages. Après le dénouement on a très vivement applaudi un couplet qui rappelle l'âge de l'auteur de la musique, iM"*' Grétry. Il y a dans les morceaux qui composent cette nouvelle production, de la grâce, de la fraîcheur et le genre de beautés qui convenait au sujet. »

(i) Le même jour ou représeuta le Mariaye d'Antonio et le Tableau parla) it.

On jûiiail celle pièce avec le Mariage d'Antonio, du même auteur, el h' comte (V Albert et sa nuite. (i)

M"*' Desbordes, (plus connue sous le nom de Mad. Desbordes-Valmore), et qui d(''l)uta le 29 décembre 1804, à rOpéra-Coniique, dans Lisbeth, fui aussi une des clèves du maître liégeois.

Le Journal de Paris fait ses éloges.

C'est sur les ins!ai:ces de Grétry que M"'' Desbordes se décida à aborder la carrière lyrique qu'elle abandonna plus tard pour la comédie et le drame

M"^ Marceline-Félicilé Josèi)lie Desbordes naquit à Douai, le "HO juin 1786, et décéda à Paris, le 23 juillet 1859.

Sainte-Beuve et H. Corne, en 1870 et 1876, ont publié cbez Levy et Hachette, une notice uir la célèbre femme poète.

Les Voyages de GiéLry.

Après ses grands voyages de Rome, de Genève et de Paris, Grétry a été un des musiciens les moins disposés à parcourir le monde, tant à cause de sa faible santé que par dégoût de se déplacer.

Après une absence de dix-sept ans, Grétry revint dans sa patrie en 1776, bien après le succès de la Fausse Magie, l'insuccès de Céphale et Procris, et la réussite des Mariages Samvites. C'est probablement pour le rétablissement de sa santé, fortement atteinte à cette époque, qu'il se rendit à Spa. Grétry consul li en etfet un célèbre médecin spadois, le D"" de Limbourg, qui lui presciivit les eaux minérales, avec un régime à suivre.

Voici en quels termes M, Ail»in Body, littérateur distingué et archiviste à S[)a, rend compte dans son Histoire anecdotique du théâtre de Spa, du voyage de Orétry, en août 1776 :

« Grétry cet adorable comi)ositeur, alors dans tout l'éclat de sou talent, vint à Spa en Septembie 1775 et au lendemain de son succès : Im Piosière de Salotcg. Il assis! i ici à la représentation d'un de ses ojjéras. Une gazelte du tcnijjs ■>) raconte que les Deux Avares, ïurenl donnés sous les yeux du maestro. Laissons la parole au rédacteur de la feuille liégi'oise « Parmi les plaisirs inséparables de ce délicieux séjour

(i) Le Juui-nal de harpe, par les meilleurs niiiitres, 0""' année, publiait le Vaude ville (lu Mariage d'Antonio, N° 33 et 43. (2) La Gazette de Liège, petit in-4o, imprimée chez Desoer.

(lu beau monde de l'Europe entière, le spectacle tient un des premiers rangs ; il est très bien monté, il a été très-suivi cl méritait de l'être. La présence du célèbre Grélry a ajouté au zèle des acteurs qui se sont surpassés par la manière dont ils ont joué successivement diverses pièces de ce grand maître que la nation li('geoise s'applaudit de compter ;ui nombre de ses concitoyens et en qui l'univers entier reconnaît et révère les qualités essentielles à une musique sublime : la science, le talent et le sentiment qui le distinguent supérieurement dans toutes les |)ièces de sa composition. A cbaque pièce qu'on a joué ici, cet aimable auteur a reçu par les acclamations du public les preuves les plus llatteuses du cas qu'on fait de ses talents, et l'entrepreneur du spectacle, animé du môme esprit que le public lit ajouter dimancbe dernier à la fin de l'opéra des Deux Avares un couplet à sa louange qui fut chanté et répété par un chœur avec un applaudissement général et les cris de Vivat Grétnj. » Les vers « dédiés àGrétry de l'académie philharmonique deBologne » étaient d'un Spadois nourisson des muses. Les voici :

Enfin de nos Liégeois l'espérance est remplie Grétry nous te voyons au sein de ta patrie, Chacun fait éclater les plus joyeux accens ;

Permets que ma muse ravie

Vienne aussi l'offrir son encens Dans mes vers, cher Grétry, que ne puis-je te rendre

Le ravissement, le plaisir Que ta musique harmonieuse et tendre

Chaque jour me fait ressentir.

Ah ! si les chants que je vais faire entendre

Egalaient tes sons séducteurs !

Mais c'est en vain qu'on l'oserait prétendre. Il faut être Grétry pour enchanter les cœurs.

Le Dieu même de l'harmonie,

Remit sa lyre entre tes mains.

Il t'anima du feu de son génie, Il t'ordonna de charmer les humains.

Toujours le sentiment t'enflamme,

Lui seul fait naître les accords ; Ta musique est le langage de l'âme.

Tu nous fais éprouver ses différents transports, etc.

» Le poêle passait en revue les dilïérenles créations du compositeur,

Zémire, La Fausse Maijie, ctc ; Grétry cent fois accluraé, fut l'objet d'une ovation enthousiaste.

» Les détails que nous venons de donner sont exliaiis d'une note manuscrite du temps, que nous devons à l'obligeance d'un de nos amis. rs'ous y avons fait une rectidcaiion en ce qui concerne la date où celte fête eut lieu. La notesiisdilo porte 1775 au lieu de 1776. Or, le nom de Grétry ne figure pas sur la Liste des Etrangers de 1775, mais bien sur celle le 1776 (26 août, n" 42), sous cette rubrique : « Grétry, conseiller intime de S. A. C. Mgr. l'évèque et prince de Liège, membre de l'Académie des Philliannoniques dt Bologne. « A l'hôtel des Aimes d' Hollande, rue du Waux-Hall. » M. F. Van Hulst. dans sa monographie de Grétry (p. 48), s'est donc trompé quand il a dit : « Deux ans après (1782) Grétry rentrait pour la première et jiour la dernière fois dans sa ville natale qu'il avait quiiîée depuis 1759 »

Cette même année un joua aussi à Spa le Tableau parlant.

Grétry se rendit à Liègii et à Bruxelles en 1776. n)

1776. Août. Arrivée à Liège de Grétry, qui avait (juitté sa ville natale depuis 1759. 11 était accompagné de M. De Viltaneuse, et on le reçut avec une extrême cordialité. M.Velbruck, princc-évêque, l'accueillit comme Tenfant de la maison, le nomma son conseiller intime et l'admit môme journellement à sa table.

La ville de Liège tenant à honorer la i)résenc'c de son illustre enfant, organisa plusieurs fêtes el concerts.

Grétry se rendit donc la mèaie année à Spa, où on représenta plusieurs de ses opéras.

On y avait à cette époque une :raupe régulière d'opéra comique.

En décembre 1782, Grétry q'iitta Paris pour revoir une seconde fois sa patrie et pour se consoler, di. Bachaumoiit dans ses Mémoires, de la non réussite de son opéra : l'Euduirras des richesses

Nous extrayons des Mémoires de Bachaumont une relation concernant le voyage du célèbre maîti'e :

« (irétry. po::r se consoler un peu de l'échec qu'a reçu à Paris son nouvel opéra l'Embarras des ric/iesses, est venu dans sa i)atrie recevoir des distinctions flatteuses, et dont il n'y a point d'exemple encore à l'égard d'ariisles de son genre.

» Le 21 décembre au soir, Grétry se rendit à la salle des spectack-s et fut conduit à la loge magistrale, où messieurs nos bourguemestres régens le placèrent au milieu d'eux. Les comédiens donnaient son charmant

(i) Page l'A) nous avons donné des renseignements sur .sou séjour à Bruxelles.

opéra r Amant Jaloux, précédé d'un divertissement arialoi^ue h la présence de l'auteur et composé en partie de celui qui avait été représenté, il y a deux ans, à l'inaui^uralion de son buste dans l'avant-scène du théâtre. A la fin de cette pièce, un transparent où était écrit : Vive Grétnj, traversa le liant du théâtre, s'arrêta au dessus de la loge magistrale, et en s'entrouvant, remit à messieurs les hourguemestres régens un bouquet qui lut présenté par eux, au nom de la patrie, à l'illustre artiste, cérémonie qui eut lieu aux acclamations de l'assemblée la plus nombreuse qu'on eût encore vue à notre spectacle.

« Le 23, la Société d'Émulation tint une séance publique extraordinaire à son occasion ; elle le (it complimenter par son secrétaire perpétuel, el elle remit à M. Louis, l'architecte du roi de Pologne, directeur général des bâtiments de M. le duc de Chartres, qui avait fait le voyage de Liège avec Grétry, une patente d'associé étranger. »

Pour regagner Paris, r.rétry passa par Lille. Dans une correspondance datée de cette ville, 10 janvier 1783, et rapportée également parBachaumont(p.43),on trouve : « On ne vous a point exagéré les honneurs rendus ici à Grétry. Il revenait de Liège avec M. Louis. Il a passé par cette ville et s'y est arrêté pour entendre le concert qu'on y a nouvellement institué, ou plutôt établi. On en donna un extraordinaire en son honneur où l'on n'exécuta que les morceaux les plus intéressants de Céphale et Procris, d'Amlromaque Q[ un Seigueur bienfaisant. Quant à ce dernier, il s'en serait bien passé ; on remarqua même que cet artiste très-jaloux de son naturel et sur tout d'un mérite naissant comme celui de iM. Floquet, fit la grimace en entendant un morceau auquel il ne s'attendait pas. Quoi qu'il en soit, on lui rendit ensuite tant d'honneurs qu'il en fut comblé.

» On avait mis une couronne sur la slatuo d'Apollon qui est au fond de la salle, et l'on avait orné de guirlandes sa lyre, où l'on lisait le nom du célèbre compositeur.

» Dès qu'il parut dans la salle garnie d'un monde immense, accompagné de deux commissaires, au milieu desquels il était placé, la joie l)ul)lique éclata par des battements de main, longs et multipliés, qui ne furent interrompus que i)ar une fanfare, qui produisit le i)lus grand eftet.

» M. Feutry, poêle que cette ville se glorifie d'avoir vu naître, excellent pour les impromptus, crayonna sur le champ, le quatrain suivant :

'• Grétry parait, la gloire rcnvii'onne ; Elle apphuiilit à .ses divins accents : L'orchestre brille, il enchante, Il étonne; L'j'il du ffénie enllararae les talens. -

Détails concernant la visite de Grétry à Liège en 1782, extraits d'une lettre datée du 16 janvier 178) :

« Parmi ceux qui ont droit, à nos hommages, aucun ne mérite mieux queGrétry les couronnes que la gloire dispense à la vertu et aux talents et le détail des honneurs qu'il vient de recevoir ne peut qu'encourager les artistes qui s'efforcent de marcher sur ses traces. Il vient de faire un voyage à Liège, sa patrie, où il a été accueilli par tous les ordres de citoyens avec transpoi't, qu'excite presque toujours la présence du génie. Les applaudissemens, les acclamations de la plus nombreuse assemblée qu'on eut jamais vue à ce théâtre, avoient commencé, an moment de son entrée; ils redoublèrent et furent répétés vingt fois.

•• Le 23 décembre, la Société d'Emulation tint une séance extraordinaire et publique, à l'occasion du séjour de cet illustre artiste, qui en est associé ordinaire. Au moment de son entrée dans la salle, l'oi^chestre exécuta une ouverture d'un de ses opéras. M. Régnier, secrétaire perpétuel, le complimenta au nom de la Société ; M. Henkart lut une pièce de vers de sa composition ; M. Régnier en lut une autre de M. Bassenge. Ces deux pièces furent très applaudies. Ensuite M. Régnier remit à M. Louis, qui accompagnait Grétry, une patente d'associé.

" L'orchestre continua l'exécution de dilférens morceaux de la composition de Grétry, qui furent aussi applaudis que bien exécutés,

" A l'issue de la séance, Grétry se rendit au spectacle où l'on représenta la Fausse Magie et le Jugement de Midas. Il y jouit encore des applaudissemens de ses concitoj^ens, qui en regrettant de ne pas le posséder plus longtemps, furent attendris delà vive reconnoissance qu'il leur témoigna. «

Le 22 décembre 1782, on joua un prélude sous le titre : Le second Apollon; au même instant une femme du peuple vint, aux cris enthousiastes d'une foule sympathique, couronner le buste en marbre de Gréry, qui se trouvait sur l'avant-scène.

Grétry, qui se trouvait dans une loge, fut très émotionné et pleurait. Le prince-évèque ordonna de répéter le même morceau au spectacle du lendemain,

23 décembre. A la suite de celte séance de la nouvelle société fondée récemment, on le nomma membre honoraire, et toute la société assista le lendemain à une représentation du J//f/é'm<'/// de Midas et de la Fausse Magie.

Le secrétaire, M. Benoit Régnier, (i) lui adressa ces paroles :

« Illustre et cher eou frère,

» Vous avez vu la fouie attendrie de vos concitoyens, impatients de jouir de votre i)réseue<', voler à ce lliéàtre qui retentit mille lois de vos accords et où la nation vous élève un monument iimnortel.

» Fière de vous compter parmi ses associés, et jalouse, à son tour, de vous posséder dans son sein, la Société d'Emulation s'empresse de vous otï'rir un hommage particulier. Le but de son établissement est d'honorer et de célébrer les talents; avec quelle douce satisfaction le remplit elle, en ce jour, envers un concitoyen qui fait à la fois les |)laisirs et la gloire de la patrie. « (2)

C'est après ce brillant discours que JWM.Henkart et Bassenge récitèrent des pièces devers, et l'orchestre, sous la direction de Heni'iHamal, maître de chapelle à St. Lambert, exécuta une scène de Céphale et Procris, le dernier chœur des Mariages Sannrites et un duo wallon de Bamaux, sur le motif des Evénements imprévus : J'aime Philinte tendrement.

A l'occasion de cette seconde visite dans sa ville natale, de grandes ovations lui furent faites, et Grétry fut très sensil)le à l'accueil si syml)alhique (|u'il reçut de la part de ses concitoyens.

Le 21 décembre on donnait au théâtre : l'Amant jaloux. A son entrée dans la loge avec les Magistrats de la ville, toute la salle se trouva débout et applaudit à tout rompre.

A la lin de la pièce on plaça un transparent où était écrit : « Vive C.rétry, » et à ce moment solennel le public fut transporté par l'effet magique de cette scène émouvante et touchante à la lois.

Le bruit se répandit comme un éclair que Grétry se lendait à Liège par Lille.

Le directeur du théâtre de cette dernière ville, voulant donner un spectacle en son honneur, s'empressa de rendre une visite à Grétry, pour l'invitera assister à la représentation où l'on donna deux de ses opéras.

Ce spectacle se composait des morceaux les plus choisis de Céphale et Procris, {iWndromaque et du Seigneur bienfaisant.

A sou retour de Liège, le maître rei)assa à Lille et le directeur représenta en son honneur le lendemain plusieurs de ses pièces.

(1) Décédé ji Cologne, le 18 mai 1792, i'igc de 33 ans.

(2) Ce disocurs se trouve dan.s le procès verbal de la séance publi^iue tenue par la Société, le lundi 23 décemlire 1782. Ou donna ensuite lecture de deux pièces de vers de Bassenge et Henkart.

Grétrx , aussi cher à ses amis par sa modestie que par l'aménité de ses mœurs, fut dans toutes ces circonstances vivement touché de ces honorables témoignages de l'attacliement de ses concitoyens.

On lit dans les Spectacles de Paris, \mh\\é par la veuve Duchesne(1786;:

« Grétry s'est trouvé à Lillj vers le mois de janvier 1783. Le directeur du spectacle s'empressa de donner deux opéras de sa composition, où il assista. A son retour de Liège, il repassa par Lille, et l'on remet les autres opéras de cet habile compositeur. »

Grétry s'est rendu deux fois à Lyon où il avait été d'abord en 1789 avec sa famille et sa fille Antoinette.

Il composa pendant l'été 1789 l'opéra Guillaume Tell.

C'est au printemps que Grétry et sa famille quittèrent Paris.

Ce voyage n'avait aucun but artistique, et c'est sa fille qui lui témoigna l'envie d'y retourner. Il est plus que probable que la femme de Grétry, originaire de Lyon, y avait de la famille.

Deux filles de Grétry sont mortes avant 1790, et dans cette circonstance douloureuse, la femme de Grétry, par pitié pour son mari découragé, eut la force de résister aux tristes angoisses de la douleur.

C'est au retour de Lyon qu'un accident terrible faillit précipiter au fond des eaux Grétry et son enfant chérie.

Cet accident eut lieu au mois de novembre 1789.

Un journal écrit :

« Au mois de novembre Grétry s'y trouvait avec sa femme et sa fille, âgée d'environ 15 ans. iVI"*' Grétry, encore toute endormie, prend pour du sable l'eau de la Saône; elle entre dans la rivière qui l'estraîne. Grétry seul voit sa fille flotter sur l'eau, soutenu par ses vêtements; il s'élance, tombe sur un fond solide qui lui permet de saisir sa fille d'appeler à son secours, et de la remettre entre les mains des bateliers. »

C'est, croyons-nous, le dernier voyage entrepris par Grétry à Lyon, dont la santé depuis la mort de sa dernière fille a été très compromise.

D'après nos renseignements, Grétry se rendit à Bologne, et y eut des conseils du célèbre compositeur Martini, auteur de plusieurs opéras.

Le Guide musical de l'année 1870 relate ce voyage en ces termes :

« Leur auteur (de Lucile, le Tableau parlant), est un jeune homme d'une physionomie avenante ; il me demanda (à Burney) de vouloir bien me charger d'une lettre pour le père Martini, avec lequel il a étudié quelque temps <à Bologne. »

Le 18 juillet 1809, Grétry se rend à Orléans, pour assister au mariage de son neveu Alexis Grétry, ingénieur en cette ville.

M. ï^lamand s'exprime ainsi à ce sujet dans ses Mémoires :

— 2or. —

« Le 18 juillet 1809, à l'occasion du mariacfc d'un de ses neveux qui était sous-ingénieur à Orléans, Grétry partit pour cette ville et y resta quinze jours. Je fus de ce joli voyage et je restai tout le temps auprès de lui. La célébrité de Grétry avait attiré dans Orléans un grand nombre d'amateurs et d'artistes distingués de tous les environs et même de Paris. La célébration de ce mariage eut lieu Ie2o. Tous désirant olirir au grand compositeur Thommage de leur admiration, se réunirent dans une avant-salle du banquet des noces pour exécuter différentes pièces d'harmonie extraites de ses œuvres. Rien ne peut peindre la surprise de Grétry et de tous les convives, lorsqu'à la première phrase de musique, au moment où l'on s'y attendait le moins, une porte à deux ventaux s'ouvrit pour laisser voir un orchestre très-nombreux, exécutant avec précision des morceaux remplis de mélodie. Grétry accueillit avec autant de bonté que de gratitude, ce tribut spontané de sentiment et d'estime ; il approcha affectueusement les amateurs et les artistes, et leur témoigna sa reconnaissance et sa sensibilité.

» Une scène des plus touchantes eut lieu après la lecture de quelques vers : Grétry fut couronné des mains de sa nouvelle nièce au nom des amateurs et des artistes réunis ; mais aussitôt il reprit sa couronne et la posa sur la tète de la jeune mariée. »

Grétry, Quasi-Sénateur et décoré de la Légion dhonneur.

Le nom de l'illustre compositeur était vénéré, et la réputation qu'il avait acquise par ses nombreux travaux l'avait fait désigner pour siéger au Sénat.

Laissons parler le Guide musical, par la plume de M. Félix Delhasse :

« Au début de l'Empire français, Grétry fut compris dans les premières nominations de l'ordre de la Légion d'honneur. Si, presque en même temps, le doux chantre liégeois n'entra pas au Sénat, ce ne fut pas la faute de ses concitoyens des bords de la 3Ieuse, comme on le verra par la Décade philosophique, littéraire et politique du 30 thermidor, an XII (18 août 1804), dont voici un extrait :

« Nous apprenons par une lettre de Liège, comme une nouvelle intéressante pour les arts, que la patrie de Grétry, loin d'oublier dans sa retrait'e cet artiste ingJnieux et aimable à qui nos théâtres lyriques doivent tant de productions charmantes, vient de lui donner une preuve

lionorablo de souvenir. Dans l'assemblée de canton de ce chef-lieu du dépai'lement de rOurtlie, Grélry a été au nombre des citoyens que l'on a désiré voir parvenir à la dignité de Sénateur, et il a obtenu vingt suffrages. »

« Grétry n'était pas bien rigoriste en politique; il s'était facilement accommodé des divers régimes sous lesquels il a vécu, en acceptant places, pensions et les mille faveurs qu'appelle la renommée; un siège au Sénat eut peut-être llatté la vanité du vieux musicien, mais, pour les amis de l'art pur, c'eût été tristement clore une glorieuse carrière. »

C'est en 1803 que Grétry, en compagnie de deux illustres compositeurs, François-J. (iossec, (i) artiste belge, et Etienne-N. Méhul, (2) de Givet, fut nommé par Napoléon I'' membre de la Légion d'honneur.

Le Journal de Débats l'annonce en ces lignes :

« Les ce. Gossec, Grétry et Méhul, ont été nommés chevaliers de la Légion d'honneur. »

Grétry reçut à cette occasion de nombreuses marques de sympathie et d'admiration de la part de ses amis et de ses admirateurs

Napoléon, témoin du mérite de ses oeuvres et des succès obtenus, s'est acquitté d'une dette publique envers l'illustre maître belge.

Si jamais décoration fut méritée, c'est bien cà Grétry qu'en .revient l'honneur, non-seulement pour ses talents, mais pour ses services rendus à l'art musical dans diiférentes fonctions remplies à la Comédie-Italienne, au Conservatoire et à llnstitut de France.

Faisons suivre la pièce constatant sa nomination de la L('gi'^n d'honneur :

Ordre national de la Légion d'Honneur.

he Grand Chancelier de l'Ordre national de la Légion d'iionneur certifie que, pai' décret du 20 frimaire an 12 (2(3 décembre 1803), M. Grétrj, membre de l'Institut, a été nommé chevalier de la Légion d'honneur.

Paris, le 26 décembre 1882. (signéj L. Faidiieuee.

(i) Décédé à Paris en 1829, âgé de 95 ans.

{i) Mort H Paris, lo 18 octobre 1817, âgé do TA ans.

Couronnement de Grôtry à l'Opéra-Goniique

en septembre 1804, lors de la représentation de

" Lucilc « et la « Fausse Magie •'.

La musique de (irélry, si touclianle el si expressive à la fois, (il toujours les délices des habitués de l'Opéra Comique et de l'Académie de musique.

Laisons parler le critique d'un des principaux organes de la presse parisienne :

« L'opéra-Comique vient de donnerde grands signes de conversion, et l'on ne peut plus douter de son retour aux principes.

» Grétry reparut en conquérant sur l'ancien théâtre de ses triomphes.

» A son aspect les roulades, les gargouillades, les cascades tous les colilichets, les sauts, les pirouettes musicales s'évanouissent insensiblement pour l'aire place à l'expression et à la note.

» Depuis que le goût du public s'est réveillé pour les chefs-d'œuvre de Grétry, il était naturel que ce compositeur vint jouir en personne de ses succès et fut témoin des transports qu'il excite : ce devait être là, la récompense la plus douce.

» Grétry se trouvait dans une loge le jour que l'on donnait Lucile et la Fausse Magie ; en jouant la ritournelle du beau quatuor de Lucile, Blasius, chef d'orchestre, s'est tourné vers Grétry et l'a fait remarquer aux spectateurs. Le célèbre compositeur est devenu le centre de tous les regards, et pendant que les acteurs chantaient : Où peut-on cire mieux qu'au sein de sa famille 1 on lui a mis une couronne sur la tète aux acclamations de toute l'assemblée.

» Le moment était bien choisi; Grétry au théâtre que son génie a si richement doté, au milieu d'auditeurs dont sa musique a fait les délices, était véritablement au sein de sa famille.

» L'estime des connaisseurs, les suffrages du public, la gloire d'avoir perfectionné le genre de la comédie-lyrique, corrompu et dégradé en Italie, voilà i)Our Grétry la plus belle couronne; cela vaut infiniment mieux qu'une branche d'arbre, qu'une main amie lui a placée sur la tète dans l'obscurité d'une loge étroite où il était emprisonné. »

(Journal des Débats.)

Cette année encore Grétry assistait souvent en société de sa femme et de quelques amis dévoués aux représentations de ses pièces, et le

lecteur ne sera pas surpris des nombreuses reprises faites pendant les années 1804 à 1807, des opéras de notre compatriote.

Le public, malgré les œuvres charmantes de Nicolo (Isouard), Boieldieu, l\Iéhul,Cherubini cl autres, fut ravi de la simplicité et de la naïveté des mélodies de firétry.

Etat de l'oriune de Giétry.

Grétry, élevé dans des goûts simples et modestes, eut généralement une position médiocre comme fortune, car étant à Rome et à Genève, il fut obligé de donner des leçons de musique pour subvenir au.x nécessités de la vie journalière.

Au commencementde son arrivée à Paris, il n'avait aucune ressource, aucune perspective de se créer un avenir lucratif. Le maître même eut un instant Tidée de retourner dans sa famille, tellement son avenir lui paraissait douteux. Des amis généreux lui vinrent pourtant en aide.

Ce n'est qu'en 1787, alors qu'il jouissait des bénéfices de quelques opéras, ainsi que d'une pension de 7,200 livres de la Comédie-Italienne et du roi, que l'aisance se montra chez lui.

Selon J. F. La Harpe, écrivain et critique, dans ses lettres publiées en 1820, (Paris, imprimerie de Didot,) (irétry en 1780, perdit 30,000 livres dans la débâcle de son beau-frère, Jacques Lacombe, avocat sa is cause, puis libraire, qui en 1775 fil une faillite de 300,000 francs. C'est lui, en 1752, qui \i\M\^V.Ï)\c\\om\a'\re ])ovta\\f des Beaux-Arts, qin eut plusieurs éditions.

Grétry, après le mariage de Flamand avec sa nièce, confia le soin de ses affaires à celui-ci, il assistât avec sa femme à toutes les fêtes de famille, et il partageait les billets de spectacle entre ses amis et les jeunes mariés Flamand fut honoré de toute la confiance de son oncle de qui il tenait les pouvoirs nécessaires pour toucher ses revenus et honoraires.

Grétry lui écrit à cet effet ces lettres :

A rOpéra-Comique :

« Je prie M. Laurau de remettre à mon neveu M. Flamand le mon- >• tant de mes hono!'<a;ros de Paris et des départeniens, et de recevoir » sa signature pendant mon absence à l'Ermitage. •»

A l'Ermitage, 8 prairial an l'A. (signé) GréTrY.

A l'Institut

" Je pi'ie M, Lucas de recevoir la signature et de remettre mes « honoraiies de l'Institut ù. mon neveu M. Flamand pondant mon séjour " à l'Ermiiage. «

Paris, le 27 mars 1800. (signé) Grktry.

A l'Opéra :

" Je prie M, Preux de remettre à mou neveu M. Flamand, porteur " de ce billet, mes honoraires et pensions de l'opéra, et de recevoir sa » signature pendant mon séjour ;\ l'Ermitage. »

A l'Ermitage, 8 prair'ial an 13 (28 mai 1805). (signé) Grktry.

Ainsi depuis 1805 jusqu'à son décès (1813), seul Flamaïul fil toutes ses recettes et ses payements, excepté à la trésorerie.

En 1786, le roi accorda àGrétry un brevet d'une pension de 6,000 liv.

Nous extrayons de l'ouvrage : Les Comédiens du /■(*/, deM.Canipardon, quant aux sommes accordées à Grétry :

« Délibération des comédiens approuvée par 31. le duc de Duras pour accorder 1,200 livres d'appoinlemens à commencer du 'P"" octobre 1771 au sieur Grétry pour reconnoître ses services journaliers et qu'il ne travaillera que pour leur spectacle et veillera à tout ce qui concerne ce genre de musique, le chant et l'orchestre. »

» Brevet d'une pension de 6,000 livres en laveur du sieur André- Ernesl-Modesle Grétry, né à Liège le 11 lévrier 1741, baptisé le même jour dans la paroisse Notre-Dame de la dite ville.

» Cette pension composée des objets ci-après, savoir : Une pension de 2,400 livres sans retenue pour lui tenir lieu de la gratilication annuelle de pareille somme qui lui a été accordée sur les dépenses extiaordinaires des menus plaisirs en considération des ouvrages en musiiiue de sa composition qui ont été donnés avec succès tant au théâtre de la Cour qu'à ceux de Paris, suivant les décisions des 10 novembre 1771 et 1^'' juillet 1778 ; une augmentation de 3,600 livres sans retenue qui lui a été accordée par décision de ce jour 26 novembre 1786. »

Grétry avait acquis, à très boa compte, une i)etite mai-ion rue St. André-des-Arts à Paris, maison qui se trouvait dans un très niauvais état. C'est Flamand qui en re^ut le loyer.

L'acte fut |)assé le 26 décembre 1812.

Donc en 1787, Grétry avait relativement une brillante position. Déjà en 1782 on lui accordait une pension de 1,000 fr.sur la caisse de l'Opéra.

Plus tard. Napoléon, considérant les pertes subies par Grétry à la

Révolulioii Iranoaise cl ses immenses services rendus à Tari musical, accorda à noire compatriote une pension annuelle de 4.000 francs.

Si une loi avait été en vigueur concernant la propriété, Tauteurde Lucile aurait amassé en quelques années une fortune considérable.

11 est vrai, qu'à la Révolution française Grélry, comme bien des gens, perdit une grande partie de ses ressources. Sa femme, qui avait cultive dans sa jeunesse la peinture, se mit de nouveau h travailler pour le public, ce qui lui valut des doges.

Nous avons à redresser un fait avancé par Jules Schubert dans son J.exicau, publié en 1863, à Leipsick, qui dit :

« Gréiry siavb ^h: septembre 1813, veramt durcli die Révolution. »

Non. Grétry, par les produits divers de ses fonctions et de ses œuvres, était dans une position aisée. Comment aurait-il pu suflTire h ses besoins personnels et à ceux d'une famille nombreuse mise à sa charge par son frère aîné ?

Fonotions reixiplies par Grétry.

A cause de son étal de faible santé Grélry n'a pu remplir comme il aurait désiré des fonctions qui aggravaient ses fatigues.

En octobre 1771, (i) alors que la réputation de Grétry était faite, les comédiens italiens, reconnaissant les services que le maître pourrait rendre aux représentations de la Comédie-Italienne, le chargèrent de loule la surveillance qui se rapportait aux acteurs, au chant et à l'orchestre de ce théâtre, (si en vogue à cette époque), aux appointements annuels de 1,200 livres.

Vu le zèle et le dévouement apportés dans cette fonction, un arrêt du Conseil de 1787 créa et le nomma au poste d'inspecteur de ce théâtre avec jouis.sance d'une part dans les revenus de la Comédie-Italienne.

Faisons suivre l'acte officiel, que nous empruntons à l'excellent ouvrage de M. Em. Campardon : Les Comédiens du roi, concernant celle fonction :

« Le roi s'élant lait rendre compte des lois et règlemens intérieurs relatifs à la Comédie-Italienne et de ce qui pnuvoit contribuer le plus eflficacemenl au soutien et aux succès de ce spectacle, soit en excitant l'émulation des compositeurs, soit en encourageant le zèle des auteurs, Sa Majesté a pensé que ce double objet ne pourroit être bien rempli que

{{) Cette nième année Grétry, accorda une donation à sa mère de 400 livres comme rente viagère. Consulter l'ouvrage cité de M. Campardon. page 259.

par une inspection journalière confiée h un sujet ca|)al)Ie de réunir les connoissances dramatiques, l'ententede la scène et de la distribution des chants à celles de la composition musicule qui, dans ce genre de spectacle, exigent une alliance et des rapports si intimes que, sans eux, la perfection ne peut pas exister ; considérant que le sieur Grétry rassemble toutes les connoissances qui peuvent le rendre propre à cette inspection, qu'il a enrichi la Comédie-Italienne par un grand nombre d'ouvrages qui ont puissamment concouru au soutien et à la splendeur de ce spectacle ; qu'il a perfectionné en France l'art du chant et qu'il est parvenu au plus haut degré de réputation dans son état ; Sa Majesté a cru devoir récompenser des talens si distingués et les encourager par une marque particulière de sa bienveillance : A quoi voulant pourvoir, ouï le rapport, le Roi étant en son Conseil a ordonné et ordonne ce qui suit :

» Sa Majesté a commis et commet le sieur Grétry pour faire les fonctions d'inspecteur de la Comédie-Italienne.

» 11 se rendra régulièrement en cette qualité aux assemblées qui seront indiquées par l'administration de ce spectacle.

» Il rendra compte aux premiers gentilshommes de la Chambre des abus qu'il aura remarqués et leur proposera les moyens d'y remédier : il leur indiquera ceux qui lui paroîtront les plus propres à concourir aux succès de ce spectacle et à assurer son existence.

» A compter de Pâques prochain, le sieur Grétry jouira jusqu'à son décès d'une part entière dans les produits de la Comédie-Italienne et cette part entière lui sera payée aux époques ordinaires [)ar le caissier de la Comédie, sans préjudices et indépendamment de ses droits comme auteur qui continueront de lui être payés à l'ordinaire.

» Le sieur Grétry assistera aux assemblées, comités, lectures des pièces, et il jouira de même que les Comédiens des droits de présence et de jetons.

» Sa Majesté veut et entend que ledit sieur Grétry continue de faire tous ses efforts pour la perfection du spectacle soumis à son inspection et d'indiquer par de nouveaux chefs-d'œuvre le chemin de la gloire aux jeunes compositeurs qu'il aidera de ses conseils, ainsi que les sujets (|ui annonceront des dispositions marquées pour l'art du chant.

» Fait au Conseil d'État du Roi, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles

le 1787. «

En 1793 il était un des inspecteurs de l'enseignement du Conservatoire de Paris, aux appointements de 5,000 francs. Il n'a pu accepter cette place que pour le temps nécessaire de son installation, c'est-à-dire, qu'il voulut bien apporter ses services pour fonder cet établissement.

Vudetréquenles hémorrhagies ou crachements de sant;, il a été oblit^é (le donner sa déniissian.

On ne peut le contester, Grélry, depuis 1768 à 1800, a eu une vie active, non seulement comme compositeur, mais aussi comme répétiieur de ses opéras, et comme professeur.

Ainsi, à chaque nouvelle œuvre il fut appelé à dirii^er les répétitions d'ensemble, afin d'indiquer exactement le caraclère de sa musique, la manière de l'interpréter tant pour les chanteurs que pour les actrices.

On sait par la voie des journaux les soins qu'on mettait souvent à jouer ces pièces, et combien Texecution était supérieure aux représentations primitives de ces opéras.

Les chefs-d'orchestre, souvent des musiciens routiniers, ne pouvaient saisir l'esprit de la musique de Grétry, et sa présence à chaque nouvelle pièce était de toute nécessité.

Nous avons aussi lu dans les journaux combien parfois elles étaient nép;li2;ées, sous le rapport de l'exécution, quand Fauteur ne pouvait plus présider aux répétitions.

A cc'.tc rude besogne de chef-d'orchestre il faut ajouter ses travaux à l'Institut de France, où il a été appelé souvent à donner son jugement éclairé sur des méthodes, sur des nouveaux instrumenis, etc.

Grétry déclara dans une pièce datée du 19 juin 1802, qu'il n'avait accepté la place d inspecteur du Conservatoire que pour le temps nécessaire à son installation indispensable à l'art musical, et que vu ses hémorrhagies fréquentes, il se trouvait obligé malgré lui de donner sa démission de ses fonctions, après une année d'exercice.

r/est en 1795-1796, que Grétry fut nommé à cet important emploi en compagnie de Gossec, Méhul, Lesueur et Cherubini.

En 1797 il ne figure plus sur la liste des inspecteurs, et sa place est déclarée vacante.

En 1799, J. Martini (Schwartzendorfi, musicien savant, remplaça Grétry.

l^es Poi traits de Grétr>-.

L'immortel compositeur liégeois a eu la satisfaction de voir les plus habiles peintres, graveurs et statuaires s'empresser de reproduire ses traits, aussi, il serait dilîkile de réunir ses nombreux portraits même ceux en lithographie.

C'est après le grand succès de Zéniire et Azor, qui date de 1771, qu'on

publia à Paris le premier portrait du célèbre maître, dessiné et gravé par Moreaii.

Ce portrait vu de profil est renfermé dans un médaillon. Il est ^Tavé d'une petite pointe légère et spirituelle. On lit au bas ce vers d'Horace, dans l'application à la musique pittoresque et dramatique de Grétry :

Irritât, miilcet, falsis terroribus implet ut magiis.

En 1776, fut gravé un portrait dont on fit plusieurs copies.

En 1784, on publia un portrait-médaillon de la composition de B. Delaroclie.

r.e médaillon, qui offre une ressemblance parfaite et une exécution très pure, a été frappé de différentes manières, propre à orner les côtés d'une cheminée ou le dessus d'une tabatière.

En 1783, Mad. L Vigée Le Brun a peint de Grétry un beau portrait, gravé par L. J. Carthelin, graveur du roi, avec ces vers : (i)

Par des plaisirs léels et de fausses allarraes Ce piii'^sant enclianteur calme ou trouble nos sens-, Mais de son amitié peut-on goûter les charmes Sans égaler au moins son cœur à ses talens?

Vers 1804, P. Sudre publia un portrait lithographie.

Isabey fit le portrait de Grétry en 1808.

Laisons parler Flamand-Grétry :

« Isabey, dont le.talent est justement apprécié, voulant couronner ses crayons des lauriers de Grétry dont il était l'ami, eut le bonheur de tracer, avec une vérité frappan:e, les traits de I immortel comoositeur. L'hoiime célèbre, que peu de chose affectait, nVapprit un jour qu'il avait confié à M. F.... marchand d'estampes, le précieux dessin disabey, qu'il lui avait promis de le faire graver ; mais que ce particulier, faute d'en avoir le moyen l'avait laissé chez le graveur, qui le gard lit comme un nantissement de son ouvrage qui était commencé. Sans rien dire à Grétry, j'allai chez ce marchand destampes pour connaître ce graveur : c'ét lit feu Simon, ariiste distingué. Je fus le trouver. Je convins avec lui de 400 fr. Il y mil tous ses soins et me livra son ouvrage avec le de.^sin original, en lui remettant la somme convenue, dont il me donna quittance le 5 août 1808. Aussitôt je portai la planche chez l'imprimeur pour en avoir de belles épreuves.

(i) Paris, chez fauteur rue du Roule, maison du ferblantier.

» Je lis le dépôt de celle belle gravure à la bibliollièque impériale le 8 février 1809, el ensuite je la livrai au commerce ; mais j'en donnai, avec profusion, à tous les admirateurs de Giétry, et j'osai me permettre d'en relever mes faibles opuscules,

» Peu de temps après, Grétry m'en récompensa de la manière la plus flatteuse, et voici comment :

» StoufT, sculpteur, comme je l'ai déjà dit, était chargé, par M. le chevalier de Livry, d'exécuter en marbre la statue de l'auteur de Sj/Z^a/M; à cet effet, Grétry lui confia un de ses bustes (celui de Quanon), qui, avec ses traits, rappelle la bonté qui y régnait.

» Un jour qu'il vint me demander à dîner, il me dit : « Mon fils, je » vais le charger d'une commission ; tu iras avec un porteur chez Stoufï", » à la Sorbonne ; lu le prieras de ma part de te remettre le buste que » je lui ai prèle pour lui servir de modèle. » Je lui demandai s'il fallait le faire porter chez lui, « non, me dit-il, tu legaideras chez toi, je te » dirai ce que j'en ferai. » Dès le lendemain ma commision fut faite, le porteur plaça le buste sur une colonne dans mon salon.» (Mémoires.)

En 1813, Laurent Lefebre, élève de David, fit le portrait en pied de Grétry, qu"il envoya à l'exposition de Liège.

Plus tard il en fit hommage à la Société d'Emulation, qui lui envoya pour témoigner sa reconnaissance, une tabatière en or de la valeur de 400 francs.

Ce portrait se trouve dans l'un des salons de la société.

Maurin fit un portrait en lithographie d'après celui peint par Lefebre, pour la salle de l'Assemblée de l'Opéra-Comique, et qui fut publié ensuite avec une notice de M. Fétis dans la 2'^Mivraison de la Ga/t?/ie des musiciens.

Ce portrait est très ressemblant.

M. Simon a gravé au burin le portrait d'après le dessin de M. Isabey, que plus tard Mees publia dans ses Mémoires.

En 1813, Duplessy-Bertaux terminait l'eau-forte du dessin que le quatrain de M. Villiers a inspiré à M. Joly.

Joly écrit dans une lettre adressée au Journal de Bruxelles :

«' En mettant en action le quatrain de M. Villiers sur Grétry, captivant avec sa lyre l'attention de Caron, je n'ai point eu la prétention de faite un dessin, mais seulement une esquisse, que le public, j'espère, voudra bien juger sur l'intention. Je n'ai eu d'autre but que de rendre hommage à un talent célèbre. Je saisis cette occasion pour faire mes remeiciments à M. Berteaux,qui a bien voulu se charger de l'eau-forte."

— âlo —

En même temps, Gayard lait paraître im portrait de (irétry, gravé en relief. Paris, chez Levôque. Prix : 10 francs.

Ce portrait est d'une ressemblance frappante et d'une exécution très artistique.

On écrit en 1813 :

« L'immortel Grétry, dont nous pleurons la perte, a eu la satisfaction de voir les plus habiles peintres, statuaires et graveurs s'empresser de reproduire ses traits.- Dans le nombre des portraits exécutés en sculpture et ofllerts en ce moment au public, nous croyons devoir faire remarquer un petit buste de l\I. Falrye, statuaire et compatriote de Grétry, élève de M. Lemot Ce buste est d'une proportion agréable, et surtout d'une ressemblance parfaite. Prix : 8 francs. » (Journal encyclopédique.)

En 1813, le portrait de Grétry par le peintre Robert, est gravé par Bernick, membre de l'Institut.

La même année, Romagnesi fit un des plus remarquables portraits depuis la mort du célèbre maître, comme ressemblance, avec une expression vraie et naturelle.

Le modèle en cire, joliment encadré, se vendait 20 fr. et les épreuves en talc 6 fr. Paris, chez Le Duc, marchand de musique.

En décembre 1813, on publia en gravure : L'ermitaye de Montmorency, nu bas duquel se trouve les prolils de J. J. Rousseau et Grétry, par M. Debucourt.

L'étroite amitié qui, depuis vingt-cinq ans, liait M. de Sartrouville à feu M. Grétry, lui a donné l'idée de faire exécuter le buste de ce compositeur célèbre, et d'ouvrir une souscription à cet eflet. M. Flalters, élève de M. Houdon, est chargé de l'exécution.

On ne peut douter que cet artiste, dont le talent est connu, n'allie une grande ressemblance à la noblesse et à la pureté du style qui le caractérisent.

Le prix était de 40 francs.

Le portrait de Grétry peint par Rosa Bonheur, se trouve à la salle des hommes illustres au loyer du théâtre de Bordeaux.

En 4857, M Besson, peintre, exposa au salon de Paris un tableau représentant Grétry.

(Voir le Ménestrel de Paris, 1837, au sujet de ce tableau).

Ce portrait est adroitement composé, d'un coloris frais, agréable, et rappelle l'école de Vanloo.

Dans la Galerie iiniverselle, publiée par Blaiset, on trouve un portrait lithographie par Ducarme, d'après H. Garnier.

L'ouvrage de A. Grétry, neveu : Grétry en famille, ou anecdotes litté-

raires et musicales, etc., Paris, Chaumerot jeune, libraire, Palais royal, 1814, contient un portrait lithographie, très simple, qui doit dater environ de 1810.

On a mis les vers suivants sous celui que nous possédons :

La musique avant lui changeait à tout moment, Le caprice et la mode en réglaient l'harmonie, Fidèle à la nature ainsi qu'au sentiment, Il a fixé le goût sous les lois du Génie.

Dans la réimpression des Mémoires de Grétry, de Mees, Bruxelles, 1829, il y a également un portrait lithographie.

On trouve aussi son portrait dans la brochure de M. Van Hulst : Grétry, et dans la Galerie des portraits du XVI IL"'' siècle, par Arsène Houssaye.

31. De Mersseman, peintre décédé aujourd'hui, a fait il y a quelques années le portrait de (irélry en pied, qui se trouve dans la grande salle des concerts du Cercle artistique à Anvers. Ce portrait, fort bien peint, est plus que grandeur naturelle.

Bustes et statues.

Le célèbre statuaire Ruxthiel a exéculé un joli buste de Grétry en 1780, qui se trouve dans la salle du Collège échevinal de l'hôtel de ville de Liège.

Le 24 janvier 1780, il fut placé au théâtre de Liège. C'est dans une séance du conseil de cette ville qu'on en décida le placement.

En 1785, l'administration de l'Opéra, voulant honorer la mémoire de Grétry, son buste l'ut placé au foyer de ce théâtre.

Le comte de Livry, (i) grand admirateur des œuvres de Grétry, (it faire à ses frais une statue en marbre, dont le projet fut déjà élaboré en 1805.

En effet, le Journal des Débats inséra dans un de ses N"^ de 1 année 180 > :

« On assure qu'un simple particu'ier fait faire la statue en marbre du célèbre Gréiry ; qu'il a consacré 12,000 francs à l'érection de ce monument et que c'est le statuaire Stuf qu'il a chargé de son e.\écution. »

(\) I e comte de ' ivry a fait paraUre à Paris, c'^e'. ^'g'^r, sans date : Recueil de letti e. ccrites de Grétry ou à son sujet, tn-t» de lô7 pages.

Enlin en 1809, ce monument fut placé sous le vestibule du théâtre de rOpéra-C(jmic|ue. Celte staïue était l'œuvre de M. Slouf et se trouvait au pied de Icscalier de la salle Teydeau.

Le 28 mars 1810 l'ut inauguré à la sal'e de la Société d'Emulation à Liège, le buste de Grétry, exécuté par Sajou, bonneur qui jusqu'alors n'avait élé accordé qu'à M*^'' Velbruck, prince et fondateur de celte société.

Ce busle, donné par le bourgmestre De Fossoiil, servit de modèle à celui que le sculpteur liégeois, M. Ervrard, exécuta aux frais de la ville, destiné à orner la salle de spectacle, busle qui disparut lors de l'incendie de 1803.

Déjà en 1816 la Société d'Emulation de Liège mit au concours le plan d'un monument à élever à Crélry, sur la place qui porte son nom.

C'est en 1817 que la même société ouvrit un concours pour le meilleur éloge académique de 'Grétry, auquel elle proposa une médaille d'or.

En même temps, elle cbargea M. de Gerlache d'insister auprès de l'administration communale de Liège, afin de contraindre les héritiers du grand artiste à exécuter les dernières volontés du maître, leur oncle.

Un mémoire en ce sens fut proposé au conseil qui l'adopta, et un procès fut intenté devant le tribunal de Pontoise,qui donna gain de cause aux héritiers,

La ville se pourvut en appel devant la cour royale de Paris. Sur le brillant plaidoyer de l'excellent avocat, M. Hennequin, la cour condamna les neveux du compositeur à restituer le cœur de leur vénéré onc'e.

La première statue placée en Belgique, est celli de André-Ernesl- Modeste Grétry à Liège.

Le philologue Fuss avait proposé d'inscrire sur le piédestal de la statue de Giétry à Liège ces vers : Cor patriae (ledit ipse, Gloviamsibi vUuUcat orbis, mais on n'en voulut pas, nous ne savons pourquoi.

La statue trouvait primitivement place de l'Université. En juillet 1866. elle fut transportée sur la place du Théâtre Royal.

La cérémonie de l'inauguration eut lieu le 18 juillet 1842.

A midi, on annonçait le départ du Cortège qui se composait des membi'es de la Sociélé d'EmulaHon, de la Société Grétry, du Conservatoire royal, du Conseil communal, etc. l»armi les artisles on remarquait Fr Liszt, Fétis, Uaussoignc-Aléhul, Artol, Vieuxlemps, Geefs (auteur de la statue), VVierlz et d'autres célébrités.

Le cœur de Grétry, (i) renlernié dans un vase de bronze recouvert d'un crêpe, était porté par M le bourgmestre.

(i) C'est en 1828, que MM. île Sauvage et de Gerlache furent chargés d'aller recueillir ^ Paris le legs précieux que Grétry avait laisse à sa ville natale.

Puis suivaient Grétry, petit-neveu de l'illustre musicien, et Souberbielle, médecin à Paris, âgé de 89 ans, ami intime de Grétry, et auquel le grand artiste avait remis le soin de pratiquer son autopsie.

Le sculpteur a choisi le moment où l'artiste liégeois livré à son inspiration, trouve une heureuse mélodie : il vient de produire l'air si populaire : OU peut-on être mieux.

Un chœur triomphal de Persuis a été exécuté par un orchestre de 300 exécutants, et l'harmonie de Huy a joué ensuite un morceau composé des airs les plus célèbres de l'illustre musicien.

Le corps de musique de la Garde-Civique y prétait également son concours, et une salve de 21 coups de canon fut tirée.

Le bourgmestre Tilman et M. Orbaii de Rossius, président de la Société d'Emulation, retracèrent dans leurs discours la vie et les travaux du compositeur liégeois.

On chanta ensuite un beau chœur de Daussoigne-MéhuI, intitulé : Hommage à Grétry ; et la romance de Richard Cœur-de-Lion, arrangée pour voix d'hommes par le même artiste.

M. de Bavay donna lecture d'arrêtés royaux accordant la décoration de l'ordre de Léopold à MM. Fétis et Daussoigne-MéhuI.

Le soir il y eut spectacle gala avec Richard Cœur-de-Lion, chanté par M""^^' Guichard, Lovie, MM. Laborde et Altairac. Le fameux duo fut redemandé à grands cris.

Ensuite eut lieu l'apothéose de Grétry, grande scène lyrique, paroles de Dessessart, musique de Ch. Hanssens aîné, mêlée de danses et de chants. Cette scène a fait le plus grand plaisir.

Par suite de la mort du duc d'Orléans, la députation de l'Institut de France n'assista pas aux fêtes de Grétry.

Parmi les pièces composées à l'occasion de cette solennité citons celles de MM. Marrellis, Weustenraad (le Remorquer), Polain, Félix Van Hulst, Et. Henaux, A. Van Hasselt.

Le 19 juillet, un grand concert donné par la ville, clôtura ces belles fêles.

On y exécuta la belle ouverture de Panurge, puis M'"^ Damoreau chanta avec brio l'air de la fauvette de Zémire et Azor, et F. Liszt improvisa une fantaisie sur Richard Cœur-de-Lion. M. Massart s'y fit également entendre.

Voici un extrait du discours prononcé par M. Tilman, bourgmestre de Liège, au moment de l'inauguration de la statue de Grétry :

« Messieurs,

» Gi'étry apparaît au milieu de vous, grand et majestueux comme son génie.

» Ses cendres, depuis trente ans refroidies, se raniment aux chaleureux accens delà patrie. Une gloire qui avait rempli le siècle passé, qui recommence une ère nouvelle au milieu du nôtre, revêt sous nos yeux des formes indestructibles comme elle ! Grétry échappe à la tombe pour venir jouir, au milieu des siens, de l'immortalité qu'il a conquise. Emporté loin de nous, par sa haute destinée, il sera Liégeois par le cœur, et ce noble cœur, qu'il légua à sa ville natale, animera désormais le monument que lui élèvent notre admiration et notre reconnaissance.

» De tous les lieux que charmèrent les chants heureux de Grétry, d'ardentes sympathies répondent à votre ovation ; un universel écho redira les sentiments que vous faites éclater dans cette solennité louchante.

» iMessieurs, Grétry, musicien comme Lafontaine a été poète, nourri en Italie des traditions austères de Durante, de Léo ; séduit par les entraînantes mélodies de Jomelli, de Paisiello, de Pergolèse, il apporta en France un génie trempé aux fortes émotions, assoupli par de brillants essais, impatient de créer dans une voie nouvelle.

» La France l'adopta, comme elle adoptait sa musique, et ses succès rélevèrent incessamment au rang que lui assignaient à la fois l'art et la science, le naturel et la grâce, l'esprit et le goût, le sentiment et l'originalilé de ses compositions. La posiérité, reconnaissant en lui le sens philosophique, le tact observateur et cette précieuse facilité d'entraînement qui caractérisait les deux poètes les plus populaires de la France, l'a placé entre Molière et Béranger.

» Grétry, parti de Liège en 1759, n'y reparut que vingt-trois ans plus tard ; le maître déjà célèbre avait succédé au pauvre enfant de chœur. Déjà son buste avait été inauguré au théâtre, déjà la patrie l'avait ceint d'une couronne. Un prince, ami des lettres et des arts, une cour élégante et polie, la Société d'Emulation, jetant à sa naissance un viril éclat à la faveur des talents distingués de Reiner et de Bassenge, de Henkart et de Villet, s'empressèrent à l'envi de lui faire les honneurs de la cité.

» En se livrant au bonheur de fêter le retour de son enfant de prédilection, Liège était loin de prévoir alors qu'elle le voyait pour la dernière fois.

» Lorsqu'en 1811, la ville inaugura, dans le quartier qui l'avait vu naître, la place qui porte son nom, Grétry fut invité, de la manière la

— tm —

plus pressante, à assister à cette solennité. Voici en quels termes il répondit au chef de Tadminislration communale :

« Monsieur le maire,

" Je reçois avec la plus sonsible reconnaissance l'arrêté du conseil municipal qui honoi'C et récoiupense mes faibles talents bien au-déU\ de ce qu'ils méritent.

» Piésentez, je vous prie, M. le maire, mes très-!uimbles remerciinens au corps respectable que vous présidez, et assurez-le que, quoique expatrié depuis longtemps mon cœur est demeuré dans ma bonne ville de Liège, où mes idées se reportent à chaque instant et où je volerais dès-àprésent en personne, si les infirmités de mon âge n'y mettaient obstacle. » Grrtry.

» Hélas! ces infirmités deVàge qui faisaient violence à ses plus douces inclinatioiis, devaient bientôt altérer et terminer sa vie. Grélry acheva sa glorieuse carrière en sepiemhre 1813. Liégeois et Français, confondus alors dans la même nationalité, rendirent à sa cendre de splendides honneurs."

On écrit dans un journal au sujet de la fête :

« Le grand concert donné hier par la ville, a clos d'une manière remarquable les belles fêtes organisées pour célébrer dignement l'inauguration des plans inclinés et de la statue de Grétry.

» Ceux qui ont eu le bonheur d'assister à ce beau festival, en conserveront longtemps le souvenir La salle du théâtre, remplie jusqu'aux combles, malgré la grande chaleur, offrait le plus magnifique coup-d'œil.

» Le concert a commencé par la belle ouverture de Panunje, de Grétry, bien exécutée par nos instrumentistes ; ensuite Laborde a chanté, avec le charme qu'on lui connaît, le bel air de Guido et Ginevra, de Halévy.

» Un banquet de plus de cent couverts a été donné hier par souscription aux artistes étrangers qui étaient venus assister à l'inauguration de la statue de Grétry. 11 était présidé par l'honorable iM. Orban.

» M. le bourgmestre a porté un toast à la mémoire de Grétry; M. Liszt aux artistes ; M. Grétry, neveu, aux Liégeois.

» L'harmonie a exécuté, pendant le repas, les plus beaux morceaux du répertoire de Grétry. »

Voici les vers que M. André Van Hasselt improvisa au moment de l'enlèvement du voile :

Te voilà donc enfin, ô grande renommée. Te voilà de retour dans la ville embrumée. Fier et debout, foulant d'un pied monumental Ton socle, le plus beau de tous, le sol natal.

Avec onivi'emont ta Liège I)ien aimée.

D'un fils dans ton airain, revoir, l'ombre exhumée, Et cherche, à deux genoux devant ton piédestal, L'image de son cœur sur les traits de métal.

Plus belle que jamais ta gloire i^ccoramence,

Un peuple tout entier, comme un orchesti'e immense,

Chante autour de ton nom, par nous ressuscité.

Et tu t'en réjouis sur ton faite qui brille.

Car ne l'astu pas dit. ô roi de la cité,

« Où peut on être mieux qu'au sein de sa famille?

Les fêtes de l'inaujînralion de la statue de Grétry se terminèrent par de brillantes illuminations, parmi lesquelles on admira surtout celle du pont des Arches qui por:ait sur toute sa longueur ce vers inscrit en gigantesques lettres de feu :

Son génie est partout et son cœur n'est qu'ici.

Faisons suivre d'autres détails.

Un temps magnifique, trop chaud, a favorisé la cérémonie de l'inauguration de la stalue de Grétry, pour laquelle de grands prépéralifs ont eu lieu. Déjà à 10 heures du matin toutes les rues qui a\oisinenl la Place de l'Université étaient encombrées. Toutes les maisons autour de la place étaient masquées p;\r une immense estrade établie en forme de cirque, ornée de drapeaux, de signes allégoriques, rappelant le titre de tous les ouvrages du compositeur liégeois et destinée à contenir 2,000 personnes.

Dès 11 heures l'estrade se remplit de monde, et à 12 1 2 elle présente un coup-d'œil magnifique. En face de la tribune se trouve la tribune royale et les places réservées aux invités.

On publia à l'occasion de cette fête :

Procès-verbal de la séance publique de la société libre d'Emulation de Liège, tenue le 19 juillet 1842. Liège, chez Oudart. 1842. In-8".

On v a inséi'i' : Discours de M. Orban de Bossius.

La statue de Grétry, par Etienne Henaux. 1842. In-12".

Grétnj. par Félix Van Hulst. Liège, chez Félix Oudart. 1842. In-S".

A toutes les gloires de l'ancien pays de Liège, inauguration de la statue de Grétry, le 18 juillet 18t2, par L. D. Polain. Liège, chez Oudart. 1842.

Le 26 septembre 1860, on inaugura à la Société Royale d'Harmonie d'Anvers la statue de Grétry, du sculpteur J. De Braeckeleer.

A cette occasion l'orchestre de celte Société exécuta : Hommage à Grétry, par Van Calck, ancien chef de musique de Tarmée.

Celte statue a été offerte à la Société par les autorités communales.

M. Félix Grisar, directeur-président, a prononcé le discours suivant :

« Grétry ! Messieurs, ce nom ne saurait être prononcé sans éveiller en nous les plus vives sympathies ; c'est celui d'un grand homme qui a régénéré l'art musical ; c'est celui d'un compositeur illustre, qui avec son compatriote Gossec, prouva à une époque de triste mémoire que malgré son asservissertient la Belgique n'avait pas cessé d'être la terre privilégiée des arts ; que malgré leur assujetissement au joug de l'étranger, ses enfants régnaient encore en maîtres par la force seule de leur génie.

» Ai-je besoin, Messieurs, de vous rappeler les titres de Grétry? Mais non, vous les avez tous présents à la mémoire.

» Oui, tous nous avons cédé au charme de cette musique délicate et suave; de ces inspirations sublimes qui ont éternisé les opéras du Huron, de Lucile, du Tableau parlant, de Zémire et Azor, de V Amant jaloux, de l'Epreuve villageoise, de Richard Cœur-de-Lion, enfin de celte étonnante quantité de productions hors ligne, qui mirent le comble à la gloire de noire compatriote, et qui firent déclarer par des critiques de renom que Grétry n avait plus de rivaux en France. »

Le bourgmestre, Fr. Loos, a répondu à ce discours par quelques paroles parfaitement senties.

Puis le voile qui recouvrait la statue a été enlevé au bruit des vivats les plus enthousiastes de l'assistance toute entière. L'orchestre faisait entendre un air de Grétry, suivi bientôt du quatuor : Où peut-on être mieux, de l'illustre compositeur, qui fut répété en chœur parle nombreux public.

Pendant celle fêle, on a distribué aux membres des vers dûs à la plume d'un ancien ami de Grétry, M. L. Lardin de Paris, âgé de 80 ans, qui ne manque aucune occasion de rendre hommage au talent du célèbre artiste. Nous y remarquons ces vers, composés pour la circonstance :

Le vrai fut son génie et toujours sa boussole C'est ainsi que son nom, son nom brillant symbole.

Est bien acquis à l'avenir.

Sa gloire, est-ce un vain bruit, une vaine auréole? Cinquante ans de succès fondent son souvenir. Maître puissant dans l'art que son amour honore, Grétry chante, et son chant bien loin qu'il s'évapore, Parle si bien au cœur qu'il y doit revenir. Qu'il y reste toujours. 11 caresse, il console, Emeut, charme, ravit qui sait le bien sentir. Honneur à qui l'on doit un si noble plaisir! Honneur à lui qui porte une belle parole

Utile aux siècles à venir. ^

Sur la façade du théâtre royal d'Anvers, inauguré le 4'' septembre 1834, se trouve le buste de Grétry.

Intolérance d un artiste refusant de chanter dans un opéra de Grétry.

La musique de Grétry, qui était au répertoire depuis plus de trente ans, conserve toujours sa vogue, et après un abandon de quelque temps, sa musique reprend en 1804.

Un artiste récalcitrant refusa de chanter un rôle, et à ce sujet le Journal des Débats s'exprime en ces termes :

« On conte qu'un des héros du Théâtre Favart (probablement Martin], s'étant laisser fléchir au point de s'abaisser à prendre un rôle dans une pièce de Grétry, qu'on avoit dessein de remettre, fut très scandalisé de la simplicité et de la tournure antique d'un des airs qu'il avoit à chanter. Il avoit bien un des secrétaires de ses commandemens, un de ses musiciens ordinaires disposé, au premier signe de sa volonté, à lui habiller de neuf de viellerie, et à la parer de tous les ajustemens à la mode ; mais sans permission de Grétry, (i) il n'étoit pas possible qu'une main étrangère essayait une pareille métamorphose. Voilà donc l'acteur accoutumé h donner ses ordres, forcé de descendre aux prières : cela éioit dur.

» Cependant il prend son parti bravement, et se rend chez Grétry, dans le dessein de lui faire une proposition assez désagréable de sa nature.

(i) L'artiste-chanleur alla chez Grétry pour le remaniement d'un rùle qu'il trcuva trop simple et trop antique.

» En effet, Grétry reçut avec tout le respect convenable la visite du chanteur; mais quand il en appremi le sujet il reste confondu : « Hélas, Monsieur, lui dit le vénérable compositeur, attendez du moins ma moit, qui n'est pas éloignée; vous ferez alors ce que vous voudrez de ma musique; mais, je vous en supplie, ne m'estropiez pas de mon vivant. » L'artiste niortilié se retire; et dans son dépit il rendit le rôle, lorsqu'il lui falloit se compromettre jusqu'à chanter la note dun air de Grétry, composé peut-être depuis trente ans. »

Il ajoute:

« Rien ne dégrade plus la musique que cette inconstance de goût qui met au rang des antiquailles les vrais chefs-d'œuvre, tandis qu'il se laisse charmer par des pauvretés de la veille. »

Le retour de rancien répertoire ihéâtial,

les partitions de Grétry,

et succès obtenu par le compositeur en 1804.

L'ancien répertoire lyrique, à part quelques pièces, est pour ainsi dire complètement abandonné.

Pour juger à fond d'une pièce de théâtre, il faut nécessairement l'entendre dans de bonnes conditions, tant sous le rapport de l'école traditionnelle d'exécution que sous celui de la mise en scène qui était fort simple.

Les directeurs de théâtres fondent peu d'espoir sur le retour de l'ancien répertoire, d'autant plus, que ces oi)éias sont écrits souvent avec deschœurs à deux voix et un petit orchestre d"où le fracas est banni; aussi, cette musique ne porte pas assez à l'esprit et à l'imagination sous le rapport de leffet et des combinaisons dramatiques et scèniques.

Dans les anciens opéras il y a de la facilité, de la grâce, de la naïveté, du charme toujours, du sentiment et de l'esprit. Ce sentiment qui allait souvent au pathétique, était impressionnable sur l'esprit des masses, et cette musique allait-elle directement au cœur.

L'accompagnement était simple, l'orchestration sobre, parfois monotone mais sans prétention, et n'étouffait pas les voix.

Dans ce temps-ci on a infiiiement plus d'art, des harmonies plus développées, plus riches en combinaisons, une instrumentation plus colorée, avec des sonorités, et des abus des cuivres inconnus du temps de Greirv.

De nos jours la conception est plus hardie, la mélodie plus rare, et souvent la musique n'exprime que vaguement le sujet auquel le poërae est adapté.

On fait souvent des bâtisses sans plan, des poèmes incolores, ordinairement trivial, de la musique sans style, qui manque de repos et fatigue l'auditoire. Dénuée de cet esprit vif, de cette richesse de formes mélodiques, faciles à saisir pour toute oreille, de cette grâce infinie et de cette gaîté franche, la musique moderne, il est vrai, a des qualités dramatiques d'une grande valeur artistique, la science musicale a progressée à pas de géant depuis cent ans, et Rossini, Meyerbeer, Auber, Thomas, Adam, Hérold,Bellini, Halévy, Donizetti, Verdi, Wagner, etc., sont les champions de l'école moderne.

Qui ne sait ce que Monsigny, Philidor, Grétry et Mélml auraient produits, s'ils avaient eu à la main les ressources vocales et instrumentales dont disposent les compositeurs modernes?

Ce sont principalement les premiers opéras de Grétry qui ont pu se soutenir au répertoire.

On a beaucoup perfectionné depuis 1768 la flûte, la clarinette, le basson, le hautbois, le cor, dont les moyens sont immenses aujourd'hui.

Il y a eu sous ce rapport depuis Grétry une réforme complète et hardie, dont les compositeurs modernes ont largement épuisé les ressources, maisdont beaucoup abusent avec une effronterie impardonnable, témoin, grand nombre de pièces du répertoire moderne.

Sans cesse dans les morceaux d'ensemble, l'orchestre domine les voix, et par moment il en résulte une véritable cacophonie. C'est là le grand défaut de notre école moderne.

Tant que l'instrumentation a été simple, modérée dans les anciens opéras, tant elle est bruyante tourmentée et parfois d'une belle sonorité, il faut le dire, dans les opéras de nos jours.

On est vraiment étonné de la simplicité et de l'uniformité de l'emploi des instruments à vent dans les premiers opéras de Gréiry. Ces instruments tant prodigués par les compositeurs modernes, ne formaient généralement qu'un remplissage des notes soutenues, et le quatuor, principe très rationnel, en faisait l'élément principal. Sous ce rapport, l'école moderne a introduit an système qui parfois détruit tout le charme de la musique, par un abus de sonorité permis dans une symphonie ou dans la musique en plein air, mais déplacé et écrasant p-r la musiquevocale. Si l'emploi des instruments à vent fut pe.i développé anciennement, c'est le défaut de ressource que présentait ces instruments à peu d'étendue et qui offrait de grandes difficultés d'exécution.

Les cors el les trombones qui ont subi jjrincipalement une transformation complète, sont tous aujourd'hui à pistons et leur timbre appartient pour ainsi dire à la même famille.

11 n'est pas dans notre plan d'entrer plus en détail sur cette partie de l'art musical dramatique, sur laquelle il y a toute une élude à faire.

On a réorchestré plusieurs i)artitions de Grétry, ce que nous envisageons comme un véritable vandalisme dans l'art, car [)0ur juger une œuvre à sa juste valeur, il faut l'entendre dans son état primitif, tant sous le rapport de l'orchestre que sous celiii de l'interprétation.

C'est dénaturer cette musique en y adaptant une instrumentation bruyante, peu en harmonie avec le chant, qui ne supporte pas les accomi)agnements surchargés et le fracas des cuivres.

Les partitions de Grétrif.

Comme nous l'avons dit, Grétry était eu relation avec les plus nobles personnages de Paris.

Il dédia le Iluron à son Exellence M. le Comte de Creutz, son bienfaiteur. Partition à petit orchestre, Paris, chez Beraux. Op. I. (i)

Liicile, est dédiée à son Excellence M?'' le comte d'OuItremont.Op. II.

Il dit dans la dédicace :

" Vous faites le bocheiir du pars, qui m'a vu naître et que je chérirai toute ma vie. «

11 y a un basson dans l'orchestration.

C'est dans cet opéra qu'on trouve en quatuor le célèbre air connu : Où peut on être mieux qu'au sein de sa famille?

Paris, aux adresses ordinaires.

Le Tableau parlant, dédié h M^Me duc de Choiseul Op. III. Paris, id.

Sylvain, opéra dédié à S. A. R. M^"" Prince Charles de Pologne, duc de Saxe, etc Paris, id. Op. IV.

L'Amitié à répreuve, dédiée à la Dauphine. Paris, id. Op. VI.

Voici la dédicace des auteurs :

D'un jour pur, d'un jour doux vous éclairez la France ;

Toutes vos actions partent de votre cœur ;

Dans vos regards sereins, se peint la bienfaisance ;

Et l'on vient, près de vous, respirer le bonheur.

I/Amitié ne doit pas vous paroitre étrangère :

\'ous en faire sentir le charme séduisant,

U) Hou'iaiit pulilia phisjpursfie se.s partition.''.

Fut le premier bienfait de votre auguste Mère : C'est le besoin des Rois ; c'est leur faire un présent. Princesse, vous daignez en accepter l'iiommage : Vous rendez plus ardens les vœux que nous formons. Les Princes ont toujours nos respects en partage ; Mais on ne leur dit point ù tous : nous vous aimons.

L'Ami de la m«/.so//, dédié au Duc de Duras. Le Magnifique, dédié au duc d'Albe. Op IX. Paris, Houbaut. La Rosière de Salency, dédiée à Mad. la comtesse de Stroganoff. Paris, Houbaut.

La Fausse Magie, dédiée au prince de Poix. Op. IX. Paris, id. Fragment de la dédicace :

•• La reconnoissance et le dévouement dont je vous consacre l'hommage, etc. Vos bontés ont daigné s'attacher à l'Artiste ; vous l'avez ranimé et encouragé plus d'une fois, vous avez pris un soin sérieux et suivi de son sort et de celui de sa famille, en sollicitant pour lui une protection qui est pour les Arts le comble de la gloire, etc. »

Céphale et Procris, (i) ballet-héroïque dédié à M^''" Montmorency. Op. XII. Paris, aux adresses ordinaires.

Voici la dédicace :

« Monseigneur,

" C'est à l'Amateur d'un Art que vous cultivés avec goût; c'est au Protecteur éclairé des talens que vous aimés ; c'est à l'Ami honorable des Artistes dont votre suffrage fait la plus noble récompense; c'est à vous. Monseigneur, qui avés bien voulu m'encourager, dès les premiers pas dans la carrière que j'ai parcourue, que je prends la liberté de présenter l'hommage de ce nouveau fruit de mon zèle et de mon désir de vous plaire; daigner l'agréer avec cette bonté que vous m'avez toujours témoignée; et permettez-moi de vous renouveller les sentimens de reconnaissance que je vous ai consacrés, et que je me lais gloire de publier.

» Je suis avec respect. Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur. " Grétry. »

Les Mariages Samnites, dédiés à S. A. Celestisme M?'" l'Evèque et Prince de Liège. Op. XIII. Paris, Houbaut.

(i) L'exemplaire-raanuscrit se trouve à la Bihliothèque de l'Opéra. ' Cette pièce n'eut que 12 représentations.

L'Amant jaloux, dédié à M. Le Noir, conseiller intime du prince- Evêque de Liège. Op. XIV. Paris, Houbaut. Dédicace :

« Le plus noble emploi de l'Art que je cultive seroit sans doute de contribuer à vos plaisirs si le bonheur d'un peuple et la sécurité des concitoyens ne réclamoient sans cesse en vous les sollicitudes d'un Père et les lumières d'un Joge, C'est sous les auspices de Mad. votre fille que j'ose vous présenter ce nouveau fruit de mes veilles. »

Andromaque, dédiée à Mad. la Duchesse de Polignai. Paris, Houbaut. Avec dédicace. OEuvre XVIL

Il y a des cors, hautbois, clarine'tes, trompettes, basson et timbales.

Colinette à la Cour, ou la Double Epreuve, dédiée à M^"^ le Gomte de Vaudreuil. OEuvre XIX. Paris, Houbaut.

La Caravane du Caire, dédiée à M. le baron de Breteuil, Op. XXU. Aux adresses ordinaires.

Dédicace :

« Monseigneur,

M Si j'ai par mon zèle et par vingt-deux ouvrages, mérité la bienveillance du public, j'ai obtenu le prix de mes travaux, et mon bonheur est complet, puisqu'un Ministre protecteur éclairé des arts daigne accepter l'hommage de ma dernière production. »»

L'Epreuve villageoise, àéàiéè à Mad. De la Fierté. OEuvre XXIII. Paris, Houbaut. Avec dédicace.

Le comte d'Albert, dédié à Mad. Le Brun, peintre du roi. OEuvre XXIIII. Id.

Panurge dans Vlsle des Lanternes, dédié à Mad. la Marquise de Foulquet. OEuvre XXV. Id.

Aucassin et Nicolette, ou les Mœurs du bon vieux tems, dédiée à Mad. la comtesse De Gramont. OEuvre XX. Paris, Houbaut.

Les partitions d'orchestre gravées de Grélry in folio, sont d'une rareté extrême aujourd'hui.

Quant à ses partitions restées en manuscrit et non représentées, telles que Alcindor et Zdide, en 3 actes, Ziméo, en 3 actes, Zelmar ou l'Asile, en 1 acte, Electre, en 3 actes, Diogène et Alexandre, en 3 actes, et les Maures d'Espagne, en 3 actes, il sera difficile et même impossible de donner un aperçu sur ces partitions.

On a reédité à Paris quelques partitions de Grétry en petit format avec chant et piano, (ce qui ne se faisait pas lors de leur première édition,

car toutes sont pour orchestre et clianl), mais il y a beaucoup d'incorrections dans la plupart de ces éditions.

Mad. veuve Launcr, E. Girod, Maurice Schlesinger à Paris, Swickert et Peters à Leipsick, Sclilesinger à Berlin, Simrock à Bonn, Leuckart à Breslau, publièrent différentes partitions.

Les partitions d'opéras et d'opéras-comiques publiées en son vivant, sont au nombre de trente trois, toutes avec orchestre, tçrand format in-4°.

Plusieurs opéras même n'ont pas eu l'honneur de la publication, parmi ceux-là nous citons : Matroco, Théodore et Paulin, la Suite du comte d'Albert, le Prisonnier anglais, le Rival confident, Basile, (màTrompem trompeur et demi, les deux Couvents, Joseph Barra, Callias, le Barbier du village, les trois Ages de l'Opéra, Amphitryon, Aspasie, Denis le Tyran, le Casque et les Colombes, Delphis et Mopsa.

C'est Houbaut à Paris, qui édita le plus grand nombre de partitions de Grétry.

Les derniers opéras gravés de Grétry sont même édités par lui, comme il résulte du titre des pièces : Anacréon chez Polycrate, Guillaume TelL Lisbeth, Raoul, Barbe-bleue et Pierre le Grand.

Il faut conclure de là qu'il paya les frais de l'impression, et qu'il conserva la propriété de sa musique.

Le Conservatoire de Paris possède 38 œuvres gravées en partition, les Ballets du 3'"^ et 4"'® acte de Zémire et Azor, le Confitebor, la partition du Mariage d'Antonio, de Lucile Grétry, puis l'œuvre excessivement rare : Sei quartetti, déjà citée.

Nous devons ces renseignements à M. J. B. Weckerlin, bibliothécaire du Conservatoire de Paris.

Gerber dit dans son Z-^xîcon que Grétry avait en 1782 un revenu annuel de 30,000 livres de ses partitions.

En 1825, on a ouvert une souscription pour la nouvelle publication des opéras de Grétry en grande partition. Le prix de ces pièces au nombre de 32, est fixé à 1214 fr.; il se réduit à 288 fr. pour les souscripteurs qui prendront toute la collection Un choix de 16 partitions coûte fr. 176, de 8 partitions 96 fr. et celui de 4 partitions 56 fr.

On souscrit chez Fey, éditeur à Paris, jusqu'au 30 juillet 1825.

M. Michaelis, éditeur à Paris, a entrepris depuis quatre ans une publication des plus importantes connues jusqu'ici.

Cette transcription fidèle d'anciennes partitions de Campra, LuUy et autres, fait le plus grand honneur à cet éditeur consciencieux.

M. Gevaert arrangea en partition de piano et de chant : La Caravane,

C Amant jaloux, r Epreuve villageoise^ les Méprises par ressemblance, l'Ami de la maison, les deux Avares, et Céphale et Procris.

C'est M"^ Jenny Grétry, une des nièces du compositeur, qui eut la propriété de trente deux opéras de Grétry après sa mort.

Le Gouvernement belge sur l'initiative de 31. Roliu-Jaequemyns, Ministre de l'intérieur, a décidé de rééditer les œuvres de Grétry, tant littéraires que musicales. Celte commission, présidée par M. Gevaert, a commencé ses travaux et se réunit périodiquement à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Les études préparatoires de cette publication lmj)ortante sont poussées avec une grande activité, mais elles sont nécessairement très longues en raison des ditficultés causées par l'absence des documents de première main : les partitions autographes uu les copies du temps faisant généralement défaut. Toutefois la publication ne tardera pas à recevoir un commencement d'exécution. Les négociations préalables sont aujourd'hui terminées et les questions matérielles sont en grande partie résolues. On compte pouvoir l'ouvrir dans quelques mois d'ici avec Richard Cœur-de-Lion, qui sera suivi de près de Céphale et Procris et de Liicile. La gravure et l'impression des partitions de Grélry sont confiées à la maison Breltkopf et H.Trtel, de Leipsick.

Succès de la musique de Grétry en 180 J.

Le samedi 18 août 1804, reprise de VAmi de la maison.

Le 15 août, reprise de Lucile. Grâce à Mad. Bolandeau, on a remis la Fausse Magie, et même avant sa rentrée on représentait l'Epreuve villageoise, V Amant jaloux , Zémire et Azor, et les Evénements imprévus.

En parlant de la reprise de Lucile, le Journal des Débats contient ces lignes :

« Le 23 août 1804 était un beau ;our pour Grétry. Lui seul occupait la scène. Le quatuor de Lucile a été annoncé i)ar des applaudissements du public plus encore que de l'orchestre. Il y a loin de cette musique pleine d'âme et d'espoir, à tous ces charivaris soi-disant linale, qui ne ditfèrent les uns des autres que par le plus ou moins de bruit.

« Quand on entend la musique de Lucile, on est fâché qu'un si bel ouvrage soit resté enfoui si longtemps, tandis qu'on nous prodiguait des balivernes sans couleur et sans style et qui n'avait que le mérite de la nouveauté.

» C'est un vrai chef-d'œuvre de raison et de style, en comparaison de ces plattes boufonneries de ces mascarades grossières. »

Les années ISOoet 1806 furent aussi une époque glorieuse pourGrétry.

En 1805, on représentait à Paris : Zémire et Az-or, Lisbeth, l'Ami de

laMuisun, Lucilt', l'Epreuve villageoise, Pierre le Grand, la Fausse Magie, le Tableau parlant, Punurtje, Anaeréon chez Polycrate, la Caravane, etc.

Grétry, le mélodiste le plus vrai, le compositeur qui savait imprimer à sa musique cette douce jouissance au cœur, fut au comble du bonheur, quant les deux principales scènes de la capitale, retentirent de ses œuvres limpides et impressionnables.

Au théâtre Mareux, rue Saint-Antoine, on jouait aussi cette année plusieurs de ses opéras.

Faisons suivre l'ordre des représentations des œuvres de Grétry.

1805 Mardi, 1'' janvier. Lisbeth et l'Aini de la Maison.

3 janvier. Lucile. — 4. Les Evénements imprévus. — 9. L'Epreuve villageoise. — 12. L'Ami de la maison. — 18. Lisbeth et les Evénements imprévus. — 19. L'Ami de la maison. — 22. Zémire et Azor et la Fausse Magie. — 27. L'Ami de la maison. — 29. Zémire et Azor.

1^ février. La Caravane. — 2. Lucile. — 6. Lisbeth avec VAml de la maison. — S. Lucile. — 9 et 12. Zémire et Azor. — lo. La Fausse Magie et Lisbeth. — 17. Panurge. — 19. Zémire et Azor. — 22. Lisbeth.

— 2o. L'Epreuve villageoise.

4 mars. La Fausse Magie. — 5. Panurge. — 8. La Caravane et Zémire et Azor. — 16 et 19. La Fau.sse Magie. — 20 et 28. L'Ami de la maison. — 26. T-jCs deux Avares. — 29.L^s deux Avares el l'Epreuve villageoise. — oO. Panurge, Pierre le Grand, ^i l'Ami delà maison, à l'Opéra-Comique.

2 avril. La Caravane. — o. Lisbeth. — 17 Pierre le Grand. — 21. Panurge. — 22. L'Ami de la maison. — 23 et 30. Anaeréon chez Polycrate et Lisbeth. — 26. Zémire et Azor. — 28 La Caravane.

3 mai. Les deux Avares. — o. Panurge et l'Ami de la 7naison. — 6. Lucile. — 7 et 12. La Caravane. — 10. Zémire et Azor. — 19 Panurge.

— ^4:. Lisbeth. — ^&. La Caravane. — '^1. Zémire et Azor. — 31. L'Ejn-euve villageoise et Zémire et Azor.

^ irnn. L'Ami de la maison. — 3. L'Amant jcdoiix. — A. Anaeréon chez Polycrate. — ^. La Fausse Magie. — 1. La Caravane. — 13. L'Ami de la maison. — 17. ^e]mse du Tableau parlant. — 18. .!??«créon chez Polycrate et la Fausse Magie. — 19. Le Tableau parlant. — 23. La Caravane.

l' juillet. L'Amant jaloux. — 2. La Caravane. — 3. Le Tableau pailant. — 23 et 28. La Caravane. — (Il y a eu relâche à l'Opéra- Gomique et à l'Opéra.

9 août. Anaeréon chez Polycrate. — 2o. Panurge.

3 septembre. La Caravane. — 8. Le Tableau parlant. — 13. Lisbeth.

— 15. Lucile. — 16. La Fausse Magie. — 17. Les Evénements imprévus.

— 21 el 22. La Caravane. — 28. Les Evénements imprévus.

Mad. Aiibert clian'iait le rôle de Liieile, Chénard celui de Biaise, et Jausserand le rôle du ténor.

Dans Panurge, joué au mois de septembre 1804, Dufresne prend le rôle de Laïs, et Mesd. Branchu et Armand chantaient à ravir les rôles des femmes.

Grand succès pour les pièces et les artistes.

l"" octobre. La Fausse Magie. — 2 et 9. Le Tableau parlant. — 4. L'Amant jaloux. — 12. L'Amant jaloux. — 14. Les Evénements imprévus. — 16. Lisbeth. — 20. La Caravane. — 27. Panurge.

3 novembre. L'Amant jaloux. — 10. Panurge. — 11. Pierre le Grand.

— 15. L'Amant jaloux. — 30. Le Tableau parlant.

10 décembre. Sylvain. — 13. Le Tableau parlant. — 14 et 17. L'Epreuve villageoise. — 16. Le Tableau parlant. — 20. Anacréon chez- Polycrate. — 27. La Caravane. — 29. L'Ami delà maison.

En 1806, lorsque le célèbre ténor Elleviou reparut sur le théâtre de rOpéra- Comique, la musique de Grétry fut plus populaire que jamais.

Voici par ordre de date les pièces représentées cette année :

2 janvier. La Fausse Magie. — 11. L'ami de la maison. — 26. La Caravane. — 31. Sylvain.

5 février. Aucassin et Nicolette. — 9. Au théâtre du Palais des Variétés. Zémire et Azor. — A l'Opéra on continue les réprésentations de la Caravane eide Panurge,\y]eces qui attirent toujours du monde — 11 fév. Zémire et Azor. — 12. Aucassin et Nicolette. — 14. Le Tableau parlant.— 16 La Caravane.— 17. L'Epreuve villageoise. — iS. Panurge.

— 25. L'Ami de la maison.

2 mars. La Caravane. — 8. Vîenlrée iVE\\Q\ioii, l'Epreuve villageoise.

— 10. Suite de la rentrée d'Elleviou, l'Ami de la 7naison. — 16 et 18. Raoul, Barbe-bleue. — 20. Reprise de Richard Cœur-de-Lion.

Le Moniteur universel écrit à ce sujet :

« Cet opéra a été traduit et joué avec le même succès sur tous les théâtres de l'Europe. Grétry a donné la vie à tous les tableaux, aussi Richard avait attiré un concours prodigieux et la représentation a été très applaudie »

Mesd. Pingenet (aînée), Gavaudan, Saint-Aubin, MM. Elleviou, Solié, GavaudanetGaveau, contribuaient à l'ensemble de cette mémorable soirée.

21 mars. Raoul. — 22. Richard. — 23, 25, 27 et 29. La Caravane.

— 30. Richard ('{ L'Epreuve villageoise. — 31. Richard.

2 avril. Même spectacle du 30 mars. — 5, 6, 7, 9, H, 13, 15 et 19. Richard. — % Le Comte d'Albert. — "il. Richard (avec Elleviou). — 23. Richard el Sylvain. —23, 27 et 26. Richard.

1 mai. Richard. — 2. Reprise de Lisheth. — La Caravane du Caire ne quille pas rafliche de l'Opéra en compagnie ilaPanurçie.— 3. Richard ^i Zémire et Azor. — i. Pamir ge. — &. Richard. — 1. Sylvai)i. — 8. Richard et Raoul. — 10. Richard et Aucassin et McoUette. — 11. 14, 16, 18, 20 et 23. Richard.— 23. La Caravane.— 27 el ^[.Richard.

\' juin. Panurge, el à l'Opéra-Comique, Richard et la Rosière de Salency. — 3. LWnii de la Maison. — o Richard. — 6. La Rosière.

— 8. La Caravane. — 9. T^a Rosière. — 11. Richard. — 13. IjAmi de la maison. — 13 Panurge. — 18. Reprise de la Fausse Magie, (li 20. Td. — 22 Richard. —24. Raoul.

l"" juillet. On reprend Zémire et Azor. — 4. Id. — 6 Raoul. — 9. Richard, avec les Evénements imprévus. — 11. Pierre le Grand. — La Fausse Magie et Richard font des receltes extraordinaires. — 15. La Caravane. — 17. Pierre le Grand et Zémire et Azor. — 22. La Caravane. — 23. la Fausse Magie. — 27. Panurge. (2)

1 août. La Caravane. — 3. Panurge. — 19. Raoul. — 21. Les Evénements imprévus. — 23. La Fausse Magie, avec début de M"^ Pelet.

— 24. Panurge.

On avait repris Anacréon. Flamand-Grétry l'annonçait en ces termes à son digne oncle :

" Mon cher oncle, l'institut a renvoyé jusqu'à jeudi le jugement de composition musicale, ainsi je n'aurai le plaisir de vous aller chercher que mercredi.

» On ne cesse de jouer vos ouvrages tant à Paris qu'en province. A l'Opéra, Anacréon a été exécuté et monté avec pompe ; la salle était remplie : c'était un spectacle enchanteur ; Lays et M"® Branchu se sont surpassés et ont été vivement applaudis. A l'Opéra-Comique, chaque fois qu'on donne Richard, la salle est pleine dés six heures, et on le donne souvent, et même aujourd'hui. Les journaux ne cessent de parler de votre belle musique qui rajeunit tous les jours. Il n'y a qu'elle qui attire la foule à l'Opéra-Comique. Mademoiselle Regnault a trèsbien chanté dans V Amant Jaloux.

» Adieu, mon cher oncle ; à mercredi avec une bonne voituj'o. Nous vous embrassons ma femme et moi bien tendrement.»-

(i) Avec début de M"« Lalande.

'e) Ce jour là A l'AmphithéAtre de Francini, Richatr' Cœur de-lJo»t.

2 septembre. La Caravane. — 6. Richard. — 11. Aucassin et i\icoleite. — 12. Les Evénements imprévus.— 14, 19, 26 el 30. Richard. — 21. La Caravane et Richard. — 24. Raoul. — 28. Panurge. — 29. Reprise de Lucile.

2 octobre. Zémire et Azor. — 3. Richard. — 7. Lucile — 9. L'Ami de la maison. — 11. Richard. — 12. La Caravane. — 14. Raoul. — 19. La Caravane et Richard. — 20. L'.Ami de la maison. — 28. La Caravane.

11 et \ô novembre. Richard. — 14. La Caravane el Lisbeth. — 23. Panurge. — 28. La Caravane ci l'Ami de la maison.

l"" décembre. Les Evénements imprévus. — 3. Richard. — 5. La Caravane (pour la rentrée à l'Opéra de M. Henry, dan.seur). — 6. Lucile. — 7 el 13. Richard. — 10. Pierre le Grand. — 16. La Caravane qX Pierre le C.rand. — 'ù,[. Panurge. — 23. La Rosière. — 30. La Caravane.

(>e jour là reprise un lluron, en 2 actes, e\ ûc la Eausse Magie.

En 180(3, l'eiiipereur Napoléon assistait parfois au.\ représentations des théâtres de Paris.

Frappé de la vérité d'expression, de la i);râce, de la forme et de l'originalité des mélcdies de Grétry, l'empereur a daigné en faire témoigner sa satisfaction à l'auteur, parune lettre que lui adressai AugusteTalleyrand, chambellan de S. M. Cette lettre est accompagnée d'une boîte ornée du portrait de S. M et d'une gratification de 6,000 francs.

Cet événement si heureux et si flatteur pour Grétry eut lieu en avril 1806, Dprès une representalion.de Richard, (i)

On donna cet opéra les 25, 27, 29, 30, 31 mars, les 2, o, 6, 7, 9. 11, 13, lo, 19, 21, 23, 25, 27, 29 avril, et on en continua les représentations jusquà la (in de l'année Cet opéra doit avoir eu au moins en cette année cinquante à vsoixante représentations, et chaque fois il attira la foule.

Le 20 avril, le célèbre ténor Elleviou, après sa maladie, reprend le rôle de Blondel et il a ét(' fêté et adoré comme jamais un artiste ne l'a été à Paris.

iausserand ne fait regretter personne. Mesd. Saint-Aubin et Gavaudin y obtinrent un grand succès.

Le chroniqueur un Journal des Débals, Geoffroy, écrit au sujet de la reprise de Richard :

(i) Schli'siiiger. à Bi'ilin, pulilin l;i |):irfi(ion ;illem;ind« soiu ctMitre ; Richard Lowenherz, nper in drif .Anfzûgei} in Musih gcsctzt von Andréas Emil Grétry, nelsl der zu dicser Oper comx>o}iirtc Ouvertvre v^n .Joarph Weipl, Vidstândiper ('U'vie> ai(sztia vo)j. Friedrich Liidwig Seidel, ("te.

Cl On a dit même, très indiscrètement, que la musique étoit un des chefs-d'œuvre de Grélry ; assurément, l'air : ô Richard! est d'une superbe expression, d'une facture aujourd'hui très rare et dont le moule est à peu près perdu; quelques autres morceaux pleins de mélodies et de grâce, font reconnoître le délicieux auteur de Zémire et Azor, etc., mais en général, cette composition ne s'élève pas à la hautinir des grands ouvrages de Grétry.

» La belle décoration, d'après les dessins de M. Oenon, représentant cette mètne forteresse de Diernstein qui viennent d'être témoin des prodiges de nos braves, prêtoit un charme nouveau et tout-à-fait piquant à la reprise de cotte pièce. »

xxxxu.

Décès de M ad. Grélry-Grandoii, le 10 mars 1807, âgée de 61 ans.

Après trente-six années de mariage, après une vie agitée, pleine de gloire et d'amertume, Grétry perdit sa chère Jeanne, morte après bien des souffrances. Dans l'acte de décès figure le tapissier L. Flamand, né eu 1764, et qui épousa vers 1796 la nièce de (irétry, fille du Irère aîné du compositeur.

C'est lui qui acheta pour compte de son oncle l'Ermitage de i. J. Rousseau, situé à iMontmorency, où le maître passa ses vieux jours dans une tranquillité parfaite.

A la mort de sa chère femme, objet de toute sa tendresse, Grétry fut tellement accablé, qu'il quitta pendant un mois sa demeure, pour aller habiter chez Flamand-Grétry, Quai Voltaire.

Ce dernier fut l'homme de confiance de Grétry, c'est lui qui eut le procès avec la ville de l->iège, quant au cœur du compositeur.

Ce singulier personnage, mort h Paris en 1843, parle dans ses Mémoires (Paris, chez Delloye), de la mort de cette digne femme, qui cultiva la peinture non sans talent.

« L'homme admirable, pour qui tout ce qui contribue au bonheur d'un être tel que lui devrait ne jamais changer, me donna une bien plus grande preuve de sa confiance et de son tendre attachement pour moi à une des époques les plus malheureuses de sa vie, le 16 mars 1807. lorsqu'il éprouva la cruelle douleur de perdre sa plus tendre amie, qui lui était devenue indispensable, cette compagne fidèle, qui ne cessait

(l'épier et de prévenir tout ce qui pouvait affecter l'àme sensible de son illustre mari, et qui sut, par ses soins vigilans, prolonger sa trop faible existence.

« A cette époque l'atale. dis-je, (îrctry, ainsi qu'on l'a déjîi vu dans rintroduciion, daii^na choisir mon modeste logis, quai Voltaire, pour y passer le premier mois du deuil qu'il garda religieusement jusqu'à son dernier jdur. J'ai su conserver toutes les lettres que Grétry reçut îi ce douloureux moment. Quai Voltaire; il en est, parmi un grand nombre, quelques nnes qui méritent de ne pas être ensevelies dans l'oubli, elles seront publiées lorsque je donnerai lavieenlièredu célèbre compositeur.»

Voici l'acte de décès de la femme de Grétry :

« Du mardi dix-sept mars mil huit cent sept, dix heures du matin. A rie de décès de Dame Jeanne-Marie Grandou, âgée de soixante ans eiirinm, née à I-non , département du Bhône, décédée d'hier, à huit heures du soir, Boulevard Italien, .V 7, division Le Pelletier, épouse de M. André-Ernest-Modesie Orétrii, membre de l'Institut et de la Légion d'honneur. Les témoins ont été MM. Louis-Victor Flamand, m'^ tapissier, demeurant Quai Voltaire, yi, neveu de la défunte, et Antoine-Marcel- Arnoult Sartnouville, homme de loi, demeurant rue lîelvetius, iN'^'Sl, division de la Butte des Moulins, ami de la décédée. Lesquels ont signé avec nous, adjoint au Maire, qui avons dressé le présent acte de décès le tout après lecture faite et le dit décès préalablement constaté suivant la loi. »

Le plus beau jour de la \^ie de Grétry. Homniage rendu à Grétry, le 5 février 1809, à Paris.

Grétry, pendant plusieurs années, a eu sa vie livrée aux angoisses et aux revers de toutes sortes.

Son état sensible et maladif, ses fréquentes fièvres iiitermitlenles, la mort de trois charmantes filles, à un âge où les enfants donnent de la satisfaelioa aux parents, puis l'insuccès de quelques pièces et la jalousie deceitains musiciens, lui occasionnèrent de longs et profonds chagrins.

A côté cette vie agitée, Grétry est peut-être l'artiste le plus choyé, le plus compris et le plus fêté de tous les compositeurs, et c'est, sans contredit, le plus populaire des musiciens du monde entier; il a été apprécié à sa juste valeur dans toute l'Europe.

En 1809, Grétry, nommé membre honoraire de la célèbre Académie des Enfants d'Apollon, à Paris, Guicliard, Boiiiliy (auteur dramatique . Berton (compositeur), Séjan, Gavaiix (chanteur), ctc , lureiii nommés par la Société pour se rendre en députalion auprès de Gréiry, à l'efrel de lui présenter i'hommafîje de l'Académie, et de lui olFrir un exemplaire de ses statuts et règlements.

Cette décision fut prise dans la séance du 3 lévrier 1809.

Le 19 du même mois, ces membres avaient rempli leur mission honorable, et obtenu le plus heureux succès.

Le 5 mars, Davaux, maître de cérémonies, et Berlon, surintendant de la musique de la Cour, se rendent chez Grétry pour l'inviter à honorer de sa présence la Société des Enfants d'Apollon à une séance solennelle.

Pendant «ette séance on place le buste du maître ceint de lauriei's. On écrit sur le socle ces quatre vers de Berton :

Les fils d'Euterpe au Dieu de la lumière Dès longtemps jjour leur art demandent un Molière] A[)ollori en ce jour par leur plainte attendrie. Il vient de le nommer, le voilà c'est Grétry.

Ce buste se trouvaitplacé devant une glace, sur laquelle on avait peint l'image du soleil, dont les rayons formaient une auréole d'autant plus éclatante, qu'on y voyait inscrits nominativement les cinquante-cinq ouvrages lyriques de (irétry.

M. Guichard, président de l'Académie, prononça le discours suivant :

<' Monsieur,

» Accoutumé depuis longtemps à faire les délices de l'âme sensible et délicate, vous n'êtes point étonné sans doute de l'accueil délirant que vous deviez attendre des Enfants d'Apollon, par votre entrée dans cette enceinte.

» Le feu du génie qui vous inspire sans cesse devait être en rapport avec le faisceau des enfants du Dieu des arts.

T» Venez donc, fils chéri du Dieu de l'harmonie, venez recevoir l'accolade que je dois vous donner au nom de l'assemblée que j'ai l'honneur de présider. »

M. Bouilly, auteur du poème de Pierre-le-Grand, chancelier de la Société, prit ensuite la i)arole, et prononça un brillant discours, dont nous extrayons :

« Quels concours d'artistes célèbres? Quelle imposante réunion d'anciennes et modernes réputations! Quel empressement et quelle

ivresse! La joie brille sur lous les visages, de douces larmes s'échappenl de tous les yeux.

» Célébrerail-on le retour de quelque membre de la famille absent depuis longtemps? Quelqu'un de nos frères aurait-il obtenu de nou\eaux litres à rimmorlaIitd?Non c'est tout à la fois le Molière et l'Anacréon de la musi(|ue française, qui vient visiter ses contemporains, ses amis, ses frères, ses élèves. En un mot, c'est Grétry, célèbre depuis si longtemps, qui n'a pas laissé passer une année sans attacher un nouveau fleuron à sa couronne ; ce fécond, cet infatisçable compositeur de cinquante opéras qui forment encore et formeront longtemps le plus beau répertoire de notre scène lyrique; ce peintre fidèle des passions et des plaisirs, de la finesse et de la galanterie française, de Grétry enlin que nous apprîmes à respecter dès notre enfance, s'approche devant nous d'une démarche assurée; son teint semble parsemèi des roses du printemps, son œil vif et brillant lance encore tout le feu du génie et les nombreux lauriers qui ombragent sa tête vénérable, ont empêché les rides de sillonner son front.

» Caillot (chanteur aux Italiens) fut votre appui, votre défenseur; il vous empêcha d'abandonner la lyre, de retourner chez l'étranger qui vous désirait : il chanta le rôle du Huron, et les amis des arts lui sont aujourd'hui redevables de compterenFranceu) un grand homme déplus.»

En ce moment solennel, Grétry très ému, quitte sa place pour aller se jeter dans les bras de son ami; le discours fut interrompu. Leur vive émotion se communique à cette brillante assemblée, et tous les yeux se remplissent des plus tendres larmes.

C'était une scène vraiment pathétique que de voir l'émotion de l'artiste vieillard, qui avait alors 68 ans.

Bouilly continue en ces termes :

« Admis dans le sein de votre adorable famille, vous m'accordâtes insensiblement une part dans votre amitié, à qui je dois mon bonheur, le peu que je vaux, et surtout l'avantage si flatteur d'être en ce moment l'organe de la société des Enfants d'Apollon et de vous exprimer l'honneur et la joie qu'elle ressent de vous posséder dans son sein. »

Après une brillante ovation faite au héros de la fête par l'élite des arts et des lettres, le concert suivant eut lieu, composé exclusivement d'œuvres du vénérable maître.

(i) Fils adoptif de la France, Gréiry lui doit les plus liumbles inspirations de son génie; et peut-être san.< les encruragements qu'il reçut de cette patrie des beauxarts, son talent ne serait-il jamais parvenu au degré de perfection qu'il atteignit parmi nous. {Mémoires de L. Flamand.)

i° Ouverture de Pannrge. 2" 0 Richard, ô mon Roi, chanté par Chcnard et Auber. (i) 3" Duo de V Embarras des richesses, dianté par Chenard et Auber. 4" .}félaiiije a'airs de Gréfrij, pour piano, violon, cor et basse, par V,. i)u'j;:\7Am, exécuté par l'auleur, ,1. Lefel)vre, Pe!it.t''il!es o° Duo de Céphale et Procris, chanté purCloisi'au et Guicliard 6" Variations sur Lisbefh, i)ar Lefebvre, l»aoul, tjuillou cl Vernier. 7'^ Duo de la Fausse Magie, par Kicher et Clienarti. 8" Quatuor de Lucile, (Où peut-on être mieux), chanté en chœur.

Cette musique délicieuse a été exécutée avec une perfection étonnante, par des hommes de talent; aussi après le chœur linal, un entîiousiasme indescriptible s'emparait des nombreux auditeurs, cliaraH's par ces mélodies touchantes qui l'rapi)cnt l'esprit et lïune.

Après, un banquet eut lieu, où M. Guicliard chanta un rondeau fort applaudi, puis suivit un duo chanté par Guichard et Richer sur la célèbre marche des Mariages Samnites, opéra de Grétry.

Entre ces deux morceaux, M. Barilli, artiste estimé des Italiens a lu une pièce de vers en italien vivement applaudie, tant l'auteur a mis d'expression et de sentiment dans son débit.

A la fin du banquet, M. Robert Lefebvre, peintre de talent, s'olfre généreusement à embellir du portrait de Grétry la salle des séances de la Société.

M, Moreau, le jeune, informe l'assemblée qu'il a également pris des arrangements avec Grétry pour dessiner son portrait, qui sera ensuite gravé et distribué à tous les membres.

Ces deux propositions sont accueillies avec enthousiasme.

(iràces soient rendues à ces deux artistes distingués d'avoir si bien t'rminé une journée, de bonheur, qui perpétuera les plus beaux souvenirs dans lame des Enfants d'Apollon.

Nous laisons suivre quelques vers des morceaux chantés à cette intéressante fête de famille.

Si jamais mon cœur a joui C'est bien aujourd'hui

Quand Grétry

S'abandonne Aux douceurs que Ton goûte ici, Et quand Apollon l'y couronne.

Rondeau, chanté par Guichard :

(i) Peut-être l'auteur de la Muette de Porticî.

Qmh chaque jour la douce aurore, Fraîche et pure comme ses chants, A jamais, pour lui fasse éclore Des plaisirs toujours renaissants !

Que Minerve, aux grâces unies, Protège longtemps ses succès!

Aux rares vertus, au génie, Le Ciel doit ses premiers bienfaits.

L'astre nouveau, qui nous éclaire, Embellit le sacré vallon; L'amitié nous donne pour frère Un digne émule d'Apollon ; Charmés, ravis de la conquête Que notre ordre fait aujourd'hui.

Pour, dignement, passer la fête, A Grétry, chantons du Grétry.

Couplets chantés par Richer, de l'Opéra :

De nos jours Par trop courts.

Remplissons l'espace.

Et que les Grâces En dirigent le cours :

Que Bacchus sur leurs traces, Dans ce moment chéri

Verse à grands flots dans nos tasses.

Son nectar pour boire à Grétry.

Le chœur répète ces quatre derniers vers. Des vers italiens, de Barilli, nous extrayons :

Incomparabile Model pregiato Dell'arte lirica Ognor sarai ; E ognor sul Patrio Teatro amato Con somma gloiia Tu régnerai ; Il Ciel propzizio Ai nostri ardenti

Voti ricoirniti Dé suoi favor E a te fia lecito Qui offrir soventi Omaggi teneri Di stirua e amor.

Louis Barilli, était éiçalement membre des Enfants d'Apollon. On publia à Paris, in-4", la pièce de circonstance sous ce titre: Société académique des enfants d'Apollon. Ifommage rendu à M. Grétry.

Napoléon P et Grétry.

Grétry a régné en roi pendant plusieurs années à la Comédie-Italienne, et aucun artiste n'a obtenu une renommée aussi éclatante.

Cette renommée, justifiée par tant de cbels-d'œuvre et tant de succès, avait franchi le palais de Napoléon le Grand, jaloux de la popularité de notre compatriote.

Dans une occasion toute particulière, Napoléon, qui avait accordé une pension h l'artiste, s'adressa au vieux maître en ces termes :

Comment vous appelez-vous? — Toujours Grétry, Sire, lui répondit le maître avec un sourire et un air spirituel. — Quel est votre pays? — Je suis de Liège, Sire. — Ah! j'ignorais, reprit l'homme terrible, que la patrie de Mathieu Laensberg (astronome Ai&ûng^ué), eut donné naissance à un si grand musicien.

Grétry tout flatté s'inclina humblement, et l'entrevue n'eut plus de suite.

Napoléon, à la mort de Grétry en 1813, et du haut de sa grandeur, fut frappé du deuil général et de cette douleur spontanée qu'inspira à tout Paris le décès du célèbre maître.

Dans une occasion, un courtisan jaloux de cet enthousiasme général, dit : « Mais si l'on fait des funérailles pompeuses pour un musicien, que fera-t-on pour Vempereur ? »

A. Grétry raconte dans son livre : Grétry en famille :

« Aune députation de l'Institut au château des Tuileries, Grétry fut interrogé par Bonaparte sur le lieu de sa naissance. En apprenant qu'il était de Liège : c'est étonnant, répondit l'ex-empereur; je croyais que Liège ne produisait que des cloutiers. »

La musique de Grétry proscrite par Napoléon /', et honneurs rendus nu célèbre compositeur en 1814, à Paris.

On rapporte que le grand coiiquéraiil, très suscepiible quant aux allusions, prit des me^iures sévères contre les abus dans les pièces de théâtres de couplets emblématiques ou avant rapport à di>s personnalités politiques.

Nous avons à ce sujet publié dans le troisième volume de n ou- ^}. Bibliothèque musicale populaire, page lio :

« Les sociétaires (kl théâtre Feydeau vont remettre {'o^évA Pierre le Grand, de Grétry, proscrit sous le règne de Bonaparte.

On sait qu'il avait aussi défendu les représentations du Tableau parlant, du même auteur, à cause de l'air :

Vous étiez ce que vous n etez plus, Vous n'étiez pas ce que vous êtes.

Et vous aviez pour faire des conquêtes Et vous aviez ce que vous n'avez plus.

l.'o\)évi\ l'Amitié à l'Eireuve, dont les comédiens avaient sollicité la reprise auprès de la ])olice, avait été écarté, parce que les personnages sont anglais; Tair de Henri IV, inséré par Grétry dans l'ouverture de l'opéra Le Magnifique, avait été aussi supprimé et il fut repris le 20 janvier 1814.

Le ridicule se joignait à l'horreur, cependant Pierre le Grand a été repris le 7 mai 1814.

Cette année même la Société musicale et académique des enfants d'Apollon, de Paris, a donné un grand éclat au concert du 11 décembre, et pour honorer la mémoire de Grétry, elle exécuta une cantate en l'honneur du célèbre compositeur bL'lge. C'éiait une prolestaiion publique donnée dans celte circonstance contre le despotisme impérial.

Voici quelques vers de cette composition :

CHŒUR DES ENFANTS d'aFOLLON.

Grétry n'est plus ; ah ! qu'en ces lieux Eclate une 'louleur profonde !

Pleurons le chantre aimé des cietix, Qui fit les délices du monde.

RECITATIF.

De notre deuil religieux

A sa mémoire offrons l'hommage :

Mais pour l'exprituer encore mieux.

Eraprunton.s jusqu'à son langage.

(Trio et chœui-, sur laii-da trio du Table au parlant eide Zémire et Azor).

CORYPHÉE

Ail ! nous devons le pleurer à jamais ?

DEUX MUSES

Oui, nous devons le pleui'cr à jamais ?

CORYPHÉE

Qui nous rendra ce culte si tendre ?

DEUX MUSES

Las ! il n'est plus ; cruels regi'ets ?

CORYPHÉE

Faut-il, hélas ne plus l'entendre ?

DEUX MUSES

Vœux superflus cruels regrets ?

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