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chef d'orchostro du théâtre, et qui continua les relations enga gécs par Compain avec Grétry; la première pièce nouvelle du , musicien liégeois représentée sous la direction de Vitzthumb i fut la Fausse magie; en 1776, Grétry lui fit parvenir les Mariages * samnites , et presque en même temps, par une lettre du ^ 'A juillet, il lui annonça son prochain voyage à Bruxelles :
« J'aurai bien du plaisir. Monsieur, à vous entendre et à » vous admirer dans mes ouvrages mêmes, que vous savez » faire exécuter, à ce que dit l'Europe entière, dans la plus « grande perfection. Je serai surtout content de voir la Fausse » magie, que vous donnez, dit-on, mieux qu'à Paris i. »
En effet, en 1776, pour la première fois depuis son départ pour Rome en 1759, Grétry se préparait à un voyage dans sa ville natale; il allait reconduire dans le pays de Liège une de ses sœurs, qui était chanoinesse, et son itinéraire le conduisait tout d'abord à Bruxelles. Il y fut parfaitement reçu et se rendit au théâtre avec empressement pour entendre la Fausse magie; mais il eut la surprise de voir que son ouvrage avait été corrigé. Vitzthumb était coutumier du fait : (irétry ne s'en doutait pas et ce fut un grand désappointement pour lui. Il n'en a dit que quelques mots dans ses Mémoires : « Je me » rappelle qu'('tant un jour au spectacle de Bruxelles, où )) j'écoutais la Fausse magie, j'entendis un trait de tlùte sem- )) blable au ramage du rossignol, qui, du reste, avait été mis » par l'illustre docteur qui battait la mesure. G'est à l'endroit » du duo des vieillards : « Vous (ju't'lle aime? — Oui, moi ». » Le repos total après ces deux mots, qui veut dire, je reste » stupéfait, est, je ci-ois, bien senti. Cependant la tlûle faisait » un fort beau ramage pour occuper le repos que j'avais indi- » que; ensuite le chanteur disait : c'est à quoi l'on ne s'attend » guère. Il semblait j)arler du trait de flûte -. » En (juittant Bruxelles, où il n'était resté que quelques jours, le maître adressa à Vitzthumb la lettre suivante :
1 Cn. Pjot, ouvrage cité, p. -41 î).
2 Grétry, Essais, 1. 1, p. 51-2.
« .4 Monsieur Vitzthumb.
n Bruxelles, ce 21 aoust 1770.
)) Oserai-je vous prier, Monsieur, en cas que l'on vous » adresse encore quelques lettres pour moi, de me les envoyer » à l'hôtel de l'Agneau, sur Meuse, à Liège? M. deVilletaneuse » et moi, Monsieur, nous vous prions d'agréer nos remercie- » ments pour toutes les honnêtetés dont nous avons été coni- » hlés par vous pendant notre séjour à Bruxelles. Que ne » puis-je vous en dire autant de la part de ma musique, » Monsieur. Mais elle est bien loin d'être aussi satisfaite de vos » prétendues corrections que nous le sommes, M. de Villeta- » neuse et moi, de toutes vos honnêtetés. Ne comptez plus sur » mon retour à Bruxelles, Monsieur. Je viendrais vous gêner )) dans vos opérations. Vous m'avez banni à jamais du théâtre « de Bruxelles. Mais l'honnête M. Vitzthumb conservera tou- » jours sur mon cœur les droits que l'homme de probité )) obtient si naturellement des âmes reconnaissantes. Je suis, » Monsieur, avec la plus grande et la plus parfaite estime, » votre très humble et très obéissant serviteur,
)) GkKTRY I. ))
L'artiste fut reçu à Liège en triomphateur. Le prince-évêque Velbruck lui fit l'accueil le plus flatteur et le nomma son conseiller intime; en échange, Grétry lui ofl'rit la dédicace des Mariages samnites. On donna en son honneur des représentations de ses ouvrages, et il reçut l'hommage de plusieurs
^ Cii. PioT, ouvrage cité, p. 45o.
pièces de vers; nous citerons celle du jeune poète liégeois Reynier :
Enfin de nos Liégeois l'espérance est remplie : Grétry, nous te voyons au sein de ta patrie. Chacun fait éclater les plus joyeux accents;
Permets que ma musc ravie
Vienne aussi t "ofi'rir son encens.
Dans mes vers, cher Grétry, que ne puis-je te rendre
Le ravissement, le plaisir Que ta musique harmonieuse et tendre
Chaque jour me fait ressentir!
Ah! si les chants que je vais faire entendre
Égalaient tes sons séducteurs!
Mais c'est en vain qu'on l'oserait prétendre; 11 faut être Grétry pour enchanter les cœurs.
Reçois, reçois le prix de tes heureux talents; Vois l'Europe applaudir à tes accords brillants, Entends ces lieux, séjour de la jeunesse,
Retentir de ton nom chéri.
Vois tous les yeux s'enflammer d'allégresse,
Dès qu'on s'entretient de Grétry '.
Nous donnerons encore cette strophe d'une pièce intitulée : Stances à M. Grétry à son arrivée à Liège, dont l'auteur anonyme signe « un citoyen de Liège » :
0 Liège, applaudis-toi; lève une tète altière. Vois ce mortel charmant : il te doit la lumière,
C'est ton enfant le ])lus chéri.
Viens accueillir le fils des amours et des grâces. Viens répandre des fleurs sur les brillantes traces
Du tendre et sublime Grétry -.
En quittant Liège, Grétry reçut à Spa les mêmes témoignages d'ardente admiration; il assista au théâtre à une représentation des Deux Avares, pendant laquelle il fut l'objet d'une ovation
' Journal de théâtre ou le nouveau npcctateur, du la octobre 1776. - Mercure de France, octobre 1770, pp. 187. Ib9.
enthousiaste. En rentrant à Paris, au mois de septembre 1776, l'artiste rapportait de touchants souvenirs, et peut-être songeait-il déjà à de nouveaux voyages dans sa patrie.
Grétry allait retrouver à Paris les ennuis et les déceptions qui ne lui étaient pas ménagés depuis quelque temps; dans l'hiver qui suivit son retour, il ne fît paraître qu'un ouvrage de peu d'importance, un divertissement ajouté par Laujon à la comédie de La Chaussée, Amour pour amour, dont on préparait une reprise à la cour; elle eut lieu le 10 mars 1777 et ne lut pas suivie de représentations à Paris. Grétry et Marmontel eurent encore à revoir, pendant cet hiver, leur opéra de Céphale et Procris, dont la reprise se préparait à l'Académie de musique ; les changements opérés par Marmontel furent insignifiants ; Grétry confia le rôle de Céphale à une haute-contre au lieu d'une basse-taille, et remplaça l'ouverture primitive par celle des Mariages samnites. La première représentation fut donnée le vendredi 23 mai 1777. Voici la distribution des rôles principaux pour les trois séries de représentations de Céphale et Procris :
A Versailles,
A Faris,
A Paris.
le 30 septembre 1773.
Céphale. . .
Larrivée.
Larrivée.
Legros.
Procris. . .
>!"<■ Sophie Arnoli.d.
M""- Levasseur.
M"« Levasseur.
L'Aurore . .
Moi" Larrivée.
Mme Larrivée.
M"'^ Beaumesxii
Flore. . . .
M"e Levasseur.
M"« Mallet.
M"« Mallet.
F>a Jalousie .
M"« DlPLANT.
M"" Dl'pi.ant.
M"« DUPLAKT.
Depuis l'époque des premières représentations de Céphale et Procris, les esprits, loin de se calmer en ce qui concernait les discussions musicales, n'avaient fait que s'enflammer davantage. Alceste avait encore augmenté l'admiration du public Tome XXXVL 8
français pour Gluck ; par une insigne maladresse, Marmonh'l fit coïncider avec la reprise de son opéra de Cêphale Tajtparition de sa brochure anonyme intitulée Essai sur les révolutions de la musique en France, qui était entièrement dirigée contre le grand artiste allemand. 11 donnait ainsi beau jeu au partisans de Gluck, et les réponses qu'il s'attira ne se firen pas attendre. Le Journal de Paris, organe gluckiste, qui le % mai, avait publié un compte rendu favorable de la reprise de Céphale, releva immédiatement le gant mal à propos jet( par l'académicien, et dès le 3 juin, en annonçant VEssai sm les révolutions, il lança quelques pointes sur l'opéra de Mar montel : « C'est à ceux qui ont donné les modèles à donnei » les préceptes ; et la théorie de la musique théâtrale n( » pouvait pas paraître avec plus d'avantage qu'en se faisan « précéder de l'opéra de Céphale. Si l'auteur de VEssai par » venait à nous détromper des longues et terribles illusion! » que nous ont faites depuis quatre ans Iphigénie, Alceste e « Orphée, il n'est pas bien sûr que Céphale et sa brochure noui » dédommageassent de notre erreur... ^ ». En quelques jours la querelle s'échaufl'a, et le pauvre Grétry ne tarda pas à ei recevoir les éclaboussures : « Que l'on donne à M. Gluck 1( » poème de Céphale, » demande un choriste de l'Opéra qu: écrit sans se nommer au Journal de I^aris ; « c'est alors qu( » nous jugerons si ses talents peuvent être comparés à ceux de « M. Grétry 2. »
Les amis de Marmontel l't de Grétry, obligés de reconnaître l'insuccès de Céphale, cherchèrent à l'expliquer par les vice: de l'interprétation, et le Courrier de rEurope\e?> détaille dan un long article dont nous reproduisons quelques lignes (c II y a eu si peu d'ensemble aux deux premières représen » tations, les acteurs, l'orchestre étaient si peu animés qu'il y
' Journal de l'a7-is du 5 juin 1777, n» 155; cel arlicle est lopioduit, ainsi que VIi!ss(4 de Marmonlci, dans les Mémoires pour servira rhisluire de la^ révolulion opérée dans la musique par M. le chevalier GlurU, in-S" Naples, et se U-ouve à Paris, 1781.
* Journal de Paris du 17 juin 1777, u" IGS.
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» aurait de Tinjustice à vouloir juger de cet ouvrage d'après » une exécution aussi imparfaite ... Il est impossible que » tant de traits naturels et délicats, tant d'expressions fortes » et pathétiques soient rendus par des cœurs froids ou ina- » nimés, par des voix fausses ou glapissantes. Il n'y a pas » jusqu'aux ballets qui ne se ressentent de la négligence avec » laquelle cet opéra a été présenté au public ; ce n'est pas » la faute des airs, assurément..,, i » Ces reproches étaient peut-être exagérés, mais encore pouvons-nous en douter; nous avons déjà attribué à l'imperfection de l'exécution une part de l'insuccès de Céphale et Procris en 1775; cependant, l'article du Courrier de l'Europe émut vivement les défenseurs du théâtre de FOpéra, et Fun d'eux se chargea d'y répondre dans le Journal de Paris : « Je sais, dit l'avocat improvisé, » qu'on a fait de ce ballet des répétitions sans nombre ; que » rien de ce qui a rapport à Tillusion théâtrale n'a été » négligé ; que les sujets, à l'envi les uns des autres, ont fait » tout ce qu'on pouvait attendre de leurs talents pour le n rendre supportable ; que même on a employé tous les petits » moyens capables de le ranimer, en y faisant chanter, dès la » sixième représentation, déjeunes débutantes. Cependant on » ose se plaindre ! - «
Cluck, qui était revenu à Paris et qui préparait Armide, assista dans une troisième loge à la quatrième représentation de CépJtale et Procris ^ ; il semble s'y être fait remarquer à dessein, comme pour affecter une impartialité qui n'était pas dans son caractère. Quelques jours après la reprise de Céphale, on avait remis au répertoire les ouvrages du maître allemand, et par un subterfuge assez peu délicat, les directeurs de l'Opéra avaient réservé pour Alceste et fphigénie le mardi et le vendredi, c( jours d'étiquette «, laissant le dimanche pour Céphale; or, le dimanche « les gens de bon ton » ne sortaient pas, ils
< Courrier de l'Europe C.\i G juin 1777. - Journal de Paris du 20 juin 1777, ii" 171. '• Idem du 51 mai, ii" Kil.
fuyaient les promenades et abandonnaient les théâtres ai peuple et aux petits bourgeois i. Les recettes étaient tou naturellement moins fortes et les succès de moins bon aloi cependant les Gluckistes s'emparèrent avec joie de cet argU| ment nouveau, et Tun d'entre eux le jeta brutalement à la têt^ de Marmontel et de Grétry, dans un article inséré au Journa\ de Paris, que nous reproduisons comme un échantillon de 1'^ polémique du temps :
« Réponse solide à /'Essai sur les révolutions de la musique
» Les plaisanteries sont belles et bonnes, 3Iessieurs, mai; » elles ne sont pas des raisons . Le public répond encon » mieux que vous à YEssai sur la période musicale. Yoici ur » petit argument de sa façon qui, sans être conforme auj » catégories d'Aristote, n'en est pas moins péremptoire.
» IJEssai venait de paraître : on donne à l'Opéra Céphale. » le mardi 3 juin, et la recette fut à 777 1. Le vendredi 0, or » donne Iphigénie qui rendit 3,26o 1. 10 s. Le dimanche 8. » Céphale donna oi4 1. 10 s., et le mardi suivant, i,410 I. 10s. » Le vendredi 13, Alceste produisit 4,309 1. iO s. Le dimanche lo, » Céphale rendit 615 1. 10 s. Le mardi 17, Alceste rendit 2,5001. » Vendredi 20, Iphi(jénie rendit 4,480 \. Voilii qui est net. h » n'aime que ce que tout le monde entend , et je me moque » des grandes phrases et de la métaphysique de vos brochures » sur la musique. Je suis comme ce drôle de corps de l'autre » siècle qui disait : Je n'aime pas le brailler et je n'entends » pas le raisonner.
» J'ai l'honneur d'être, etc.. « Urlurerlu -. »
Ainsi la maladresse du poète, la mauvaise volonté du théâtre, la médiocrité des interprèles , l'intolérance du public semblèrent vouloir concourir à l'insuccès d'une partition dont le
' Mercikr, Tableau de Paris, t. 11, p. 592. ^ Journal de Paris du :22 juin 1777, u° 173.
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Il nérite est indiscutable. Céphalc, qui n'avait eu que douze eprésentations en 1775, en obtint vingt-six à grand'peine en 777 et fut joué pour la dernière fois le 27 novembre de cette innée. Un peu plus tard, en 1781, après l'incendie de TOpéra, l[uelques fragments de cet ouvrage furent chantés dans un des !;oncerts donnés aux Tuileries par la troupe de l'Académie de nusique, en attendant la construction de la nouvelle salle ^. ]e fut le dernier soupir de Céphale et Procris.