CHAPITRE ONZIEME
Travaux des années 1788 et 1789.— Situation de Grétry au moment de la Révolution.
Le Rival confident, opéra-comique en deux actes, paroles de Forgeot, musique de Grétry, donné à la Comédie-Italienne le 26 juin 1788, fut bien accueilli à la première représentation, mais n'eut qu'ujie courte existence, malgré les corrections et les changements opérés par le compositeur i. La partition qui a été gravée est un des plus faibles ouvrages du maître ; ses contemporains s'en aperçurent, et l'on voit percer la lassitude et la critique à travers les politesses du Mercure : « En général, » dit le rédacteur, c'est une composition encore fort estimable » à bien des égards, et propre à prouver que les ressources » dramatiques de M. Grétry sont loin d'être épuisées 2 ». Ces lignes sont évidemment une réponse aux amateurs qui accusaient Grétry de négligence ou de fatigue ; il faut bien dire que les partitions inégales ou médiocres des Méprises par ressemblance, du Prisonnier anglais, du Rival cmifident, et même du
' Mercure de France, septembre 1788, p. 185.
• Idem, juillet 1 788, pp. 40, 41 .
Comte d'Albert, n'étaient point à la hauteur de Richard Cmir de Lion, de Zémire et Azor et de r Amant jaloux; le public, qui se lasse vite, avait besoin d'être excité par des beautés saillantes, irrésistibles, et il préférait les anciens ouvrages de Grétry à ceux que l'artiste produisait depuis deux ou trois ans.
Il en fut de même à l'Opéra, où Amphitryon essuya un sensible échec dans cette année 4788; Sedaine et Grétry avaient eu l'idée singulière de choisir dans le théâtre de Molière un des ouvrages les plus admirés pour le style et les détails, et de le transporter sur la scène lyrique presque sans y rien changer. Une telle entreprise ne pouvait réussir; la musique la plus spirituelle n'avait rien à ajouter à l'esprit qui débordait dans les vers de Molière, et l'on s'étonne que Grétry ait accepté cette tâche, en le voyant écrire dans ses Essais que l'on ne doit pas mettre en musique un dialogue par lui-même très spirituel, sous peine de faire double emploi; il ajoute qu'il eut grand'peine à composer la pièce bien écrite de l'Amitié à l'épreuve, tandis que le livret sans prétention du Tableau parlant lui avait permis de faire briller tout l'esprit de sa musique 1.
Malgré l'insuccès d\i7nphitryon à la cour, en 1786, Sedaine et Grétry étaient très contents de leur ouvrage, dont la première représentation à l'Académie de musique eut lieu le IS juillet 1788. Cette soirée ne réussit qu'à demi, et dès le lendemain il fallut apporter à l'opéra nouveau quelques modifications dont une lettre de Dauvergne nous fait connaître le détail :