DE LA
STATUE DE GREUZE
Cette fête avait appelé beaucoup de Parisiens et des populations sans nombre du pays de Greuze. On y remarquait le préfet du département , le secrétaire général, des membres de l’Institut, des députés, des représentants du clergé et de la magistrature. Les savants, les archéologues, les hauts fonctionnaires y tenaient leur place. La presse parisienne était brillamment représentée. Jamais une ville n’a mieux accompli les devoirs de l'hospitalité en accomplissant une oeuvre glorieuse.
C’est M. Arsène EIoussaye, inspecteur général des Beaux-Arts, qui présidait la solennité. Il a eu l’honneur de parler le premier devant la statue de Greuze. Son discours est toute une histoire du peintre glorifié le 3o août avec enthousiasme.
LA STATUE DE GREUZE
La cérémonie avait, pour ainsi dire, commencé la veille. Les sociétés chorales du département de Saône-et-Loire et des départements voisins étaient déjà réunies ; elles venaient saluer le train qui amenait M. Arsène Houssaye et les délégués de la presse parisienne, lesquels furent conduits au milieu des fanfares jusque chez M. le maire, où les attendait un véritable festin.
Le lendemain dimanche, des aubades, des volées de cloches, des canonnades et des cris de fête. Très beau déjeuner au pays de Greuze avec les autorités officielles, des membres de l’Institut et de l'académie de Mâcon, des journalistes qui sont aussi des autorités.
Greuze dominait le milieu de la table par trois portraits peints par lui à trois époques caractéristiques de sa vie. On but tout naturellement du vin de Tournus, qui n’est pas un vin à dédaigner, mais on but aussi du vin de Château-Rothschild et de Château-Yquem, sans parler de tous les hauts bourgognes.
Après le déjeuner, il fallut revêtir les habits brodés. A midi, cinq cents musiciens étaient sur pied et annonçaient avec éclat que la solennité allait commencer.
On avait disposé une estrade gigantesque sur la place de l’Hôtel-de- Ville, devant la statue. Tous les privilégiés, le clergé, la magistrature, les dames de Tournus, des villes et des villas voisines étaient aux premières places; mais le plus grand nombre était aux fenêtres et sur les toits : on avait payé jusqu’à cinquante francs les places aux fenêtres.
Après une marche triomphale des musiciens et des orphéons, le voile qui couvrait la statue tomba, et de toutes parts retentit un immense hourra, qui a dû faire tressaillir Greuze jusque dans son tombeau.
La statue est fort belle; elle s’élève sur un piédestal de Questel et Leclerc, qui contraste par son style sévère avec le dix-huitième siècle. Ce piédestal porte cette inscription :
A GREUZE