GREUZE ET L’ÉCOLE FRANÇAISE
du sujet. La France, en ce point, a toujours suivi la tradition romaine. Nos grands artistes sont de l’école de Raphaël avec non moins de logique et de raison, si ce n’est avec autant de poésie. Le Poussin et Lesueur, et plus récemment encore, Léopold Robert, appartiennent à ce système. Aussi la tendance de notre école fut-elle toujours historique, pendant que la peinture italienne, en général, aspire à la poésie, pendant que les écoles flamande et hollandaise expriment la vie domestique.
A toutes les époques il y a au fond d’un art indigène une certaine raison déterminante, une logique qui ne se dément pas. Au dix-huitième siècle, l’art de la Régence et de Louis XV était inspiré par la volupté. L ecole de la Révolution affectait un stoïcisme austère. L’école impériale se drapa militairement avec une raideur calculée. On sentait que ces figures nues venaient d’être déshabillées pour le besoin du moment. Elles n’étaient pas à l’aise sans col et sans bottes fortes. Léonidas
avait servi dans les cuirassiers. Enée dans les dragons. Romulus était de la jeune garde, et Bélisaire des vétérans. Les héros de l’antiquité portaient le sac sur le dos comme les troupiers de Napoléon.
Greuze, avec sa haine du style à la mode, fut un peintre très excentrique en dehors de l’inspiration habituelle de son temps. C’est un anneau détaché de la chaîne des peintres de Louis XV, quoique sa forme et sa ciselure soient du même style et du même travail que l’Art Pompadour. Les sujets de Greuze sont différents des sujets de Boucher ; mais le fond de sa pratique est le même à peu près, moins l’esprit et la fantaisie. La peinture de Greuze est ordinairement lâchée et molle, blafarde et laiteuse, si l’on peut ainsi dire; elle manque de ces réveillons capricieux avec lesquels Boucher agaçait les lumières et les figures. Boucher est le poète des petites maisons et des ruelles ; Greuze est le bourgeois de la ville, singeant quelquefois avec naïveté la coquetterie de la cour.
Ses tableaux de l'Exposition rétrospective sont dans des genres très différents. Le portrait de Wille est daté de 1763 ; Greuze avait trentesept ans. Diderot ne lui avait pas encore donné ses encouragements au Salon de 1765. Ce portrait de Wille n’a donc pas toute l’originalité qu’on remarque plus tard dans les œuvres de Greuze. Il pourrait être aussi bien d’un peintre quelconque. La pâte en est cotonneuse, d’un jaune un peu monotone ; mais l’abondance de l’exécution et un certain air de tête, libre et familier, donnent beaucoup de charme à cette peinture.
Lord Hertford a envoyé deux Greuzes qui ont une grande réputation :