‹ Ægri somnia; pensées et caractèresChapitre 11 sur 46 · f.ORl SOMMA · texte numérisé non relu

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politiques, encore moins dans un examen de conscience sur les vraies causes de l'émeute, mais peut-être au milieu de calculs pratiques sur le rôle qu'il avait à y jouer.

Pour revenir à ma leçon du Collège de France, Tacite m'offrait une autre allusion dans cette réflexion, où, parlant du complot d'Othon : « Telle fut,rdit-il, la disposition des esprits dans ce forfait détestable, que peu le conçurent, plusieurs le voulurent, tous le souffrirent D. L'application à la révolution de Juillet était poignante. L'auditoire la fit de lui-même. Je ne l'y provoquai point. C'eût été de la politique. L'allusion aux tergiversations intéressées de Julius Martialis n'était que de la morale historique.

Dans les Mémoires du prince de Metternich, je lis au tome I", à l'article sur la famille de Napoléon, ce jugement sur Murât : « Murât n'était qu'un soldat, mais soldat de la Révo-

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lution et doué d'un certain instinct de domination que j'ai constammentvu être l'apanage des Jacobins. s>

Rien de plus vrai. C'est ce qui fait que les Jacobins forment un genre dans l'espèce homme. On naît Jacobin. Dominer sans avoir les talents qui rendent supérieur aux autres, sans avoir par aucun travail, par aucun service rendu au public, mérité l'obéissance; dominer parce qu'on veut commander et qu'on ne le peut par aucun moyen, c'est la le trait du genre. Et, comme conséquence, impossibilité de se subordonner, de se soumettre; haine de tout ce qui a le commandement ou le gouvernement par les moyens légitimes; esprit de critique sans cesse en action; curiosité infatigable des choses de la politique. Leur unique état est d'en parler; et comme ils y pensent sans cesse et ne pensent pas à autre chose, qu'ils lisent tout ce qui s'en écrit, qu'ils écoutent tout ce qui s'en dit, qu'ils n'ont d'autre sujet de conversation et de discours et par-

lant d'autre langue, ils y acquièrent une facilité, une abondance de paroles, qui les mettent en crédit dans notre pauvre pays si amoureux de paroles, et persuadent à ceux qui consacrent toutes leurs facultés et tout leur temps à leur état, qu'il y a là une science qu'ils ignorent et une supériorité qu'ils doivent reconnaître.

Passe encore, quand à cet instinct de domination sejoignent des qualités quilemodèrent, ou des talents qui mêlent quelque bien au mal dont il est constamment la cause. Mais les exemples en sont très rares, et le nombre est grand des Jacobins qui ne sont que Jacobins.

Sire, sire, quand vous avez à faire des ministres, ayez souci des honnêtes gens qui auront à servir l'État sous leurs ordres. Ne leur donnez pas à obéir à qui n'a pas qualité pour commander; ne forcez pas des Français à s'incliner, à défaut d'un homme, devant un

habit brodé. Nous ne sommes pas eiï Orient, Chez nous, le souverain ne prend pas ses ministres pour ses aises, et comme chaussures à son pied. lia le devoir de les chercher, et, s'il cherche bien, il trouve, dans une élite où l'opinion les lui montre, les hommes qui, par leurs talents et par Tintégrité de leur vie, se sont acquis le droit de dire aux princes, selon le besoin des affaires : oui ou non.

La parole qui tombe de la tribune française est comme la pierre jetée par Tenfant dans la mer. Celui-là seul qui a fait les lois des corps sait où va disparaître, en s'efiaçant par degrés, la ride que dessine à la surface la chute de la pierre. Celui-là seul qui a pétri le cœur de l'homme sait jusqu'à quelle profondeur une parole éloquente va remuer la mer humaine. De là, pour l'orateur, le devoir de s'abstenir de ces mots vagues et engageants, dont la portée lui est inconnue, et que chacun interprète selon ses espérances.

Malheureusement cette sorte d'hommes est

plus occupée de rechercher Fapplaudissement de ces espérances, que du devoir de gouverner sa parole.

Bien parler est un don divin. J'y songe en entendant ceux qui ne Tout pas et qui parlent.

La nation française, qui a tant d'esprit, est celle où les mots font le plus de sots. M. Thiers était très fertile en mots de ce genre d'efficacité. Parlant à une assemblée sortie d'un désastre national, où trois ou quatre partis, unis d'abord par une opposition commune au gouvernement tombé, puis bientôt séparés par l'usage h faire de sa succession, se coudoyaient et se regardaient de travers :

<t La République, disait-il, est le gouvernement qui nous divise le moins. i> Et voilà cette assemblée, tout à coup assotée, qui le croit, sauf à voir le lendemain, par la claire vue de rexpérience, que, de toutes les formes de gouvernement, la République est celle qui engendre le plus de partis et où les partis se subdivisent en plus de factions.

Le même Thiers disait à la môme assemblée : « Napoléon a perdu la France par son génie. » Et l'assemblée d'applaudir k ce mot, bien que deux fois faux : d'abord parce que pour avoir restitué à la chute de Napoléon ce qu'elle avait pris de trop, la France n'a point été perdue; ensuite parce que la vraie cause de ce revirement de fortune , ce n'est pas le génie de Napoléon, mais les éclipses de son génie.

« Le roi règne et ne gouverne pas. »

« Les libertés nécessaires », autres mots, en d'autres temps, du môme homme, qui ont fait deux fois sot ce même pays, où il ne s'est pas trouvé d'oreilles pour retenir, ni d'esprits

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