PRÉFACE
Les pièces de diverses formes, maximes, réflexions, portraits, caractères, dont se compose ce volume, ont la même origine que mes ^otcs biographiques. Sous un autre titre elles en sont le complément. Si je les ai intitulées Rêveries d'un malade, c'est qu'elles ont été, pour le plus grand nombre, écrites en 1870 et 1871 , en un temps où je n'avais ni la santé de Tâme, ni celle du corps. Depuis lors, le
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recueil s'est accru d'autres pièces, composées <lans une situation qui, pour l'âme, n'a pas -changé. Toutes sont bien véritablement des fruits de mélancolie.
A quoi bon alors, me dira-t-on, faire voir le jour à des enfants qui, de mon aveu, ne sont pas nés valides? Je n'ai pas laissé d'en faire la réflexion. Mais de même que la gaieté n'est pas la meilleure disposition d'esprit pour trouver la vérité, de même la mélancolie n'est peut-être pas la pire. J'ajoute qu'à force de relire ces pensées, moins pour les raffiner que pour les vérifier et pour en ôter les mots de trop, j'ai fini par croire que les fruits étaient peut-être meilleurs que l'arbre, et les enfants mieux portants que leur père.
J'ai même hésité si je n'en changerais pas le titre, comme trop peu attrayant, outre la disgrâce d'être en latin. Mais je le garde parce que je n'en sais pas qui convienne mieux
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au livre, et que bon nombre de morceaux étant des portraits ou des esquisses de personnes, il y à de la charité à laisser aux originaux, qui d'aventure s'y reconnaîtraient, le droit de dire que j'ai en effet rêvé, et qu'ils n'ont rien de commun avec les fantômes d'un malade.
Peut-fitre trouvcra-t-on que, pour un pur lettré, j'ai donné trop de place à la politique dans ces Rêveries. Ce n'est pas, du moins^ à la politique que j'ai faite; c'est à celle dont j'ai souffert.
Janvier 1883.
Post'Scriptum. — Pour l'arrangement définitif de ce volume il m'a manqué la main habile et dévouée qui m'avait été d'un secours-
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fei pt'écieux pour Timpression de mes Souvenirs et Notes biographiques, la main de mon ami et ancien élève Person. Il m'a manqué sa fertilité ingénieuse à trouver les moyens de faire valoir honnêtement une publication, son érudition si fine et si variée, son tact si discret. Il avait ébauché un plan, proposé un 'ordre pour la diversité capricieuse et le décousu de pièces d'étendue si inégale, de sujets si différents. Ce travail est un des derniers qui l'aient occupé, parmi de très savantes recherches sur les origines latines de la langue française, et dans toute l'activité de ses devoirs de professeur où il se ménageait si peu.
Bien que sachant par expérience ce que pouvait perdre mon livre à n'être pas suivi jusqu'au jour de sa publication par un tel surveillant, de confiance autant que par attention pour sa mémoire, je donne son travail