Revue de Paris, t. XXV, a<» du 31 janvier
je commence à croire que, sauf dans le lyrique qu'il a de génie, dans Térotique où il écrit d'abondance de cœur, dans la satire où il a Tongle, la dent et le venin, ce grand chanteur le plus souvent chante faux.
Il y eut une époque de sa vie où, parmi quelques notes discordantes, il chanta juste. Ce n'est pas lorsque de sa voix de tête il faisait écho au refrain banal « de l'autel et du trône » ; c'est lorsque de sa voix naturelle il chantait, dans des strophes passionnées et sincères, sa jeunesse envolée et les premiers mécomptes de son âge mûr. J'entends encore ces belles mélodies qui éveillaient dans mon cœur, plus jeune que le sien de quelques années, des tristesses du môme genre. Depuis que, laissant la gloire pour la popularité par la politique, il a repris sa voix de tête pour chanter le refrain tout contraire de la haine au prêtre et au roi, je me donne le plaisir mélancolique de relire ses poésies de désillusionné, écrites pour la seule gloire, et que la gloire a consacrées.
Tout, dans ceque je viens de lire des lettres de Mérimée, bien qu'écrites avec aisance et esprit, est si particulier, si individuel, avec une intention si marquée de ne ressembler à personne, que n'y trouvant rien qui me parle de moi, je ferme un livre où Fauteur ne parle que de lui.
— Le beau grief, va s'écrier quelque admirateur, qu'il n'ait pas songé à vous !
Oui vraiment, à moi, ou, si vous aimez mieux à ce qu'il y a en moi de l'homme de tous les temps. Et pourquoi pas, je vous prie, si d'autres épistoliers,qui le valent bien, m'ont fait cet honneur, si madame de Sévigné, Voltaire et, deux mille ans avant eux, Cicéron, ont mis dans leurs lettres quelque chose à mon adresse? Au risque d'aggraver mon tort, j'ajoute que les plus grands de ces écrivains sont ceux où je me trouve le plus souvent de ma personne.
Qu'est-ce donc que la gloire des livres.
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sinon Taccord de tous les lecteurs éclairés pour s'y reconnaître? Où manque cet accord, il n'y a, au lieu de gloire, qu'une réputation à débattre entre érudits.
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Pauvres mères, tout, même la joie, leur est un sujet de larmes. J'en sais une qui va donner sa fille à un jeune homme d'élite, savant avec modestie, pieux avec liberté, qui a gardé,, pour un mariage d'inclination, son cœur et son corps intacts. Une autre, dans le même temps, marie son fils dans une famille considérée et prospère, h une belle jeune fille qui a appris le devoir comme on apprend les choses dont on a la vocation. Certes ce sont là deux, maisons bénies? Les amis se réjouissent, les. indifférents sont touchés, les parents envient le bonheur des deux mères. J'y vais le même^ jour pour les féliciter. Je les trouve toutes les. deux en pleurs, et je me demande si je suis venu la veille d'un mariage ou le Icndemaia d'un enterrement.
La politique, aux mains des gens éclairés,, fonde et conserve les sociétés humaines ; aux mains de tout le monde, elle les détruit*
Pour qui veut arriver par la politique, tous les chemins sont bons, hors le droit.
Un gouvernement tort ne gêne que deux
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sortes de gens, les mauvais citoyens et ceux qui, pour vouloir gouverner, sont en train de le devenir.
La plupart des gouvernements tombent, soit faute de savoir tout ce qu'ils pensent, soit peur de le vouloir.
Le progrès, c'est pour chacun la chose qui lui manque. Pour le pauvre, c'est l'argent; pour l'ouvrier, la place du patron; pour le journaliste, un gros emploi, peu à faire et de longues vacances; pour l'avocat, un ministère, fût-ce celui de la guerre ; pour tous enfin, c'est de posséder ce qu'ils sont incapables de
gagner.
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Dressez, si vousle pouvez, une liste de toutes les injustices qui se commettent par la prévention, par la rivalité, par Tintérôt, par
l'ignorance OÙ nous sommes les uns des au très; dépouillez tous les auteurs de maximes ; feuilletez les casuistes, ces chercheurs consommés de points délicats; vous n'aurez pas le compte exact des injustices de l'esprit de parti. J'en sais que vous oubliez, ne fût-ce que les vôtres. Laissezdonc la liste ouverte, pour qu'un autre les y mette, en y ajoutant les miennes.
De toutes les modes françaises, les constitutions étant les plus changeantes, je ne me souviens pas d'avoir lu aucune de celles qui, depuis un demi-siècle, ont régi notre pays.
Averti par un certain flair de ce qui donne la durée aux écrits, toutes les fois qu'on m'a mis sous les yeux une constitution, j'ai fait comme l'ours de La Fontaine, flairant a le compagnon qui fait le mort 3>, et se disant à lui-même :
Otoos-nous, car il sent.
Je me suis ôté d'auprès ces pages sans
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lendemain, comme on s'ôte d'auprès un enfant mort-né.
Pour faire vivre une constitution sur notre sol si remuant, il faudrait commencer par y planter et par y acclimater le goût d'obéir à la loi.
Je no puis trop admirer la simplicité du peuple criant de la même voix : Vivela République! et A bas la bourgeoisie! comme si la République avait d'autre père que le bourgeois! Où sont donc, je vous prie, les grands seigneurs et les gentilshommes qui peuvent lui disputer l'honneur de cette paternité? C'est assez que d'aucuns aient aidé l'accouchement, qui eussent fait meilleure figure à une autre besogne. Aujourd'hui, qui sont les hommes en qui la République se pei'sonnifie, par qui elle trône, sinon des bourgeois? Qui a le plus d'intérêt à la garder, sinon la bourgeoisie? Elle en occupe ou en brigue toutes
les places; par ses financiers et ses gens d'affaires, elle en tire tout l'argent. C'est sa chose, -et pour comble, elle a persuadé au peuple •que c'est la sienne.
Quand la passion de gouverner est entrée •dans le cœur d'un homme, elle en chasse le sens moral. Si cet homme est un de ces esprits i)ien faits qui aiment l'honnête pour sa ressemblance avec la raison, pour peu qu'il se croie sûr d'arriver où il veut par le droit chemin, il ne lui déplaît pas de le prendre. Il en éprouve même une satisfaction secrète dans la partie de son âme que la passion de gouverner n'a pas encore gâtée. Mais vient-il k douter que les bons moyens le puissent mener ^u but, ne vous attendez pas qu'il recule; à défaut des bons, il y employera les mauvais.
S'il est vrai que les meilleurs des gouvernants soient des hommes de cette sorte, comment les gouvernés doivent-ils en user avec
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eux? Les considérer comme les agents nécessaires des affaires humaines, et, tantôt par le concours, tantôt par la critique modérée, les aider dans leur tâche ; honorer, dans ce qu'ils l'ont pour le bien public, moins leur intention que la loi d'ordre divin qui le leur fait vouloir ; et quandils veulent le contraire, loin d'en ôtre surpris, s'y tenir tout préparés, et avoir des mœurs publiques pour leur faire échec.
Les amis politiques sont des gens qui, liés entre eux par une habitude de mal parler du prince, des ministres, des lois, des juges, de r^^glisc, du pape, de la bourgeoisie, du peuple et, généralement, do tout ce qui gêne leurs prétentions ou leurs convoitises, s'imaginent que, pour avoir toujours été d'accord contre tout le monde, ils sont amis. Vienne le premier dissentiment, il prouve avec scandale que les pires inimitiés sont faites d'amitiés politiques.
Pour un homme médiocre dont il plaît au prince de faire un ministre, il fait de tous les hommes médiocres des prétendants au pouvoir, et de tous les hommes de talent des mécontents.
Dans un pays où l'esprit de parti est tout Tesprit politique, s'il arrive aux opposants d'avoir une fois raison contre le pouvoir, n'allez pas croire qu'ils le doivent à plus de sens, de prévoyance ou d'attention aux intérêts publics. Ne songeant, cette fois encore, qu'à contredire, ils ont eu la chance de dire juste. Qu'ils ne se donnent donc pas, au lendemain des revers, pour des prophètes qui n'ont pas été écoutés. Ils se vantent. La fortune a justifié leur passion, non leur jugement. Le pouvoir a eu tort; ils n'ont pas eu raison.
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Asellus est un de ces hommes politiques de pacotille qui arrivent au crédit par l'argent, €t à l'argent par les affaires, c'est-à-dire par le bien d'autrui. Nous étions membres de la même assemblée. A n'y pas regarder de près, nous paraissions une manière d'amis. Il parlait de toutes choses sans savoir, la main dans la poche de son gilet, remuant des pièces d'or €omme caution de ses paroles. Depuis quelque temps, le vide du personnage me donnait sur les nerfs, et je cherchais un honnête prétexte pour rompre. La séance d'hier me l'a fourni. Asellus venait d'y parler.
— Eh bien, me dit-il, que vous semble de ma harangue?
— Je n'y vois qu'un mot de trop.
— Et lequel. Athénien?
— É motionner; vous l'avez dit deux fois; c'était assez d'une.
Asellus se mordit la lèvre. Depuis lors, nous
^tant rencontrés, il fit comme s'il ne me voyait pas. C'est ce que je voulais. mes vrais amis, quelle heureuse perte que celle d'un ami de rencontre!
En France où l'autorité est à la fois si né- <;essaire et si faible, l'opposition est une faute politique, qui a des degrés. L'opposant du premier degré n'est pas le moins coupable.
Dans Tantique Egypte on ne jugeait les rois qu'après leur mort. Chez les modernes on est plus pressé : c'est de leur vivant qu'on les juge, et Ton rend l'arrêt en les renversant. Ce sont là les hautes œuvres de la passion politique, certainement inconnue dans l'antique Egypte.
— Qu'est-ce donc que cette passion de nos modernes?
— Je veux bien vous le dire; mais, d'abord^ informez-vous de quelles autres passions est travaillé l'homme qui a la passion politique. En attendant, contentez-vous de savoir querien n'est i)lus loin d'une vertu.
Il ne s'en faut souvent que d'un gros vice^ ou môme d'une vieille dette de café, qu'un homme quelconque ne devienne un homm<^ politique.
L'esprit d'opposition est une gourme que jettent les hommes destinés à gouverner, et que gardent jusqu'à la iin ceux qui ne savent ni commander ni obéir.
Soyons justes, même envers le solliciteur.
Ce n'est pas lui qui fait au ministre nouveaux
la première visite, c'est l'important. Le solliciteur attend discrètement que l'hôtel ministériel ait reçu son hôte : l'important l'y devance, au risque d'être pris pour le valet de chambre qui vient préparer les logements.
VERA VERUM VOCABULA
Civilisation : barbarie raffinée.
Politique des nationalités : convoitise de la lerre d'autrui.
La Providence : le canon Krupp.
Le Progrès : la chance d'attraper par une révolution ce qu'on n'a pas su mériter par des ialents, ni gagner par le travail.
€ Vive la République! » Mort à tout ce qui me déplaît ou me gêne, à mes concurrents, il mes créanciers; mort aux riches qui ont ce 4iue je n'ai pas, aux magistrats et aux gendarmes qui m'empêchent de le prendre !